mercredi 17 avril 2019

Joâo Lourenço nuit-il à la démocratie en Angola?


 
Un débat est en train de ressurgir en Angola. C’est celui de cumul des mandats. Il n’a pas encore pris des proportions comme au début de l’année, mais en privé les conversations tournent déjà autour du sujet. Lorsque le président Joâo Lourenço est arrivé au pouvoir après les élections de 2017, l’opinion publique angolaise, habituée à voir à la tête de l’État le président du parti vainqueur des élections,  s’attendait à l’éviction immédiate de José Eduardo dos Santos de la présidence du Mpla. Dans les milieux du Mpla, favorables au changement à la tête du parti, pour justifier l’impatience latente des réformistes, le terme « bicéphalisme » est entré dans le vocabulaire politique des Angolais. Deux têtes sur un corps, disaient-ils pour légitimer leur revendication, c’est un monstre. Tout le monde n’était pas d’accord, mais la pression était tellement grande qu’au dernier congrès extraordinaire du Mpla, Joâo Lourenço est devenu président du parti au grand bonheur de ses aficionados. Ainsi est né au sein du Mpla, deux groupes de dirigeants, les « Lourencistes » et les « Eduardistes ». Les « Lourencistes » sont ceux qui voulaient que tous les pouvoirs soient concentrés dans les mains d’une personne et les « Eduardistes » souhaitaient que le pouvoir soit partagé entre le chef du parti, Dos Santos, et le chef de l’État, Joâo Lourenço. Pour ces derniers, être chef de l’État, président de la République, président du parti au pouvoir et chef de l’Exécutif est un trop lourd fardeau pour une seule personne. Pendant des semaines dans les médias, Tchizé dos Santos à la tête d’un groupe de parlementaires du Mpla a défendu l’idée selon laquelle le président de la République ne devait pas être président du parti au pouvoir. Dans les démocraties modernes comme en France, en Belgique ou aux Pays-Bas, lorsque le président du parti vainqueur des élections accède au pouvoir, il quitte la tête de son parti. Il devient le chef de toute la population. Ainsi, il a les mains plus libres pour pouvoir arbitrer les éventuels conflits qui peuvent surgir durant son mandat au niveau des institutions du pays. Felix Antoine Tshisekedi Tshilombo a quitté la présidence de l’UDPS pour se consacrer totalement à la présidence de la RDCongo. Il est le président de tous les Congolais.

Après quelques mois à la tête de l’Angola, le président Joâo Lourenço, qui avait suscité beaucoup d’espoir dans les cœurs des Angolais, est rattrapé par la realpolitik. Dans sa lutte contre la corruption, il s’avère que les corrompus sont tous des membres ou des amis de son parti, le Mpla. C’est un vrai écueil dans la mise en place de sa politique. Comment un loup peut-il manger un autre loup ? En sa qualité de président de la République, s’il s’était affranchi de son parti, c’est avec une certaine hauteur qu’il aurait pu gérer les situations créées par ses amis politiques dans les affaires de détournements de fonds publics. Donc, le débat sur le cumul des fonctions trouve ici tout son sens. Ce dont les Angolais ont le plus besoin pour le moment, c’est d’un président qui ne soit pas chaque fois en conflit avec soi-même ; un président qui n'ait pas les mains liées à cause de l’allégeance à son parti. Le refus de l’ex-président José Eduardo dos Santos de voyager, conformément à la constitution aux frais de l’État, dans un avion mis à sa disposition par le gouvernement, est un signe fort qui relance justement le débat sur la concentration des pouvoirs dans les mains d’une même personne. La justice dans le pays étant ce qu’elle est, le Procureur général de la République, qui reçoit ses ordres de qui l’on sait, éprouve des difficultés pour bien faire son travail. Lorsqu’il doit libérer un malfrat qui a détourné l’argent de l’État sous prétexte qu’il a rendu le bien volé, et cela, sur ordre d’un président de la République qui a, semble-t-il, un problème de conscience, là… il y a un vrai problème.

L’Angola, en ma connaissance, est le seul pays où l’on peut voler en toute quiétude de l’argent de l’État, le fructifier et ensuite le rendre, en gardant les bénéfices réalisés bien sûr, sans que l’on soit embêté par la justice. C’est aussi le pays où les voleurs de l’argent de l’État sont connus, mais ne sont nullement inquiétés. Sauf s’ils appartiennent à l’autre camp. Le président Joâo Lourenço se trouve dans une position très inconfortable dans sa lutte contre la corruption et l’impunité. D’ailleurs, on a l’impression, à y regarder de près, que son discours sur la corruption est destiné aux argentiers de la  Banque mondiale ou du Fonds monétaire international. Ils sont nombreux, les MARIMBONDOS, comme il les appelle lui-même, mais combien sont-ils sous les verrous ? Avec la libération inexpliquée de Filomeno dos Santos, fils de l’ex-président, et de son ami Jean Claude de Morais, on dirait que les autres « marimbondos » mettent le président au défi de les arrêter. Ils sont prêts à ouvrir la boîte de pandore.  

