samedi 13 mai 2017

Des élections justes et transparentes sont-elles possibles en Angola?


Les prochaines élections en Angola sont devenues, en cette période de précampagne électorale,  un sujet de prédilection pour les médias à Luanda. L’intérêt que les Angolais, surtout ceux de l’étranger, manifestent sur cette question m’oblige à y revenir encore une fois d’une manière plus fouillée.

Organiser des élections dans un pays ne signifie pas que ce pays est une démocratie. Actuellement, presque tous les pays sous régime dictatorial, brutal ou totalitaire procèdent à des élections pour légitimer leur pouvoir. En Iran, par exemple, un pays sous un régime théocratique il y a des élections à divers niveaux : présidentielle, législatives et locales. Cela ne veut pas dire que le pouvoir est entre les mains du peuple. La Chine populaire est aussi très fière de son processus démocratique de base. Personne ne peut affirmer que la Chine est une démocratie. Pour tous ces pays et d’autres du même genre, les élections sont tout simplement un accessoire. Elles ne servent à rien, sinon à faire semblant, dans d'interminables discours, de s'intéresser aux problèmes du peuple.

L’Angola traverse en ce moment une situation socioéconomique très difficile, fruit d’une mauvaise gestion du Mpla. Nonobstant quelques efforts désespérés fournis par Dos Santos et ses pairs pour redresser la barque, le temps (oui, le temps) est un facteur qui ne pardonne pas. La date à laquelle se termine le mandat des institutions électives arrive à expiration au grand dam des dignitaires du régime. Conscients du pouvoir que leur confère la constitution, celui de choisir ses dirigeants, les Angolais, dans leur majorité, souhaitent l’alternance politique dans le pays. Cependant, très peu croient que les élections peuvent apporter cette altération. C’est peut-être un autre événement (lequel ?) qui, un jour, apportera le changement tant attendu. Cela ne devait pourtant pas être ainsi parce que, à mon avis, la théorie de la représentation politique démocratique crée un lien très fort entre le pouvoir et les élections. Dans des circonstances normales, le vote doit déterminer la volonté, l’organisation et l’activité du pouvoir politique. Pour cette raison, les citoyens angolais ont, non seulement, le droit de participer aux élections, mais ont aussi le droit de savoir par eux-mêmes que le processus électoral est valide. Car, c’est la validité du processus électoral qui garantit la légitimité nécessaire pour l’exercice du pouvoir politique. Dans ce même ordre d’idée, pour que les élections respectent ses objectifs démocratiques et soient valides, elles doivent être justes et transparentes. Or, dans le cas de l’Angola, c’est justement la crédibilité des élections qui est en cause pour celles qui sont fixées au 23 août 2017. Seulement, pour qu’elles soient dignes de foi, ces élections doivent répondre à deux exigences importantes : l’intégrité et la crédibilité.

L’intégrité implique que tous les votes (bulletins) soient comptabilisés pour le calcul des résultats et qu’à chaque parti politique soit attribué le nombre des votes correspondant au choix de ses électeurs. Il ne peut pas avoir de distorsion entre le choix et le résultat. Il s’agit ici d’un principe lié à la structure interne du processus électoral qui cherche à garantir l’égalité entre les votes émis et les votes comptabilisés.

La crédibilité assume une expression interne. Elle est liée à la nécessité d’installer dans le pays un climat de confiance. Elle se base sur la perception publique de que le processus électoral n’a subi aucune interférence extérieure et que les résultats reflètent la réalité. Selon mon oncle, un observateur politique avisé,  « savoir que le processus électoral se déroule de la meilleure manière est une base pour que la population ait confiance dans les résultats des élections et dans ses organisateurs ». En somme, il ne suffit pas d’organiser des élections, il faut que leurs résultats soient justes. En Angola, les choses ne se passent pas de cette manière. D’ailleurs, les partis d’opposition sont déjà montés au créneau, ils crient à la fraude électorale. Le rapport présenté par la CNE suscite beaucoup d’interrogations. Le Ministère de l’Aménagement du territoire qui s’est substitué à la CNE pour  l’enrôlement des électeurs a commis énormément d’irrégularités. Selon l’opposition ces irrégularités ont été commises délibérément. Car si l’Angola est formellement une démocratie, en réalité c’est une « fausse » démocratie dans laquelle sévit un parti presque unique qui domine l’État avec un président au pouvoir depuis plus de 37 ans. Les caractéristiques démocratiques de l’indépendance de la justice, de l’État de droit ou des droits des minorités sont inexistantes dans ce pays. Les droits humains sont fréquemment violés et les résultats des élections ne correspondent jamais à la réalité des urnes. La CNE attribue toujours une majorité confortable au parti du président Dos Santos. Ce qui me pousse à conclure : pour que ces élections répondent à la préoccupation de la population, il faut que le processus électoral obéisse aux deux principes cités plus haut : intégrité, crédibilité. Dépouillement dans la transparence, inclusivité dans l’organisation du scrutin, clarté dans la publication des résultats.

