jeudi 31 août 2017

CONSTERNATION !


Consternation est le mot qui correspond exactement à l’état d’esprit des Angolais au lendemain des élections du 23/08/2017. Après une intense campagne de conditionnement orchestré par le Mpla à travers des médias nationaux et internationaux attribuant à Joâo Lourenço la victoire, les Angolais avertis n’avaient plus aucun doute quant à l’issue de ce scrutin. Devant cette pénible évidence, une seule inconnue s’imposait: le pourcentage des voix que s’attribuerait le Mpla pour rester au pouvoir. L’opinion n’a pas attendu longtemps pour être fixée. Les résultats électoraux qui arrivaient au siège du Mpla présageaient une catastrophe électorale pour le parti. Dans plusieurs provinces du pays, le Mpla était en train de perdre, ce qui a provoqué une certaine panique au sein du secrétariat national en charge des élections. Ils n'ont pas pu supporter l'idée d'un président Mpla et d'une Assemblée nationale dominée par l'opposition (Unita-Casa-ce). Dans la précipitation, pour éviter que l’opinion ne soit informée de la déconfiture du parti, le Mpla sans consulter la CNE publie des résultats provisoires dont seuls ses dirigeants connaissent l’origine. MPLA (64,57%)+ UNITA (24,40%)+ CASA-CE (8,56%)+ PRS (1,37%)+ FNLA (0,95%)+ APN (0,52%)= 100,37%. Je vous laisse juger.

Organiser des élections dans un pays ne signifie pas que ce pays est une démocratie. Je l’ai dit et je le répète. Actuellement, presque tous les pays sous régime dictatorial, brutal ou totalitaire procèdent à des élections, comme en Angola, pour légitimer leur pouvoir. Pour ces pays, les élections sont tout simplement un accessoire. Elles ne servent à rien. Personne ne tient compte de l’expression et du choix du peuple. Staline disait en son temps : « Peu importe qui vote et comment il vote. Ce qui importe, c’est qui comptabilise les bulletins de vote ». En confirmant le communiqué du Mpla au sujet des résultats provisoires des élections du 23/08/2017, la CNE a publiquement et clairement exprimé son allégeance au Mpla.       

 

L’Angola traverse en ce moment une situation socioéconomique très difficile, fruit d’une mauvaise gestion du Mpla. Il n’y a aucun doute à ce sujet. Quelques efforts désespérés ont été fournis par Dos Santos et ses pairs pour redresser la barque, mais le temps (oui, le temps) est un facteur qui ne pardonne pas. La date à laquelle se termine le mandat des institutions électives est arrivée à expiration au grand dam des dignitaires du régime. Conscients du pouvoir que leur confère la constitution, celui de choisir ses dirigeants, les Angolais, dans leur majorité, et suivant tous les sondages publiés, ont exprimé le souhait d’une alternance politique dans le pays même si très peu croient que les élections peuvent apporter ce changement. C’est dommage qu’aujourd’hui leur vote ne compte pas pour donner au pays le visage politique qu’il mérite. C’est qui les attriste le plus, c’est de voir que leurs compatriotes, qui vivent à l’étranger et profitent des systèmes démocratiques dans les pays hôtes en s’engraissant grâce aux systèmes sociaux de ces pays, soutiennent dans leur propre pays d’origine un pouvoir dictatorial qui crée et entretient la misère. Si ce régime qu’ils soutiennent est tellement démocratique pourquoi ne reviennent-ils pas ? se demandent les Angolais de l’intérieur. Moi aussi je me pose souvent cette question sans pouvoir y apporter une réponse. Les citoyens angolais ont, non seulement, le droit de participer aux élections, mais ont aussi le droit de savoir par eux-mêmes que le processus électoral est valide. Car, c’est la validité du processus électoral qui garantit la légitimité nécessaire pour l’exercice du pouvoir politique. Dans ce même ordre d’idée, pour que les élections respectent ses objectifs démocratiques et soient valides, elles doivent être justes et transparentes. Or, dans le cas de l’Angola, c’est justement la crédibilité des élections qui est en cause. Seulement, pour qu’elles soient dignes de foi, ces élections doivent répondre à deux exigences importantes : l’intégrité et la crédibilité.

Sobamasoba, l’analyse politique qui informe.
Eduardo Scotty M.

vendredi 11 août 2017

42 ans au pouvoir. Le MPLA, quel bilan?


