dimanche 4 septembre 2016

Fraude électorale, l'outil par excellence de Dos Santos et sa clique.


Au moment où l’Angola se prépare à organiser, en 2017, les élections législatives, les seules auxquelles le peuple angolais a droit, il convient de s’interroger sur les techniques de fraudes que le Mpla apprête pour se maintenir au pouvoir. Parler de ce sujet à un an des élections n’est ni prématuré ni outrancier. Je tiens à préciser ici qu’une fraude électorale est un processus qui démarre plusieurs mois avant l’acte électoral. C’est d’ailleurs pour cette raison que Samakuva de l’Unita et André Mendes de Carvalho de Casa-ce se sont insurgé contre l’usurpation par le gouvernement des compétences attribuées à la CNE (commission nationale électorale). Dans l’enrôlement des électeurs, le ministère de l’Administration du territoire (MAT) s’est substitué à la CNE. Ce qui laisse croire qu’une fraude électorale est en préparation. L’inquiétude est-elle injustifiée ? Je me pose cette question parce que dans nos pays, pour donner l’impression que la démocratie est devenue une réalité, le suffrage universel loin d’être l’expression de la volonté populaire, devient le moyen par lequel le système politique se maintient au pouvoir, et par le même fait, exclut les populations comme à l’époque coloniale. Là où nous faisons l’apprentissage du droit à l’expression, les élites du Mpla travaillent à  la mise en œuvre du plébiscite dans la ligne des anciens partis uniques. Ne pouvant perdre le pouvoir, tout est fait pour que le Chef soit élu « démocratiquement ». Et c’est là que la fraude, ombre accolée à toute forme de suffrage, prend une dimension nouvelle. Elle légitime le pouvoir en privant le peuple du bénéfice de son choix.

Dans l’Afrique d’aujourd’hui, se perpétuer au pouvoir est devenu un impératif pour les gouvernements en place. Le Gabon des Bongo est l’exemple le plus récent. Pour y arriver, tous les moyens sont bons, et organiser une fraude électorale n’est plus comme jadis, elle est entrée dans les mœurs. C’est pour cette raison que les partis politiques de l’opposition passent plus de temps à trouver la parade à la fraude qu’à mobiliser leurs militants. Il suffit qu’il n’y ait pas fraude pour que le parti au pouvoir perde les élections, ça c’est connu.  « Dans les circonstances actuelles, si les élections sont justes et transparentes, le Mpla n’obtiendra pas plus de 10% de suffrage » a déclaré Adalberto Junior, président du groupe parlementaire de l’Unita à l’Assemblée nationale. C’est justement pour éviter un tel scénario que Dos Santos et ses amis s’évertuent à imaginer des solutions qui les mettent à l’abri d’un désastre électoral. Le MAT, dirigé par Bornito de Sousa, un très proche de Dos Santos,  qui pilote la manœuvre a d’abord proposé le découpage de la province de Moxico, dans sa majorité favorable à l’opposition, en deux petites provinces. Malheureusement, les projections préélectorales effectuées n’ayant pas donné les résultats escomptés, le projet a été balayé. « Aujourd’hui la fraude électorale est plus propre et revêt les apparences d’une transparence irréprochable » a affirmé Samakuva au cours d’un point de presse à Luanda. Si les inquiétudes de l’opposition sont avérées, le peuple angolais doit être vigilant, car la fraude électorale commence, à mon sens, avec la composition du corps électoral. Elle vise à l’élimination indue des électeurs à priori défavorables et à l’inscription indue des électeurs favorables au Mpla. Ces deux techniques, souvent utilisées conjointement, emploient des moyens similaires. Pour rendre effective la fraude, des complicités dans les services de l’administration communale et municipale sont nécessaires. Voilà pourquoi le Mpla refuse pour le moment d’organiser les élections locales. Dans les communes et municipalités sous contrôle de partis politiques de l’opposition, il est difficile au pouvoir de manipuler les chiffres.

L’autre forme que prend la fraude électorale est celle portant sur la campagne électorale. Lorsque le parti au pouvoir, en l’occurrence le Mpla, influence voire contrôle les médias (radio, tv, journal quotidien) il lui est facile de s’assurer la maitrise du discours et de limiter voire empêcher la propagande électorale d’autres partis. C’est le moyen moderne par excellence, car il respecte (sic) formellement les règles du vote et faute d’indicateurs pertinents et reconnus (qui ne sont pas toujours en place) il est difficile de prouver toute forme de fraude. Dans les milieux à fort taux d’analphabètes, ou peu accessibles aux médias, ces milieux sont particulièrement sensibles à la propagation des rumeurs et de toutes sortes de fausses nouvelles tendant à discréditer les opposants. Ces manipulations de l’information dont le Mpla est spécialiste sont des éléments constitutifs de la fraude électorale puisque leur but est de détourner les voix de l’opposition. En dehors de ce facteur, le rejet des candidatures adverses, l’emprisonnement, l’empoisonnement, l’assassinat des opposants et le bourrage d’urnes sont aussi une autre forme de fraude électorale. « Mieux vaut prévenir que guérir » disent les sages. Car malgré l’impopularité dont le Mpla fait l’objet  dans le pays à cause de la corruption, du chômage, du népotisme, de l’insécurité, de l’impunité, les ténors du Mpla ne cessent de claironner qu’ils vont gagner les élections. Comment vont-ils faire ? D’où leur vient cette assurance ? « Tala ku nseki…tala ku mamba » ! (Proverbe Kisuku= vigilance).