Sommes-nous sortis d’une « dictature » pour entrer dans une autre plus douce ? Avec le même parti, la même politique conçue par ce même parti, les mêmes dirigeants issus de ce parti ? En tout cas, le débat sur la concentration des pouvoirs dans les mains d’une seule personne est un vrai débat.

Sobamasoba, l’analyse politique qui informe.

Eduardo M.Scotty.

vendredi 15 février 2019

L'an 2019, une année décisive dans la lutte contre la corruption.

 La lutte contre la corruption en Angola connait depuis quelque temps une accélération. Alors que la date butoir pour le rapatriement de l’argent volé et caché dans des banques à l’étranger était largement dépassée, le citoyen lambda se demandait si le président Joâo Lourenço serait capable de sévir contre tous ceux qui voulaient défier la loi. Le calme plat du début de l’année 2019 n’était qu’une embellie avant la tempête. L’inspection générale de l’État, à qui incombe la responsabilité d’enquêter sur la gestion du pays, a réuni suffisamment de preuves pour permettre au procureur de la République d’entamer des poursuites judiciaires contre tous ceux qui, au lieu de servir, se sont servis dans les caisses de l’État. L’inspection générale de l’État a estimé que les irrégularités constatées dans les services d'administration de l’État sont inimaginables et révèlent que les contrôles seront intenses au cours de cette année.

« Si nous ne faisons rien, nous ne sanctionnons pas, nous ne punissons pas, nous ne poursuivons pas en justice, nous ne condamnons pas ceux qui détournent l’argent de l’État, c’est évident que ceux qui viendront après nous n’auront aucun scrupule à détruire l’État. La lutte contre la corruption, le népotisme, l’impunité doit être sans état d’âme. C’est une lutte qui passe par le courage et la détermination » dixit Joâo Lourenço.

Les investigations qui ont abouti à la détention de quelques hommes forts, membres du Mpla, sont le signe de la détermination de l’État à corriger tous les maux qui gangrènent l’administration publique et son système financier. Un système financier qui, pendant des années, s’est laissé vicier par des prédateurs avides d’argent. Personne ne pouvait les arrêter. Le chef, lui-même, est corrompu jusqu’à la moelle. Aujourd’hui dans sa chute, il entraine ses enfants, ses amis et ses protégés. Joaquim Sebastiâo (ex-directeur de l’Institut national des routes de l’Angola), Manuel António Paulo et Rui Moita du Conseil national des chargeurs (Cnc), Igor Pereira de l’Inea-Cabinda sont arrêtés. Quelques jours avant tout ce beau monde, l’ex-ministre de la Communication sociale, Manuel António Rabelais est interpellé par la police alors qu’il s’apprête à quitter le pays. Apparemment la machine judiciaire s‘est vraiment mise en marche et cette fois c’est très sérieux, car les interpellations se succèdent les unes aux autres et elles ne sont pas prêtes de s’arrêter. Selon un journal en ligne à Luanda, les amis et proches de l’ex-directeur de l’Inea, Joaquim Sebastiâo, craignent que ce dernier se suicide compte tenu du nombre important des personnes influentes qui peuvent être impliquées dans son dossier s’il décide de révéler leurs noms. Son chauffeur a été arrêté tandis que l’ancien ministre de construction, Artur Fortunato a été entendu par les services du procureur de la République. Dans la ligne de mire du Procureur général de la République, Higino Carneiro, le tout puissant général gouverneur qui a dirigé les provinces de Kuanza-Sud, Kuando-Kubango et Luanda. Député à l’Assemblée nationale, Higino Carneiro a été convoqué et entendu dernièrement (12/2). Il est poursuivi pour corruption et détournement de fonds publics. Avec son ami et collègue, Manuel Rabelais, ils sont tous les deux interdits de quitter le territoire angolais. Députés, ils se cachent derrière les immunités parlementaires pour essayer d’échapper aux gardes à vue. Seulement, les immunités parlementaires ne sont qu’une garantie fonctionnelle qui est établie pour la liberté de parole de députés pendant les sessions parlementaires à l’Assemblée nationale et leur droit à la critique. Les affaires privées de députés ne sont pas concernées par ces immunités. La corruption, le détournement de biens de l’État, la pédophilie et toute une pléiade de délits immoraux ne sont pas couverts par les immunités parlementaires. S’il y a un flagrant délit, le député peut et doit être pénalement condamné. Après Higino Carneiro, Joâo Marcelino Typingue (ancien gouverneur de la province de Huila) et José Joanes André (ex-gouverneur de la province du Zaïre) seraient-ils sur la liste? Wait and see.

Sobamasoba.com, l’analyse politique qui informe.

Eduardo M. Scotty                   

jeudi 3 janvier 2019

L'illisibilité d'une politique.