Lorsqu’en 2010, le Mpla  soumet à l'agrément des Angolais, à travers ses représentants à l'Assemblée nationale, une loi fondamentale (constitution) atypique qui  attribue plus de pouvoir au président de la République et supprime l’élection présidentielle au suffrage universel, l’opposition et la société civile ont crié à la confiscation des droits élémentaires des citoyens. Réconforté par sa majorité parlementaire, le Mpla a ignoré volontairement ces appels à la raison. Aujourd’hui, au vu d’un sondage commandé par la présidence de la République auprès de la société brésilienne SENSUS, le Mpla est donné gagnant avec 38% de suffrage, l’Unita 32% et Casa-ce 26%. Les autres partis se partagent les 4% restants. Dans l’éventualité où la fraude ne serait pas massive et que ces résultats se vérifiaient, le Mpla serait minoritaire à l’Assemblée nationale. Du coup, le président élu se trouve dans l’obligation de mettre en place un gouvernement de coalition. Quand on connait le dessein du Mpla à rester éternellement au pouvoir, je me demande si dans l’esprit des auteurs de la constitution angolaise, l’idée d’un gouvernement de coalition faisait partie du calcul. D’ailleurs, le candidat du Mpla ne cache pas son intention de gouverner seul à l’issue de ces élections. Partout où il passe, il demande à la population de lui donner une majorité absolue. Certainement, il a vu ce sondage et il est très préoccupé.

Pourquoi le Mpla connait-il une telle baisse dans l’opinion ? Selon un autre sondage commandé par la présidence de la République, toujours auprès de SENSUS, 87% d’Angolais estiment que les politiques publiques mises en place par le Mpla n’ont pas amélioré la qualité de vie des populations. Les 27 ans de guerre contre l’Unita ne peuvent pas justifier l’incompétence des gouvernements qui se sont succédé au pouvoir à Luanda. Ce sondage réalisé auprès de 9.155 personnes, de différents niveaux d’études et de classes sociales,  ne plaide vraiment pas en faveur du Mpla au pouvoir depuis 1975. Dans cet échantillon on retrouve plusieurs sympathisants du Mpla et leur présence dans ce panel inquiète sérieusement le pouvoir. Si des militants commencent à douter de l’efficacité de leur parti, il y a un problème. Alors pour reprendre la main, à l’instar de l’Unita et de Casa-ce, le Mpla élabore et distribue à la population un manifeste expliquant son programme pour les cinq années à venir. Ceux qui ont eu l’occasion de lire cette profession de foi ont constaté qu’il ne s’agit que d’une longue liste des objectifs à atteindre. Le Mpla n’explique pas comment il fera pour réaliser ces objectifs. Avec quels moyens ? « Améliorer ce qui est bien et corriger ce qui est mal » est la formule sur laquelle repose ce manifeste. Seulement, le problème est que ce sont eux qui ont conduit le pays là où il est maintenant. Il n’y a donc rien à améliorer, tout est à corriger. Et si tout est à corriger, pourquoi confier le pouvoir au parti qui est l’auteur du désastre ? Un peu plus loin dans ce programme, le Mpla s’engage à éradiquer la faim et combattre la pauvreté. Un tel combat ne peut se faire qu’à travers des programmes de gouvernement qui consistent à distribuer des subsides sociaux aux pauvres. Concrètement, dans la situation actuelle, le Mpla en a-t-il les moyens ? Quand le dauphin de Dos Santos répète à longueur des journées qu’il va combattre la corruption, stimuler la compétence, l’honnêteté et décourager le népotisme, à qui pense-t-il ? À son prédécesseur et à toute l’amicale qui le soutient ? Les corrompus en Angola, qui sont-ils ? De sa réponse dépend le sérieux de ses propositions. De l’avis des observateurs, ce que contient le programme du Mpla, ce sont des idées générales et des considérations abstraites.

Quant à l’Unita, son manifeste parait plus construit, intelligent, bien écrit et bien pensé. On y trouve 4 axes stratégiques qui s’ouvrent sur 7 mesures d’urgence nationale. Les propositions vont d’un gouvernement inclusif et participatif à la valorisation de la famille en passant par le combat contre la pauvreté, l’égalité de chances, la restructuration de l’économie et la pluralité dans la communication sociale. Toutes ces propositions sont chiffrées et les sources de financement bien définies. Un programme plus court, plus incisif aurait fait l’affaire, mais face à la crise que traverse le pays,  aux grands maux, grands remèdes.