Sobamasoba, l’analyse politique qui informe.

Eduardo Scotty M. 

 

             

lundi 24 avril 2017

Élections en Angola: continuité ou rupture?


Petit à petit, les choses se précisent en Angola. Je parle ici des élections fixées au mois d’août 2017. Selon la presse angolaise acquise à l’opposition, malgré les démentis du gouvernement, la fraude électorale est organisée à tous les niveaux. Nonobstant la situation socioéconomique provoquée par le Mpla, au pouvoir depuis 1975, Dos Santos et ses amis ont du mal à cacher l’immense déception qu’ils ont causé aux jeunes cadres angolais. À ce stade, il n’est pas superflu d’affirmer que le pays est plongé dans une profonde crise de confiance. Pourtant, il y a 41 ans l’indépendance a suscité, partout en Angola, l’enthousiasme des cadres et de la population. Aujourd’hui, ces mêmes cadres se posent des questions sur la méthode de gestion du pouvoir en place à Luanda. Ils voulaient réussir tout de suite, malheureusement, quatre décennies après, le constat est douloureux : le pays fait du sur place. Corollaire : la déception des cadres a contaminé les populations. Quand on observe le peuple angolais à l’heure qu’il est, on sent, à part peut-être quelques exceptions, qu’il y a de la défiance à l’égard des dirigeants politiques : « Ils parlent bien, mais commettent continuellement les mêmes erreurs ». La conséquence, c‘est qu’aucun responsable au niveau provincial ou national ne crée quelque chose d’original. Tous se contentent de copier et développer des théories venues d’ailleurs. Selon un homme politique angolais dont la qualité intellectuelle ne fait aucun doute : « les organisations politiques dans notre pays ne jouent pas leur rôle ». Seuls leurs présidents comptent et eux seuls. Quand le président disparait, comme dans le cas du Fnla, le parti change d’orientation, quelquefois de nom, ce qui engendre la déception continuelle des cadres et des militants. Or, une certaine continuité est requise pour réparer les erreurs, créer un esprit nouveau. Bref, de l’avis de ce patriote, il ne faut pas toujours repenser nos problèmes en termes économiques, il faut les repenser en termes politiques. Il faut que nous cessions de créer dans le pays des institutions personnifiées par les seuls dirigeants. Il nous faut des institutions qui reposent sur les cadres pour qu’elles jouissent d’une certaine continuité. Autrement, nous n’aurons jamais de stabilité. L’approche de ce brillant homme politique, aujourd’hui disparu, est très différente de ceux qui disent qu’il faut privatiser à outrance l’économie. Il était, de son vivant, persuadé que ce n’est pas là le problème majeur de l’Angola. Chacun sait que la crise économique frappe l’ensemble du monde. Les crises économiques passent. Il y a un « boom » à un moment, puis la baisse… Ni l’Angola, ni les pays capitalistes ne peuvent contrôler ces mouvements de fièvre économique.

Sur le plan politique, on peut faire plus : il faut dépasser le court terme. Malheureusement, nos dirigeants veulent voir leur œuvre de leur vivant, ils imposent à nos cadres et à nos peuples un sacrifice supérieur à celui qu’ils peuvent consentir. Ils devraient plutôt se dire : « J’ai été au pouvoir pendant vingt ou trente ans, je ne dois pas forcer le pays à faire ce que je ne pourrai pas voir dans les deux prochaines décennies. » Cela pourrait nous aider. Ceci vaut pour tous les dirigeants africains. Mais chaque chef d’État commence par faire édifier un barrage, par exemple comme celui de Luau en Angola, et attend de le voir terminé pour lui donner son nom ! C’est un exemple courant en Afrique. Ainsi, au moment où le chef d’État quitte le pouvoir, l’ensemble de l’œuvre entreprise s’arrête avec son départ. Celui ou ceux qui viennent au pouvoir après lui vont, à leur tour, tout refaire. Quel gâchis ! Voilà pourquoi, selon le regretté homme politique angolais, paix à son âme, l’Angola ou l’Afrique devrait se reprendre à partir des institutions politiques. À partir de là, l’approche économique serait plus correcte. Car c’est du politique que découle l’économique.

