lundi 16 avril 2018

La responsabilité de Dos Santos dans la tentative de détournement des 500 millions de dollars de la BNA.


 
Certains d’entre nous sont souvent désorientés lorsqu’ils lisent quelque part : « Ne jugez point, afin  de ne pas être jugés ». Ils sont désorientés parce qu’ils se demandent si cette injonction qui leur interdit d’adopter une attitude restrictive et sévère envers l’autre est aussi valable pour les personnes à qui ils ont confié le pouvoir d’administrer leur pays. La démocratie étant une forme de gouvernement dont la souveraineté appartient au peuple, les responsables politiques élus sont appelés à rendre compte à leurs électeurs qui jugent et se prononcent sur leur efficacité. Ne pas  juger ces élus s’apparente à une démission du peuple de son devoir de citoyen.  

Dans l’affaire qui défraye la chronique à Luanda, celle relative à la tentative de détournement de 500 millions de dollars par José Filomeno dos Santos (fils du président sortant) et Valter Filipe, toute la société angolaise sait combien il est important d’enquêter sur la responsabilité criminelle de toutes les personnes ayant participé de près ou de loin, consciemment ou inconsciemment, à cette tentative de vol. Parmi ces personnes, il y a José Eduardo dos Santos.

Depuis la découverte de cette magouille, l’opinion publique angolaise s’est rendu compte de deux erreurs de procédure commises (délibérément ?) par le Procureur général de la République.          
La première : embobiné par son fils Zenu, Dos Santos, à quelques jours de la fin de son mandat, a donné à la BNA (Banque Nationale d’Angola) l’ordre de transférer à une banque suisse une importante somme d’argent (des millions de dollars). S’il y a réellement une enquête judiciaire pour définir les responsabilités dans cette affaire, l’ex-président Dos Santos doit être entendu soit comme témoin soit comme accusé. C’est lui le donneur d’ordre. Comment peut-on accuser deux personnes, en l’occurrence José Filomeno dos Santos et Valter Filipe (ex-gouverneur de la BNA) si celui qui a donné l’ordre de virement n’est pas entendu pour expliquer sa version ? Or, sans l’implication de Dos Santos dans l’enquête, l’investigation n’aura aucune base juridique légale.      
La deuxième : le manque des mesures ordonnant le gel des comptes bancaires de Zenu et de son ami Jorge Sebastiâo, président de MAIS FINANCIAL SERVICES qui a bénéficié, dans un autre dossier de malversation financière, d’une somme de plus de 20 millions de dollars qui, logiquement, doivent être remboursés à la BNA. À cet effet, la manière la plus simple de garantir la récupération de cet argent est tout simplement de geler les comptes bancaires des accusés. Le fait que le PGR n’ose pas ordonner le gel de ces comptes démontre combien son allégeance à l’ex-président est forte ou alors qu’il n’a aucune foi dans cette affaire. Sinon, pourquoi José Eduardo dos Santos n’est pas entendu ? Pourquoi les comptes bancaires de Zenu et de Jorge Sebartiâo ne sont-ils pas bloqués?

Selon un communiqué du Ministère des Finances rendu public à Luanda, l’auteur affirme la responsabilité de Dos Santos dans le transfert litigieux des 500 millions de dollars à une banque anglaise en 2017. Cette affirmation situe les faits reprochés à Zenu et Valter Filipe à l’époque de la présidence de Dos Santos. Le communiqué explique que le gouvernement de JES a transféré en juillet et août 2017 les sommes de 24,8 millions et 500 millions de dollars. Le même communiqué indique que (heureusement) il y a eu une sérieuse vérification de la part de la banque anglaise qui a jugé opportun d’alerter les autorités angolaises de la singularité de ce transfert d’argent. Le président Dos Santos en poste à ce moment n’a pas tenu compte (volontairement ?) de cet avertissement.

Hormis le fait que les dirigeants du Mpla ont pillé le pays à leur guise, je pense qu’il est temps que l’Angola se forge une économie prospère qui garantit une opportunité pour tous les Angolais. Nous espérons que le mécanisme qui est en train de se mettre en place à Luanda  pour récupérer les fonds volés et cachés à l’étranger sera suffisamment efficace pour assainir nos finances. En attendant, nous ne pouvons pas continuer à pleurnicher sur notre malheur. C’est le grand défi pour Joâo Lourenço, abstraction faite de la lutte pour la moralisation de la société et l’instauration de l’État de droit. Car, dans le domaine de l’économie, il n’y a eu, en six mois de pouvoir, aucune réforme. De l’avis de plusieurs Angolais, il faut un programme économique audacieux qui mobilise la population. L’augmentation du prix du baril de pétrole de 56,86 $ à 67,00/70,00$, en Sept.2017, est une bonne nouvelle pour le pays. La question maintenant que nous nous posons, à la lumière de ces données, où passe cette plus-value ? Dans la Santé, l’Éducation, les Infrastructures ?

