lundi 25 juin 2018

Levée de boucliers contre Joâo Lourenço.


Dans ma publication du 4 janvier 2018 (Qui veut la peau de Joâo Lourenço ?), j’avais présenté l’actuel président comme un perturbateur inattendu. Un homme qui, même dans la continuité, porte les germes du changement que les Angolais attendent depuis longtemps. Dès son arrivée au pouvoir, des voix discordantes se sont fait entendre au sein de son parti. Son discours et ses méthodes ont été différemment appréciés par ses camarades. Ceux qui sont victimes des réformes mises en place dans le pays sont entrés en « rébellion » contre le président réformateur. Au fil des mois, le groupe de « rebelles » s’est agrandi. C’est comme ça qu’est apparu Bartolomeu Dias à la première page d’un journal luandais critiquant durement le président Joâo Lourenço. Rassurez-vous, il ne s’agit pas ici du célèbre navigateur portugais du XV siècle, mais de notre Bartolomeu Dias local, militant de première heure du MPLA et entrepreneur du Groupe qui porte son nom, B.Dias. Ce Groupe se compose de plusieurs sociétés dont : Diexim Expresso (aviation), Angoinform (informatique), International Travel (agence de voyages), Diexim routier (camionnage), Sud-Kuanza (immobilier) et Cleaning (société de nettoyage).  Le groupe Bartolomeu Dias a failli mettre la clé sous le paillasson, déclarer la faillite, l'année passée, n’eut été un financement non identifié provenant de Dubaï. D’ailleurs, il parait que son nom se trouve sur la prétendue liste de débiteurs de BESA, au 60. Il appartient donc à cette espèce d’entrepreneurs angolais créée par le MPLA durant le règne de Dos Santos et embourbé dans des prêts, au minimum, très discutables. Bartolomeu Dias était partie prenante dans la nouvelle affaire véreuse qui inaugurerait l'appropriation privée de fonds publics dans l'ère João Lourenço : l’Air Connexion Express. Une magouille qui fut mieux expliquée par Rafael Marques.  Lire les détails sur son  site (makaangola.org). L'entrepreneur du MPLA, à travers sa société d'aviation Diexim Expresso, s'est associé à Fernando Cardoso, ministre d'État et directeur de cabinet de João Lourenço, à Pedro Sebastião, ministre d'État et de la Sécurité de João Lourenço, à João Sequeira Lourenço, frère de João Lourenço, et à Augusto Tomás, ministre des Transports de João Lourenço. Ce sont les cinq magnifiques qui allaient faire la nouvelle société aérienne. Bartolomeu était, de l’avis de tous, parfaitement associé, et collé, aux hommes forts de João Lourenço jusqu’à ce qu’il a su que, dans son entrevue au canal européen Euronews, João Lourenço a annoncé la fin du projet « douteux » d’Air Connexion express. Un projet qui n’a pas eu le temps de sortir de terre, du  moins pour le moment. Cette décision de JLo a plongé Bartolomeu Dias dans une colère noire. Alors, après 38 ans de pouvoir absolu de ses amis, il s’est rappelé de la liberté d'expression que la Constitution angolaise lui garantit. C’est avec des mots très forts qu’il a critiqué la politique menée par João Lourenço. Comme Isabel Santos et Tchizé dos Santos, notre ami Bartolomeu Dias a tout d’un coup découvert les vertus de la liberté d'expression et s’est empressé d’en tirer les avantages. C'est une jolie ironie. Dans son entrevue au journal Valeur économique du 11 juin, l'entrepreneur Dias affirme que João Lourenço ne veut pas créer des emplois, qu’il est opposé à toute forme de développement, et que certaines de ses affirmations sont, à son avis, dangereuses. Un peu plus loin dans cette même entrevue, Mr. B.Dias élabore une théorie ethnique déraisonnable, en défendant l'existence d'un négativisme typiquement africain dans lequel João Lourenço se retrouve. C'est-à-dire, il défend la théorie selon laquelle João Lourenço est le noir qui ne veut pas voir les autres noirs vivre heureux. Il a suffi qu’on leur retire le pain de la bouche pour qu’ils débloquent et commencent à dire n’importe quoi.