Mon oncle, que vous connaissez déjà, celui qui vit à Bangoula-city, n’aurait pas dit mieux. Il avait beaucoup d’admiration pour cet homme que l’Angola officiel diabolisait à outrance. De formation essentiellement portugaise, sa méthode, son analyse, sa démarche intellectuelle étaient cartésiennes. C’était un homme très cultivé, un homme de synthèse et de rigueur intellectuelle dont la pensée, la philosophie et l’approche de la vie étaient simplement africaines. C’est pour cette raison qu’on l’a tué. Il était trop africain pour ses adversaires politiques. Ses idées, même à titre posthume, gênent encore aujourd’hui. C’est avec virulence qu’elles sont balayées. C'est vraiment dommage.

Sobamasoba, l’analyse politique qui informe.

 

Eduardo Scotty M.

jeudi 6 avril 2017

2002-2017 : 15 années de paix en Angola. Quelle paix?


Il y a quinze ans, le 4 avril 2002, les deux partis politiques en guerre en Angola signaient un accord mettant fin à 27 ans d’un douloureux conflit armé. L’arrêt des hostilités entre les frères ennemis a donné naissance à une attente, celle d’ouvrir la voie à une période de paix et, par la même occasion, de s’inscrire en faux contre tous ceux qui, lorsqu’ils parlent de la paix en Angola, pensent uniquement à la dimension militaire de la dernière phase du conflit sociopolitique entre l’Unita et le Mpla. Ceux-là mêmes qui pensent à cette dimension militaire oublient que les guerres commencent dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit de ces mêmes hommes que les défenses de la paix doivent être construites. De facto, ce ne sont pas les armes qui provoquent les guerres, mais bien l’esprit des hommes, leurs ambitions, orgueil et passion. La paix, pour toutes les personnes de bon sens, n’est pas seulement le silence des armes ni la signature des accords conduisant à l’accalmie. La paix est une culture qui a comme base la tolérance, l’égalité et la solidarité. Malheureusement, dans le système imposé par le Mpla, toutes ces valeurs sont inexistantes. La jeunesse angolaise s’en est rendu compte et, dans un sursaut de patriotisme, s’est organisée pour faire entendre sa voix. Seulement, sous un régime dictatorial, ce n’est pas chose facile. Les manifestations sont sanctionnées par des emprisonnements et toute velléité de résister est considérée comme une tentative de coup d’État. Néanmoins, leur détermination a fait des émules.  Pour la première fois, des femmes angolaises de toutes les tendances politiques ont manifesté à Luanda contre une loi jugée injuste, la loi  sur l’avortement. Nonobstant la controverse, au grand dam des Angolaises, la fameuse loi fut approuvée par la majorité parlementaire du Mpla en dépit de son caractère impopulaire. Cette protestation qui a eu lieu dans un climat déjà tendu par l’immixtion du ministère de l’Aménagement du territoire dans le processus d’enrôlement des électeurs a poussé les jeunes luandais, encore une fois, à sortir de leur réserve.  

En cette fin de mandat, même si le peuple ne l’exprime pas ouvertement, tous ses espoirs pour une éventuelle alternance se reposent sur sa jeunesse.  Car, de l’avis de tous, la jeunesse est la seule frange de la population capable de pousser le régime du Mpla dans ses derniers retranchements. Quelles que soient les brimades et les brutalités du régime de Dos Santos, les sans voix comptent sur ces jeunes qui, depuis quelques années, deviennent de plus en plus éduqués et instruits par rapport à ceux de 1975. Dire non au mode de vie qu’on leur impose, une vie identique à celle vécue par leurs parents, est un impératif pour ces jeunes. Ils doivent se battre avec les moyens légaux à leur disposition pour influer sur les méthodes de gouvernement dans le pays. Ils sont dans l’obligation de se dresser contre les projets de constitution taillée sur mesure, des lois électorales douteuses, des supercheries électorales ou des manipulations de statistiques dans le cadre d’un referendum pour faire passer des lois injustes, autant d’éléments négatifs qu’ils pourront éradiquer pour faire naître la paix : la paix des esprits, la paix sociale. Aminata Traoré, écrivaine malienne faisait la mise au point suivante dans un forum : « Victimes de décisions et choix macroéconomiques dont ils ne sont nullement responsables, les jeunes sont chassés, traqués, brutalisés parfois emprisonnés et humiliés lorsqu’ils tentent d’apporter des solutions aux problèmes qui se posent à leur pays ». Cette Africaine s’élevait ainsi contre les mauvais traitements infligés aux jeunes dans l’exercice de leurs droits.