Le manifeste de Casa-ce d’Abel Chivukuvuku se distingue des autres par le brouillard qui entoure ses propositions. En examinant les 220 idées que contient le programme de cette coalition, on a quelques difficultés à démêler les mesures réalisables de celles qui ne verront jamais le jour. D’une manière générale, les propositions des amis d’Abel manquent de cohérence.

Comment garantir le développement économique de l’Angola ? Comment garantir l’éducation et les opportunités pour les jeunes, et la santé pour la population ? Comment faire concrètement pour éradiquer la corruption qui vandalise le pays ? Comment garantir une justice juste pour tous ?  Ce sont ces questions auxquelles les futurs dirigeants doivent, à mon humble avis, répondre. Qu’en pensez-vous ?  

Sobamasoba, l’analyse politique qui informe.

Eduardo Scotty M.

Source : Makaangola

dimanche 6 août 2017

Après Dos Santos, le MPLA resistera-t-il à l'implosion?


Dans moins d’un mois, les Angolais seront appelés à élire leurs dirigeants pour les cinq prochaines années. Dans la capitale comme à l’intérieur du pays, apparemment, la campagne électorale se déroule sans incident majeur. Un fait presque rare dans une démocratie africaine naissante. Toutefois, parler de perfection dans l’organisation d’un scrutin dans nos pays, c’est se faire des illusions. Tout ce que nous souhaitons, c’est au minimum des élections apaisées et justes. Quant à la transparence, nous sommes encore très éloignés de cet objectif. Je suis presque certain que l’installation de la démocratie dans le temps donnera satisfaction à ce désir des peuples. Celui de l’Angola espère connaitre pour la première en 42 ans une alternance politique. Quel que soit celui qui sera élu à la tête du pays, l’Angola entrera dans une ère post-dos Santos. Alors, posons-nous la question de savoir : quelles sont les chances du Mpla de rester uni après la sortie de Jes ?  Le parti va-t-il imploser ? Je rappelle ici qu’il existe depuis plusieurs années à l’intérieur de ce parti un fort courant politique, dirigé par le Général Silva (Mpla- Tendências), qui réclame des réformes que Dos Santos a toujours refusé d’engager.  Si nous ajoutons à ce courant la fronde menée par Irène Neto et Ambrosio Lukoki, la contestation prend la forme d’une véritable sédition à l’intérieur de ce parti. L’apparente unité que nous offre le Mpla n’est qu’un leurre. Il suffit de regarder de quelle manière le président angolais, malgré sa maladie, se démène pour essayer de replacer ses pions avant son départ définitif du pouvoir pour s’en rendre compte. Carlos Feijó, un fidèle parmi les fidèles, revient en force à la présidence de la République où il retrouve son ami Kopelipa. Grâce à un décret présidentiel, confectionné à la mesure de ses compères, les chefs militaires en fonction dans l’armée et dans la police sont assurés de rester à leurs postes jusqu’en 2025. À la tête de la Sonangol et du Fonds souverain, Isabel et Filomeno dos Santos sont maintenus pour plusieurs années. Interdiction au prochain président d’y toucher ! Ce verrouillage, comme vous l’aurez remarqué, est l’œuvre d’un dirigeant désespéré qui a peur que son passé le rattrape. Seulement, tout cela n’a de sens que si le président Dos Santos ne meurt pas avant. Un scénario que je ne souhaite pas, mais qui est envisageable. Avec sa disparition physique, des ambitions cachées vont se libérer et donner certainement lieu à un désordre au sein du Mpla. L’insoumission à peine voilée d’Irène Neto est la pointe visible de l’iceberg. Sommes-nous au début d’une révolution de palais dans les rangs du Mpla ? Je n’anticipe rien. Je me pose simplement la question et croyez-moi, je ne suis pas le seul.

Le deuxième scénario est celui de l’élection d’un membre du Mpla qui serait appelé à obéir au doigt et à l’œil au leader du parti. Là, nous serons dans une configuration de bicéphalisme. Le président élu étant appelé à appliquer la politique du parti, le chef de ce parti ne se privera pas d’intervenir dans la conduite de la chose publique. Une situation que Lopo do Nascimento, ancien premier ministre et membre influent du Mpla, considère comme une ineptie que sa raison désapprouve et que son cœur désavoue. Pour lui, le président sortant doit prendre ses distances avec la politique active sous toutes ses formes. Le pays a besoin de vivre pleinement ce premier passage du témoin.  Beaucoup de militants du Mpla désirent qu’après le départ de Dos Santos, le parti et le pays se libèrent du système qu’incarne le président sortant et qui a engendré la corruption, le népotisme et l’impunité. D’ailleurs, son dauphin, Joâo Lourenço, ne cache pas sa volonté (!) de s’attaquer à ces maux. Le pourra-t-il ?