 

Sobamasoba, l’analyse politique qui informe.

Eduardo Scotty Makiese.


jeudi 25 août 2016

VII°congrès du MPLA: des illusionnistes en quête des naïfs?


Le mois d’août qui s’achève a été marqué par la tenue à Luanda du congrès du MPLA, le VII° en 59 années d’existence. Pour une meilleure organisation de ses assises, et conformément aux pratiques démocratiques, un appel à candidatures a été lancé par le secrétaire général du parti pour le poste du président. Une manière de conférer, dans le cadre du processus de renouvellement des mandats, un caractère démocratique à l’événement. Seulement, les observateurs de la politique angolaise ont constaté, et porté à la connaissance du public, que jusqu’à la veille de l’ouverture du congrès aucune candidature n’était enregistrée par la commission instituée à cet effet. À mon avis, deux raisons peuvent justifier ce manque d’empressement à se déclarer candidat : soit, le MPLA ne dispose pas à son sein des cadres de qualité capables de se mesurer au président sortant, ou alors l’appréhension d’être considéré par ses pairs comme un vulgaire traitre ambitieux, irrespectueux de la ligne du parti qui privilégie la candidature unique.

Pour moi, et certainement pour beaucoup d’entre vous, les deux hypothèses émises par ces observateurs correspondent exactement à l’analyse que font certains Angolais sur le manque d’audace des cadres du Mpla. Je peux même ajouter que ces mêmes cadres n'ont aucune estime de soi, ils se rabaissent devant leur propre opinion publique. Ils n’ont aucune considération pour eux-mêmes. Ils choisissent de s’effacer pour ne pas perdre leurs privilèges. Le seul qui est sorti du lot est l’ambassadeur Ambrosio Lukoki, ancien membre du BP du Mpla, qui a eu des mots très durs à l’endroit de la direction de son parti la veille de l’ouverture du congrès. «L’impopularité de Dos Santos déteint sur le parti » a-t-il affirmé lors d’un point de presse à Luanda. « Aux militants sont imposées des positions qu’ils doivent accepter sans discuter. Et aussi longtemps que Dos Santos sera à la tête du parti, le MPLA ne sera plus jamais le parti que nous avons connu » a-t-il ajouté. À la fin de sa conférence de presse, il a demandé que son nom soit retiré de la liste du prochain comité central. C’est un acte politique courageux que je salue.

Le congrès a bien eu lieu du 17 au 20 août 2016. Sans surprise, José Eduardo dos Santos est réélu président du Mpla. Cela signifie que si son parti remporte les législatives de 2017, Dos Santos restera président du pays. Le système angolais ne prévoyant pas d’élection présidentielle, le pays sera dirigé par le chef du parti majoritaire. Dans ce cas, la promesse de quitter la politique active en 2018 tient-elle toujours ou devons-nous reconsidérer la « sage décision » du président ? L’honnêteté intellectuelle fait-elle partie des valeurs qui guident l’action politique de Dos Santos ? L’avenir nous le dira.

De quoi a-t-on parlé à ce congrès ? De rien de nouveau que nous ne savons déjà. Pourtant, les Angolais attendaient ce congrès avec beaucoup d’expectatives. Ils vivaient dans l’espoir de connaître le début de quelque chose d’important. Pour la première fois, pensaient-ils, Dos Santos allait faire taire les spéculateurs et prouver qu’il savait lire les signes du temps. Mais hélas, ils se sont trompés.   Au milieu des siens, tous à ses pieds, dans une salle d’adulation, Dos Santos a tenu, selon la Rfi, un discours offensif (sic). Il a, comme d’habitude, sous les applaudissements de ses laquais, fustigé les forces extérieures qui menacent sa paix et condamné ceux qu’il qualifie de « faux entrepreneurs » qui s’enrichissent sur le dos du peuple. Un discours soporifique, exactement comme celui du Mauvais Loup qui défend le végétarisme pendant qu’il est en train de dévorer un jeune sanglier. Comment croire en quelqu’un qui vous dit une chose aujourd’hui et son contraire le lendemain ? Rien d’important n’est sorti du congrès du Mpla. Les résolutions issues de cette rencontre n’ont surpris personne. Le Mpla n’a plus les moyens de sa politique. Ils ont parlé de la diversification de l’économie, le sujet à la mode à Luanda, c’est bien, mais avec quels moyens ? À dire vrai, ce congrès n’a été qu’une formalité. Puisque les statuts du parti l’exigent, alors ils l’ont organisé. Le comité central élu est une autre obligation statutaire qui consiste à contenter les naïfs qui croient encore dans les idéaux du Mpla. Après le congrès sera exactement comme avant le congrès. La corruption, les injustices sociales, l’impunité, l’exclusion politique, les démolitions des maisons de pauvres au profit de l’élite dont il n'a pas parlé, continueront à être une réalité dans l’Angola de Dos Santos. La nomination de Joâo Lourenço à la vice-présidence du parti et de Paulo Kassoma au secrétariat général ne changera rien à la politique menée par le Mpla depuis plus de 40 ans en Angola, et encore moins à sa manière de fonctionner. « Aidons le MPLA à se démocratiser » a écrit José Eduardo Agualusa dans sa dernière chronique «  nous y gagnerons tous ».  A-t-il raison ?   

 

 

Sobamasoba : l’analyse politique qui informe.

Eduardo Scotty Makiese.

       

 

            


lundi 15 août 2016

Angola - FMI : pourquoi Dos Santos s'est-il opposé à l'exercice de la transparence du FMI?


