samedi 11 mai 2019

Joâo Lourenço va-t-il recourir aux méthodes de Dos Santos pour sauver son mandat?


L’arrivée à la tête de l’État du président Joâo Lourenço, je ne cesserai de le répéter, a suscité énormément d’espoir au sein de la population. Seulement, une année après son élection, le désenchantement a commencé à s’installer surtout dans les couches défavorisées de la société. La situation économique n’a cessé de se détériorer. Le taux de chômage, indicateur de la bonne santé socioéconomique, est à 28%. Même les militants du Mpla, connus pour leur allégeance au parti au pouvoir depuis 1975 dans le pays, commencent à douter de la capacité du nouveau président à redresser la barque qui prend l’eau de toutes parts. La lutte contre la corruption et l’impunité parait trop sélective aux yeux de l’opinion publique.  L’eau, l’électricité, le transport en commun, la santé, la pénurie de carburants constituent d’autres écueils pour lesquels le Mpla n’a jusqu’à ce jour pas des solutions. Devant l’immobilité, le Président Joâo Lourenço et le Mpla vont-ils recourir comme à l’époque de José Eduardo dos Santos aux stratégies développées par Noam Chomsky ? Des méthodes qui, pendant des années, ont assuré un semblant de stabilité au pays.   Qui est Noam Chomsky ?

Le philosophe et linguiste américain Noam Chomsky, dans son œuvre « Armes silencieuses pour des guerres tranquilles », présente dix stratégies/techniques de manipulation collective en vue de rendre collectivement imbécile un peuple, ou simplement le manipuler à certains moments de son histoire. L'intérêt dans « l'imbécilisation » des masses est multiforme, mais le plus important de ses pendants est celui qui consiste à se maintenir au pouvoir. Dans cette analyse, je vais me pencher sur 2 ou 3 stratégies. Une des techniques, peut-être la plus conséquente développée par Noam Chomsky, est celle qui consiste à se diriger à son peuple comme on s’adresse à un groupe d’enfants de bas âge.  Pourquoi ? Parce que lorsqu’on s’adresse à un enfant de 12 ans ou moins, on s’attend de sa part à une réponse ou à une réaction dépourvue de sens critique. À son endroit, on utilise des expressions comme : « tout va bien », « ça va aller »,« l'avenir sera meilleur » ; « se développer plus pour distribuer mieux » ; « vous voulez de l'eau ou la paix ». Des promesses rien que des promesses.  Sous d’autres cieux, lorsqu’un candidat affirme pendant une campagne électorale qu’il créera un million de nouveaux emplois, il devra également expliquer comment et avec quels moyens? Dans le contexte angolais, il suffit de dire que nous créerons des emplois et le peuple crie à l'unisson, « VIVA »! C’est une réaction typique de « l'imbécilisation » collective chronique.
Dans cette pratique « d’imbécilisation », on émeut plus qu’on ne pousse à la réflexion. L’utilisation de l'aspect émotionnel est une vieille technique classique qui sert à court-circuiter l'analyse rationnelle, et mettre fin au sens critique des individus. En outre, l'utilisation du registre émotionnel permet d'ouvrir la porte d'accès à l'inconscient pour implanter ou greffer des idées tordues, des peurs et craintes, des contraintes pour induire des comportements Par exemple : Lorsque quelques jeunes annoncent une manifestation pour protester contre une situation donnée, le groupe hégémonique, dans ce cas le Mpla, actionne l'émotion de l'imbécile collectif en plaçant quelques mères, membres de OMA – (Organisation des femmes angolaises), au milieu d’un cimetière pour scander devant des cameras: « nous sommes des veuves, nous ne voulons plus de guerres ». Cette manière de procéder ne vous rappelle rien ? 

Maintenir le public dans l'ignorance et dans la médiocrité. Voilà encore un autre moyen de rendre imbécile toute une population. Cette méthode consiste à tout faire pour que le peuple soit incapable de comprendre les nouvelles technologies et les tactiques utilisées par l’autorité pour le contrôler et le dominer. Dans ce cas précis, tous les observateurs s’accordent pour affirmer que la qualité de l'instruction prodiguée aux enfants des quartiers pauvres (les meilleures écoles étant situées dans les quartiers huppés de la ville) est d’une médiocrité criante. Une situation qui, à long terme, rend plus profond le fossé entre les classes inférieures et les classes sociales aisées. Le Mpla qui est censé promouvoir la lutte des classes ne se contente pas de les maintenir dans l'ignorance, mais il promeut aussi l'inculte. Pendant des années, le Mpla a fait de sorte que la sottise devient la mode et a élevé la pénurie intellectuelle au modèle national pour toutes les générations des laissés-pour-compte. Dans le processus d'imbécilização collectif,  les ignorants et les personnes immorales sont exhibés comme des modèles de succès. C’est le cas, entre autres, du Général Kangamba qui a toujours été présenté comme un entrepreneur talentueux alors que c’est un nul.