Je vous laisse réfléchir à toutes ces questions.

Sobamasoba, l’analyse politique qui informe.

Eduardo M.Scotty.               

samedi 7 avril 2018

Un pas en avant...un pas en arrière, l'hésitation est source de complication.


Contrairement à son collègue Paul Biya du Cameroun, qui a su mettre en place des mesures efficientes pour traquer les voleurs de deniers publics, Joâo Lourenço éprouve quelques difficultés à s’extraire de l’emprise de son parti auquel il est intimement lié. Au Cameroun, Paul Biya fait la chasse aux voleurs de fonds publics et les résultats sont palpables. La plupart d’entre eux sont à la Prison centrale de Kondengui où ils attendent leur procès. Ceux qui ont tenté de s’enfuir ont été rattrapés par la police et jetés en prison.

En Angola, l’opération pour mettre à l’ombre tous ceux qui ont volé et caché l’argent de l’État à l’étranger connait beaucoup des ratés. Le menu fretin casque tandis que les gros poissons bénéficient d’une présomption d’innocence que le public ne s’explique pas. Comme dans un scénario préparé d’avance, après l’épisode des révoqués, on assiste actuellement à une valse des accusés. Tout porte à croire que le pays vit pour le moment une intense phase de justice parce que le combat se passe maintenant dans les tribunaux criminels. De l’avis de tous, ce moment est intéressant et important, car contrairement à ce qu’on peut faire croire, il fera resplendir une forte lumière sur les fragilités du système judiciaire angolais. Beaucoup de cas, les uns déjà confirmés, les autres en étude, sont sur la table du Procureur général de la République (PGR) : Filomeno dos Santos, Valter Filipe, Norberto Garcia, Balarmino Van-Dunen auxquels s’ajoute le général Nunda, dont le délit est encore en analyse, sont les accusés VIP qui défraient la chronique à Luanda. Au cas où les enquêtes sur la dette publique avanceraient rapidement, d’autres VIP viendraient s’ajouter à la liste : Isabel dos Santos, Général Helder Kopelipa et autres. Le phénomène des accusés « 1°classe » est nouveau pour le système judiciaire angolais. Pour tous les Angolais, c’est, de facto, un défi intense pour leur société. Au-delà de la confiance que cette même société place dans le nouveau président, une question revient souvent dans les conversations : pourquoi ces accusés ne sont-ils pas en prison alors que la Justice est en possession de tous les éléments concordants qui peuvent conduire à leur incarcération ? La vérité est que dans le système judiciaire angolais tel que conçut par le régime Dos Santos, un citoyen lambda peut aller en prison pour une broutille alors qu’un dignitaire du régime est au-dessus des lois. Un exemple entre autres : en 2016, le citoyen António Miguel a été arrêté et placé en détention provisoire pour avoir passé la nuit dans la voiture d’un voisin alors qu’il était dans un état  d’ébriété avéré. Si pour un cas de cette nature un citoyen va en prison, maintenant que l’on parle de détournements de fonds, abus de confiance, blanchiment d’argent, et personne ne va en prison ? Finalement, en observant ce qui se passe, la société angolaise est perplexe craignant que toutes les promesses faites pendant la campagne électorale et tout le scénario, auquel on assiste, ne soient qu’une magistrale propagande. La realpolitik est-elle eu raison des intentions exprimées pendant la campagne électorale ? Sinon, il existe dans l’arsenal des lois qui régissent le pays une procédure graduelle qui va de l’interpellation à la condamnation. Il revient au Ministère public de veiller à la mise en œuvre de ladite procédure. Dans le cas de ces accusés VIP,  deux faits soulèvent de sérieuses interrogations dans l’opinion nationale et internationale quant aux appréciations que le Ministère public (MP) réalise en matière d’application des mesures coercitives. Le premier est celui de la perplexité qui se situe au niveau d’éventuelles fuites des accusés. La majorité d’entre eux ont des maisons à Lisbonne, Paris ou Londres. Ils ont des comptes bancaires à l’étranger et ont la facilité d’accéder à des jets privés ou des yachts rapides. Il y a de ce fait un gros risque de fuite. Le deuxième fait qui n’est peut-être pas suffisamment évalué par le MP est la tranquillité publique. Des hommes et des femmes suspects d’avoir "volé" ou "tentés de voler" des millions de dollars continuent à se la couler douce, laisse entrevoir de sérieuses hypothèses de perturbation de la tranquillité publique. Car stupéfaite devant l’impunité dont bénéficient ces « voleurs VIP »  la population peut se permettre de braver certains interdits et troubler l’ordre public. « Si les VIP volent et ne vont pas en prison, moi aussi je peux faire pareil », pensent certains délinquants potentiels. La possibilité que des VIP accusés de vols soient victimes de la furie de la population n’est pas à écarter. Ce qui s’est passé dernièrement à Malanje est une illustration de la volonté du peuple de se défaire des dirigeants malhonnêtes. Des jets de pierre ont accueilli le cortège du Vice-président lors de son passage à Malanje. Le peuple réclame l’exonération de Norberto dos Santos (Kwata Kanawa), gouverneur de Malanje, pour incompétence et improbité dans la gestion de la province.  Voilà un comportement qui peut facilement faire tache d’huile.