Après plusieurs semaines d’absence, (un grand malheur a frappé ma famille), je vous retrouve de nouveau pour qu’ensemble nous puissions partager, comme d’habitude, quelques réflexions sur ce qui se passe dans notre pays. Depuis ma dernière publication, beaucoup d’événements ont alimenté la vie politique et sociale en Angola. Vous m’excuserez de ne pas les citer tous, mais je vous suggère, si vous le voulez bien, d’aborder le sujet qui préoccupe incommensurablement les populations de l’intérieur comme celles de la capitale de notre pays : celui de la crise qu’elles vivent et de la manière dont le président Dos Santos envisage d’y apporter des solutions. Si je propose que notre réflexion se porte sur la situation chaotique, je n’exagère rien, créée par Dos Santos, son gouvernement et sa majorité parlementaire, c’est parce que cela nous concerne directement, nous, nos enfants et les enfants de nos enfants. Dans sa politique économique et financière, Dos Santos nous mène depuis plusieurs années sur le chemin des emprunts à outrance. Or, chaque fois que le pays emprunte de l’argent, il faut penser à son remboursement. Qui dit crédit, dit acquittement, dit intérêts. Des intérêts qui se chiffrent à des milliards de dollars et s’échelonnent sur plusieurs années. Ceux qui, comme Dos Santos et ses amis contractent ces dettes aujourd’hui, pillent les caisses de l’État s’en iront et ce sont les autres qui à travers des injustes impôts viendront payer la facture. Comme dans beaucoup d’autres pays africains, la corruption et la mauvaise gestion de la chose publique nous ont amené dans le gouffre que nous connaissons actuellement. Les emprunts chinois se sont tellement accumulés que le président Dos Santos pour éviter une asphyxie totale du pays a envisagé de se tourner vers le FMI (Fonds Monétaire International). Enfin, une sage décision, a-t-on entendu dans les rues de Luanda. 

Avec la chute du prix du baril de pétrole (le pétrole nous sert de monnaie d’échange dans la majorité de nos transactions commerciales), quémander une nouvelle ligne de crédit auprès des Chinois devenait déshonorant au regard de ce que nous leur devons. Croyez-moi, notre dette envers la Chine est énorme. Le FMI était devenu, de toute évidence, une partie importante de la solution à notre problème. Tout de suite après la demande de l’Angola, nous avons vu débarqués à Luanda les experts du FMI décidés à faire le ménage. Seulement, dès les premiers contacts, le climat s’est crispé. Les Angolais ne le savaient peut-être pas, mais pour obtenir l’appui du FMI, il faut se plier à certaines exigences. Selon ce que j’avais compris, et je ne suis pas seul, l’Angola devait exécuter le même programme qui a été appliqué au Portugal en 2011-2014 en se soumettant à une espèce de « strip-tease » des finances publiques, du budget et de toutes les pratiques et procédés liés aux recettes et dépenses de l’Etat. Vu sous cette optique, cela ne m’étonne pas, et vous non plus d’ailleurs, que le président Dos Santos ne soit pas disposé à permettre une analyse transparente et publique des comptes de l’Etat et de ses associés. Le président Dos Santos a vu ce qui est arrivé au Portugal : on a découvert que les banques étaient en faillite à cause des magouilles entre politiciens et entrepreneurs ; que son ami Socrates est allé en prison ; on a révélé que, comme en Angola, durant des années les comptes publics étaient maquillés et la dette de l’Etat supérieure à ce qu’on laissait croire. Si au Portugal le FMI a découvert toutes ces « erreurs de gestion », quelles seront les conséquences d’un contrôle méthodique et sérieux mené par des experts en Angola ? Dos Santos a pris peur. Voilà pourquoi il a décidé de refuser l’appui du FMI. C’est pour ne pas montrer les squelettes qu’il cache dans ses placards. Il ne veut pas qu’on lui pose des questions embarrassantes. C’est lui le Chef de l’Exécutif, non ? 

La situation en Angola a, naturellement, ses particularités. Il n’y a rien que je puisse ajouter que vous ne sachiez déjà. En ce moment ce qui parait grave, sur le plan économique et financier, c’est l’absence totale de cap. L’Exécutif est complètement désorienté. Il navigue comme un navire sans boussole. Beaucoup commencent à douter de la capacité du capitaine à conduire le bateau à bon port. Il faut stimuler l’économie, mais il n’y a pas d’argent public. Les caisses sont vides. La dévaluation de la monnaie nationale que nous avons connue n’a pas boosté les exportations. Les économistes pensent qu’une autre dévaluation ne fera qu’aggraver l’inflation. Il est donc urgent, nonobstant la situation dans laquelle nous nous trouvons, de faire des réformes et une restructuration profonde pour surmonter la situation actuelle.  Il est évident qu’avec le FMI l’Angola aurait bénéficié d’un excellent plan de réformes pour faciliter la récupération du pays, mais au lieu de cela Dos Santos a choisi la voie du désastre économique. Aux dernières nouvelles, il envisage d’emprunter 16 milliards de dollars pour réajuster son budget 2016. Dans cette sorte d’égarement intellectuel, où compte-t-il mener le pays?  Combien de générations faudra-t-il pour payer notre dette publique ? Obscure perspective.

 

Sobamasoba : l’analyse politique qui informe.

Eduardo Scotty Makiese.

             

  


mercredi 22 juin 2016

L'opposition politique angolaise va-t-elle à la dérive?