Il accuse aussi le président de « se remplir les oreilles » et de prendre des décisions sur base de conversations de café et non des études sérieuses. Il qualifie Joâo Lourenço d’arrogant et l'accuse de prendre des décisions illégales (?) et d'abuser du pouvoir. Et il conclut ainsi sa tirade contre le président : « Depuis qu'il est devenu Président, il est en train de placer des obstacles (?) sur le chemin qui mène au développement du pays, il n'a rien fait qui puisse emmener le pays vers une véritable croissance économique. (…) Ce n'est pas parler joli qui va développer le pays, c’est en travaillant, en définissant des règles et des stratégies pour certains secteurs. » Le périple du président Joâo Lourenço en France et en Belgique n’a aucune signification pour Mr. Bartolomeu Dias ?

Voilà le MPLA d’aujourd’hui. Lorsque  Luaty Beirão ou Ondjaki font l'éloge de João Lourenço ou, pour le moins ils déposent des espoirs sur Joâo Lourenço en lui conférant le bénéfice du doute, les proches de ceux qui sont censés être ses alliés, conduits par les filles de José Eduardo dos Santos, lui assènent des coups violents. Visiblement, la guerre verbale contre João Lourenço à l'intérieur de certains secteurs de MPLA est déclarée. Nous sommes certains que la prochaine marche pour la Liberté d'Expression sera dirigée par Bartolomeu Dias et Isabel dos Santos. C’est avec beaucoup d’anxiété que nous attendons ce jour. L'entrevue de Bartolomeu Dias ouvre un intéressant débat au sein de la société angolaise en mutation.  En premier lieu, comment un entrepreneur qui défend l'initiative privée explique-t-il que ses partenaires soient tous des ministres ? Des ministres partenaires, est-ce pour pouvoir bénéficier du soutien de l’État ? Qu’on ne  vienne pas nous dire Bartolomeu est plein d'argent, parce qu'en octobre dernier il a dû recourir à un financement de Dubaï pour éviter la faillite. Des ministres puissants comme des partenaires et des financements provenant de la place financière du Dubaï, quand on sait comment est réglementé l’obtention des prêts, l’on alors se demander sont passés les millions de BESA ?  Un autre point à éclaircir est celui de la création d'emplois. Il faut ici démystifier les affirmations de Bartolomeu Dias à ce sujet. Les meilleurs économistes affirment que les affaires bâties sur la corruption ou le clientélisme ne créent pas d’emplois durables, car ils n'ont pas besoin de personnes productives, mais des statistiques pour remplir des formulaires. Les résultats sont toujours désastreux, et à la fin, comme les sociétés ne sont pas viables, ferment et augmentent le nombre des chômeurs. Il suffit de regarder le nombre des licenciés en Angola, surtout les jeunes, pour s’apercevoir que les grandes stratégies du précédent gouvernement n'ont pas créé d’emplois durables. Nous ne savons pas si João Lourenço va dans la bonne direction. Il y a eu beaucoup de zigzags et d’hésitations. Néanmoins, nous savons que le chemin n'est pas celui de Bartolomeu Dias.


Sobamasoba, l’analyse politique qui informe
 

Eduardo M.Scotty

 

Source :makaangola

lundi 16 avril 2018

La responsabilité de Dos Santos dans la tentative de détournement des 500 millions de dollars de la BNA.


 
Certains d’entre nous sont souvent désorientés lorsqu’ils lisent quelque part : « Ne jugez point, afin  de ne pas être jugés ». Ils sont désorientés parce qu’ils se demandent si cette injonction qui leur interdit d’adopter une attitude restrictive et sévère envers l’autre est aussi valable pour les personnes à qui ils ont confié le pouvoir d’administrer leur pays. La démocratie étant une forme de gouvernement dont la souveraineté appartient au peuple, les responsables politiques élus sont appelés à rendre compte à leurs électeurs qui jugent et se prononcent sur leur efficacité. Ne pas  juger ces élus s’apparente à une démission du peuple de son devoir de citoyen.  