 Enfin, il y a la stratégie de la caresse. Celle qui consiste à faire accepter au peuple une décision impopulaire en la présentant dès son annonce comme étant « pénible, mais nécessaire », cherchant ainsi à obtenir l'acceptation publique pour une application future. Il est plus facile à un peuple d'accepter un sacrifice futur qu’un sacrifice immédiat. D’abord, parce que l'effort n'est pas demandé immédiatement. Ensuite, parce que le public, la masse, a toujours tendance à attendre naïvement que « tout va s'améliorer demain » et que le sacrifice exigé pourra être évité. Cela donne plus du temps à la population pour s'habituer à l'idée du changement et de l'accepter avec résignation le moment venu.
La flambée du prix du pétrole à laquelle est confrontée la population ces derniers jours à Luanda et à l’intérieur du pays, est une pilule amère. Pour la faire passer,  le Mpla s’est évertué à inculquer dans la tête de l'imbécile collectif, au moyen d'innombrables entrevues données par des supposés docteurs en économie internationale et spécialistes en politiques publiques, l’idée que c’est le manque de dialogue entre la Sonangol et le gouvernement qui est l’origine de cette situation. Alors, maintenant ils font croire à la population qu’il est  impérativement nécessaire d’appliquer une politique d’austérité parce que l’État angolais et sa population vivent au-dessus de leurs moyens.  Un mensonge plus il est grand… Pendant ce temps, les dignitaires du Mpla et leurs amis volent le trésor public et claironnent que le pays vit au-dessus de ses moyens !  Mon œil !

Aux dernières nouvelles, JLo a démis de leurs fonctions tous les membres du Conseil d’administration de Sonangol.

Sobamasoba, l’analyse politique qui informe

Eduardo M.Scotty  

lundi 6 mai 2019

Le MPLA abrutit-il délibérément le peuple angolais? Pour quel dessein?


Le monde commémore chaque année au mois d’avril la journée du livre. Et chaque année, des cerveaux bien pensants réfléchissent sur l’apport du livre dans la vie de chacun d’entre nous. Pour ces intellectuels, le livre est le maitre qui transforme la mentalité et participe à la genèse des esprits mieux élaborés. La date du 23 avril, journée mondiale du livre, est retenue par l’UNESCO pour promouvoir le plaisir de la lecture et encourager les personnes, précisément les jeunes, à connaitre l’énorme contribution des auteurs des livres à travers les siècles. Des têtes bien pensantes sont arrivées à la conclusion que gouverner une population qui ne lit pas ressemble à s’y méprendre à conduire un véhicule sans freins. L’Angola, avec ses 25 millions d'habitants, ne développe pas suffisamment d’effort pour susciter de l’intérêt dans la pratique de la lecture. Tous les jours, on assiste en Angola, sous le regard silencieux du MPLA, à la fermeture des librairies, à la mort virtuelle des auteurs angolais, à la faillite des éditions et imprimeries sans que personne ne lève le petit doigt. Luanda, une ville de plus de 5 millions d’habitants, ne compte que 2 ou 3 librairies. Dans les discours prononcés au cours de rencontres culturelles, certains responsables courageux, lorsqu’ils parlent de la qualité du débat et de l’éducation au sein de notre société, reconnaissent l’importance du livre dans la vie des citoyens. Ils affirment dans leurs différents propos ce que la vérité nue et crue nous révèle chaque jour quand ils observent notre société. 44 ans au pouvoir et la qualité de l’enseignement est toujours médiocre. Il n’est pas surprenant de rencontrer dans le pays des étudiants à l’université qui ne savent pas lire correctement, ni construire et défendre une hypothèse. Or, il est de notoriété publique que la lecture et l’écriture sont deux pratiques sociales de grande importance dans le développement de la condition humaine avec des avantages transversaux qui alimentent la connaissance à chaque livre lu. La lecture favorise le développement de l’intellect, de l’imagination et permet au cerveau de construire un raisonnement cohérent. Elle aide aussi à développer le sens critique et la capacité d’interprétation. Le cerveau aime les défis et quand il n’est pas souvent sollicité, il s’atrophie. Qui ne lit pas est obligé d’accepter tout ce qu’on lui dit.

L’Angola ne sera jamais un pays où il fait bon vivre si son peuple n’est pas suffisamment formé à la lecture et à l’écriture. Grâce à l’écriture, le peuple peut écrire son histoire et l’histoire de son pays. Qui ne sait ou n’aime pas lire ne peut pas interpréter la vie et les dynamiques de son pays. Surtout que l’interprétation des textes est une des clés essentielles de la lecture.  Il ne suffit pas d’avoir de belles maisons et de jolies voitures dans les garages, quand à l‘intérieur de ces maisons les étagères sont pleines des bouteilles d’alcool. Pas un seul bouquin pour lire. Si nous ne nous intéressons pas aux livres et si nous nous éloignons de la lecture, nous sommes condamnés à croupir dans l’ignorance. En Angola, la lecture est un exercice qui ne se pratique pas beaucoup, et les écrivains, surtout étrangers, sont inconnus. Rappelez-vous l’épisode de 15 activistes qui ont été arrêtés parce qu’ils lisaient un livre. Aujourd’hui, tout tourne autour des textes informels, des blogs, des réseaux sociaux. Dans les écoles, on parle très peu des livres. Les enseignants n’encouragent pas la lecture parce qu’elle a cessé d’être une priorité. Pour certains, lire est devenu une perte de temps. Et les conséquences du manque de lecture se font sentir à tous les niveaux. Il n’est donc pas étonnant de ne trouver aucune université angolaise sur la liste des meilleures universités africaines. Quel genre de cadres forme-t-on en Angola ? À l’allure où vont les choses, il sera difficile d’inverser la tendance.