 Cette volonté de Dos Santos d’avoir un regard sur la gestion de la chose publique crée un malaise au sein de la classe politique. N’eût été sa maladie, le président Dos Santos aurait-il manifesté son intention au peuple angolais de quitter le pouvoir ? Tous ceux qui s’intéressent à la politique angolaise n’hésitent plus à parler de machiavélisme au sujet de cet homme qui, à travers les décrets présidentiels taillés sur mesure qu’il publie, tente de garder le contrôle sur les affaires de l’État.  « La maladie  l’a pris au dépourvu » affirment les observateurs. À dire vrai, c’est depuis quelques années qu’il planifie sa sortie. Très méthodiquement, il procède par étape. D’abord, c’est à son cousin, Manuel Vicente, grand argentier à la Sonangol, qu’il confie, malgré la désapprobation des caciques du Mpla, la vice-présidence de la République. Ce sont les médiocres résultats de ce dernier à ce poste qui le conduisent à revoir ses plans. C’est alors qu’il se retourne vers Joâo Lourenço, un militaire tombé en disgrâce et ramolli par une exclusion temporaire, pour lui servir de dauphin. Psychologiquement diminué à cause de son passage à vide pendant les années qu’il est resté sans fonction, Joâo Lourenço est prêt à tout pour retrouver les faveurs du chef. Dans l’entre-temps, Dos Santos, en fin politicien, confie les cordes de la bourse à ses enfants. La succession et les finances étant assurées, il pousse ses députés à voter une loi organique le mettant à l’abri de toute poursuite judiciaire. Et la boucle est bouclée. Qui peut faire mieux. Si ce n’est pas du machiavélisme, en tout ça y ressemble beaucoup.

 

Sobamasoba, l’analyse politique qui informe.

Eduardo Scotty M.

mercredi 5 juillet 2017

Le régime juridique des ex-présidents. Sous la pression de l'opinion, le MPLA recule.


Finalement, la Loi organique sur le régime juridique des ex-présidents et vice-présidents de la république a été votée. Oui, mais pas dans sa forme initiale. Les arguments d’Irène Neto et le débat provoqué dans l’opinion ont fini par astreindre les députés du Mpla à revoir leur copie. C’est inédit. Sur les places publiques et dans les rues, le sujet était abondamment commenté.  L’injustice, dont la famille du premier président angolais est victime, étant  apparue au grand jour, les langues se sont déliées. Car, António Agostinho Neto est celui qui a proclamé l’indépendance de l’Angola le 11 novembre 1975. Des trois leaders des mouvements de libération de l’Angola, il est celui qui est devenu le premier président de la République. C’est lui qui a fait que le Mpla soit au pouvoir en Angola. Ne pas lui reconnaitre cette qualité, tout simplement parce qu’il est décédé, est une dénégation d’une importante partie de l’histoire de l’Angola. Et pourtant, pendant près de quarante ans, ses propres amis, ceux-là mêmes qu’il avait mis au pouvoir ont fait l’impasse sur lui piétinant sciemment tous les droits auxquels sa famille devait prétendre. La reconnaissance n’est pas de ce monde, ne cesse de me rappeler mon oncle. Oui, il a raison. Sinon, comment expliquer l’indifférence dont fait montre le Mpla vis-à-vis de la famille du président Neto. Un désintérêt qui a profondément ému l’opinion publique angolaise et qui, à travers les médias, a réagi pour manifester sa désapprobation. Finalement, la montée d’Irène Neto au créneau a réveillé des consciences.