La dernière publication de « sobamasoba.com » date de plus d’un mois. Vous aurez sûrement remarqué que depuis l’arrivée au pouvoir de Joâo Lourenço, la fréquence d’apparition de mes analyses sur l’Angola a connu un léger tassement. Cette situation est due en grande partie à l’important déficit de lisibilité qui entoure la politique du nouveau gouvernement. Dans le doute, j’ai décidé de m’abstenir pour ne pas prêter le flanc aux spéculations. Pourtant, il y a beaucoup à dire. De l’arrestation de Filomeno dos Santos et de son complice Claude de Bastos à la dernière conférence de presse annuelle de Joâo Lourenço, énormément d’eau est passée sous le pont. Sur la scène politique, les efforts consentis par le gouvernement sur son versant judiciaire tournent autour de la moralisation de la société et de la lutte contre la corruption. Une lutte aux contours difficilement déchiffrables, surtout lorsque le verbe n’accompagne pas l’action. On retrouve dans les rues de Luanda la plupart de tous ceux qui devaient se trouver en prison. Ils continuent à vivre tranquillement sans être inquiétés alors qu’ils sont connus pour avoir mis la main dans la caisse de l’État. Cette absence de rigueur à leur endroit génère une profonde suspicion dans la population. Le citoyen lambda ne sait plus à qui croire. Les discours qui ne sont pas suivis d’effets commencent à lasser. Dans les cafés de la périphérie de Luanda, il se murmure que les loups ne se mangent jamais entre eux. Sinon, pourquoi les généraux Higinio Carneiro, Manuel Helder Vieira Dias (Kopelipa) ou Leopoldino do Nascimento (Dino), pour ne citer que ceux-là, ne sont-ils pas inquiétés ? Pourquoi ?  

La raison se trouve peut-être dans la Loi fondamentale que nous a léguée Dos Santos. Celle qui fait de la « tête de liste » aux élections générales (une position hiérarchiquement réservée au président du parti) un chef de l’État en cas de victoire.  Pourtant, la Constitution angolaise n’impose nullement dans ses dispositions que le président de la République élu exerce en même temps les fonctions de président du parti au pouvoir. C’est insidieusement que Dos Santos a introduit cette coutume pour servir ses intérêts et ceux de ses amis. Une coutume qui place le pays dans une situation très atypique. Justification: c’est pour éviter le bicéphalisme. Tous les pouvoirs doivent être concentrés dans les mains d’une seule personne. Voilà pourquoi pendant plus de 38 ans, dans un « parti État », les dirigeants du Mpla se sont servis sans vergogne jusqu’à institutionnaliser la corruption. Aujourd’hui, tous les corrompus, qualifiés de « marimbondos » par le président Joâo Lourenço, sont membres du Mpla. C’est d’ailleurs une évidence : on ne dirige pas un pays pendant plus de 38 ans sans laisser des cadavres dans les placards. Dans l’éventualité d’un changement de personne à la tête du pays, si celui-ci est issu du même parti, il lui incombe de nettoyer ces placards. Mais à quel prix?  Au début, ce sont des discours pleins de bonnes intentions auxquels succèdent de petites réformes, juste assez pour jeter de la poudre aux yeux de la population, ensuite vient une période de léthargie et d’immobilisme qui n’en finit point. L’administration Lourenço se trouve exactement dans cette situation. Le président a les poings liés. S’il veut aller loin, il doit ménager sa monture.  Frapper très fort sur ses propres camarades peut finir par détruire l’image déjà très abimée du parti. Il faut penser aux prochaines élections locales de 2020. Le Mpla peut y laisser des plumes. Dans les rangs des forces armées, certains généraux ne cachent plus leur désaccord avec le président de la République. C’est dans ces forces armées que l’on retrouve la majorité des corrompus. Ces généraux et colonels qui se sont enrichis illicitement pendant la guerre qui a opposé le Mpla à l’Unita.

Pendant que Joâo Lourenço essaye de remettre de l’ordre dans la boutique, le peuple souverain, lui, attend avec impatience le début de l’année 2019, date butoir pour le rapatriement des fonds volés et cachés dans les banques à l’étranger. Car c’est à partir de cette date que les Angolais se feront une véritable opinion sur la sincérité du président JLo à vouloir lutter contre l’impunité et la corruption. Dans les milieux populaires, la loi sur ce fameux rapatriement de l’argent détourné qui sert de soubassement à cette lutte ne convainc pas et n’inspire pas confiance à la population. L’information relayée par la « Lettre du continent », site français d’informations africaines, et publiée dans son édition du 12 décembre 2018 est venue jeter un pavé dans la marre. Selon cet article, le Président Joâo Lourenço serait à la tête d’une fortune évaluée à plus 50 millions de dollars américains (source Forbes). Cette révélation que je prends avec beaucoup de réserve remet, à mon humble avis, en question l’intégrité du Président Joâo Lourenço. Lorsqu’on veut lutter contre la corruption, des informations de cette nature ne plaident pas en sa faveur. Surtout quand on sait que depuis 1975, JLo fait partie de la classe dirigeante en Angola. Aurait-il commis quelques indélicatesses pour que les investigateurs de la revue «Forbes  » le crucifient au pilori en publiant leurs compromettantes conclusions ? Est-ce à cause de cela que Manuel Vicente, poursuivi au Portugal pour corruption et devenu conseiller dans l’ombre du président serait-il devenu intouchable ? Le Procureur général ne montre aucun empressement à boucler son dossier. Sous d’autres cieux, le parlement se serait saisi du cas et aurait créé une commission d’enquête parlementaire pour éclaircir cette ambigüité. C’est ce manque de contrôle parlementaire qui crée le flou dans la perception de la politique menée par le gouvernement Lourenço. C’est un manque criant de lisibilité dans la politique menée par JLo et son gouvernement. Janvier 2019 nous apportera-t-il des réponses à nos questions ?