Vivement les élections locales pour que le peuple puisse se choisir librement ses dirigeants provinciaux, municipaux et communaux. Ainsi, nous aurons les hommes qu’il faut à la place qu’il faut. 

Sobamasoba, l’analyse politique qui informe.

Eduardo M.Scotty

 

Source : makaangola.                                    

 

                                                                                                                                                                                     

vendredi 23 mars 2018

La Peur ?


« Nous sommes tous, un jour ou l’autre, obligés de choisir entre la confiance et la peur de perdre quelque chose. Tout dans la vie est affaire de choix : si vous souffrez aujourd’hui de relations qui vous oppriment, vous devez choisir entre rechercher de l’aide pour vous en sortir ou demeurer prisonnier. Si vous vous sentez aujourd’hui encouragé à prendre des décisions que vous regretterez plus tard, vous pouvez, soit vous fondre dans la foule, soit vous en détacher pour faire cavalier seul. Le choix vous appartient ! Même si vous ne vous sentez pas aussi brave et sûr de vous, souvenez-vous que le courage n’est pas l’absence de peur, mais la conquête de la peur. Plus vous apprendrez à vous faire confiance, plus cette confiance affermira le courage dont vous aurez besoin pour aller de l’avant. Ce n’est pas ce que vous vouliez entendre, certes ! Tant que vous occuperez les fonctions que vous occupez, vous connaitrez la peur. La peur de ne pas avoir tenu les promesses faites à un certain moment de votre vie. Êtes-vous un politicien ? Vous avez fait des promesses électorales que vous ne pouvez plus tenir. Très précisément dans ce cas, vous auriez préféré découvrir une formule miracle pour faire disparaitre sur-le-champ toutes vos craintes présentes et futures. Rassurez-vous : chaque fois que vous prendrez un risque, surtout celui de mentir à ses électeurs, vous ferez l’expérience de la peur. Et, lorsqu’elle vous tient au ventre, le pire est de ne rien faire. Attendre qu’un événement survienne pour vous en délivrer ne fera que vous paralyser un peu plus longtemps ».  Ces propos sont d’un homme très sage qui est mort il y a deux mil ans. J’y reviendrai.

Que se passe-t-il en Angola depuis l’arrivée de Joâo Lourenço au pouvoir ? Hormis le jeu des chaises musicales auquel le peuple n’accorde plus d’intérêt, aucune amélioration n’est enregistrée sur le plan socioéconomique, rien du tout. C’est plutôt à l’intérieur du Mpla qu’il y a beaucoup d’agitation. Le bicéphalisme imposé par Dos Santos au sommet de l’État, le parti au pouvoir et l’Exécutif national ayant à leurs têtes deux personnages différents, est décrié par plusieurs dirigeants du Mpla. D’ailleurs, la dernière réunion du CC du Mpla est l’illustration d’une cacophonie qui restera longtemps dans la mémoire des militants et de l’opinion publique. Entre ceux qui exigent le départ immédiat de Dos Santos de la tête du parti et d’autres qui soutiennent son maintien, les violons ne s’accordent plus. Ces deux camps sont apparus au lendemain des élections. Devant la vague de décisions prises par Joâo Lourenço, limogeage des chefs militaires, de la police et des services de renseignements, Dos Santos a senti le vent tourné. Il tente maintenant de rétropédaler, revenir sur sa décision de quitter la politique active au début de 2018 pour servir de filet de protection à ses enfants empêtrés dans des affaires de corruption et passibles de plusieurs années de prison. Sa démarche divise plus que ne rassemble au sein du parti. La situation ainsi créée embarrasse le Chef de l’État, vice-président du parti qui voit sa promesse « améliorer ce qui est bien et de corriger ce qui est mal » mise à mal. Le respect des statuts du parti le place dans une position très inconfortable. Comment traduire, pour les faits de corruption qui leur sont reprochés, Isabel dos Santos et son frère Filomeno en justice sans le soutien du parti ? Dos Santos laissera-t-il Joâo Lourenço franchir ce pas ? 