Qui ne lit pas ne s’informe pas. Qui ne s’informe pas déforme. Qui déforme ne contribue jamais au développement du pays. Sachant que la société angolaise actuelle est plus inclinée vers la pensée unique, les opinions de chacun sont une répétition de ce qu’on raconte.

Un pays où la majorité de la population ne sait pas lire ne se développe jamais. On y compte plus de délinquants ; il y a plus de corruption et de bureaucratie. Il est difficile dans ces circonstances de faire émerger des compétences humaines, des professionnels responsables et d’atteindre des objectifs.

Et vous, mis à part les réseaux sociaux, les blogs et les textes informels, quel livre avez-vous lu au cours de trois derniers mois ?   

Sobamasoba, l’analyse politique qui informe.

Eduardo M.Scotty                

mercredi 24 avril 2019

Le MPLA, un boulet au pied de Joâo Lourenço?


« Si pour qu’il y ait la paix en Angola, il faut que je meure, je vais me sacrifier. Mais après ma mort, ne faites plus la guerre, négociez la paix et ne vous préoccupez pas du Mpla parce qu’entre eux ils vont se ficeler/river les uns aux autres jusqu’au moment où la corde qui les enroule va rompre. Et quand cela arrivera, ce sera la fin du MPLA » dixit Dr Jonas  Savimbi de l’Unita.

Dans ma dernière publication, j’ai souligné combien il était difficile pour le président Joâo Lourenço d’être au four et au moulin. Combien il est difficile pour lui de s’émanciper de son parti, le Mpla. JLo est à la tête d’un parti dont la dialectique ne correspond plus au désir ardent de changement qui l’habite. Qui, à votre avis, doit s’adapter à l’autre ? Avec les millions d’Angolais qui croient encore en lui, le président Joâo Lourenço, aux antipodes des agissements des caciques de son parti, éprouve quelques difficultés à satisfaire les attentes d’un peuple qui ne cesse de souffrir de la politique du Mpla. Sa loyauté est perçue par l’opinion comme une protection  des intérêts d’un groupe de « marimbondos » qui cherchent à se protéger de la colère du peuple. Et, pour ne pas se mettre à côté du vent de changement qui souffle sur l’Angola, le MPLA qui est, pour qui l’ignore,  une sorte de secte qui gouverne l’Angola depuis 1975,  organise depuis samedi 20 avril 2019, un colloque ayant pour thème : « Campagne publique pour la moralisation de la société angolaise ».  L’acte officiel de lancement a eu lieu à l'Hôtel de Conventions de Talatona, dans la périphérie de Luanda, sous l'emblématique orientation de la vice-présidente du parti, Luísa Damião.
Selon le Département d'information et propagande du Comité central du MPLA, « combattre la corruption, le népotisme, l'adulation et l'impunité c'est garantir un avenir meilleur et assurer le bien-être des familles angolaises », et cette campagne pour la moralisation de la société aura lieu dans tout le pays jusqu'en 2021, la veille des élections de 2022. Cette opération de sensibilisation est conçue pour être une activité permanente du parti au pouvoir, à tous les niveaux.
C’est très astucieux de la part du Mpla d'utiliser cette croisade pour séduire le peuple. Seulement, au lieu de proposer un combat contre « la corruption, le népotisme, l'adulation et l'impunité », il aurait peut-être fallu tout simplement dire que l'idée est de combattre l'ADN de MPLA. Tous ces maux que l’on reproche à la classe politique angolaise  constituent justement le soubassement fonctionnel du MPLA.
La difficulté à faire décoller l’économie nationale conduit les stratèges de l’ancien parti marxiste devenu social-démocrate à revoir leurs copies.  Il est évident que cette stratégie consiste à attirer surtout les investisseurs. Parce que s’il faut prendre cette campagne au sérieux, de toute évidence le MPLA est condamné à l'extinction. Le parti de Joâo Lourenço est une des plus grandes sectes du monde avec le plus grand nombre de corrompus et de flatteurs invétérés par mètre carré.
Avec cette action d'éducation patriotique et de lavage de cerveau, MPLA dit vouloir contribuer à la moralisation de la société angolaise en combattant la corruption, le népotisme,  l'adulation et  l'impunité. Comment finance-t-on la campagne ? Avec l’argent des contribuables, bien sûr. Le Mpla veut par cette même action soutenir aussi le Président du Parti et l'Exécutif dans l’euphémique lutte contre ces maux ; empêcher des actes identiques dans la société ; divulguer les lois approuvées sur la corruption, le rapatriement coercitif de capitaux, le blanchiment de capitaux; encourager les citoyens à dénoncer ces pratiques immorales et promouvoir les valeurs morales, civiques et éthiques : la citoyenneté et le patriotisme. Cela ressemble beaucoup à du déjà vu, non ?
Avec cette stratégie de marketing, le MPLA attend, comme hypothétiques résultats : l'accroissement du dialogue et de la prise de conscience de la société sur la nécessité impérieuse du combat à son propre ADN gangrené par la corruption, le népotisme, l’adulation et l’impunité ; l'ouverture d'espaces de débat sur des sujets sensibles de l'actualité dans le pays et l'engagement de la société dans le combat à des pratiques d'improbité publique. Celle-là, on l’a déjà entendu aussi.
Il faut ajouter à ce qui précède, l'assomption du phénomène comme un problème social, culturel et économique à être combattu par tous ; le soutien au Président de MPLA et à l'Exécutif, dans la matérialisation du Programme du gouvernement 2017/2022 (ce ne sera pas, plutôt, 2017/2052 ?) et la promotion de la sauvegarde des valeurs morales et civiques au le sein de la société angolaise.
Le MPLA garantit que des académiciens, chefs religieux et membres de la société civile vont disserter au long de la campagne sur les différents sujets proposés, avec l'intention d’œuvrer à l’agrandissement de la Patrie angolaise (du MPLA) et à la consolidation de la Nation (du MPLA), parce que c’est depuis 1975 que l’Angola est le MPLA, et le MPLA, l’Angola. Cette tentative de faire converger les intentions du Chef de l’État et le soi-disant programme du parti est un exercice qui demande une certaine habilité politique. À l’aube des élections locales, le Mpla sera-t-il en mesure de séduire ses électeurs au point de bénéficier de la présomption d’innocence ?  Ses dirigeants sont tellement confus qu’ils n’osent plus regarder dans les yeux ce peuple qu’ils ont meurtri durant plus de 38 ans. Les dernières manifestations organisées par la société civile devant le parlement angolais sont un signe qui ne trompe pas.    À cause du MPLA, le président Joâo Lourenço serait-il en train de perdre du terrain dans l’opinion ? Comment se débarrasser de ce boulet ?  Même en trichant, je ne pense pas que le Mpla soit capable de gagner haut la main les prochaines élections. À moins que…