GENVAL. Il y a quelque temps, ce nom ne signifiait absolument rien pour beaucoup d’entre nous. C’était juste le nom d’une petite commune dans la banlieue de Bruxelles. Une petite commune qui a eu l’honneur d’accueillir les assises de partis politiques congolais d’opposition. Du 8 au 9 juin 2016, les opposants au régime de Kabila se sont rencontrés pour élaborer une stratégie commune. Les résolutions issues de ce conclave définissent clairement leur position. À Kinshasa, le camp du président Kabila, arrogant et moqueur, exprimait des doutes quant à l’union des opposants. Et pourtant, ils sont arrivés à dégager un consensus autour de l’ordre du jour proposé par les organisateurs de la réunion.

Lorsque j’observe la détermination et le patriotisme avec lesquels ces forces politiques congolaises de l’opposition se démènent pour faire entendre leurs voix et occuper l’espace qui leur revient de droit dans le pays, je suis très admiratif. À travers leurs actions, manifestations et meeting, qu’ils osent organiser dans leur pays, j’ai le sentiment d’avoir en face de moi des hommes et des femmes qui croient dans ce qu’ils font et ont la profonde conviction d’aller dans la bonne direction. Le courage dont ils font preuve, malgré les différences qui existent entre eux, mérite une immense admiration de tous ceux, comme moi, accompagnent le processus de démocratisation en RDC. Même si leur démarche est entachée de quelques imperfections, ce qui est tout à fait normal, il faut reconnaitre qu’à GENVAL, ils ont été capables de mettre de côté leurs ambitions personnelles pour privilégier les intérêts du peuple. Seuls nos frères du Burkina Faso peuvent en dire autant.

En Angola, mon pays, je souhaite que les choses se passent de la même manière que chez nos voisins. Malheureusement, à Luanda, quoique l'on dise, les opposants sont soumis au régime et sont complices des excès que ce même régime commet. Les leaders angolais de l’opposition et leurs partis politiques ne se distinguent pas de ceux qui ont opté pour la dictature dans le pays. De temps en temps, ils nous servent un discours moralisateur pour montrer qu’ils existent, et puis plus rien jusqu’à la prochaine déclaration. L’Angola vit une grave crise avec un chômage qui ne cesse d’augmenter à cause de la fermeture des entreprises et du manque de devises dans le système bancaire pour l’acquisition de matériel et de matière première, que fait l’opposition ? RIEN.

Le pays assiste à une importante fuite des capitaux favorisée par la clique de Dos Santos, sa famille et ses amis. Environ 400 millions de dollars volaient, en temps de vaches grasses,  vers d’autres cieux chaque semaine. Qu’a fait l’opposition ? RIEN.

Nous assistons à la hausse vertigineuse du coût de la vie avec l’augmentation de prix des livres, des uniformes, du droit d’inscriptions pour les étudiants, des principaux produits alimentaires, du combustible pour les véhicules et les générateurs (l’électricité est un bien précieux en Angola), que fait l’opposition ? RIEN.

En 2011, des jeunes de Luanda se sont organisés en mouvement révolutionnaire pour protester contre la politique de Dos Santos et son maintien trop prolongé au pouvoir (à l’époque 32 ans). Ils furent arrêtés en 2015, jugés de la manière dont on connait l'irrationalité et condamnés dans des circonstances que tout le monde connait. Avant leur détention, ils ont tenté, seuls, à plusieurs reprises d’organiser des manifestations qui ont toutes été dispersées. Aucun parti de l’opposition n’a montré le bout de son nez pour les soutenir. Face à cette oppression du régime, aux arrestations arbitraires et aux injustices, que fait l’opposition ? RIEN.

Plus grave. La politique discriminatoire du système bancaire qui condamne les enfants de pauvres à l’analphabétisme. Les prix élevés de droits d’inscriptions dans les universités publiques et privées quand les salaires des parents sont insuffisants bloquent l’émergence des cadres issus des milieux pauvres. Ceux qui ont pu, avec beaucoup de sacrifices, envoyer leurs progénitures aux études à l’étranger sont aujourd’hui complètement asphyxiés. La seule option qui leur reste : faire revenir les enfants au pays. Même quand ils ont eu la chance de bénéficier d’une bourse d’études, aujourd’hui ils ne reçoivent plus rien. À ce sujet, que fait l’opposition ? RIEN.

La police nationale, les agents de contrôle (agentes de fiscalizaçâo), les militaires rançonnent la population, maltraitent les petits commerçants ambulants (as zungueiras), confisquent leurs biens et moyens de subsistance dans un pays où trouver un travail est un chemin de combattant, que fait l’opposition ? RIEN.  

À regarder ce tableau, on dirait qu’en Angola il n’y a pas d’opposants. Il n’y a personne de la dimension de Jonas Malheiro Savimbi, capable d’élever la voix et de dire STOP. Et pourtant, dans la Constitution angolaise, il y a des dispositions qui, légalement, permettent à l’opposition de s’exprimer. Des politiciens comme Marcolino Moco, Samakuva, Sediengani Mbimbi, Ngola Kabangu Eduardo Kuangana, Filomeno Vieira Lopes, Chivukuvuku, Lopo do Nascimento et autres, au lieu de lire les signes du temps, adopter des politiques de contestation parlementaire, dénoncer des  excès du régime, ils s’enferment dans leurs cocons en croyant que seuls, chacun de nous dans son coin, nous pourrons déboulonner le régime et son système de corruption. D’eux, le peuple attend une véritable UNION de l’opposition avec un projet viable ; une plate-forme politique du changement. Il est temps que, comme les Congolais de la RDC, les opposants à la politique du Mpla se mettent autour d’une table pour débattre de l’Angola. Est-ce trop demander ?    