La détermination avec laquelle Joâo Lourenço a commencé son mandat a pris du plomb dans l’aile nonobstant le soutien populaire dont il a bénéficié. L’enthousiasme soulevé par sa politique de moralisation n’a plus la cote auprès de la population. Le peuple veut du concret. Et la realpolitik a rattrapé le président Joâo Lourenço au point où ses pas sont devenus hésitants. Le clivage qui est apparu au sein du Mpla met à jour deux visions politiques très différentes. Mais puisque l’Exécutif doit appliquer la politique élaborée par le parti, comme à l’époque de Staline en Union soviétique, le président Joâo Lourenço, craignant d'être mis en minorité au sein du parti, est appelé à obéir à sa hiérarchie.  L’intervention de Dos Santos dans la nomination du gouverneur de la province de Bengo est une des innombrables preuves de l’impuissance de l’Exécutif angolais dans la conduite des affaires du pays. Si l'on ajoute à cela le refus du président Joâo Lourenço de laisser la justice portugaise poursuivre l’ancien vice-président, Manuel Vicente, impliqué dans une affaire de corruption, alors que le Procureur général de la République reconnait ne pas être en mesure d’enquêter sur une affaire de cette nature, je vous laisse vous faire votre propre opinion et vous demande de réfléchir aux propos de cet homme au début de la page. Ces paroles ne peuvent-elles pas s’appliquer à Joâo Lourenço dans sa quête de chemin pour s’affranchir du Mpla ?   

Sobamasoba, l’analyse politique qui informe

Eduardo M.Scotty 

jeudi 4 janvier 2018

Qui veut la peau de Joâo Lourenço? Au bord de l'implosion, le Mpla sous haute pression.


Il y a exactement cent jours depuis que le président Joâo Lourenço s’est installé au palais présidentiel à Luanda et occupe les fonctions de Chef de l’État en Angola. Cent jours pendant lesquels les Angolais ont eu le loisir d’observer et d’analyser les actions du nouveau gouvernement. Dans les démocraties occidentales, ces 100 jours représentent la période de grâce que les opinions publiques nationale et internationale accordent au nouveau président de la République avant de porter leur jugement sur l’orientation politique qu’il insuffle au pays. C’est aussi après ces 100 jours que l’on mesure la cote de popularité du nouvel élu. Les mesures prises au cours de cette période donnent généralement une image de la direction que prend le pays sous la direction du nouvel exécutif.  Du point de vu de la moralisation de la vie politique en Angola, tous les observateurs ont identifié dans les actes posés par Joâo Lourenço une ferme volonté de rompre avec les méthodes de l’ancien président. Sa lutte contre l’impunité, la corruption et le laisser-aller trouve un écho favorable au sein de la population. C’est au niveau de son parti politique, le Mpla, qu’apparaissent des signes d’agacement. Habitués à se servir au lieu de servir, les dirigeants du Mpla trouvent en Joâo Lourenço un perturbateur inattendu. Lors de la cérémonie des vœux pour la fin de l’année 2017, le vice-président Bornito de Souza, rendu inexistant par la forte présence de Joâo Lourenço, dans un discours qui a surpris tout le monde, a fait l’apologie du bicéphalisme au somment de l’État. Il a, contre toute attente et en termes à peine voilés, enjoint le Chef de l’État à obéir au président du parti (le Mpla). Le juriste qu’est Bornito de Souza a oublié que le Chef de l’État ne doit obéissance qu’à la constitution et aux lois de la République. Je rappelle ici que c’est sous le régime de l’ancienne Union soviétique que le système admettait la prédominance du parti sur le gouvernement. Selon la Constitution angolaise, la légitimité de l’exercice présidentiel émane de la souveraineté du peuple qui l’octroie à un individu par le suffrage universel. Et, le peuple est au-dessus des partis politiques. C’est cette absence dans l’analyse de certains membres du Mpla  qui crée des clivages et des tensions au sein du parti. La preuve : aujourd’hui, contre toute attente, deux groupes se sont formés au sein du Mpla : les  « eduardistes » et les « lourencistes ».

Dans les « eduardistes », on retrouve tous les vieux corrompus de la République. Ceux qui sont très attachés au système stalinien de l’ancienne Russie. Ceux qui se sont enrichis sur le dos du peuple angolais et ne veulent pas perdre leurs privilèges. Ceux qui croient qu’ils sont prédestinés à diriger le pays quelles que soient les circonstances. Ceux qui croient que l’Angola est leur bien privé. Ce sont ceux là même qui hier encore disaient : le Mpla est le peuple et le peuple est le Mpla.