Dans l’affaire qui défraye la chronique à Luanda, celle relative à la tentative de détournement de 500 millions de dollars par José Filomeno dos Santos (fils du président sortant) et Valter Filipe, toute la société angolaise sait combien il est important d’enquêter sur la responsabilité criminelle de toutes les personnes ayant participé de près ou de loin, consciemment ou inconsciemment, à cette tentative de vol. Parmi ces personnes, il y a José Eduardo dos Santos.

Depuis la découverte de cette magouille, l’opinion publique angolaise s’est rendu compte de deux erreurs de procédure commises (délibérément ?) par le Procureur général de la République.          
La première : embobiné par son fils Zenu, Dos Santos, à quelques jours de la fin de son mandat, a donné à la BNA (Banque Nationale d’Angola) l’ordre de transférer à une banque suisse une importante somme d’argent (des millions de dollars). S’il y a réellement une enquête judiciaire pour définir les responsabilités dans cette affaire, l’ex-président Dos Santos doit être entendu soit comme témoin soit comme accusé. C’est lui le donneur d’ordre. Comment peut-on accuser deux personnes, en l’occurrence José Filomeno dos Santos et Valter Filipe (ex-gouverneur de la BNA) si celui qui a donné l’ordre de virement n’est pas entendu pour expliquer sa version ? Or, sans l’implication de Dos Santos dans l’enquête, l’investigation n’aura aucune base juridique légale.      
La deuxième : le manque des mesures ordonnant le gel des comptes bancaires de Zenu et de son ami Jorge Sebastiâo, président de MAIS FINANCIAL SERVICES qui a bénéficié, dans un autre dossier de malversation financière, d’une somme de plus de 20 millions de dollars qui, logiquement, doivent être remboursés à la BNA. À cet effet, la manière la plus simple de garantir la récupération de cet argent est tout simplement de geler les comptes bancaires des accusés. Le fait que le PGR n’ose pas ordonner le gel de ces comptes démontre combien son allégeance à l’ex-président est forte ou alors qu’il n’a aucune foi dans cette affaire. Sinon, pourquoi José Eduardo dos Santos n’est pas entendu ? Pourquoi les comptes bancaires de Zenu et de Jorge Sebartiâo ne sont-ils pas bloqués?

Selon un communiqué du Ministère des Finances rendu public à Luanda, l’auteur affirme la responsabilité de Dos Santos dans le transfert litigieux des 500 millions de dollars à une banque anglaise en 2017. Cette affirmation situe les faits reprochés à Zenu et Valter Filipe à l’époque de la présidence de Dos Santos. Le communiqué explique que le gouvernement de JES a transféré en juillet et août 2017 les sommes de 24,8 millions et 500 millions de dollars. Le même communiqué indique que (heureusement) il y a eu une sérieuse vérification de la part de la banque anglaise qui a jugé opportun d’alerter les autorités angolaises de la singularité de ce transfert d’argent. Le président Dos Santos en poste à ce moment n’a pas tenu compte (volontairement ?) de cet avertissement.

Hormis le fait que les dirigeants du Mpla ont pillé le pays à leur guise, je pense qu’il est temps que l’Angola se forge une économie prospère qui garantit une opportunité pour tous les Angolais. Nous espérons que le mécanisme qui est en train de se mettre en place à Luanda  pour récupérer les fonds volés et cachés à l’étranger sera suffisamment efficace pour assainir nos finances. En attendant, nous ne pouvons pas continuer à pleurnicher sur notre malheur. C’est le grand défi pour Joâo Lourenço, abstraction faite de la lutte pour la moralisation de la société et l’instauration de l’État de droit. Car, dans le domaine de l’économie, il n’y a eu, en six mois de pouvoir, aucune réforme. De l’avis de plusieurs Angolais, il faut un programme économique audacieux qui mobilise la population. L’augmentation du prix du baril de pétrole de 56,86 $ à 67,00/70,00$, en Sept.2017, est une bonne nouvelle pour le pays. La question maintenant que nous nous posons, à la lumière de ces données, où passe cette plus-value ? Dans la Santé, l’Éducation, les Infrastructures ?

Je vous laisse réfléchir à toutes ces questions.

Sobamasoba, l’analyse politique qui informe.

Eduardo M.Scotty.               

samedi 7 avril 2018

Un pas en avant...un pas en arrière, l'hésitation est source de complication.