 

Inspiration : William Tonet

Sobamasoba, l’analyse politique qui informe.

Eduardo Scotty Makiese.          

mercredi 8 juin 2016

L'Unita, victime de l'intolérance politique ou de vengeance?


En ce début du mois de juin, l’actualité est dominée par la nomination de Isabel dos Santos, fille du président Dos Santos, à la tête du conseil d’administration de Sonangol, une entreprise d’État dont l’envergure n’a pas d’égal dans le pays. 80% du budget national proviennent des recettes pétrolières. Sonangol est une vraie vache à lait pour l’État angolais et le parti au pouvoir. Confier sa direction à quelqu’un de confiance ne pouvait vraiment pas surprendre. C’est la personne choisie pour occuper le poste qui pose problème. Si la nomination de Filomeno Zenu à la tête du Fonds souverain n’a pas suscité beaucoup de réactions, celle de sa sœur ainée semble très amère à avaler. « Le Mpla a perdu toute capacité d’arrêter les excès de José Eduardo dos Santos » pouvait-on lire dans un communiqué de CASA-CE, le parti de Abel Chivukuvuku. Des mots très forts pour stigmatiser le népotisme devenu monnaie courante dans la gestion de la chose publique en Angola. Casa-ce n’est pas le seul parti d’opposition à désapprouver la nomination de Isabel dos Santos, d’autres voix, notamment celles de l’Unita et du Prs, se sont aussi levées pour condamner l’acte posé par le président angolais. Des avocats et juristes réunis autour de David Mendes ont décidé de saisir le Tribunal suprême pour annuler ladite nomination. Même si la démarche n’aboutit pas, au moins ils auront essayé.

Maintenant, revenons à notre sujet du jour : l’intolérance politique.  J’ai choisi ce thème à cause de ce qui s’est passé à Kapupa, il y a quelques jours. Une caravane de l’Unita a été attaquée par des individus non identifiés. Bilan : 3 morts, 4 disparus et plusieurs blessés. Devant cet acte de barbarie, les dirigeants de l’Unita ont crié à l’intolérance politique et demandé qu’une commission d’enquête parlementaire soit dépêchée sur le lieu afin de s’en quérir des faits et d’établir un rapport à l’intention de l’Assemblée nationale. Devant une situation de cette nature, et ce n’est pas la première fois que cela arrive, la sagesse nous conseille d’éviter la précipitation et l’émotion. Alors dans le calme, je vous suggère de remonter le temps comme j’aime bien le faire pour trouver une explication plausible à ce tohu-bohu.  

Commençons par intégrer la notion de l’intolérance.  Qu'est-ce qu'une intolérance ? « C’est une disposition haineuse envers ceux qui ont d’autres opinions que soi. Une incapacité viscérale à accepter l’autre ». Dans le cas qui nous concerne, à quel moment les faits qualifiés d’ « intolérances politiques » sont-ils apparus dans l’existence des Angolais? Sauf erreur de ma part,  c’est après les accords de Luena, ceux qui ont mis fin au conflit armé entre le Mpla et l’Unita. Le rapport qui s’est établi entre les deux belligérants étant celui d’un vainqueur et d’un vaincu,  il s’avère que l’arrogance de l’un ne laisse, jusqu'aujourd'hui, aucun espace à l’humilité de l’autre. Dans ce rapport inégal, les vaincus, diminués psychologiquement, se sont attelés petit à petit à élaborer une parade. Chaque fois qu’un quelconque membre de l’Unita est agressé, les « maninhos » s’en pressent de mettre l’agression sur le compte de l’intolérance politique sans vraiment apporter les preuves de ce qu’ils avancent. Cette méthode de victimisation, en d’autres cieux et en d’autres lieux, a donné des résultats escomptés. D’ailleurs le Mpla procède aussi  de la même manière quand ils sont acculés. Eux ils brandissent la « menace de la paix ». Mais ce qui surprend dans le cas de l’Unita,  les supposés actes d’intolérance politique dont ses membres sont victimes ont souvent lieu dans le Centre-Sud de l’Angola. Jamais ailleurs. Qui pratique cette intolérance dans une zone censée favorable à l’Unita? Et pourquoi ? Au début de ces agressions, l’Assemblée nationale avait constitué une commission parlementaire pour évaluer la situation. À la fin de ses travaux, la conclusion fut sans appel : aucune intolérance politique n’avait été constatée. Selon les dépositions recueillies auprès des citoyens de la région, « représailles et vengeance » ont été retenues comme motifs d’agression. Représailles et vengeance des populations sous contrôle de l’Unita durant les 27 années de conflit armé. Ces allégations qui sont difficiles à prouver  laissent entendre que les soldats de l’Unita n’ont pas été des saints pendant toute la durée du conflit. Ils ont commis des excès sur les populations sous leur contrôle. Une assertion que seuls les dirigeants de l’Unita peuvent expliquer, car ces hommes et ces femmes qui ont été tués ou qui sont portés disparus viennent de familles qui n’ont jamais digéré leur disparition. Rassurez-vous, ceci ne concerne pas seulement l’Unita. Le Mpla et le Fnla ne sont pas exemptés de la colère latente des habitants des localités qu’ils appelaient leurs « régions militaires ». Eux aussi ont commis des excès, des dégâts collatéraux, même si on n'en parle pas. 