Dans les « lourencistes », il y a ceux qui croient au changement et refusent le statu quo. Ceux qui croient que l’on peut faire la politique autrement. Ceux qui croient que l’homme est la finalité de la politique de Joâo Lourenço. Ceux qui veulent que les choses changent vraiment dans le pays, d’où la moralisation entamée par JLo.

La situation créée par les inconditionnels du Mpla ressemble à s’y méprendre à celle d’un barracuda géant qui essaie d’attaquer un petit maquereau dans l’aquarium d’eau de mer, mais une barrière de verre les sépare. Le gros poisson ne cesse de se frapper le nez contre la barrière invisible jusqu’au moment où il décide qu’il en a assez et qu’il vaut mieux abandonner. Ils sont nombreux ces inconditionnels  derrière l’ex-président Dos Santos, mais ils ne sont pas suffisamment intelligents pour se rendre compte qu’il est pratiquement impossible d’atteindre Joâo Lourenço parce que c’est lui que le peuple a choisi comme son président. Le peuple, c’est la barrière de verre invisible qui protège le maquereau du barracuda. Croire qu’il suffit de le destituer de la vice-présidence du parti pour qu’il freine son élan est une grosse erreur de calcul. Il a pris trop d’épaisseur en 100 jours. L’enthousiasme qu’il suscite au sein de la population le met à l’abri de toute attaque. Pourtant, comme je l’avais écrit dans ma dernière publication, Joâo Lourenço n’a encore rien fait, qui puisse constituer une véritable unanimité autour de lui. Hormis la moralisation de la société qu’il poursuit jusqu’à ce jour, les vraies réformes pour le bien-être de la population ne sont pas encore à l’ordre du jour. C’est là où se trouve la ligne rouge, car ces réformes que nous appelons de tous nos vœux vont certainement toucher des camarades du parti. Quand on observe comment les camarades du Mpla réagissent contre la demande du gouvernement de rapatrier les fonds planqués dans des banques à l’étranger, on peur s’interroger sur la capacité de Joâo Lourenço à franchir la ligne rouge. Le bicéphalisme nous cause beaucoup de torts. Deux têtes sur un corps, c’est un monstre.  

Ce bicéphalisme qu’on nous impose ne facilite pas la tâche au nouveau président. Et vous, que croyez-vous ?

Sobamasoba, l’analyse politique qui informe.

Eduardo Scotty M.      

                                                                                                                                                                                                               

 

 

             

La rétrospective qui s'impose.