BONNE ET HEUREUSE ANNÉE 2019.  BONHEUR ET PROSPERITÉ POUR TOUS.

Sobamasoba.com, l’analyse politique qui informe.

Eduardo M. Scotty.                     

mardi 13 novembre 2018

La Chine trop généreuse, pour quel dessein?


Ces dernières années, l’étranger qui débarque pour la première fois sur le sol africain, quelles que soient les raisons de son voyage, est  surpris par l’état de délabrement de nos villes, la pauvreté de la population et…la présence massive des Chinois dans nos rues et sur les nombreux chantiers qui fleurissent sur tout le continent. Si le laisser-aller et la mauvaise gestion de la chose publique expliquent le délabrement des villes et la pauvreté de nos populations, la présence chinoise reste vrai énigme pour l’étranger. L’Afrique serait-elle en train de vivre une autre « colonisation » ?
À première vue, non. Mais à y regarder de près, ça y ressemble beaucoup. Et aussi incroyable que cela puisse paraître, cette présence n’est pas le fait d’un pur hasard. Elle est le résultat d’un long travail de réflexion mené par des responsables politiques chinois pendant plusieurs années, sous la direction de Mao Zedong et, plus tard, de Deng Xiaoping. Rappelez-vous. À l’origine de cette réflexion, un rapport statistique de 1954 qui estimait la population chinoise à un (1) milliard d’habitants à l’horizon 2000. Ce rapport alarmant, mais très sérieux a fait l’objet de plusieurs analyses de la part des responsables chinois de l’époque. Des mesures très originales (contraception obligatoire et légalisation de l’avortement) (*) sont prises pour ralentir une démographie trop galopante. La Chine ne pouvait pas se permettre d’abriter un (1) milliard d’habitants à l’étroit sur son sol avec la menace de la famine qui planait sur le pays. Les Chinois avaient donc un grave problème à résoudre : leur espace vital. Nous sommes pendant les années 50 et un vent de décolonisation souffle sur l’Afrique. C’est une planche de salut pour la Chine. L’Afrique est un continent sous-peuplé qui dispose d’assez d’espace pouvant accueillir un grand nombre d’immigrés. C’est aussi un marché de plusieurs millions d’habitants qui raffolent des produits chinois. Leur succès dans les foires commerciales africaines, au fil des années, est incontestable. Cette période de décolonisation, pendant laquelle les États africains s’efforcent de trouver de nouveaux repères, est donc un moment favorable. Et la tenue d’une conférence afro-asiatique à Bandung, en Indonésie (du 18 au 24 avril 1955) offre une tribune idéale à Chou-en-lai, alors premier ministre Chinois, pour convaincre les dirigeants africains de « bonnes intentions » de la Chine à l’égard de l’Afrique et apaiser, par la même occasion, les craintes des délégations anticommunistes présentes à la conférence par un discours modéré empreint d’un esprit de conciliation. Une caresse dans le sens du poil qui aboutit à la signature de quelques accords de coopération avec une quinzaine de pays africains. La Chine ne pouvait pas espérer mieux. Ces premières années de coopération sino-africaine se concluent avec des résultats qui placent la Chine au rang de meilleur partenaire dans la lutte pour le développement de l’Afrique. D’importants crédits sans intérêt, cage de l’amitié chinoise, sont distribués aux pays africains. La Tanzanie et la Zambie, deux anciennes colonies anglaises, sont au premier rang. Elles bénéficient d’un prêt sans intérêt qui leur permet de construire, avec l’aide des milliers de Chinois, la voie ferrée Lusaka-Dar-es-salam, la Tanzam. Cette œuvre gigantesque impressionne tout le continent. Cependant, quelques dirigeants africains, très éveillés, comme l’Ivoirien Houphouët Boigny, le Camerounais Hamadou Hahidjo ou le Malgache Philippe Tsirana, se montrent très sceptiques et se posent beaucoup de questions sur les méthodes chinoises d’aide au développement. À la conférence de l’OCAM (Organisation commune africaine et malgache) tenue à Abidjan, ils expriment des craintes de voir un jour les Chinois considérer l’Afrique comme une terre de colonisation. Pour eux, derrière la main généreuse chinoise se cache un projet ambitieux. « Les Chinois ont existé en tant que peuple, en tant que civilisation, bien avant l’Europe, et ont gardé une nostalgie du passé. Et quand ils auront acquis le prestige de peuple européen, lorsqu’ils auront la faculté de disposer d’engins nucléaires, ils ne voudront rester à la remorque d’aucun autre peuple » dixit Houphouët Boigny. Dès lors, la pénétration chinoise est perçue, déjà à cette époque-là, par une partie de l’intelligentsia africaine comme un danger pour l’Afrique.
Du Sénégal à la Tanzanie, de l’Angola à l'Algérie, il n’est pas étonnant aujourd’hui de rencontrer des travailleurs chinois à tous les coins de rues. Pourtant, il y a quelques années, leur présence était plus discrète. Maintenant, ils font partie du paysage africain. Ils sont partout et ils font tout. Ils arrivent pour construire des autoroutes, des bâtiments administratifs, des logements ou des stades, et contre toute attente, à la fin des travaux, ils se fixent et changent d’activité professionnelle. Une conversion qui provoque de l’agacement dans les milieux syndicaux africains. Leur implication directe dans les travaux ne favorise pas la résorption du chômage. Dans certains cercles d’intellectuels, la réaction est plus mesurée. La pénétration chinoise est qualifiée de préoccupante, mais c’est surtout autour de l’idée que les accords de coopération sino-africaine profitent plus aux Chinois que s’établit un consensus. Nos politiciens sont-ils pris au piège du « prêt sans intérêt » ? Qu’est-ce que les Chinois nous offrent-ils hormis les lignes de crédit? Rien ou presque rien. Aucun investissement dans la formation professionnelle ni dans l’enseignement supérieur ou la recherche scientifique. Tout va dans les bâtiments et les infrastructures routières. Ils ne sont pas nombreux ceux qui avaient compris la subtilité chinoise. Aujourd’hui, peu sont les États africains capables de résister à la générosité chinoise. 
Cet article dont l’objet est encore d’actualité, je l’ai écrit et publié en 2007 sur un site d’informations de Brazzaville (congoplusinfo). Je le publie de nouveau pour vous donner l’occasion de débattre du sujet. Ne nous voilons pas la face, la présence chinoise en Afrique est un vrai problème.