La loi a été approuvée, me direz-vous. Oui, elle a été approuvée par 156 voix pour (Mpla, Casa-ce, Prs, Fnla) et 20 voix contre de l’Unita, aucune abstention. Pourquoi l’Unita a-t-elle voté contre ce projet de loi alors que des altérations étaient apportées par le Mpla ? C’est parce que Samakuva et ses troupes n’ont trouvé aucun caractère d’urgence dans l’élaboration et le vote de cette loi. Il y a des choses beaucoup plus urgentes. Par exemple la loi sur la moralisation de la vie politique dans le pays. Si c’est vrai qu’un président de la République à la fin de son mandat doit bénéficier des droits qui lui permettent de vivre dans la dignité et jouir d’une certaine immunité, il n’est pas insensé de porter un regard sur les anciens combattants et sur les milliers d’ex-militaires mutilés au cours de successives guerres qu’a connu le pays et qui ne bénéficient d’aucune aide de l’État. Aujourd’hui, tous ces laissés pour compte constituent une armée de mendiants exclus de la Caisse de sécurité sociale pendant qu’à l’Assemblée nationale le Mpla et une partie de l’opposition approuvent une loi qui attribue une double subvention à vie aux premières dames de la République. Quelle fonction occupe une première dame dans l’administration publique de l’État ? Je vous laisse répondre à la question.

Une importante partie de l’opposition a voté avec le Mpla. Cette partie de l’opposition a-t-elle fait la même lecture que l’Unita de cette loi organique ? À mon avis, oui. Seulement, cette partie de l’opposition, par opportunisme, cherche à se positionner dans l’éventualité où le Mpla n’obtiendrait pas une majorité absolue aux prochaines élections. Cette partie de l'opposition pense déjà à une éventuelle coalition. Pour l’Unita, il y a des questions pour lesquelles le parti ne peut pas pactiser avec le d… quel que soit leur réalisme.

La loi a été revue. Dans sa version initiale, le projet prévoyait qu’à la fin de son mandat, le président sortant bénéficierait d’une immunité qui le mettrait, pendant 5 ans, à l’abri des poursuites judiciaires. Dans sa nouvelle formulation, il est établi que les anciens présidents de la République d’Angola vont bénéficier des mêmes immunités que les députés de l’Assemblée nationale. Quant à l’allocation à vie, il y a là aussi un recul, la loi alloue 80% du salaire de base du président en fonction au lieu de 90% de son salaire durant la dernière année du mandat. Pour les anciennes premières dames, la pression populaire n’a pas été assez suffisante pour bloquer la machine du Mpla. Finalement, elles vont bénéficier d’une allocation mensuelle à vie correspondant à 60% du salaire de base d’un ministre en fonction.

Le débat continue même si la loi est votée.

 

Sobamasoba, l’analyse politique qui informe.

Eduardo Scotty M.

 

  

mercredi 21 juin 2017

Bras de fer à l'Assemblée nationale. IRÈNE NETO, seule contre tous (ou presque).