Sobamasoba, l’analyse politique qui informe 

Edaurdo M.Scotty



  

mercredi 17 avril 2019

Joâo Lourenço nuit-il à la démocratie en Angola?


 
Un débat est en train de ressurgir en Angola. C’est celui de cumul des mandats. Il n’a pas encore pris des proportions comme au début de l’année, mais en privé les conversations tournent déjà autour du sujet. Lorsque le président Joâo Lourenço est arrivé au pouvoir après les élections de 2017, l’opinion publique angolaise, habituée à voir à la tête de l’État le président du parti vainqueur des élections,  s’attendait à l’éviction immédiate de José Eduardo dos Santos de la présidence du Mpla. Dans les milieux du Mpla, favorables au changement à la tête du parti, pour justifier l’impatience latente des réformistes, le terme « bicéphalisme » est entré dans le vocabulaire politique des Angolais. Deux têtes sur un corps, disaient-ils pour légitimer leur revendication, c’est un monstre. Tout le monde n’était pas d’accord, mais la pression était tellement grande qu’au dernier congrès extraordinaire du Mpla, Joâo Lourenço est devenu président du parti au grand bonheur de ses aficionados. Ainsi est né au sein du Mpla, deux groupes de dirigeants, les « Lourencistes » et les « Eduardistes ». Les « Lourencistes » sont ceux qui voulaient que tous les pouvoirs soient concentrés dans les mains d’une personne et les « Eduardistes » souhaitaient que le pouvoir soit partagé entre le chef du parti, Dos Santos, et le chef de l’État, Joâo Lourenço. Pour ces derniers, être chef de l’État, président de la République, président du parti au pouvoir et chef de l’Exécutif est un trop lourd fardeau pour une seule personne. Pendant des semaines dans les médias, Tchizé dos Santos à la tête d’un groupe de parlementaires du Mpla a défendu l’idée selon laquelle le président de la République ne devait pas être président du parti au pouvoir. Dans les démocraties modernes comme en France, en Belgique ou aux Pays-Bas, lorsque le président du parti vainqueur des élections accède au pouvoir, il quitte la tête de son parti. Il devient le chef de toute la population. Ainsi, il a les mains plus libres pour pouvoir arbitrer les éventuels conflits qui peuvent surgir durant son mandat au niveau des institutions du pays. Felix Antoine Tshisekedi Tshilombo a quitté la présidence de l’UDPS pour se consacrer totalement à la présidence de la RDCongo. Il est le président de tous les Congolais.