Le débat est ouvert.

Sobamasoba, l’analyse politique qui informe.

Eduardo M. Scotty.            

jeudi 27 septembre 2018

VENT DE PANIQUE EN ANGOLA.


Cette fois, c’est parti et bien parti. Selon les informations en provenance de Luanda, la lutte contre la corruption et les malversations financières est entrée dans sa phase pratique. Les têtes commencent à tomber. Finalement, le VI congrès extraordinaire du Mpla a été l’événement qui a permis de briser la glace et d’apporter du grain à moudre au moulin du Procureur de la République.

« …Dans cette croisade, le Mpla doit prendre les devants, être en première ligne, assurer le rôle de leader, même si les premiers à tomber sont les militants ou de hauts dirigeants du Mpla »  dixit : Joâo Lourenço, président du Mpla. C’est cette recommandation apparemment  innocente contenue dans le discours de clôture de JLo au congrès du Mpla qui a remis les pendules à l’heure et déclenché l’action judiciaire qui a abouti à l’arrestation des pilleurs de la République. Connu pour sa lenteur dans l’ouverture des dossiers criminels contre les membres du Mpla, cette fois le Procureur de la République s’est exécuté promptement.

Dans ma publication du 24 août 2018, que vous avez certainement lu, je me pose la question de savoir ce que, in fine, JLo en tant que président apportera au Mpla. Je me suis interrogé aussi sur les retombées de ce congrès extraordinaire pour une organisation politique qui avait perdu une grande partie de sa crédibilité. Ce congrès était-il un moment charnière dans l’histoire du Mpla ? Visiblement, l’incarcération de ceux (pas encore tous) qui ont plongé la main dans les caisses de l’État répond à ces questions. Si ceux qui sont sous le verrou croyaient qu’ils pouvaient vivre dans ce monde et ne pas en faire partie, ils se sont gourés. Il y a des règles dans ce monde et il faut les respecter.

Augusto da Silva Tomàs, ex-ministre des Transports, et Ernesto Manuel Norberto Garcia, directeur de UTIP et membre influent du Mpla/Jes n’ont pas respecté ces règles et ils sont les premiers à goûter aux délices de la privation de libertés. Augusto Tomàs à la prison de Sâo Paulo, et Norberto Garcia en résidence surveillée à Benfica.  Accusés de détournements des fonds et de corruption active, ils sont arrêtés et mis à l’ombre sans aucune possibilité de liberté sous caution. Ils attendront leur jugement en prison. La liberté sous caution leur a été refusée parce que l’argent volé ne peut pas servir au  payement d’une quelconque  caution. Ce serait trop facile.  