La session parlementaire qui s’achève le mois prochain en Angola prend fin sur une note assez amère. La majorité parlementaire du Mpla aurait voulu couronner cette fin de session par une loi qui symbolise à jamais l’attachement de ses membres au parti et à son président, et leurs remerciements à celui qu’ils considèrent comme leur mentor. À cet effet, le groupe parlementaire majoritaire à l’Assemblée nationale a élaboré et mis à l’ordre du jour de la dernière session l’examen d’une loi organique sur le régime juridique des ex-présidents et vice-présidents à la fin de leurs mandats. Dans cette proposition de loi, des privilèges, en dehors de ceux attribués par la Constitution, sont accordés au président sortant. De l’avis de l’Angolais lambda, le principe qui consiste à attribuer une allocation aux ex-présidents et vice-présidents ne pose aucun problème à la population. Ce qui pose problème, c’est le fait que le duo Dos Santos/Manuel Vicente n’est pas, et ne sera jamais dans le besoin. Jamais. D’ailleurs s’ils perçoivent encore aujourd’hui un salaire, c’est parce, comme le consacre une expression populaire, l’argent appelle l’argent. Parler d’une allocation financière à leur sujet est une offense à leur endroit. Regardez Donald TRUMP, il est tellement riche qu’il refuse de percevoir son salaire de chef d’État. Voilà pourquoi IRÈNE NETO, députée et fille du premier président angolais, António Agostinho Neto mort de maladie en 1979, s’est élevée contre la proposition de loi attribuant, non seulement des avantages financiers à Dos Santos, mais aussi le titre de « Président de la République émérite ». Nulle part dans la Constitution angolaise les textes ne font mention d’un président émérite. La majorité parlementaire du Mpla serait-elle tentée par une modification de la Constitution ? Pendant plusieurs années, la veuve et les enfants de Neto n’ont bénéficié d’aucun privilège, est-ce par absence de loi ? La virulence avec laquelle IRÈNE NETO s’est opposée au vote de cette loi a surpris l’opinion nationale. Pour une fois, une voix discordante s’est fait entendre dans la majorité parlementaire du Mpla. Durant son intervention, très émue, la députée a raconté les tristes épisodes par lesquels est passée sa famille. « L’accès à notre maison de Futungo de Belas nous était interdit pour, parait-il, des raisons de sécurité. Seuls quelques diplomates accrédités en Angola et des amis de la SWAPO (mouvement de libération de la Namibie) nous apportaient leur aide. Où étaient nos camarades du Mpla » ?  IRÈNE NETO n’est pas d’accord avec ses camarades de la majorité parlementaire lorsque dans la présentation de leur projet de loi ils affirment : « c’est la première fois que nous avons un président en fin de mandat ». Le président qui meurt n’est-il pas, involontairement, arrivé à la fin de son mandat ? « Il y a eu dans ce pays un président sortant qui a laissé derrière lui sa famille. En toute transparence, cette famille n’a jamais demandé de faveur à qui que ce soit, et encore moins d’être choyée. Nous voulions seulement que le peuple, à travers ses représentants à l’Assemblée du peuple de l’époque, décide de l’appui qui nous revient de droit ». Fallait-il attendre la fin du règne de Dos Santos pour se rendre compte de la nécessité d’apporter une quelconque assistance à la famille d’un président à la retraite ? Dans cette phase de consolidation de la démocratie, les candidats à la présidence de la république seront de plus en plus jeunes et feront moins des mandats au pouvoir, faut-il, comme le suggère le Mpla, leur attribuer une allocation à vie? Le Mpla propose une retraite à hauteur de 90% du dernier salaire perçu pendant la dernière année du mandat. Est-ce raisonnable? Comme IRÈNE NETO, moi aussi je m’interroge sur la crédibilité d’une telle proposition. Au sein du Mpla, il y a aussi des députés qui s’interrogent sur le sérieux d’une pareille mesure. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’examen de cette loi, controversée, a été reporté à la semaine prochaine. Officiellement, l’opposition ne s’est pas encore prononcée sur le sujet. Néanmoins, même si le principe parait sensé, son application doit tenir compte de différents paramètres liés à la personne bénéficiaire de la mesure. Un président en âge de retraite ne percevra pas la même allocation que son collègue moins âgé et qui est encore en mesure d’être utile à la société. Qu’en dites-vous ?  À Luanda, on ne parle que de ça.

Le débat est ouvert.   

Sobamasoba, l’analyse politique qui informe.

Eduardo Scotty M.            

mercredi 7 juin 2017

La vérité affranchit..


La précampagne électorale, conduite et rythmée par le Mpla, occupe sans discontinuer depuis quelque temps l’espace médiatique en Angola. La radio et la télévision nationale, les seuls médias qui couvrent toute l’étendue du territoire national, sont mobilisés pour faire l’apologie du parti au pouvoir. À l’opposition, le ministère de la Communication n’accorde que quelques minutes d’antenne. Vu de l’étranger, cette présence (très éphémère)  des  partis de l’opposition dans ces médias, publics de surcroit, accorde un substantiel crédit au processus électoral angolais. Ce fut pareil en 2012, lorsque la CNE (commission nationale électorale), organe chargé d’organiser les élections, s’est  départie de sa neutralité pour épouser la position dominante du Mpla. Une posture qui, hier et aujourd’hui, complique la CNE dans sa recherche des arguments susceptibles de convaincre l’opinion de sa crédibilité compte tenu de son allégeance au Mpla. Devenue une lamentable courroie de transmission du pouvoir du palais présidentiel, la CNE voit sa confiance dans la population s’estomper chaque jour un peu plus. Le choix de l’agence SINFIC (Système d’informations industrielles et consultations) dans l’organisation technique des élections n’a apporté, me semble-t-il, aucun crédit ou garantie de l’indépendance de la CNE. La raison ? La SINFIC est une entité purement angolaise, contrairement à ce que la CNE tente de faire croire, dirigée et financée par des caciques du Mpla pour proclamer, le moment venu, les résultats électoraux en faveur de leur parti. Voilà pourquoi l’UNITA, premier parti d’opposition en Angola, a appelé ses militants et sympathisants à une grande marche de protestation qui a eu lieu, avec beaucoup de succès dit-on, dans plusieurs villes d’Angola. Pour la première fois, un parti d’opposition, l’UNITA, a tordu le cou, grâce à un meilleur encadrement de sa manif, aux idées préconçues selon lesquelles les manifestations sont synonymes de désordre public. La Police nationale a reconnu, même à termes voilés, l’esprit patriotique des manifestants. C’était le samedi dernier. Pendant cette marche, l’image de Danillo dos Santos était très fraiche dans les esprits. Danillo, le fils du président Dos Santos ; celui qui a jeté par la fenêtre 500.000€ en achetant une collection des photographies de HURREL Georges. D’autres disent qu’il a acheté une montre. À 500.000€ ? Voulait-il impressionner Wil SMITH avec qui il s’est fait photographier ou n’avait-il aucune notion de la valeur de la somme qu’il déboursait ? Quand on sait que les hôpitaux en Angola manquent des seringues, des compresses et autres produits pharmaceutiques, les 500.000€ pouvaient servir à alléger les souffrances de plusieurs enfants internées dans les hôpitaux en Angola. Quel gâchis !    