Contrairement à son collègue Paul Biya du Cameroun, qui a su mettre en place des mesures efficientes pour traquer les voleurs de deniers publics, Joâo Lourenço éprouve quelques difficultés à s’extraire de l’emprise de son parti auquel il est intimement lié. Au Cameroun, Paul Biya fait la chasse aux voleurs de fonds publics et les résultats sont palpables. La plupart d’entre eux sont à la Prison centrale de Kondengui où ils attendent leur procès. Ceux qui ont tenté de s’enfuir ont été rattrapés par la police et jetés en prison.

En Angola, l’opération pour mettre à l’ombre tous ceux qui ont volé et caché l’argent de l’État à l’étranger connait beaucoup des ratés. Le menu fretin casque tandis que les gros poissons bénéficient d’une présomption d’innocence que le public ne s’explique pas. Comme dans un scénario préparé d’avance, après l’épisode des révoqués, on assiste actuellement à une valse des accusés. Tout porte à croire que le pays vit pour le moment une intense phase de justice parce que le combat se passe maintenant dans les tribunaux criminels. De l’avis de tous, ce moment est intéressant et important, car contrairement à ce qu’on peut faire croire, il fera resplendir une forte lumière sur les fragilités du système judiciaire angolais. Beaucoup de cas, les uns déjà confirmés, les autres en étude, sont sur la table du Procureur général de la République (PGR) : Filomeno dos Santos, Valter Filipe, Norberto Garcia, Balarmino Van-Dunen auxquels s’ajoute le général Nunda, dont le délit est encore en analyse, sont les accusés VIP qui défraient la chronique à Luanda. Au cas où les enquêtes sur la dette publique avanceraient rapidement, d’autres VIP viendraient s’ajouter à la liste : Isabel dos Santos, Général Helder Kopelipa et autres. Le phénomène des accusés « 1°classe » est nouveau pour le système judiciaire angolais. Pour tous les Angolais, c’est, de facto, un défi intense pour leur société. Au-delà de la confiance que cette même société place dans le nouveau président, une question revient souvent dans les conversations : pourquoi ces accusés ne sont-ils pas en prison alors que la Justice est en possession de tous les éléments concordants qui peuvent conduire à leur incarcération ? La vérité est que dans le système judiciaire angolais tel que conçut par le régime Dos Santos, un citoyen lambda peut aller en prison pour une broutille alors qu’un dignitaire du régime est au-dessus des lois. Un exemple entre autres : en 2016, le citoyen António Miguel a été arrêté et placé en détention provisoire pour avoir passé la nuit dans la voiture d’un voisin alors qu’il était dans un état  d’ébriété avéré. Si pour un cas de cette nature un citoyen va en prison, maintenant que l’on parle de détournements de fonds, abus de confiance, blanchiment d’argent, et personne ne va en prison ? Finalement, en observant ce qui se passe, la société angolaise est perplexe craignant que toutes les promesses faites pendant la campagne électorale et tout le scénario, auquel on assiste, ne soient qu’une magistrale propagande. La realpolitik est-elle eu raison des intentions exprimées pendant la campagne électorale ? Sinon, il existe dans l’arsenal des lois qui régissent le pays une procédure graduelle qui va de l’interpellation à la condamnation. Il revient au Ministère public de veiller à la mise en œuvre de ladite procédure. Dans le cas de ces accusés VIP,  deux faits soulèvent de sérieuses interrogations dans l’opinion nationale et internationale quant aux appréciations que le Ministère public (MP) réalise en matière d’application des mesures coercitives. Le premier est celui de la perplexité qui se situe au niveau d’éventuelles fuites des accusés. La majorité d’entre eux ont des maisons à Lisbonne, Paris ou Londres. Ils ont des comptes bancaires à l’étranger et ont la facilité d’accéder à des jets privés ou des yachts rapides. Il y a de ce fait un gros risque de fuite. Le deuxième fait qui n’est peut-être pas suffisamment évalué par le MP est la tranquillité publique. Des hommes et des femmes suspects d’avoir "volé" ou "tentés de voler" des millions de dollars continuent à se la couler douce, laisse entrevoir de sérieuses hypothèses de perturbation de la tranquillité publique. Car stupéfaite devant l’impunité dont bénéficient ces « voleurs VIP »  la population peut se permettre de braver certains interdits et troubler l’ordre public. « Si les VIP volent et ne vont pas en prison, moi aussi je peux faire pareil », pensent certains délinquants potentiels. La possibilité que des VIP accusés de vols soient victimes de la furie de la population n’est pas à écarter. Ce qui s’est passé dernièrement à Malanje est une illustration de la volonté du peuple de se défaire des dirigeants malhonnêtes. Des jets de pierre ont accueilli le cortège du Vice-président lors de son passage à Malanje. Le peuple réclame l’exonération de Norberto dos Santos (Kwata Kanawa), gouverneur de Malanje, pour incompétence et improbité dans la gestion de la province.  Voilà un comportement qui peut facilement faire tache d’huile.