« L’Angola a connu une espèce de miracle économique au sortir de la guerre. Mais le Mpla au pouvoir n’en a pas profité pour faire des réformes ni pour diversifier son économie. Il a eu tort de penser que les cours élevés du pétrole seraient éternels. La crise économique mondiale de 2008-2009 le lui a rappelé, mais rien n’a été fait pour réduire la dépendance au pétrole », a constaté l’économiste Manuel José Alves da Rocha, de l’Université catholique d’Angola. Depuis 2014, le cours du baril a baissé et le pays est entré dans une crise économique profonde que va devoir gérer Joâo Lourenço. L’Angola a besoin d’une croissance égale ou supérieure à l’augmentation annuelle de la population, qui est de 3 %. Sinon, les Angolais deviendront encore plus pauvres et la situation économique et sociale se détériorera dangereusement. »  Avec ce prix bas du pétrole devenu la norme, la croissance a été quasi nulle en 2016 et  de 1,3 % en 2017, selon le FMI. Pendant ces deux années, les chantiers se sont arrêtés et les nombreuses tours inachevées brisent le mythe de la prospérité. Des dizaines de milliers d’ouvriers chinois ont quitté le pays. L’Angola n’a plus les moyens de s’offrir leurs services, car les conditions du deal sino-angolais « infrastructures contre pétrole » ne sont plus favorables. Les salaires des fonctionnaires sont payés en retard, les administrations et les entreprises privées ont abondamment licencié… et le mécontentement populaire a beaucoup grandit. Les attentes de l’après Dos Santos sont immenses. Joao Lourenço prend les rênes d’une puissance régionale à terre malgré un PIB huit fois supérieur à celui du Mozambique. L’héritage économique laissé par José Eduardo dos Santos, qui a quitté le pouvoir, malade, à l’âge de 74 ans, mais reste à la tête du MPLA, est préoccupant. Je ne cesse de le répéter à qui veut l'entendre. La dette publique dépasse les 70 % du PIB, le déficit budgétaire pourrait dépasser les 6 % du PIB, l’inflation galopante se conjugue à des taux de change délirants du kwanza en dollar et à une pénurie de devises qui contraint la Banque centrale à puiser dans ses réserves de change, qui s’amenuisent. Les investisseurs désertent ce qui était encore, il n’y a pas si longtemps, un eldorado pour les aventuriers prêts à miser sur un environnement d’affaires toxique et corrompue. « L’Etat n’a plus les moyens de les retenir et d’en attirer d’autres, constate un analyste occidental. D’autant que, depuis fin 2015, les sociétés étrangères ont du mal à convertir en devises leurs profits en monnaie locale. Les arriérés de transferts sont considérables, entre 2 et 5 milliards de dollars bloqués à Luanda. » L’incertitude plane sur les projets de réformes économiques de Joao Lourenço, de même que sur la marge de manœuvre dont il dispose au sein du parti et vis-à-vis de son prédécesseur. « Au début, Lourenço s’est occupé à faire sa place au sein du régime et du jeu politique interne au MPLA, explique le politologue Didier Péclard, du Global Studies Institute de l’Université de Genève. Il pourrait se recroqueviller sur ce qui marche, à savoir le pétrole et le diamant. Mais sans réforme économique poussée, il y a en Angola les germes d’une crise profonde. » Militaire discret considéré comme intègre, devenu ministre de la défense en 2014 et vice-président du MPLA en 2016, Joao Lourenço devra composer avec l’ombre du clan dos Santos qui plane sur toute l’économie et qu’incarnent des cadres souvent incompétents issus du MPLA et des fidèles serviteurs du président sortant. « Plus qu’un pays riche, l’Angola est un pays de quelques riches qui ne veulent ni partager, ni travailler, et règnent sur une économie de marché avec une mentalité communiste, analyse Carlos Rosado de Carvalho, économiste et directeur du journal Expansão. Il n’y a plus d’argent et le président va être obligé d’adopter des réformes claires, de définir un budget réaliste, de dévaluer le kwanza et de tout faire pour regagner la confiance des investisseurs et rétablir la crédibilité de l’Angola sur les marchés. Lourenço n’a d’autre choix que de reprendre contact avec le FMI pour d’éventuels prêts, mais surtout pour des conseils. »

La situation telle qu'analysée par des spécialistes démontre que Joâo Lourenço a plusieurs défis à relever pour redresser le pays. Malheureusement, après son investiture le premier obstacle sur son chemin, c’est le climat au sein de son parti, le Mpla. Son intégrité pose problème à ses collègues du parti, car elle est à contre-courant des méthodes employées par son prédécesseur pour gouverner le pays. Au vu de ce qui se passe au sommet de l’État, le Mpla peut-il  rendre le pays ingouvernable?  Wait and see.  
Sobamasoba, l'analyse politique qui informe.
Eduardo Scotty M. 




 

dimanche 26 novembre 2017

Joâo Lourenço a-t-il un agenda caché?


Les deux premiers mois de Joâo Lourenço au pouvoir ont provoqué un véritable remue-ménage dans le pays. Tous les secteurs liés à la vie politique et économique sont touchés par une vague de révocations et nominations. Dans les cabinets ministériels et dans les conseils d’administration des entreprises d’État les mines renfrognées de responsables témoignent de l’inquiétude grandissante de la classe dirigeante. Apparemment, pour le nouveau président, seuls le mérite, l’intégrité et la compétence sont considérés comme critères pour l’affectation des cadres et dirigeants. Tous ceux qui sont mouillés dans des affaires de corruption sont d’office écartés. Joâo Lourenço a besoin de poser des actes forts et spectaculaires ne serait-ce que pour reprendre la main après le départ de Dos Santos. Je ne pense pas qu’il soit capable de défaire le système mis en place par son prédécesseur. La révocation emblématique d’Isabel dos Santos est un gage du nouveau président pour signifier au peuple angolais que personne n’est au-dessus des lois. Au vu de ses  premiers pas à la présidence de la République, les Angolais enivrés par ce début de changement doivent-ils se réjouir et applaudir leur nouveau président?  Oui et non.

Oui, parce que toucher à des corrompus qui se croyaient intouchables est une preuve de la détermination de vouloir corriger ce qui est mal. L’ouverture par le Procureur de la République d’une action judiciaire contre le dernier gouverneur de la Banque Nationale est un indice qui ne trompe pas. D’autres cas moins médiatisés se multiplient et l’opinion publique croit que cette fois, apparemment, nous sommes sur la bonne voie. Le laisser-aller de précédents gouvernements a laissé le pays dans un marasme qui nécessite une restructuration en profondeur. Joâo Lourenço, à travers les actes qu’il pose, donne l’impression de quelqu’un qui a su cerner le problème angolais.