L’histoire de l’Angola indépendant ne commence pas avec la fin du conflit armé entre le Mpla et l’Unita. Avant ce conflit, pendant les années qu’a duré la guerre d’indépendance, les trois mouvements de libération de l’Angola (Mpla, Fnla, Unita) ne se comportaient pas comme des associations philanthropiques. Et leurs leaders encore moins. Chacun d’eux avait les mains tachées de sang. Dans les prisons de Kinkuzu beaucoup de jeunes gens ont disparu sans laisser des traces. Le frère de Deolinda Rodrigues nourrit une haine viscérale à l’endroit du Fnla, vous savez pourquoi ?   Le 27 mai 1977, le leader du Mpla n’a pas hésité à faire fusiller Nito Alves et ses compagnons. Luanda a connu le plus effroyable bain de sang de son histoire. Le dernier des trois qui était beaucoup plus jeune  a tué presque toutes ses épouses. Tous ces morts et disparus sont des Angolais et ont de la famille dans le pays. Et personne n’est capable de déterminer avec  exactitude le degré du sentiment de vengeance et de haine qui  se développe à l’intérieur des membres de ces familles. Chaque fois qu’ils voient des dirigeants de ces mouvements ou partis se pavaner dans le pays sans être inquiétés, ils cachent mal leur état d’emportement. Et quand les conditions sont réunies pour commettre l’irréparable, ils n’hésitent pas.  Dans cette situation, l’Unita est plus exposée. Quant au Mpla, il est pour le moment protégé par le pouvoir. Le jour où il y aura une alternance dans le pays, ils verront le vent changer de direction et ce sera l’heure de payer. Pensons à ça, avant de qualifier d’intolérance politique tout acte d’agression contre les militants d’un parti. Ce que certains considèrent comme de l’intolérance politique, c’est tout simplement de la vengeance.  C’est vrai que certains militants fanatiques trop zélés peuvent commettre des actes répréhensibles, mais ce sont des cas isolés. Avec tout ce dont ils disposent, le Mpla peut-il s’abaisser à des actes d’une telle bassesse ? Je vous laisse le soin de répondre à la question.

     

Inspiration : Makuta Nkondo.

Sobamasoba, l’analyse politique qui informe.

Eduardo Scotty Makiese.

                                                                                                                             

dimanche 29 mai 2016

Insécurité à Luanda: la population civile traumatisée.



Séquestrations, rapts, assassinats, cambriolages des résidences, falsifications des documents, sont les termes qu’on retrouve depuis quelque temps dans la presse angolaise et dans les conversations à Luanda. À en croire les sites d’informations angolais, la sécurité à Luanda et ses environs continue à poser de sérieux problèmes. Il ne se passe pas un seul jour sans qu’on ne parle d’assassinats, de séquestrations ou de cambriolages. Le nombre des personnes tuées dans des circonstances souvent inexplicables a tellement augmenté que la capacité de  la police nationale à apporter des réponses pertinentes au problème a atteint ses limites. Le nouveau « modus operandi » adopté par les délinquants, les rapts assortis d’une rançon, a pris de court les éminences grises de la police angolaise au point où rouler sur les voies express ou sur les autoroutes de Luanda est devenu très périlleux. C’est sur ces voies que les enlèvements ont le plus souvent lieu. C’est lucratif et sans risque pour les délinquants qui voient dans l’impuissance de la police un interstice pour leur job. La nuit, dans les rues obscures de la cité, la présence de ces mêmes délinquants  provoque une peur panique dans la population civile. Ceux qui ont des objets de luxe à la maison ne dorment plus que d’un seul œil. Et vous savez pourquoi? La réponse se trouve dans un récent passé de notre histoire .

Je vous avais dit dans mon dernier blog qu’il est parfois nécessaire de remonter le temps pour trouver des réponses à nos interrogations d’aujourd’hui.   

Pour les observateurs avertis de la vie en Angola et particulièrement à Luanda, il y a longtemps que le ver est dans le fruit. Personne n’ignore que dans notre pays, il n’y a aucun magasin qui vend des armes à feu. Et pourtant, à la périphérie de la ville, loin des regards de la police, les cambrioleurs se pavanent armés jusqu'aux dents. D’où viennent leurs armes ?

Pour ceux qui ne connaissent pas Luanda, à l’époque coloniale, et ça n’a pas beaucoup changé, à la périphérie de la ville les autochtones vivent dans des quartiers appelés « musseques ». À l’accession du pays à l’indépendance, les populations de ces quartiers (Zambizanga, Cazenga, Rangel, Precol, Cassenda, Cassequel, Prenda),  pour des raisons que vous connaissez surement, ont tous soutenu le Mpla. Ce qui fait que pendant le conflit armé qui a précédé l’acte de la proclamation de l’indépendance, conflit généré par le non-respect des accords d’Alvor, ces populations ont servi de bouclier contre les incursions des troupes du Fnla et de l’Unita. Le Mpla, dont la qualité combative des guérilleros laissait beaucoup à désirer, avait choisi de distribuer d’une manière incontrôlée des armes aux habitants de ces quartiers. Je crois qu’il est inutile de rappeler ici que ce n’est pas par voie démocratique que le Mpla est arrivé au pouvoir. Sur le moment, les dirigeants du Mpla de l'époque n’avaient pas mesuré les conséquences de leur acte. Ils voulaient à tout prix garder le pouvoir qu’ils venaient d’usurper sans trop réfléchir aux conséquences. Donner une arme à feu à un civil, c’est lui octroyer un pouvoir dont il ignore les limites. Par cet acte que je qualifie de déraisonnable, le Mpla avait semé les premières graines de l’insécurité que nous connaissons aujourd’hui. Je vous rassure, la germination ne s’est pas faite tout de suite. La pauvreté ambiante et collective de l’époque n’incitait pas encore aux cambriolages.  