Vivement les élections locales pour que le peuple puisse se choisir librement ses dirigeants provinciaux, municipaux et communaux. Ainsi, nous aurons les hommes qu’il faut à la place qu’il faut. 

Sobamasoba, l’analyse politique qui informe.

Eduardo M.Scotty

 

Source : makaangola.                                    

 

                                                                                                                                                                                     

vendredi 23 mars 2018

La Peur ?


« Nous sommes tous, un jour ou l’autre, obligés de choisir entre la confiance et la peur de perdre quelque chose. Tout dans la vie est affaire de choix : si vous souffrez aujourd’hui de relations qui vous oppriment, vous devez choisir entre rechercher de l’aide pour vous en sortir ou demeurer prisonnier. Si vous vous sentez aujourd’hui encouragé à prendre des décisions que vous regretterez plus tard, vous pouvez, soit vous fondre dans la foule, soit vous en détacher pour faire cavalier seul. Le choix vous appartient ! Même si vous ne vous sentez pas aussi brave et sûr de vous, souvenez-vous que le courage n’est pas l’absence de peur, mais la conquête de la peur. Plus vous apprendrez à vous faire confiance, plus cette confiance affermira le courage dont vous aurez besoin pour aller de l’avant. Ce n’est pas ce que vous vouliez entendre, certes ! Tant que vous occuperez les fonctions que vous occupez, vous connaitrez la peur. La peur de ne pas avoir tenu les promesses faites à un certain moment de votre vie. Êtes-vous un politicien ? Vous avez fait des promesses électorales que vous ne pouvez plus tenir. Très précisément dans ce cas, vous auriez préféré découvrir une formule miracle pour faire disparaitre sur-le-champ toutes vos craintes présentes et futures. Rassurez-vous : chaque fois que vous prendrez un risque, surtout celui de mentir à ses électeurs, vous ferez l’expérience de la peur. Et, lorsqu’elle vous tient au ventre, le pire est de ne rien faire. Attendre qu’un événement survienne pour vous en délivrer ne fera que vous paralyser un peu plus longtemps ».  Ces propos sont d’un homme très sage qui est mort il y a deux mil ans. J’y reviendrai.

Que se passe-t-il en Angola depuis l’arrivée de Joâo Lourenço au pouvoir ? Hormis le jeu des chaises musicales auquel le peuple n’accorde plus d’intérêt, aucune amélioration n’est enregistrée sur le plan socioéconomique, rien du tout. C’est plutôt à l’intérieur du Mpla qu’il y a beaucoup d’agitation. Le bicéphalisme imposé par Dos Santos au sommet de l’État, le parti au pouvoir et l’Exécutif national ayant à leurs têtes deux personnages différents, est décrié par plusieurs dirigeants du Mpla. D’ailleurs, la dernière réunion du CC du Mpla est l’illustration d’une cacophonie qui restera longtemps dans la mémoire des militants et de l’opinion publique. Entre ceux qui exigent le départ immédiat de Dos Santos de la tête du parti et d’autres qui soutiennent son maintien, les violons ne s’accordent plus. Ces deux camps sont apparus au lendemain des élections. Devant la vague de décisions prises par Joâo Lourenço, limogeage des chefs militaires, de la police et des services de renseignements, Dos Santos a senti le vent tourné. Il tente maintenant de rétropédaler, revenir sur sa décision de quitter la politique active au début de 2018 pour servir de filet de protection à ses enfants empêtrés dans des affaires de corruption et passibles de plusieurs années de prison. Sa démarche divise plus que ne rassemble au sein du parti. La situation ainsi créée embarrasse le Chef de l’État, vice-président du parti qui voit sa promesse « améliorer ce qui est bien et de corriger ce qui est mal » mise à mal. Le respect des statuts du parti le place dans une position très inconfortable. Comment traduire, pour les faits de corruption qui leur sont reprochés, Isabel dos Santos et son frère Filomeno en justice sans le soutien du parti ? Dos Santos laissera-t-il Joâo Lourenço franchir ce pas ? 