La même chose est arrivée à José Filomeno dos Santos, ex-président du Fonds souverain de l’Angola et fils de José Eduardo dos Santos, et à ses amis Jean Claude Bastos de Morais, Jorge G.F.Sebastiâo, António S.B.Manuel. Ils ont été arrêtés et conduits en prison. Dorénavant, la maison d’arrêt de Sâo Paulo et celle de Viana sont leurs nouveaux lieux de résidence. Même si Zenu est enfermé dans une cellule VIP, cela ne change rien à son statut.  Il est en prison. Et, pour une prise, c’est une grosse prise. Pendant longtemps, alors que les crimes sont avérés, le Procureur général de la République a beaucoup hésité devant la gravité de la décision à prendre. Face au vent du changement qui souffle actuellement sur le pays, il s’est patriotiquement exécuté. Laisser en liberté José Filomeno dos Santos et son complice Jean Claude Bastos de Morais, deux voleurs dangereux qui ont tenté de dépouiller l’État angolais de 500 millions de dollars, a été un cas de conscience difficile à gérer pour le PGR. Aujourd’hui, le courage a pris le dessus. La présence des badauds esquissant des pas de danse lors de l’arrivée de ces prisonniers VIP à la prison de Sâo Paulo est un signe de reconnaissance à l’acte posé par la Justice. Et les autres ? À chaque chose son temps.

Quelques-uns sont déjà en fuite. Samuel Barbosa da Cunha, un sujet brésilien, associé de José Filomeno dos Santos, qui a empoché, selon un média angolais sur le web, la modique somme de 24.850.000 de dollars pour des services que son entreprise fantôme n’a jamais prestés, a quitté précipitamment l’Angola. Hugo Onderwateur, hollandais, un proche d’Isabel dos Santos, a senti tourner le vent et a, lui aussi, abandonné le navire. D’autres sont en train de se préparer pour faire la même chose. Tous ceux qui n’auront pas rapatrié l’argent volé et planqué à l’étranger avant la date butoir seront arrêtés et traduits en justice. D’ici le mois décembre 2018 nous allons assister à un sauve-qui-peut général. La vague qui va les emporter s’approche dangereusement de nos rivages. Lev Leviev ; un sujet israélien, très proche d’Isabel dos Santos, son associé dans ASCORP (diamants) a quitté précipitamment l’Angleterre pour la Russie après une investigation secrète menée par la police britannique. Apparemment, les rats commencent à quitter le navire. Que nous réserve l’avenir ? Wait and see.

Aux dernières nouvelles, Paulo Tchipilica serait victime d’un AVC dû au stress causé par les incessants contrôles du Tribunal des comptes à son département. Ils ont tous le feu au c…

 

Sobamasoba, l’analyse politique qui informe.

Eduardo M. Scotty.   

                              

jeudi 13 septembre 2018

Le MPLA survivra-t-il au vent du changement?


 
Ca y est. Le congrès extraordinaire tant attendu a eu lieu. Le Mpla a son nouveau président en la personne de Joâo Lourenço. Entre les émotions mal contenues d’un président sortant qui s’est repenti en assumant publiquement ses erreurs et la détermination affichée par le nouveau président qui, d’entrer de jeu, a donné un coup de pied dans la fourmilière, il n’y avait pas d’espace pour l’hypocrisie. Les centaines de délégués et militants présents dans la salle de congrès de Belas ont eu le privilège d’assister à un passage de témoin apparemment pacifique. Personne n’était dupe. La tension entre José Eduardo dos Santos et Joâo Lourenço était palpable. Visiblement, JES regrette   amèrement d’avoir cédé le pouvoir à celui qu’il croyait être un fidèle. Ne l’avait-il pas nommé au poste de ministre de la Défense nationale et à celui de vice-président du Mpla ? Ne lui était-il pas redevable ? Apparemment, il s’était trompé dans son choix. Beaucoup de ses amis n’ont cessé de le lui reprocher. La preuve : la voie choisie par son successeur pour sortir le pays de la crise cause quelques soucis, et non des moindres, à tous ceux qui gravitaient autour de lui. Dans les hautes sphères du parti et de l’État, la quiétude d’hier a laissé la place à l’incertitude du lendemain.

"Les maux que nous devons corriger et surtout combattre sont la corruption, le népotisme,  l’hypocrisie et l’impunité. (…) Ces maux sont l’ennemi public numéro un contre lequel nous avons l’obligation de lutter et de vaincre. Dans cette croisade, le MPLA doit prendre les devants, être en première ligne, assumer le rôle de leader, même si les premiers à tomber sont les militants ou de hauts dirigeants du  MPLA ». Ces paroles sont de Joâo Lourenço, le  président élu du MPLA. Elles ont été prononcées lors de la clôture du congrès extraordinaire qui l’a porté à la tête de ce parti.