Après quelques mois à la tête de l’Angola, le président Joâo Lourenço, qui avait suscité beaucoup d’espoir dans les cœurs des Angolais, est rattrapé par la realpolitik. Dans sa lutte contre la corruption, il s’avère que les corrompus sont tous des membres ou des amis de son parti, le Mpla. C’est un vrai écueil dans la mise en place de sa politique. Comment un loup peut-il manger un autre loup ? En sa qualité de président de la République, s’il s’était affranchi de son parti, c’est avec une certaine hauteur qu’il aurait pu gérer les situations créées par ses amis politiques dans les affaires de détournements de fonds publics. Donc, le débat sur le cumul des fonctions trouve ici tout son sens. Ce dont les Angolais ont le plus besoin pour le moment, c’est d’un président qui ne soit pas chaque fois en conflit avec soi-même ; un président qui n'ait pas les mains liées à cause de l’allégeance à son parti. Le refus de l’ex-président José Eduardo dos Santos de voyager, conformément à la constitution aux frais de l’État, dans un avion mis à sa disposition par le gouvernement, est un signe fort qui relance justement le débat sur la concentration des pouvoirs dans les mains d’une même personne. La justice dans le pays étant ce qu’elle est, le Procureur général de la République, qui reçoit ses ordres de qui l’on sait, éprouve des difficultés pour bien faire son travail. Lorsqu’il doit libérer un malfrat qui a détourné l’argent de l’État sous prétexte qu’il a rendu le bien volé, et cela, sur ordre d’un président de la République qui a, semble-t-il, un problème de conscience, là… il y a un vrai problème.

L’Angola, en ma connaissance, est le seul pays où l’on peut voler en toute quiétude de l’argent de l’État, le fructifier et ensuite le rendre, en gardant les bénéfices réalisés bien sûr, sans que l’on soit embêté par la justice. C’est aussi le pays où les voleurs de l’argent de l’État sont connus, mais ne sont nullement inquiétés. Sauf s’ils appartiennent à l’autre camp. Le président Joâo Lourenço se trouve dans une position très inconfortable dans sa lutte contre la corruption et l’impunité. D’ailleurs, on a l’impression, à y regarder de près, que son discours sur la corruption est destiné aux argentiers de la  Banque mondiale ou du Fonds monétaire international. Ils sont nombreux, les MARIMBONDOS, comme il les appelle lui-même, mais combien sont-ils sous les verrous ? Avec la libération inexpliquée de Filomeno dos Santos, fils de l’ex-président, et de son ami Jean Claude de Morais, on dirait que les autres « marimbondos » mettent le président au défi de les arrêter. Ils sont prêts à ouvrir la boîte de pandore.  

Sommes-nous sortis d’une « dictature » pour entrer dans une autre plus douce ? Avec le même parti, la même politique conçue par ce même parti, les mêmes dirigeants issus de ce parti ? En tout cas, le débat sur la concentration des pouvoirs dans les mains d’une seule personne est un vrai débat.

Sobamasoba, l’analyse politique qui informe.

Eduardo M.Scotty.

vendredi 15 février 2019

L'an 2019, une année décisive dans la lutte contre la corruption.

 La lutte contre la corruption en Angola connait depuis quelque temps une accélération. Alors que la date butoir pour le rapatriement de l’argent volé et caché dans des banques à l’étranger était largement dépassée, le citoyen lambda se demandait si le président Joâo Lourenço serait capable de sévir contre tous ceux qui voulaient défier la loi. Le calme plat du début de l’année 2019 n’était qu’une embellie avant la tempête. L’inspection générale de l’État, à qui incombe la responsabilité d’enquêter sur la gestion du pays, a réuni suffisamment de preuves pour permettre au procureur de la République d’entamer des poursuites judiciaires contre tous ceux qui, au lieu de servir, se sont servis dans les caisses de l’État. L’inspection générale de l’État a estimé que les irrégularités constatées dans les services d'administration de l’État sont inimaginables et révèlent que les contrôles seront intenses au cours de cette année.

« Si nous ne faisons rien, nous ne sanctionnons pas, nous ne punissons pas, nous ne poursuivons pas en justice, nous ne condamnons pas ceux qui détournent l’argent de l’État, c’est évident que ceux qui viendront après nous n’auront aucun scrupule à détruire l’État. La lutte contre la corruption, le népotisme, l’impunité doit être sans état d’âme. C’est une lutte qui passe par le courage et la détermination » dixit Joâo Lourenço.