La détermination avec laquelle Joâo Lourenço a commencé son mandat a pris du plomb dans l’aile nonobstant le soutien populaire dont il a bénéficié. L’enthousiasme soulevé par sa politique de moralisation n’a plus la cote auprès de la population. Le peuple veut du concret. Et la realpolitik a rattrapé le président Joâo Lourenço au point où ses pas sont devenus hésitants. Le clivage qui est apparu au sein du Mpla met à jour deux visions politiques très différentes. Mais puisque l’Exécutif doit appliquer la politique élaborée par le parti, comme à l’époque de Staline en Union soviétique, le président Joâo Lourenço, craignant d'être mis en minorité au sein du parti, est appelé à obéir à sa hiérarchie.  L’intervention de Dos Santos dans la nomination du gouverneur de la province de Bengo est une des innombrables preuves de l’impuissance de l’Exécutif angolais dans la conduite des affaires du pays. Si l'on ajoute à cela le refus du président Joâo Lourenço de laisser la justice portugaise poursuivre l’ancien vice-président, Manuel Vicente, impliqué dans une affaire de corruption, alors que le Procureur général de la République reconnait ne pas être en mesure d’enquêter sur une affaire de cette nature, je vous laisse vous faire votre propre opinion et vous demande de réfléchir aux propos de cet homme au début de la page. Ces paroles ne peuvent-elles pas s’appliquer à Joâo Lourenço dans sa quête de chemin pour s’affranchir du Mpla ?   

Sobamasoba, l’analyse politique qui informe

Eduardo M.Scotty 

jeudi 4 janvier 2018

Qui veut la peau de Joâo Lourenço? Au bord de l'implosion, le Mpla sous haute pression.


Il y a exactement cent jours depuis que le président Joâo Lourenço s’est installé au palais présidentiel à Luanda et occupe les fonctions de Chef de l’État en Angola. Cent jours pendant lesquels les Angolais ont eu le loisir d’observer et d’analyser les actions du nouveau gouvernement. Dans les démocraties occidentales, ces 100 jours représentent la période de grâce que les opinions publiques nationale et internationale accordent au nouveau président de la République avant de porter leur jugement sur l’orientation politique qu’il insuffle au pays. C’est aussi après ces 100 jours que l’on mesure la cote de popularité du nouvel élu. Les mesures prises au cours de cette période donnent généralement une image de la direction que prend le pays sous la direction du nouvel exécutif.  Du point de vu de la moralisation de la vie politique en Angola, tous les observateurs ont identifié dans les actes posés par Joâo Lourenço une ferme volonté de rompre avec les méthodes de l’ancien président. Sa lutte contre l’impunité, la corruption et le laisser-aller trouve un écho favorable au sein de la population. C’est au niveau de son parti politique, le Mpla, qu’apparaissent des signes d’agacement. Habitués à se servir au lieu de servir, les dirigeants du Mpla trouvent en Joâo Lourenço un perturbateur inattendu. Lors de la cérémonie des vœux pour la fin de l’année 2017, le vice-président Bornito de Souza, rendu inexistant par la forte présence de Joâo Lourenço, dans un discours qui a surpris tout le monde, a fait l’apologie du bicéphalisme au somment de l’État. Il a, contre toute attente et en termes à peine voilés, enjoint le Chef de l’État à obéir au président du parti (le Mpla). Le juriste qu’est Bornito de Souza a oublié que le Chef de l’État ne doit obéissance qu’à la constitution et aux lois de la République. Je rappelle ici que c’est sous le régime de l’ancienne Union soviétique que le système admettait la prédominance du parti sur le gouvernement. Selon la Constitution angolaise, la légitimité de l’exercice présidentiel émane de la souveraineté du peuple qui l’octroie à un individu par le suffrage universel. Et, le peuple est au-dessus des partis politiques. C’est cette absence dans l’analyse de certains membres du Mpla  qui crée des clivages et des tensions au sein du parti. La preuve : aujourd’hui, contre toute attente, deux groupes se sont formés au sein du Mpla : les  « eduardistes » et les « lourencistes ».