Mon oncle que vous connaissez tous, celui qui vit à Bangoula-city, m’a interpellé dernièrement en me conseillant de ne pas regarder toujours dans une seule direction lorsque je fais une analyse politique. Car, a-t-il ajouté, dans ce débat sur la conduite de la chose publique, les torts doivent être partagés. Selon mon oncle, les maux qui affectent nos pays sont de divers ordres. Il y a d’abord ceux dont nos dirigeants sont les auteurs, à cause de la mauvaise gestion des affaires ou à cause des choix qu’ils opèrent pendant leur mandat ; il y a aussi ceux dont, nous, le peuple, commettons parce que nous ne demandons pas assez des comptes à nos dirigeants et, à plusieurs occasions, n’avons pas été capables de les pousser vers la porte de sortie. Pourtant, la constitution met à notre disposition les outils nécessaires à la réalisation d’une telle démarche. Si les jeunes au Burkina-Faso, en Gambie ou au Sénégal ont pu influencer le changement dans leurs pays, sous d’autres cieux, cela est aussi possible. Il suffit d’un peu de courage et de détermination. La jeunesse angolaise ne doit pas compter sur les leaders de l’opposition, car ces derniers sont tétanisés par la peur d’être taxés d’agitateurs et de manipulateurs. Ce qu’ils doivent faire c’est « se prendre en charge » comme disait un éminent homme d’État de l’Afrique centrale disparu il y a peu.  

 Sobamasoba, l’analyse politique qui informe.

Eduardo Scotty M.                 

mardi 14 mars 2017

Corruption et détournements de fonds: les deux mamelles qui sustentent le régime de Dos Santos.


Au moment où la précampagne électorale bat son plein en Angola, toute notre attention est tournée vers les « têtes de liste » de chaque parti en compétition. J’ai la certitude que durant ces cinq dernières semaines, beaucoup d’entre nous accompagnent, même de loin, le déroulement de la campagne en essayant d’avoir le plus d’informations pour se forger une opinion. Il n’est un secret pour personne que le Mpla qui dispose des moyens financiers importants met les bouchées doubles pour promouvoir son nouveau candidat. Dans les réunions et meetings, la lutte contre la corruption et l’impunité figure en tête de liste des engagements électoraux. Sachant que l’épicentre de la corruption se trouve à la présidence de la République, je m’interroge sur la capacité du candidat du Mpla à renverser la tendance. Tout bien considéré, je crois que mon oncle, celui qui vit à Bangoula-city, a raison lorsqu’il affirme que les promesses du Mpla sont des balivernes. Ce ne sont que des promesses électorales. Car, logiquement, comment peut-on s’attaquer à un clan auquel on appartient ? Un clan auquel on est redevable de tout : ascension politique, stabilité financière, haut standing de vie. Quels que soient les petits frottements qui sont apparus au cours de l’existence du Mpla dans les relations à l’intérieur du clan, les loups ne se mangent jamais entre eux. D’ailleurs, dans  un article de Silvia Caneco publié sur le site de Visâo.pt, une analyse consacrée à  la Banque Espirito Santo Angola (BESA), beaucoup de membres de ce clan sont mis en cause. Vous avez surement déjà entendu parler de cette banque qui a fait faillite à cause de la mauvaise gestion de ses dirigeants. Énormément de rumeurs, fondées ou non, ont circulé au sujet du dépôt de bilan de BESA. Mais pour ne pas écorner l’image du régime angolais, tout a été fait pour étouffer l’affaire. Malgré le temps qui s’est écoulé entre la faillite de cette institution bancaire et sa restructuration en « Banco Económico », mon oncle, ce fouineur, a tenu à m’en parler pour qu’à mon tour je vous en parle. Selon la journaliste de Visâo.pt, la liste officielle des clients qui auraient bénéficié des crédits de la BESA (capital de la banque 5.700 millions de dollars), quand l’institution était dirigée par Alvaro Sobrinho, n’a jamais été publiée. Seulement, en Angola les noms de ces supposés clients ont circulé, et il faut le reconnaitre, la publication de ces noms a mis certains dignitaires importants du régime dans une situation très inconfortable.
Joâo Manuel Gonçalves Lourenço, actuel ministre de la Défense et tête liste de liste du Mpla aux prochaines élections, vice-président du parti au pouvoir, probable futur président de la République, est sur la liste. Il aurait bénéficié de 30 millions de dollars de crédit auprès de BESA. Manuel Nunes Junior, secrétaire du Mpla pour la politique économique et sociale apparait aussi sur la liste pour avoir obtenu un crédit de 20 millions de dollars. Robert de Almeida, l’ancien vice-président du Mpla, connu pour sa droiture et sa rigueur, est également sur la liste avec un crédit de 30 millions de dollars. Il aurait investi 10 millions dans la construction d’un immeuble. Et lorsque les services de  recouvrement de BESA l’ont contacté pour récupérer leur dû, Roberto de Almeida les a poliment éconduits en disant que, pour lui, les 30 millions de dollars étaient un « cadeau ». Un don  de la banque au vice-président du Mpla. C’est incroyable. Mais ça, ce n’est que la partie émergée de l’iceberg.
Il y a aussi des Portugais sur la liste. Ils ne sont jamais loin dans tous les maquignonnages qui ont lieu en Angola. Dans celui de BESA, en partenariat avec Marta dos Santos, sœur du président Dos Santos, José Guilherme, un sujet portugais qui évolue dans les hautes sphères de la politique angolaise, aurait bénéficié de près de 800 millions de dollars qui ont été investis (?) dans la construction des édifices à Talatona à Luanda. Au moment de mettre la clé sous la porte (pourrait-il en être autrement ?), José Guilherme n’aurait reconnu que 121 millions de dollars des 800 millions sortis de la banque. Dans aucun pays du monde, vous ne connaitrez des situations identiques. Aucun.
Et le président de cette banque ai-je demandé à mon oncle ? Étant donné que la charité bien ordonnée commence par soi-même, m’a-t-il dit,  Alvaro Sobrinho, puisque c’est de lui qu’il s’agit, se serait attribué 745 millions de dollars.   
Lorsque cette information fut divulguée à Luanda, un certain Ricardo Salgado, ami de José Guilherme et de Marta dos Santos, prit contact avec le président Dos Santos pour l’informer de la situation de BESA. Vu l’énormité du scandale, Dos Santos, pour éviter d’éclabousser le Mpla, un parti dont les messages sont de moins en moins convaincants, décide de concéder une garantie souveraine de plus de 5.000 millions de dollars à BESA pour couvrir les crédits de ses amis et proches. C’est cet argent qui a permis de restructurer BESA en faillite et créer à sa place le « Banco económico ». Pendant combien de temps va-t-on encore avoir à la tête de l’Angola des dirigeants mouillés dans des magouilles de cette nature ? Si BESA a fait faillite, c’est parce que l’argent prêté n’est jamais rentré dans ses caisses. C’est affligeant.   
 