Les investigations qui ont abouti à la détention de quelques hommes forts, membres du Mpla, sont le signe de la détermination de l’État à corriger tous les maux qui gangrènent l’administration publique et son système financier. Un système financier qui, pendant des années, s’est laissé vicier par des prédateurs avides d’argent. Personne ne pouvait les arrêter. Le chef, lui-même, est corrompu jusqu’à la moelle. Aujourd’hui dans sa chute, il entraine ses enfants, ses amis et ses protégés. Joaquim Sebastiâo (ex-directeur de l’Institut national des routes de l’Angola), Manuel António Paulo et Rui Moita du Conseil national des chargeurs (Cnc), Igor Pereira de l’Inea-Cabinda sont arrêtés. Quelques jours avant tout ce beau monde, l’ex-ministre de la Communication sociale, Manuel António Rabelais est interpellé par la police alors qu’il s’apprête à quitter le pays. Apparemment la machine judiciaire s‘est vraiment mise en marche et cette fois c’est très sérieux, car les interpellations se succèdent les unes aux autres et elles ne sont pas prêtes de s’arrêter. Selon un journal en ligne à Luanda, les amis et proches de l’ex-directeur de l’Inea, Joaquim Sebastiâo, craignent que ce dernier se suicide compte tenu du nombre important des personnes influentes qui peuvent être impliquées dans son dossier s’il décide de révéler leurs noms. Son chauffeur a été arrêté tandis que l’ancien ministre de construction, Artur Fortunato a été entendu par les services du procureur de la République. Dans la ligne de mire du Procureur général de la République, Higino Carneiro, le tout puissant général gouverneur qui a dirigé les provinces de Kuanza-Sud, Kuando-Kubango et Luanda. Député à l’Assemblée nationale, Higino Carneiro a été convoqué et entendu dernièrement (12/2). Il est poursuivi pour corruption et détournement de fonds publics. Avec son ami et collègue, Manuel Rabelais, ils sont tous les deux interdits de quitter le territoire angolais. Députés, ils se cachent derrière les immunités parlementaires pour essayer d’échapper aux gardes à vue. Seulement, les immunités parlementaires ne sont qu’une garantie fonctionnelle qui est établie pour la liberté de parole de députés pendant les sessions parlementaires à l’Assemblée nationale et leur droit à la critique. Les affaires privées de députés ne sont pas concernées par ces immunités. La corruption, le détournement de biens de l’État, la pédophilie et toute une pléiade de délits immoraux ne sont pas couverts par les immunités parlementaires. S’il y a un flagrant délit, le député peut et doit être pénalement condamné. Après Higino Carneiro, Joâo Marcelino Typingue (ancien gouverneur de la province de Huila) et José Joanes André (ex-gouverneur de la province du Zaïre) seraient-ils sur la liste? Wait and see.

Sobamasoba.com, l’analyse politique qui informe.

Eduardo M. Scotty                   

jeudi 3 janvier 2019

L'illisibilité d'une politique.


La dernière publication de « sobamasoba.com » date de plus d’un mois. Vous aurez sûrement remarqué que depuis l’arrivée au pouvoir de Joâo Lourenço, la fréquence d’apparition de mes analyses sur l’Angola a connu un léger tassement. Cette situation est due en grande partie à l’important déficit de lisibilité qui entoure la politique du nouveau gouvernement. Dans le doute, j’ai décidé de m’abstenir pour ne pas prêter le flanc aux spéculations. Pourtant, il y a beaucoup à dire. De l’arrestation de Filomeno dos Santos et de son complice Claude de Bastos à la dernière conférence de presse annuelle de Joâo Lourenço, énormément d’eau est passée sous le pont. Sur la scène politique, les efforts consentis par le gouvernement sur son versant judiciaire tournent autour de la moralisation de la société et de la lutte contre la corruption. Une lutte aux contours difficilement déchiffrables, surtout lorsque le verbe n’accompagne pas l’action. On retrouve dans les rues de Luanda la plupart de tous ceux qui devaient se trouver en prison. Ils continuent à vivre tranquillement sans être inquiétés alors qu’ils sont connus pour avoir mis la main dans la caisse de l’État. Cette absence de rigueur à leur endroit génère une profonde suspicion dans la population. Le citoyen lambda ne sait plus à qui croire. Les discours qui ne sont pas suivis d’effets commencent à lasser. Dans les cafés de la périphérie de Luanda, il se murmure que les loups ne se mangent jamais entre eux. Sinon, pourquoi les généraux Higinio Carneiro, Manuel Helder Vieira Dias (Kopelipa) ou Leopoldino do Nascimento (Dino), pour ne citer que ceux-là, ne sont-ils pas inquiétés ? Pourquoi ?  