Dans les « eduardistes », on retrouve tous les vieux corrompus de la République. Ceux qui sont très attachés au système stalinien de l’ancienne Russie. Ceux qui se sont enrichis sur le dos du peuple angolais et ne veulent pas perdre leurs privilèges. Ceux qui croient qu’ils sont prédestinés à diriger le pays quelles que soient les circonstances. Ceux qui croient que l’Angola est leur bien privé. Ce sont ceux là même qui hier encore disaient : le Mpla est le peuple et le peuple est le Mpla.

Dans les « lourencistes », il y a ceux qui croient au changement et refusent le statu quo. Ceux qui croient que l’on peut faire la politique autrement. Ceux qui croient que l’homme est la finalité de la politique de Joâo Lourenço. Ceux qui veulent que les choses changent vraiment dans le pays, d’où la moralisation entamée par JLo.

La situation créée par les inconditionnels du Mpla ressemble à s’y méprendre à celle d’un barracuda géant qui essaie d’attaquer un petit maquereau dans l’aquarium d’eau de mer, mais une barrière de verre les sépare. Le gros poisson ne cesse de se frapper le nez contre la barrière invisible jusqu’au moment où il décide qu’il en a assez et qu’il vaut mieux abandonner. Ils sont nombreux ces inconditionnels  derrière l’ex-président Dos Santos, mais ils ne sont pas suffisamment intelligents pour se rendre compte qu’il est pratiquement impossible d’atteindre Joâo Lourenço parce que c’est lui que le peuple a choisi comme son président. Le peuple, c’est la barrière de verre invisible qui protège le maquereau du barracuda. Croire qu’il suffit de le destituer de la vice-présidence du parti pour qu’il freine son élan est une grosse erreur de calcul. Il a pris trop d’épaisseur en 100 jours. L’enthousiasme qu’il suscite au sein de la population le met à l’abri de toute attaque. Pourtant, comme je l’avais écrit dans ma dernière publication, Joâo Lourenço n’a encore rien fait, qui puisse constituer une véritable unanimité autour de lui. Hormis la moralisation de la société qu’il poursuit jusqu’à ce jour, les vraies réformes pour le bien-être de la population ne sont pas encore à l’ordre du jour. C’est là où se trouve la ligne rouge, car ces réformes que nous appelons de tous nos vœux vont certainement toucher des camarades du parti. Quand on observe comment les camarades du Mpla réagissent contre la demande du gouvernement de rapatrier les fonds planqués dans des banques à l’étranger, on peur s’interroger sur la capacité de Joâo Lourenço à franchir la ligne rouge. Le bicéphalisme nous cause beaucoup de torts. Deux têtes sur un corps, c’est un monstre.  

Ce bicéphalisme qu’on nous impose ne facilite pas la tâche au nouveau président. Et vous, que croyez-vous ?

Sobamasoba, l’analyse politique qui informe.

Eduardo Scotty M.      

                                                                                                                                                                                                               

 

 

             

La rétrospective qui s'impose.