C’est le retour des Angolais réfugiés dans les pays voisins qui a été le déclic. Ce retour a donné lieu à la naissance de nouveaux quartiers. Des quartiers (Petrangol, Mabor, Palanca, Kikolo) construits par les « regressados » à l’image de ceux où ils avaient vécu durant leur exil. Des zones entières avec des maisons en dur, des sanitaires et des voies droites bordées d’habitations. Des quartiers qui ont suscité de l’envie dans le regard des Luandais habitués à vivre dans les « musseques » insalubres et non urbanisés. Les plus envieux parmi eux, dans un sauvage élan de jalousie, insinuèrent que c'est l’État qui finançait la construction de ces nouveaux quartiers. C’est à partir de là que Luanda connait ses premiers cambriolages, et ses premiers assassinats. Si  psychologiquement, les Luandais n’étaient pas préparés à accueillir des « gens » venus d’ailleurs, il leur était aussi difficile de vivre avec des gens dont ils étaient culturellement différents. Et le discours politique de l’époque ne favorisait vraiment pas la coexistence pacifique. C’est comme cela que sont apparus les premiers germes de la criminalité. Vous conviendrez avec moi qu’il est inutile de se demander d’où venaient les armes. Puisqu’après leur distribution en 1975, personne ne s’était préoccupé de leur récupération. Des milliers d’armes à feu sont restées dans la nature. Quiconque en possédait une pouvait s’en servir comme il voulait, en toute impunité. Ce sont ces mêmes armes qui ont tué Chitunda, Mango, Salupeta Pena et autres dirigeants de l’Unita à Sambizanga. Vous vous rappelez l’épisode de la Commission conjointe militaire ?

 Le pouvoir, qui n’avait pas encore trouvé ses marques, avait peur de contrarier ces hommes à qui il avait confié sa défense. Les méfaits dont ils avaient pourtant connaissance étaient considérés à leurs yeux comme des dégâts collatéraux. Et comme ces forfaits n’avaient lieu que dans les quartiers habités par des «zaïrenses», pourquoi s’en faire? Pour preuve, corrigez-moi si je me trompe, toutes les personnes tuées dans les nouveaux quartiers autour de Luanda n’ont jamais fait l’objet d’une enquête. Jamais. Alors forts de l’impunité, les délinquants ont cru trouver là un intarissable terroir. Engagés comme ils le sont sur cette voie de gain facile, il leur est difficile de s’arrêter.  Alors, aujourd'hui ils se tournent vers les nouveaux riches, une classe composée dans sa majorité des membres du Mpla. C’est bizarre comme le fétiche se retourne parfois contre le féticheur. Tardivement, le pouvoir d'une manière désordonnée essaye de réagir. On ne touche pas à ses oints, lit-on dans la bible. D'abord ils ont mis en marche une campagne pour récupérer les armes à feu. Malheureusement, les résultats obtenus ne furent pas à la hauteur. La place était inondée par les armes vendues par les Cubains, sur le retour. Aujourd'hui encore,  personne ne peut imaginer le nombre d’armes en circulation dans le pays.

Finalement, le Mpla a été un porte malheur pour le peuple angolais. Non contents d'avoir créer dans le pays cette situation d'insécurité par l'absence de contrôle des armes, ils ont en plus poignardé ce même par le vol des deniers publics. Ce qui a accentué la crise dans le pays. Avoir des fins du mois difficiles dans un pays où l'insécurité a élu domicile est une équation très compliquée à résoudre.  

 


 
Sobamasoba, l’analyse politique qui informe.
Eduardo M. Scotty
 

 


 

 

lundi 16 mai 2016

Le droit de vote des Angolais de l'étranger.


Avant d’entrer dans le vif du sujet d’aujourd’hui, je tiens à rappeler ici certaines dispositions de loi telles que rendues publiques par l’État angolais dans le « Manuel sur la législation électorale de l’Angola ». La Loi constitutionnelle angolaise (loi 23/92 du 16/09) qui définit la base du système électoral en Angola est en vigueur depuis le mois de mai 1992. Elle établit que la souveraineté est un principe d’autorité politique suprême que le peuple exerce selon les formes prévues par la loi :   le suffrage universel périodique pour le choix de ses représentants,  le referendum et bien d’autres formes de participation démocratique des citoyens à la vie de la nation.
Vous avez certainement remarqué que j’ai souligné le mot PEUPLE. Dans l’esprit du législateur, tel que je l’ai compris, ce principe d’autorité politique peut être exercé par le citoyen quel que soit son lieu de résidence, parce qu’il fait partie du peuple et bénéficie des mêmes droits et devoirs que ses compatriotes. D’ailleurs, c’est pour cette raison que le pays, suivant la législation électorale, est divisé en deux grands cercles électoraux : le national et l’extérieur. Le cercle électoral extérieur recouvre l’ensemble des pays où résident les Angolais. Ce cercle est lui-même divisé en zones d’Afrique et du reste du monde (art.29 c). La législation prévoit que dans ce cercle deux députés soient élus pour l’Afrique et un pour le reste du monde (art.30 c). Ce droit est garanti par l’article 11 alinéa 2 de la législation électorale: les citoyens angolais qui ont une résidence à l’étranger ont la capacité électorale active pour les élections législatives. En clair, les Angolais vivant à l’étranger, comme vous et moi, ont le droit de voter et/ou de se faire élire comme députés conformément aux dispositions de la loi. Au demeurant, l’enregistrement des électeurs est obligatoire pour tous les Angolais en âge de voter (18 ans), qu’ils résident dans le pays ou à l’étranger (chapitre 2  du Manuel sur la législation électorale de l’Angola).