Sobamasoba, l’analyse politique qui informe.

Eduardo Scotty M.

 

vendredi 24 février 2017

José Eduardo dos Santos, un pas dedans, un pas dehors?


En échos à mon analyse sur une éventuelle alliance de partis de l’opposition angolaise, l’opinion nationale a enregistré la réaction de Isaias Samakuva (coïncidence ?), président de l’Unita, qui, au cours d’un point de presse à Luanda, a rejeté l’idée d’une coalition avant les élections pour des raisons de stratégie politique, il s’est prononcé plutôt en faveur d’une union de partis d’opposition après le scrutin en vue de former une majorité parlementaire. Les raisons invoquées pour justifier ce rejet ne m’ont pas convaincu, mais je respecte sa position et celle de son parti. Au sujet cette théorie de la coalition, le positionnement d’Abel Chivukuvuku de Casa-ce n’est pas très éloigné de celui de Samakuva. Concomitance ?   Nous ne le saurons jamais.

Mais revenons à notre sujet d’aujourd’hui. « Méfiez-vous des déclarations politiques et publiques de politiciens. Méfiez-vous encore plus de ce qu’il y a derrière leurs déclarations, car généralement, ces professions de foi renferment beaucoup de fourberie ». Ce conseil est de mon oncle : celui qui habite à Bangoula-city et ne cesse de m’appeler pour me faire profiter un peu de sa sagesse. Pour lui, il est maintenant clair, si l’on considère la volonté de Dos Santos, que Joâo Lourenço « le choisi » est le prochain président de l’Angola. Grâce à sa stratégie de renonciation, l’opinion internationale fait aujourd’hui l’éloge de l’Angola : finalement, encense-t-on, José Eduardo dos Santos est un homme d’État qui a choisi de quitter la scène politique avec dignité. En indiquant son successeur, le dictateur angolais insuffle de l’oxygène à un régime moribond incapable de trouver des solutions aux problèmes que connait le pays. Cet oxygène permet que soit reporté le procès de transition démocratique (ô combien nécessaire) et de réforme économique. Or, sans l’une ou l’autre, les Angolais ne peuvent penser ni au progrès ni au bien-être. Au regard de ce qui se vit dans le pays, se plaint mon oncle, tout est fait pour que l’Angola ait un nouveau président dictateur, choisi par le monarque. Seulement, si c’est certain que Joâo Lourenço occupera le fauteuil présidentiel, il n’est pas sûr que le pouvoir effectif, le pouvoir exercé dans l’État réel, celui qui a toujours été dans les mains de Dos Santos et sa famille,  puisse lui revenir. En termes de discipline et de contrôle au niveau du Mpla, Dos Santos sera toujours aux commandes. Joâo Lourenço devra donc agir en se conformant aux désirs de JES. Hormis le fait qu’il n’aura aucune emprise sur le parti, il n’aura non plus aucun droit de regard sur la SONANGOL, principale source financière de l’État, dirigée par Isabel dos Santos et ses hommes de confiance. D’ailleurs, Isabel s’est très habilement évertuée à préparer les conditions pour que, le moment venu, Joâo Lourenço soit sous sa dépendance. Les accusations de mauvaise gestion lancée contre l’équipe dirigeante sortante ouvrent le chemin à l’argument selon lequel la Sonangol n’a pas d’argent et, pour ce motif, ne peut pas financer le gouvernement. Il s’agit là d’une menace qui, si elle est mise en pratique, laissera Lourenço sans moyens financiers. Les ressources financières et le parti étant dans les mains du vieux ; le pétrole et les diamants dans celles de sa fille ; le Fonds souverain avec toutes les réserves financières stratégiques, sous le contrôle de ZENU, que restera-t-il à Joâo Lourenço ?  Aura-t-il le courage dans la lutte qu’il a annoncée contre la corruption de destituer Isabel dos Santos et Filomeno Zenu de leurs postes ?  Je laisse à chacun la liberté de répondre aux deux questions.

Au regard de ce qui précède, les institutions formelles du gouvernement et leur appareil juridico-légal ne reflètent pas la véritable nature du pouvoir qui sera toujours exercé par l’actuel président de la République malgré sa prochaine « sortie ». Il est évident que l’objectif des actuels détenteurs du pouvoir n’est pas le changement /l’alternance politique, mais la préservation. D’ailleurs pour garantir la continuité de son pouvoir Dos Santos a mis en place quelques mesures hasardeuses de démocratisation qui vont ponctuellement donner une certaine légitimité populaire et une crédibilité internationale à son régime. C’est dans ce contexte que se développe le système de clientélisme au profit d’une classe politique elle-même profondément corrompue.

 