« L’Angola a connu une espèce de miracle économique au sortir de la guerre. Mais le Mpla au pouvoir n’en a pas profité pour faire des réformes ni pour diversifier son économie. Il a eu tort de penser que les cours élevés du pétrole seraient éternels. La crise économique mondiale de 2008-2009 le lui a rappelé, mais rien n’a été fait pour réduire la dépendance au pétrole », a constaté l’économiste Manuel José Alves da Rocha, de l’Université catholique d’Angola. Depuis 2014, le cours du baril a baissé et le pays est entré dans une crise économique profonde que va devoir gérer Joâo Lourenço. L’Angola a besoin d’une croissance égale ou supérieure à l’augmentation annuelle de la population, qui est de 3 %. Sinon, les Angolais deviendront encore plus pauvres et la situation économique et sociale se détériorera dangereusement. »  Avec ce prix bas du pétrole devenu la norme, la croissance a été quasi nulle en 2016 et  de 1,3 % en 2017, selon le FMI. Pendant ces deux années, les chantiers se sont arrêtés et les nombreuses tours inachevées brisent le mythe de la prospérité. Des dizaines de milliers d’ouvriers chinois ont quitté le pays. L’Angola n’a plus les moyens de s’offrir leurs services, car les conditions du deal sino-angolais « infrastructures contre pétrole » ne sont plus favorables. Les salaires des fonctionnaires sont payés en retard, les administrations et les entreprises privées ont abondamment licencié… et le mécontentement populaire a beaucoup grandit. Les attentes de l’après Dos Santos sont immenses. Joao Lourenço prend les rênes d’une puissance régionale à terre malgré un PIB huit fois supérieur à celui du Mozambique. L’héritage économique laissé par José Eduardo dos Santos, qui a quitté le pouvoir, malade, à l’âge de 74 ans, mais reste à la tête du MPLA, est préoccupant. Je ne cesse de le répéter à qui veut l'entendre. La dette publique dépasse les 70 % du PIB, le déficit budgétaire pourrait dépasser les 6 % du PIB, l’inflation galopante se conjugue à des taux de change délirants du kwanza en dollar et à une pénurie de devises qui contraint la Banque centrale à puiser dans ses réserves de change, qui s’amenuisent. Les investisseurs désertent ce qui était encore, il n’y a pas si longtemps, un eldorado pour les aventuriers prêts à miser sur un environnement d’affaires toxique et corrompue. « L’Etat n’a plus les moyens de les retenir et d’en attirer d’autres, constate un analyste occidental. D’autant que, depuis fin 2015, les sociétés étrangères ont du mal à convertir en devises leurs profits en monnaie locale. Les arriérés de transferts sont considérables, entre 2 et 5 milliards de dollars bloqués à Luanda. » L’incertitude plane sur les projets de réformes économiques de Joao Lourenço, de même que sur la marge de manœuvre dont il dispose au sein du parti et vis-à-vis de son prédécesseur. « Au début, Lourenço s’est occupé à faire sa place au sein du régime et du jeu politique interne au MPLA, explique le politologue Didier Péclard, du Global Studies Institute de l’Université de Genève. Il pourrait se recroqueviller sur ce qui marche, à savoir le pétrole et le diamant. Mais sans réforme économique poussée, il y a en Angola les germes d’une crise profonde. » Militaire discret considéré comme intègre, devenu ministre de la défense en 2014 et vice-président du MPLA en 2016, Joao Lourenço devra composer avec l’ombre du clan dos Santos qui plane sur toute l’économie et qu’incarnent des cadres souvent incompétents issus du MPLA et des fidèles serviteurs du président sortant. « Plus qu’un pays riche, l’Angola est un pays de quelques riches qui ne veulent ni partager, ni travailler, et règnent sur une économie de marché avec une mentalité communiste, analyse Carlos Rosado de Carvalho, économiste et directeur du journal Expansão. Il n’y a plus d’argent et le président va être obligé d’adopter des réformes claires, de définir un budget réaliste, de dévaluer le kwanza et de tout faire pour regagner la confiance des investisseurs et rétablir la crédibilité de l’Angola sur les marchés. Lourenço n’a d’autre choix que de reprendre contact avec le FMI pour d’éventuels prêts, mais surtout pour des conseils. »

La situation telle qu'analysée par des spécialistes démontre que Joâo Lourenço a plusieurs défis à relever pour redresser le pays. Malheureusement, après son investiture le premier obstacle sur son chemin, c’est le climat au sein de son parti, le Mpla. Son intégrité pose problème à ses collègues du parti, car elle est à contre-courant des méthodes employées par son prédécesseur pour gouverner le pays. Au vu de ce qui se passe au sommet de l’État, le Mpla peut-il  rendre le pays ingouvernable?  Wait and see.  
Sobamasoba, l'analyse politique qui informe.
Eduardo Scotty M.