La raison se trouve peut-être dans la Loi fondamentale que nous a léguée Dos Santos. Celle qui fait de la « tête de liste » aux élections générales (une position hiérarchiquement réservée au président du parti) un chef de l’État en cas de victoire.  Pourtant, la Constitution angolaise n’impose nullement dans ses dispositions que le président de la République élu exerce en même temps les fonctions de président du parti au pouvoir. C’est insidieusement que Dos Santos a introduit cette coutume pour servir ses intérêts et ceux de ses amis. Une coutume qui place le pays dans une situation très atypique. Justification: c’est pour éviter le bicéphalisme. Tous les pouvoirs doivent être concentrés dans les mains d’une seule personne. Voilà pourquoi pendant plus de 38 ans, dans un « parti État », les dirigeants du Mpla se sont servis sans vergogne jusqu’à institutionnaliser la corruption. Aujourd’hui, tous les corrompus, qualifiés de « marimbondos » par le président Joâo Lourenço, sont membres du Mpla. C’est d’ailleurs une évidence : on ne dirige pas un pays pendant plus de 38 ans sans laisser des cadavres dans les placards. Dans l’éventualité d’un changement de personne à la tête du pays, si celui-ci est issu du même parti, il lui incombe de nettoyer ces placards. Mais à quel prix?  Au début, ce sont des discours pleins de bonnes intentions auxquels succèdent de petites réformes, juste assez pour jeter de la poudre aux yeux de la population, ensuite vient une période de léthargie et d’immobilisme qui n’en finit point. L’administration Lourenço se trouve exactement dans cette situation. Le président a les poings liés. S’il veut aller loin, il doit ménager sa monture.  Frapper très fort sur ses propres camarades peut finir par détruire l’image déjà très abimée du parti. Il faut penser aux prochaines élections locales de 2020. Le Mpla peut y laisser des plumes. Dans les rangs des forces armées, certains généraux ne cachent plus leur désaccord avec le président de la République. C’est dans ces forces armées que l’on retrouve la majorité des corrompus. Ces généraux et colonels qui se sont enrichis illicitement pendant la guerre qui a opposé le Mpla à l’Unita.

Pendant que Joâo Lourenço essaye de remettre de l’ordre dans la boutique, le peuple souverain, lui, attend avec impatience le début de l’année 2019, date butoir pour le rapatriement des fonds volés et cachés dans les banques à l’étranger. Car c’est à partir de cette date que les Angolais se feront une véritable opinion sur la sincérité du président JLo à vouloir lutter contre l’impunité et la corruption. Dans les milieux populaires, la loi sur ce fameux rapatriement de l’argent détourné qui sert de soubassement à cette lutte ne convainc pas et n’inspire pas confiance à la population. L’information relayée par la « Lettre du continent », site français d’informations africaines, et publiée dans son édition du 12 décembre 2018 est venue jeter un pavé dans la marre. Selon cet article, le Président Joâo Lourenço serait à la tête d’une fortune évaluée à plus 50 millions de dollars américains (source Forbes). Cette révélation que je prends avec beaucoup de réserve remet, à mon humble avis, en question l’intégrité du Président Joâo Lourenço. Lorsqu’on veut lutter contre la corruption, des informations de cette nature ne plaident pas en sa faveur. Surtout quand on sait que depuis 1975, JLo fait partie de la classe dirigeante en Angola. Aurait-il commis quelques indélicatesses pour que les investigateurs de la revue «Forbes  » le crucifient au pilori en publiant leurs compromettantes conclusions ? Est-ce à cause de cela que Manuel Vicente, poursuivi au Portugal pour corruption et devenu conseiller dans l’ombre du président serait-il devenu intouchable ? Le Procureur général ne montre aucun empressement à boucler son dossier. Sous d’autres cieux, le parlement se serait saisi du cas et aurait créé une commission d’enquête parlementaire pour éclaircir cette ambigüité. C’est ce manque de contrôle parlementaire qui crée le flou dans la perception de la politique menée par le gouvernement Lourenço. C’est un manque criant de lisibilité dans la politique menée par JLo et son gouvernement. Janvier 2019 nous apportera-t-il des réponses à nos questions ?

BONNE ET HEUREUSE ANNÉE 2019.  BONHEUR ET PROSPERITÉ POUR TOUS.

Sobamasoba.com, l’analyse politique qui informe.

Eduardo M. Scotty.                     

mardi 13 novembre 2018

La Chine trop généreuse, pour quel dessein?