Non, parce que derrière la révocation des cadres et responsables, se cache peut-être un agenda que le public ignore. Penser à l’existence d’un pacte implicite entre le nouveau président et le sortant n’est pas insensé. Joâo Lourenço étant lui-même issu des entrailles du système Dos Santos, il lui est pratiquement impossible de se dresser contre les pratiques immorales d’un parti auquel il appartient. Il est de notoriété publique que les 38 ans de pouvoir de Dos Santos ont abimé l’image du Mpla dans le pays. Personne ne croit plus à ce parti qui est devenu une machine à fabriquer des resquilleurs des fonds publics. D’ailleurs n’eut été le tripatouillage de la Commission électorale nationale aux dernières élections, le Mpla n’aurait pas gagné. Tout le monde en Angola le sait, et le président élu le sait aussi.

Dans le pays, le bilan des consultations électorales à partir de 1992 montre à quel point le Mpla est en baisse dans l’opinion angolaise. Les résultats électoraux obtenus par ce parti aux dernières élections sont un signal d’alarme qui préoccupe sérieusement le Mpla et sa direction. Même s’il ne le laisse pas paraître, en sa qualité de vice-président du Mpla, Joâo Lourenço est obsédé par ces résultats. Il est logiquement de son  devoir de chercher à redorer l’image de son parti terni par la mauvaise gouvernance de son prédécesseur. Il suffit d'écouter son discours lors de son investiture pour s'en rendre compte. Même s’il affirme être le président de tous les Angolais, le Mpla est son parti. Pour les prochaines élections en 2022, c’est lui probablement qui va conduire la liste du Mpla. Son bilan à la fin de la présente législature (2017-2022) sera très déterminant dans le choix des Angolais. Il est un secret pour personne que les élections ne se préparent pas quelques mois avant la date du scrutin. La bataille électorale se gagne pendant les cinq ans que dure le mandant présidentiel. Le scénario auquel les Angolais assistent aujourd’hui fait partie de la préparation des futures batailles électorales. Le moment venu, tout le monde se souviendra de cet homme qui a eu le courage de limoger tous ceux qui ont volé l’argent de l’État ; cet homme qui a remis le mérite, la compétence et l’intégrité dans les critères de sélection des cadres de l’administration angolaise. L’opinion nationale se souviendra de cet homme qui a mis fin à la prépondérance des enfants Dos Santos. Joâo Lourenço n’est pas à la recherche de notoriété comme l’a affirmé Joâo Pinto. Il cherche méthodiquement et intelligemment à repositionner son parti sur l’échiquier national. D’ailleurs, grâce aux quelques mesures énoncées, la réaction ne s’est pas fait attendre. Beaucoup d’anciens militants du Mpla ont commencé à rejoindre le parti. Marcolino Moco, Ambrosio Lukoki et d’autres frondeurs ont encensé le nouveau président pour son sens de responsabilité. Mais lorsque nous regardons de près ce que le nouveau président a fait, il n’y a rien d’extraordinaire. Il est tout simplement en train d’installer son administration. Des hommes et des femmes en qui il a confiance. A-t-il déjà parlé de la qualité de l’enseignement dans le pays ? A-t-il déjà abordé la problématique de l’intolérance politique ? La qualité des soins dans les hôpitaux, l’insécurité dans la périphérie de Luanda, le chômage des jeunes, le déficit public, l'inflation galopante, autant des sujets sur lesquels nous l’attendons. J’ouvre ici le débat.

Sobamasoba, l’analyse politique qui informe.

Eduardo Scotty M.   

 

 

 

mardi 21 novembre 2017

Le président Joâo Lourenço : un éléphant dans un magasin de porcelaine.


« Améliorer ce qui est bon et corriger ce qui ne l’est pas ». Ce slogan, le candidat du Mpla aux élections générales du 23 août 2017 l’a porté durant toute sa campagne électorale. Pensée par les stratèges politiques du Mpla, la formule a séduit énormément d’électeurs puisqu’en bout de course, le Mpla et Joâo Lourenço ont remporté le scrutin avec 61% de voix. Jusqu’ici, rien d’inconvenant. C’est à partir du moment où le candidat devenu président essaye de matérialiser ce slogan pour le rendre plus présent dans la vie quotidienne des Angolais, que le problème commence à se poser. « Corriger ce qui n’est pas bon », cette partie du slogan est, de l’avis de plusieurs Angolais, une reconnaissance subtile des erreurs commises par les gouvernements précédents, et cela dérange beaucoup le fan-club des « eduardistes ».Ils refusent toute responsabilité dans la situation que connait actuellement le pays. Pourtant, ce sont leurs erreurs qui ont longtemps pénalisé le peuple et appellent aujourd’hui à des réformes structurelles pour le bien de tous. Seulement, au vu de leur réaction (les faucons du Mpla), il semble qu’ils ne sont pas prêts à accepter les corrections envisagées par le nouveau pouvoir.      