« Être membre du MPLA n’est pas une porte ouverte vers l’enrichissement illicite ». Des mots très forts qui continuent à résonner dans  l’enceinte de cette illustre salle même après le départ de tous les militants et cadres du MPLA. Le président Joâo Lourenço a fixé le cap de sa politique basée sur la correction de ce qui est mal et l’amélioration de ce qui est bien. Pour y arriver, le Bureau politique et le Comité central issus de ses assises ont été profondément modifiés.  Beaucoup de caciques sont restés sur le bord de la route. Il est difficile de lutter contre la corruption quand on est entourée des dirigeants corrompus jusqu’à la moelle épinière.  Paulo Cassoma, Dino Matross, Higinio de Carneiro, Roberto de Almeida, França Ndalu, Kundi Payama, Manuel Vicente, Joâo Miranda et Joana Lina cessent d’être  membres du BP du Mpla. Dans le comité central et le nouveau BP, Joâo Lourenço a injecté du sang nouveau. Sortir le pays du marasme dans lequel l’a plongé JES et ses amis exige du l’honnêteté et du patriotisme. La présence de ces hommes et femmes dans les instances dirigeantes du parti pendant plus de trente ans a écorché l’image du parti.  Pour le public angolais, le Mpla est devenu un parti dont les membres sont dépourvus de moralité. Les valeurs sur lesquelles le Mpla a bâti sa force politique sont piétinées par ses éminents dirigeants qui placent leurs propres intérêts au-dessus de ceux de la population. Intégrité, fraternité, solidarité, justice sont des valeurs qu’on ne retrouve plus dans le Mpla. Elles ont été remplacées par la cupidité, l’égoïsme, la corruption, le népotisme et l’hypocrisie. La mise à l’écart de ces dinosaures, même si elle correspond aux attentes du peuple, n’est pas sans danger pour la stabilité du nouveau régime. Dans cette nouvelle configuration qui se met en place dans le pays, le pouvoir doit poser des actes très forts pour refréner les ardeurs de tous ceux qui auraient des idées cagneuses derrière la tête.  La meilleure manière de tordre le cou à ce genre d’individus, c’est de commencer par mettre en prison tous ceux dont les délits sont avérés. Filomeno dos Santos (Zenu), Jean Claude Bastos de Morais, Isabel dos Santos, Valter Filipe devaient être en prison. Leur arrestation donnerait de la matière à réflexion à tous ceux qui oseraient s’en prendre, d’une manière ou d’une autre, à l’actuel président de la République.

L’Angola vit en ce moment une vraie rupture avec son passé. Dans les milieux intellectuels, les avis sont partagés entre ceux qui baignent plus ou moins dans la corruption et ceux qui vivent honnêtement de leur revenu. Blessés dans leur amour propre, les exclus du BP et du CC ne s’avoueront pas vaincus. Le président Joâo Lourenço est-il suffisamment outillé pour contrer ces millionnaires auxquels il a retiré le pain de la bouche ?  Que nous réserve l’avenir ?  Wait and see.

Sobamasoba, l’analyse politique qui informe.

Eduardo M.Scotty.           

 

                                                                                                                              

 

vendredi 24 août 2018

Joâo Lourenço et le MPLA, mariage de raison ?