En cette fin de mandat, décidément les enfants Dos Santos n’apportent que soucis et tracas à leur géniteur. Depuis sa nomination à la tête de la SONANGOL (société nationale angolaise de pétrole), Isabel dos Santos, à cause de sa mauvaise gestion, est en train de conduire la société à la ruine. Selon certains cadres de Sonangol, la gestion d’Isabel est faite à distance sous la supervision des consultants portugais qui n’ont, parait-il, aucune connaissance du secteur pétrolier. Résultat : situation désastreuse. Pour preuve : le 17 mai 2017, Isabel dos Santos s’est rendue au Ministère des Finances pour solliciter un prêt de 3.000.000.000$ de dollars américains destinés au renflouement des caisses de la Sonangol. Vu l’état des finances du pays, le prêt lui a été refusé. Ni ses menaces ni sa colère n’ont intimidé le ministre chargé des finances.  L’inexplicable attitude d’Isabel nous conduit à nous interroger : La Sonangol serait-elle en train de sombrer? En tout cas, cette entreprise d’État connait des jours très sombres. Dans sa balance de payement, selon certains experts, le passif est de loin supérieur à l’actif. Le déséquilibre dans ses comptes est tellement évident que l’on parle de corruption au sein de ce fleuron de l’économie angolaise. Et lorsqu’il y a corruption, le scandale n’est pas très loin. Je vous rappelle ici que la corruption a atteint tous les secteurs de la société angolaise. Et dans cette dépravation qui s’est installée dans le pays, Fernando Piedade NANDÓ, l’actuel président de l’Assemblée nationale est une des personnes dont le nom n’a jamais apparu pas sur la liste des corrompus de la république. Mais voilà que dernièrement son nom est cité comme étant à la base du scandale d’acquisition de 250 voitures de marque LEXUS, modèle LX570 (coût total d’acquisition : 78.000.000 dollars américains). Des voitures achetées pour les membres de l’Assemblée nationale qui seront élus au mois d’août 2017. Il s’agit ici d’un cas de corruption anticipée. Au moment où le pays traverse une importante crise financière, donner son aval pour autoriser un achat d’un tel montant est tout simplement scandaleux. À moins que la commission soit très conséquente pour celui qui a avalisé l’achat. NANDÓ a-t-il lu les signes du temps et pris une longueur d’avance pour se constituer un pactole pour les jours à venir ? La réussite de la manifestation de l’UNITA est un signe qui ne trompe pas. Même en convalescence, le président Dos Santos de retour à Luanda après 28 jours passés dans un hôpital en Espagne a surement apprécié la réprobation exprimée par son peuple au sujet des irrégularités de la CNE. Et vous, avez-vous aussi apprécié?

« Sobamasoba » souhaite au président Dos Santos un prompt rétablissement.

Sobamasoba, l’analyse politique qui informe.

Eduardo Scotty M.   

    

samedi 13 mai 2017

Des élections justes et transparentes sont-elles possibles en Angola?


Les prochaines élections en Angola sont devenues, en cette période de précampagne électorale,  un sujet de prédilection pour les médias à Luanda. L’intérêt que les Angolais, surtout ceux de l’étranger, manifestent sur cette question m’oblige à y revenir encore une fois d’une manière plus fouillée.