Depuis l’entrée en fonction du président Joâo Lourenço, la population a la nette impression de vivre quelque chose de nouveau, quelque chose de différent. Les quelques mesures prises par le nouveau pouvoir dans le cadre de la restructuration de son administration ont engendré une onde de satisfaction au sein de la population. Ces mesures sont, certes, aux antipodes des usages du parti et peut-être contraires aux méthodes de gouvernance de précédents gouvernements, mais ne dit-on pas qu'« aux grands maux, grands remèdes ? ». Le réalisme dont fait montre Joâo Lourenço n’est pas, comme veulent nous faire croire certains caciques du Mpla, un quelconque déviationnisme. Le spectacle auquel nous assistons depuis son installation à la présidence de la République, des nominations et surtout des limogeages en cascade, correspond exactement aux attentes du peuple. Qu’il y ait, comme je l’ai souligné, des réactions parfois violentes de certains politiciens de la majorité, c’est très compréhensible. Ils ne sont pas habitués. Le cas de Joâo Pinto, un député du Mpla connu pour son attachement au président Dos Santos est une vivante illustration. Cet homme, un pur produit du marxisme-léninisme, n’a pas hésité de menacer le nouveau Chef d’État de pires conséquences tout simplement parce qu’il a démis de leurs fonctions les enfants de l’ancien président Dos Santos. Un limogeage que le peuple angolais attendait et qu’il a apprécié à sa juste valeur au point de fêter l’événement. Si Mr. le député avait un esprit plus ouvert, il aurait su que les promesses électorales ne sont pas des promesses en l’air. Généralement, les électeurs tiennent compte de leur concrétisation pour pouvoir juger leurs élus. S’enfermer dans une colère incontrôlée, et qualifier un président démocratiquement élu de populiste à la recherche de notoriété est un manquement grave. Venant d’un député de la majorité, un commentaire de cette nature montre de quel côté se trouve réellement le Mpla. Sinon, un président élu avec 61% de suffrage n’est-il pas un homme suffisamment populaire pour entamer des réformes et s’entourer des personnes compétentes de son choix? Et dire que « le Mpla est le peuple et le peuple est le Mpla », quelle blague !
Jusqu’à ce jour, le président Lourenço n’a encore mis personne en prison pour détournement des fonds publics. Qu’arrivera-t-il quand les pilleurs des coffres de l’État seront appelés à rendre des comptes à la Justice ? D’ailleurs, rien n’indique que les mesures prises jusqu’à présent par Joâo Lourenço ne sont pas un arrangement concerté avec le président sortant. Dans les hautes sphères du pouvoir, il se murmure que nonobstant les limogeages effectués par le nouveau pouvoir, les deux présidents (Mpla et gouvernement) continuent à entretenir des relations très cordiales. Il y a donc suspicion que les changements introduits par Joâo Lourenço soient le résultat d’une concertation entre lui et son prédécesseur. Dino Matross, secrétaire général du Mpla n’a-t-il pas affirmé que : « Joâo Lourenço ne fera rien sans le patronage du parti. Tout ce qu’il fait est le résultat d’un débat au sein du parti ». C’est dommage que Joâo Pinto ne soit pas au courant de ce qui se trame à la direction de son parti sinon il n’aurait pas réagi de la sorte. Je vous rassure tout de suite, il n’est pas le seul dans ce cas. Kundi Pahama, le gouverneur de la province de Cunene fait aussi partie de ce noyau dur du parti qui veut mettre des bâtons dans les roues du gouvernement actuel. Et au fur et à mesure que les limogeages tombent, la liste des réfractaires s’allonge. Aux dernières nouvelles, Ambrosio de Lemos (Patron de la police) et José Maria ( Chef des services de sécurité) ont été limogés. Et si l’ex-président Dos Santos dans son repenti avait décidé de donner à son successeur, Joâo Lourenço, la possibilité de réaliser ce qu’il n’a pas pu faire, cela peut-être une explication. Les révocations font, certes, mal, mais quand elles sont justifiées, la douleur est moins pénible. Et vous, pensez-vous que le Président Joâo Lourenço mérite les foudres des caciques du Mpla ? Le procès d’intention qu’on lui fait, est-il justifié ?  

Sobamasoba, l’analyse politique qui informe.

Eduardo Scotty M.