Ces dernières années, l’étranger qui débarque pour la première fois sur le sol africain, quelles que soient les raisons de son voyage, est  surpris par l’état de délabrement de nos villes, la pauvreté de la population et…la présence massive des Chinois dans nos rues et sur les nombreux chantiers qui fleurissent sur tout le continent. Si le laisser-aller et la mauvaise gestion de la chose publique expliquent le délabrement des villes et la pauvreté de nos populations, la présence chinoise reste vrai énigme pour l’étranger. L’Afrique serait-elle en train de vivre une autre « colonisation » ?
À première vue, non. Mais à y regarder de près, ça y ressemble beaucoup. Et aussi incroyable que cela puisse paraître, cette présence n’est pas le fait d’un pur hasard. Elle est le résultat d’un long travail de réflexion mené par des responsables politiques chinois pendant plusieurs années, sous la direction de Mao Zedong et, plus tard, de Deng Xiaoping. Rappelez-vous. À l’origine de cette réflexion, un rapport statistique de 1954 qui estimait la population chinoise à un (1) milliard d’habitants à l’horizon 2000. Ce rapport alarmant, mais très sérieux a fait l’objet de plusieurs analyses de la part des responsables chinois de l’époque. Des mesures très originales (contraception obligatoire et légalisation de l’avortement) (*) sont prises pour ralentir une démographie trop galopante. La Chine ne pouvait pas se permettre d’abriter un (1) milliard d’habitants à l’étroit sur son sol avec la menace de la famine qui planait sur le pays. Les Chinois avaient donc un grave problème à résoudre : leur espace vital. Nous sommes pendant les années 50 et un vent de décolonisation souffle sur l’Afrique. C’est une planche de salut pour la Chine. L’Afrique est un continent sous-peuplé qui dispose d’assez d’espace pouvant accueillir un grand nombre d’immigrés. C’est aussi un marché de plusieurs millions d’habitants qui raffolent des produits chinois. Leur succès dans les foires commerciales africaines, au fil des années, est incontestable. Cette période de décolonisation, pendant laquelle les États africains s’efforcent de trouver de nouveaux repères, est donc un moment favorable. Et la tenue d’une conférence afro-asiatique à Bandung, en Indonésie (du 18 au 24 avril 1955) offre une tribune idéale à Chou-en-lai, alors premier ministre Chinois, pour convaincre les dirigeants africains de « bonnes intentions » de la Chine à l’égard de l’Afrique et apaiser, par la même occasion, les craintes des délégations anticommunistes présentes à la conférence par un discours modéré empreint d’un esprit de conciliation. Une caresse dans le sens du poil qui aboutit à la signature de quelques accords de coopération avec une quinzaine de pays africains. La Chine ne pouvait pas espérer mieux. Ces premières années de coopération sino-africaine se concluent avec des résultats qui placent la Chine au rang de meilleur partenaire dans la lutte pour le développement de l’Afrique. D’importants crédits sans intérêt, cage de l’amitié chinoise, sont distribués aux pays africains. La Tanzanie et la Zambie, deux anciennes colonies anglaises, sont au premier rang. Elles bénéficient d’un prêt sans intérêt qui leur permet de construire, avec l’aide des milliers de Chinois, la voie ferrée Lusaka-Dar-es-salam, la Tanzam. Cette œuvre gigantesque impressionne tout le continent. Cependant, quelques dirigeants africains, très éveillés, comme l’Ivoirien Houphouët Boigny, le Camerounais Hamadou Hahidjo ou le Malgache Philippe Tsirana, se montrent très sceptiques et se posent beaucoup de questions sur les méthodes chinoises d’aide au développement. À la conférence de l’OCAM (Organisation commune africaine et malgache) tenue à Abidjan, ils expriment des craintes de voir un jour les Chinois considérer l’Afrique comme une terre de colonisation. Pour eux, derrière la main généreuse chinoise se cache un projet ambitieux. « Les Chinois ont existé en tant que peuple, en tant que civilisation, bien avant l’Europe, et ont gardé une nostalgie du passé. Et quand ils auront acquis le prestige de peuple européen, lorsqu’ils auront la faculté de disposer d’engins nucléaires, ils ne voudront rester à la remorque d’aucun autre peuple » dixit Houphouët Boigny. Dès lors, la pénétration chinoise est perçue, déjà à cette époque-là, par une partie de l’intelligentsia africaine comme un danger pour l’Afrique.
Du Sénégal à la Tanzanie, de l’Angola à l'Algérie, il n’est pas étonnant aujourd’hui de rencontrer des travailleurs chinois à tous les coins de rues. Pourtant, il y a quelques années, leur présence était plus discrète. Maintenant, ils font partie du paysage africain. Ils sont partout et ils font tout. Ils arrivent pour construire des autoroutes, des bâtiments administratifs, des logements ou des stades, et contre toute attente, à la fin des travaux, ils se fixent et changent d’activité professionnelle. Une conversion qui provoque de l’agacement dans les milieux syndicaux africains. Leur implication directe dans les travaux ne favorise pas la résorption du chômage. Dans certains cercles d’intellectuels, la réaction est plus mesurée. La pénétration chinoise est qualifiée de préoccupante, mais c’est surtout autour de l’idée que les accords de coopération sino-africaine profitent plus aux Chinois que s’établit un consensus. Nos politiciens sont-ils pris au piège du « prêt sans intérêt » ? Qu’est-ce que les Chinois nous offrent-ils hormis les lignes de crédit? Rien ou presque rien. Aucun investissement dans la formation professionnelle ni dans l’enseignement supérieur ou la recherche scientifique. Tout va dans les bâtiments et les infrastructures routières. Ils ne sont pas nombreux ceux qui avaient compris la subtilité chinoise. Aujourd’hui, peu sont les États africains capables de résister à la générosité chinoise. 
Cet article dont l’objet est encore d’actualité, je l’ai écrit et publié en 2007 sur un site d’informations de Brazzaville (congoplusinfo). Je le publie de nouveau pour vous donner l’occasion de débattre du sujet. Ne nous voilons pas la face, la présence chinoise en Afrique est un vrai problème.

Le débat est ouvert.

Sobamasoba, l’analyse politique qui informe.

Eduardo M. Scotty.