Organiser des élections dans un pays ne signifie pas que ce pays est une démocratie. Actuellement, presque tous les pays sous régime dictatorial, brutal ou totalitaire procèdent à des élections pour légitimer leur pouvoir. En Iran, par exemple, un pays sous un régime théocratique il y a des élections à divers niveaux : présidentielle, législatives et locales. Cela ne veut pas dire que le pouvoir est entre les mains du peuple. La Chine populaire est aussi très fière de son processus démocratique de base. Personne ne peut affirmer que la Chine est une démocratie. Pour tous ces pays et d’autres du même genre, les élections sont tout simplement un accessoire. Elles ne servent à rien, sinon à faire semblant, dans d'interminables discours, de s'intéresser aux problèmes du peuple.

L’Angola traverse en ce moment une situation socioéconomique très difficile, fruit d’une mauvaise gestion du Mpla. Nonobstant quelques efforts désespérés fournis par Dos Santos et ses pairs pour redresser la barque, le temps (oui, le temps) est un facteur qui ne pardonne pas. La date à laquelle se termine le mandat des institutions électives arrive à expiration au grand dam des dignitaires du régime. Conscients du pouvoir que leur confère la constitution, celui de choisir ses dirigeants, les Angolais, dans leur majorité, souhaitent l’alternance politique dans le pays. Cependant, très peu croient que les élections peuvent apporter cette altération. C’est peut-être un autre événement (lequel ?) qui, un jour, apportera le changement tant attendu. Cela ne devait pourtant pas être ainsi parce que, à mon avis, la théorie de la représentation politique démocratique crée un lien très fort entre le pouvoir et les élections. Dans des circonstances normales, le vote doit déterminer la volonté, l’organisation et l’activité du pouvoir politique. Pour cette raison, les citoyens angolais ont, non seulement, le droit de participer aux élections, mais ont aussi le droit de savoir par eux-mêmes que le processus électoral est valide. Car, c’est la validité du processus électoral qui garantit la légitimité nécessaire pour l’exercice du pouvoir politique. Dans ce même ordre d’idée, pour que les élections respectent ses objectifs démocratiques et soient valides, elles doivent être justes et transparentes. Or, dans le cas de l’Angola, c’est justement la crédibilité des élections qui est en cause pour celles qui sont fixées au 23 août 2017. Seulement, pour qu’elles soient dignes de foi, ces élections doivent répondre à deux exigences importantes : l’intégrité et la crédibilité.

L’intégrité implique que tous les votes (bulletins) soient comptabilisés pour le calcul des résultats et qu’à chaque parti politique soit attribué le nombre des votes correspondant au choix de ses électeurs. Il ne peut pas avoir de distorsion entre le choix et le résultat. Il s’agit ici d’un principe lié à la structure interne du processus électoral qui cherche à garantir l’égalité entre les votes émis et les votes comptabilisés.

La crédibilité assume une expression interne. Elle est liée à la nécessité d’installer dans le pays un climat de confiance. Elle se base sur la perception publique de que le processus électoral n’a subi aucune interférence extérieure et que les résultats reflètent la réalité. Selon mon oncle, un observateur politique avisé,  « savoir que le processus électoral se déroule de la meilleure manière est une base pour que la population ait confiance dans les résultats des élections et dans ses organisateurs ». En somme, il ne suffit pas d’organiser des élections, il faut que leurs résultats soient justes. En Angola, les choses ne se passent pas de cette manière. D’ailleurs, les partis d’opposition sont déjà montés au créneau, ils crient à la fraude électorale. Le rapport présenté par la CNE suscite beaucoup d’interrogations. Le Ministère de l’Aménagement du territoire qui s’est substitué à la CNE pour  l’enrôlement des électeurs a commis énormément d’irrégularités. Selon l’opposition ces irrégularités ont été commises délibérément. Car si l’Angola est formellement une démocratie, en réalité c’est une « fausse » démocratie dans laquelle sévit un parti presque unique qui domine l’État avec un président au pouvoir depuis plus de 37 ans. Les caractéristiques démocratiques de l’indépendance de la justice, de l’État de droit ou des droits des minorités sont inexistantes dans ce pays. Les droits humains sont fréquemment violés et les résultats des élections ne correspondent jamais à la réalité des urnes. La CNE attribue toujours une majorité confortable au parti du président Dos Santos. Ce qui me pousse à conclure : pour que ces élections répondent à la préoccupation de la population, il faut que le processus électoral obéisse aux deux principes cités plus haut : intégrité, crédibilité. Dépouillement dans la transparence, inclusivité dans l’organisation du scrutin, clarté dans la publication des résultats.

Sobamasoba, l’analyse politique qui informe.

Eduardo Scotty M.