Sobamasoba, l’analyse politique qui informe.
Sources: Angonoticias
             Makaangola

 

Eduardo Scotty M.    

 

     

vendredi 10 février 2017

L'opposition politique angolaise va aux élections en ordre dispersé. Pourquoi?


Ca y est ! Cette fois, c’est officiel. José Eduardo dos Santos a jeté l’éponge. Il ne se présentera pas aux prochaines élections. À sa place, c’est Joâo Gonçalves Lourenço qui conduira la liste du Mpla. Je ne veux pas revenir ici sur mes précédentes analyses même si la répétition est la mère des sciences. Néanmoins, je tiens à souligner quand même le manque de vision/projet constaté par les observateurs de la politique angolaise de celui qui est censé, si le Mpla gagne les élections, diriger l’Angola pour les cinq prochaines années. « Mon unique priorité en ce moment est d’œuvrer pour gagner les élections, après nous verrons » a répondu Joâo Lourenço aux journalistes qui cherchaient à connaitre son projet politique et les intentions de son parti pour la prochaine législature. Gagner les élections, oui, mais sur quel programme ? Sur celui avec lequel Dos Santos a conduit le pays au désastre ? Cette absence de vision, ce vide politique sont, à mon avis, une réalité qui avantage l’opposition dans son approche des thématiques qui touchent à la vie sociale, politique et économique du peuple angolais. Il faut remplir ce vide. Seulement, il est plus aisé de dire que de faire. Je vous le concède. Parce que ç’aurait été plus facile si, comme dans d’autres pays africains, les opposants angolais étaient capables de se dépasser, de sacrifier leurs petits intérêts et d’aller au-delà de leurs partis pour le bien-être du peuple. Dans les pays où cet exercice a eu lieu, les opposants ont gagné les élections. Quelles que soient leurs différences « idéologiques », au moment où les jeunesses africaines se réveillent, les partis d’opposition sont appelés à s’unir pour vaincre. Au Sénégal, en Gambie, en Côte d’Ivoire, pour ne citer que ces pays, l’opposition, devenue aujourd’hui pouvoir, s’est coalisée en un front dont seule la volonté de vaincre a été le dénominateur commun. En Angola, il y a quelques mois une timide tentative de former un front de l’opposition s’est soldée par un échec. Apparemment, la situation que traverse le pays fait croire aux opposants que la victoire est d’avance acquise. Une situation qui génère le rejet du Mpla dans la population et réconforte les partis d'opposition dans leur prétention de gagner aisément le scrutin de 2017. Là, je crois qu’ils commettent une grosse erreur.  Ce rejet n’est peut-être qu’apparent. Le mécontentement gronde, c’est vrai. Tout le monde parle de la mauvaise gestion du Mpla, mais au moment de faire le choix dans l’isoloir du bureau de vote, rien ne garantit que le choix de l'électeur soit l’expression de la frustration. Si nous ajoutons à ce rejet le sondage publié par une agence américaine qui donne CASA-CE vainqueur des élections avec 40% des voix, suivi de l’UNITA avec 32% et le MPLA 9%, nous nous trouvons devant des données dont le résultat peut conduire inévitablement à l’anesthésie des opposants. À mon humble avis, l’opposition politique angolaise doit se méfier de tout ce qui donne l’impression que c’est perdu d’avance pour le Mpla. Rappelez-vous mon analyse sur la fraude électorale. Combien de fois n’avons-nous pas entendu les dirigeants de l’Unita se plaindre au sujet de l’enrôlement des électeurs et du contrôle de cette opération par le Ministère de l’Aménagement du territoire en lieu et place de la CNE ? Cette plainte de l’Unita, en apparence anodine, est justifiée parce que Bornito de Sousa, actuel ministre de MAT, candidat à la vice-présidence de la république et responsable des opérations d’enrôlement, ne peut pas être juge et partie. Il y a incompatibilité. Raison de plus pour que l’opposition se réunisse en front commun.