Jusqu’ici, tout est clair et sans ambigüité. Seulement, le problème se pose au niveau de la mise en pratique de cette législation. C’est à ce niveau qu’apparaissent les incohérences qui nous font douter du sérieux de nos dirigeants. Ils nous disent une chose aujourd’hui, et nous servent son contraire le lendemain. Et vingt-quatre ans après la publication de la loi (1992-2016), toujours aucun espoir à l’horizon. Les raisons invoquées par le pouvoir à Luanda sont, chaque fois que le sujet est soulevé, d’ordre administratif. Selon Luanda, nos services consulaires ne sont pas en mesure, matériellement, d’organiser ce genre de consultations. Si cela était vrai pour les premières élections de 1992, on ne peut pas en dire autant pour celles de 2008 et de 2012. Manifestement, il y a un manque de volonté politique de la part des autorités angolaises. Et cette absence de volonté politique peut être justifiée, à mon humble avis, par le fait que les Angolais de l’étranger sont considérés, de facto, par le Mpla comme des opposants ; des hommes et des femmes hostiles à leur politique et aux méthodes peu orthodoxes de leur système. Et pourtant, à ces hommes et à ces femmes, la constitution de la République confère le même droit qu’à leurs concitoyens restés au pays : celui de s’exprimer à travers le vote quelle que soit leur manière de penser ou leur appartenance politique. Leur priver de ce droit équivaut à leur exclusion de la nation angolaise.

Pour moi, la raison invoquée pour justifier cette privation du droit de vote ne me convainc pas. Alors, j’ai décidé de faire des recherches plus approfondies pour comprendre ce qui se cache derrière cette posture. C’est dans les études menées par des sociologues proches du pouvoir que j’ai trouvé la réponse à ma question. Saviez-vous que la majorité des Angolais de l’étranger sont Bakongo?  Sur 10 immigrés,  8,5 sont Bakongo et 1,5 Kamundongo. C’est là où j’ai tout compris. Mais, je continue quand même à avoir un doute parce que nombreux de ces Bakongo ont adhéré au Mpla. Alors pourquoi le Mpla se priverait-il, en cas de vote, des voix de ses militants ? Selon ces mêmes sociologues :  la direction du Mpla n’a pas confiance à ce genre de militants qui étaient hier au Fnla, au Mako ou à l’Unita et  se retrouvent, par pur opportunisme, aujourd’hui dans les rangs du Mpla. La volatilité des convictions politiques des Bakongo inquiète les dirigeants du Mpla. Pour d’autres, plus rouges comme le fervent mpliste João Melo ou le jeune turc Luvualu, infatigables défenseurs du régime : le vote des Angolais de l’étranger n’est pas une priorité parce que les ressortissants des autres pays africains vivant à l’étranger ne votent pas, pourquoi diable les Angolais l’exigeraient-ils ? L'Algérie, la Tunisie, le Maroc ne sont-ils pas des pays africains?

"On ne sait pas exactement comment ils se comporteraient dans l’isoloir pendant un scrutin, affirment-ils. Autant ne pas pendre des risques inutiles.  S’il faut organiser des élections pour les perdre ensuite, autant ne pas les organiser". Voilà comment raisonnent nos amis du Mpla. Pourquoi alors élaborer des lois qu’on n’applique pas ? Le refus d’organiser les élections locales est une autre preuve évidente du non-respect de la loi et de la mauvaise volonté de camarades du Mpla. Ils ne veulent pas organiser des élections parce qu’ils sont certains de les perdre, car il n’est pas facile de frauder dans le cas des élections locales. Alors, ils trainent les pieds, trouvent des subterfuges pour justifier l’injustifiable. Pendant ce temps, à l’étranger comme à l’intérieur du pays, nous attendons qu’un miracle s’accomplisse. Quelle naïveté ? Nous devons réclamer notre droit au vote, comme nous devons exiger l’organisation des « autarquias ». Rappelez-vous comment nos amis sud-africains se sont battus pour obtenir ce droit. Ce droit est inaliénable. Personne ne peut nous le confisquer. L'obtention de ce droit ne concerne pas seulement les membres de l’opposition. Les militants du Mpla et OMA à l’étranger sont aussi concernés parce qu’eux non plus n’ont pas ce droit de vote. Dans ce cas, pourquoi continuer à militer dans un parti politique qui vous refuse le droit de vote ? Reconnaissez, chers camarades, que pour une fois au moins les Angolais de l'étranger, tous, sont dans la même situation.  C’est frustrant, non ?

Pour mieux comprendre l’esprit de l’analyse d’aujourd’hui, je vous recommande de lire et de relire : pourquoi les Bakongo et les Ovimbundu sont méprisés par les élites Kimbundu ? Vous verrez, cela vous aidera énormément. Parfois, il est nécessaire d’aller chercher dans le passé les réponses aux questions d’aujourd’hui.     

 Sources: Manual sobre a Legislaçâo éléitoral de Angola
               : Constituiçâo angolana
Sobamasoba, l'analyse politique qui informe.
Eduardo Scotty Makiese.