Dans quelques jours, Joâo Lourenço aura accompli un an à la tête de la République d’Angola. Que peut-on concrètement retenir de cette période ?
Selon certains observateurs de la politique angolaise, Joâo Lourenço et son gouvernement manquent de fermeté dans leurs actions. Ils donnent l’impression de marcher sur des œufs. Si le président est à l’offensive sur la politique internationale, surtout dans la région australe de l’Afrique (Sadc), il est très timoré dans ses actions à l’intérieur du pays. Après une année de pouvoir, nous retrouvons dans la démarche de l’actuel gouvernement les tics de l’ancien régime. Le Mpla qui est le parti au pouvoir depuis toujours a quelques difficultés à se défaire de ses vieilles habitudes de parti communiste. Le dernier communiqué du Bureau politique du Mpla a replongé les Angolais dans une sorte d’atonie collective. Beaucoup se sont rappelé de la période de parti unique alors tout, vraiment tout, (le discours contre la corruption, la lutte contre le népotisme, la moralisation de la société, etc.)  indiquait que le pays se préparait à négocier un virage important. S’il y avait encore quelques doutes sur l’orientation politique du président Joâo Lourenço sur sa politique intérieure, le communiqué du BP du Mpla est venu remettre les pendules à l’heure. Une manière de rappeler à l’opinion la prédominance du Mpla dans les affaires de l’État. Exactement comme dans les régimes dictatoriaux. Dans ces pays-là, seuls les partis au pouvoir émettent souvent des communiqués dans lesquels ils proclament l'exact contraire de la réalité. Dans un pays dont les populations vivent en sous du seuil de la pauvreté, le parti ne s'offusque pas d'affirmer : « Notre peuple vit dans l’abondance, il dispose des aliments frais, les champs sont verdoyants et les récoltes magnifiques. Tout ceci grâce au Grand Timonier de notre Nation ! » L’Union Soviétique, la Chine maoïste, Cuba, la Corée du Nord, Venezuela et beaucoup autres ont utilisé et abusé de ces rhétoriques. Apparemment, malgré de la prétendue introduction du multipartisme en Angola, le MPLA n'a pas perdu ces manies communicationnelles. Le récent communiqué de la 6.ª réunion de son Bureau politique, rendu public le 3 août 2018, est aussi surréaliste, et en même temps idéologiquement aussi dangereux. C’est pour cette raison qu’il mérite une attention particulière. Convoquée pour préparer le congrès extraordinaire de septembre qui va élire Joâo Lourenço à la tête du Mpla, la réunion du BP s’est aussi penchée, comme par hasard, sur la situation sanitaire des populations. Ils ont découvert qu’il y a plusieurs foyers de choléra dans le pays. Et dans un  communiqué qui a surpris plus d’un observateur, le BP du Mpla « manifeste sa préoccupation face aux foyers de choléra (…), en exhortant le gouvernement à des efforts multisectoriels, pour l'éradication de ce mal, passible de causer la douleur et le désarroi dans les familles angolaises, principalement plus les plus démunies». Le sujet est trop sérieux pour laisser passer cette affirmation hypocrite. Le choléra est une infection intestinale causée par des bactéries qui se trouvent dans les eaux non traitées, dans les aliments mal conservés et dans les lieux sales. En résumée, c'est une maladie résultant de la saleté et de l'inexistence d'infrastructures qui garantissent de l'eau potable, des aliments sains et des habitations salubres. Telles comme la malaria, les principales circonstances qui promeuvent les foyers de choléra sont politiques. De facto, il y a pauvreté, il y a choléra, parce qu'il y a un manque criant d'assainissement basique, d’eau potable et des installations sanitaires adéquates dans les habitations. En Angola, la majorité de la population ne jouit pas des conditions qui permettent d'éviter le choléra et la malaria. Ce qui nous conduit à nous interroger : Qui a toujours dirigé le pays ?  Qui n'a pas créé les conditions d’assainissement basique ? C’est le Mpla. Quand ce parti vient maintenant « manifester sa préoccupation » face aux foyers de choléra, ce parti qui a autant des décennies à son compteur dans la conduite du pays, il y a de quoi tomber à la renverse. Le Mpla est-il  complètement déconnecté de la  réalité ? De l’avis du citoyen lambda, cette gesticulation du BP du MPLA est non seulement hypocrite, inqualifiable, mais répréhensible. Finalement, l’arrivée de Joâo Lourenço n’aura rien changé à la gestion du pays parce que le MPLA continue sur la même ligne, celle du passé. Ne pas s’attaquer aux vraies causes du choléra, feindre que ce qui se passe est un problème, mais externe, c’est de l’irresponsabilité.

L'Architecte de quoi ? La seconde référence absurde que l’on retrouve dans le communiqué de MPLA est l'hommage à José Eduardo dos Santos (JES) « Architecte de la Paix ». En ce moment la principale préoccupation de João Lourenço est de récupérer les milliards de dollars volés à l'Angola par les fils de José Eduardo dos Santos, peut-on rendre hommage à celui qui a favorisé ces détournements? À ce sujet, il semble que MPLA a quelques difficultés à se positionner dans ce combat contre la corruption. Le débat sur ce thème s’est déplacé sur les réseaux sociaux, heureusement. Des milliers de personnes quotidiennement fustigent MPLA, les « escroqueries » de ses directeurs, la corruption de ses chefs et l'inaptitude de leurs politiques. Ce mouvement de contestation est en train de s’étendre, et dans un pays avec une population extrêmement jeune, la tendance se développe très sérieusement. Le Mpla qui n’arrive pas à contrôler cette situation et sait qu’à tout moment elle peut placer son apanage politique en danger à quelques mois des élections locales. C'est pour cette raison que, de temps en temps, il lance des ballons d'essai pour une redéfinition du rôle des réseaux sociaux. Tout le monde sait que la Chine exerce un contrôle de fer sur les réseaux sociaux, pour éviter toute dissidence. Angola étant un allié et un élève privilégié de la Chine, de qui d'ailleurs nous dépendons financièrement. Il n’est pas surprenant d’affirmer que le Mpla soit en train d'étudier les méthodes chinoises de contrôle des réseaux sociaux pour les appliquer en Angola. C'est cela qui justifie les termes contenus dans le communiqué : « MPLA  exhorte  tous les citoyens à accomplir leurs devoirs dans l'exercice de leurs droits, en respectant les principes et les valeurs d’éthique et d’obéissance à la loi et à l'ordre public, principalement en l'usage moral et rationnel des réseaux sociaux et des nouvelles technologies d'informations, pour lesquelles, ensemble, les Angolais construisent une Angola saine et digne Il s'agit d'une suggestion extrêmement dangereuse, à laquelle les défenseurs des libertés doivent être très attentifs. Que fera le gouvernement sous la pression du Mpla pour mettre en œuvre l'« utilisation morale et rationnelle » des réseaux sociaux ?

L’arrivée très prochainement du clan Lourenço à la tête du Mpla apportera-t-elle des réponses à nos interrogations ? Wait and see. Le congrès du Mpla du mois de septembre sera-t-il un moment charnière dans l’histoire du Mpla ?

Sobamasoba, l’analyse politique qui informe.

Eduardo M.Scotty.