La solution pour gagner les élections de 2017 se trouve dans le rassemblement de toutes les forces acquises au changement. Aller à ce scrutin en ordre dispersé est une démarche vouée à l’échec. Quelles que soient les différences existantes entre l’UNITA, CASA-CE, PRS et PDP-ANA, il faut un front soudé pour vaincre le Mpla. Il n’est pas correct dans les circonstances actuelles de faire cavalier seul. S’adapter aux réalités du moment, être pragmatique: voilà la meilleure méthode pour affronter le Mpla dans la bataille électorale qui se pointe à l’horizon. Je crois qu’il est encore temps, pour l’opposition angolaise, de reprendre les négociations enfin de constituer une plate-forme politique capable d’offrir une alternance au peuple angolais. Penser, comme le font déjà certains politiciens de l’opposition, former une coalition avec le Mpla pour gouverner le pays, apparait aux yeux de l’opinion nationale comme une trahison de la promesse faite au peuple; l’engagement de lui offrir une autre politique, celle de la justice sociale et du respect des droits de l’homme.  Sinon, à quoi auront servi toutes les années de lutte ?

Mon oncle à qui j’ai raconté cette histoire de coalition m’a fait comprendre qu’à Bangoula, c’est pareil. Les opposants n’arrivent pas à trouver un consensus au sujet de la formation d’une plate-forme politique. Et pourtant, a-t-il ajouté, Dieu seul sait combien cela faciliterait les millions d’électeurs analphabètes que compte le pays. Avec deux bulletins de vote, un de l’opposition et l’autre du parti au pouvoir, le choix de l’électeur est facilité. Le dépouillement devient aussi facile. Qu’en pensez-vous ?

Sobamasoba, l’analyse politique qui informe.

Eduardo Scotty Makiese.

vendredi 6 janvier 2017

Du marxisme au libéralisme sauvage, le MPLA peine à trouver sa voie. Laquelle?


Décidément, la période précédant les fêtes de Noël et de Nouvel An inspire beaucoup mes oncles paternels. Après celui qui m’a briefé sur Zé Kitoumba, c’est au tour du cadet, le jour suivant, à m’expliquer combien les idéologies politiques rapportées de l’étranger peuvent causer du tort aux populations des pays fraîchement libérés du joug colonial. Leur passage d’un régime colonial assujettissant à un autre qui lui ressemble par ses méthodes, les plonge inévitablement dans une longue et difficile recherche d’identité politique et économique. Mon oncle qui est un bon observateur de tout ce qui se passe autour de lui tient à illustrer son propos en me racontant l’histoire de Bangoula, le pays où il a passé toute sa jeunesse et qui a accédé à l’indépendance dans des conditions dramatiques. Une guerre fratricide a salué l’accession de ce pays à la liberté ; une guerre qui a duré plusieurs années et fait des milliers de victimes.  Dans ces conditions, durant les premières années d’indépendance de la nouvelle république, les ressortissants de ce pays n’ont pas pu jouir des bénéfices de l’indépendance. Le départ précipité des colons les avait plongés dans un abîme d’incertitudes. Le nouveau pouvoir, trop susceptible, avait imposé un contrôle rigoureux à la circulation des hommes et des biens. Le rationnement était devenu le nouveau mode de vie dans le pays. C’est dans ce climat d’inconstance que le premier président de cette nouvelle République populaire décède d’une mort consternante. L’espoir d’un changement durable qui commençait à poindre à l’horizon s’était brisé comme une vague sur les rochers au bord de l’océan. Avec la nomination d’un nouveau Chef de l’État, la population, sur toute l’étendue du territoire, a vu apparaitre dans sa vie de chaque jour une réalité nouvelle : celle d’un pays dans lequel les uns bénéficient de tout et les autres, de rien. Finalement, les promesses contenues dans la propagande qui a précédé la libération du pays n’ont été que des balivernes. Et au fil des années, le mode de vie imposé par l’État a fini par mettre un terme aux illusions postcoloniales de ce peuple désabusé. Meurtris dans l’âme, les Bangoulais, résignés et incrédules, ont assisté à la confiscation de toutes leurs libertés, même les plus élémentaires.  Fini le temps d’acheter, comme à l’époque coloniale, n’importe quoi, n’importe quand. Toute acquisition de biens industriels ou alimentaires était désormais conditionnée par la possession d’une carte spéciale dont seuls les travailleurs étaient attributaires. «Qui ne travaille pas, ne mange pas ». C’était le communisme dans sa version bangoulaise. Un système social, politique et économique fondé sur la propriété collective à l’intérieur duquel l’égalité devait être le principe fondateur. L’égalité, la lutte des classes. Des principes qui sous d’autres cieux augurent dans les meilleurs de cas d’une société dans laquelle les bénéfices de l’État sont redistribués équitablement. Mais était-ce le cas dans la République populaire de Bangoula? Visiblement, non ! La manière de gérer le pays ne correspondait pas aux exigences du peuple qui  s’était aperçu très tôt des injustices flagrantes dont il était victime. Comme dans tous les pays communistes à l’époque, les cadres supérieurs et dirigeants du parti au pouvoir vivaient dans l’opulence tandis que le reste de la population se contentait des miettes. Plusieurs années après, c’est toujours pareil à Bangoula. Chaque jour, le fossé qui sépare les riches des pauvres est de plus en plus profond.  

Ce résumé de l’histoire de la République de Bangoula ressemble à s’y méprendre à l’histoire de l’Angola. Marxiste à son accession à l’indépendance, social-démocrate dans les années 90, l’Angola est aujourd’hui plongé dans un libéralisme sauvage qui ne dit pas son nom. Le passage du marxisme au libéralisme n’a pas été, me semble-t-il, suffisamment pensé. Car l’économie planifiée liée à la doctrine marxiste dont le régime s’est affublé durant plusieurs années a pris en otage tout le système économique angolais. Aujourd’hui, c’est dans un désordre dévastateur que l’économie de marché se fraye un chemin dans le système communiste moribond expérimenté par le Mpla dans le pays. Une nouvelle économie dont la complexité a malheureusement ouvert la porte à la culture de la corruption, du népotisme et de l’impunité. Ne sachant pas dominer les mécanismes des phénomènes de production, de circulation, de répartition et de consommation des richesses, base fondamentale de l’économie de marché, le Mpla a plongé le pays dans un profond désordre des finances publiques. La situation difficile que connait l’Angola aujourd’hui n’est pas seulement liée à la baisse du prix de pétrole, mais elle est le résultat d’une méconnaissance des règles qui régissent l’économie de marché. Dans le souci de bien faire, il est plusieurs fois arrivé aux dirigeants angolais de mélanger les principes de l’économie planifiée, à laquelle ils sont intimement liés, à ceux de l’économie de marché.  Dans cet apprentissage du libéralisme, à chaque tentative ils se sont pris les pieds dans le tapis. Pour preuve, la conversion des UEE (Unidade economica estatal) en entreprises privées fut une catastrophe. Et le résultat est celui que nous vivons actuellement dans le pays.

Mon oncle n’a pas l’âme d’un opposant. Lorsqu’il me raconte cette histoire, il ne cherche pas à faire de moi un opposant. Et moi quand je vous la raconte, je ne cherche pas à faire de vous des opposants. Je veux tout simplement que vous ne croupissiez pas dans l’ignorance. Car, qui ne connait pas sa vraie histoire, la vraie histoire de son pays, est comme un être sans repères. Pensez-y !

 

Sobamasoba, l’analyse politique qui informe.

 

Eduardo M. Scotty.