mardi 26 mai 2020

La CHINE généreuse et rusée ?

Dans une de mes dernières publications, la dette extérieure de l'Angola était le sujet que j'avais choisi pour partager avec vous. Ce sujet qui parait peut-être anodin à vos yeux concerne plusieurs générations d'Angolais. Les parents aujourd'hui, par leurs impôts, payent la dette, leurs enfants payeront et les enfants de leurs enfants continueront à payer. Il est donc légitime que les Angolais sachent de quelle manière leur gouvernement gère les emprunts contractés auprès des créanciers étrangers. Aujourd'hui,  la dette de l'Angola envers la Chine, un tabou, revient à la surface avec des informations non officielles indiquant que le gouvernement de João Lourenço pourrait livrer, pour rembourser sa dette, une grande quantité de pétrole à la Chine en raison du manque de réserves suffisantes capables d'assurer le paiement. L'Angola a bénéficié de plusieurs lignes de crédits.
Le montant réel du découvert angolais envers les Chinois est une autre question que se posent les citoyens dans certains milieux à Luanda. Le manque de transparence du gouvernement dans la résolution de ce problème soulève aussi d'autres interrogations. Les informations diffusées par des responsables du Mpla indiquent une dette envers la Chine de l'ordre de 22 milliards de dollars, mais les observateurs angolais doutent de ces chiffres.
L'expert en industrie pétrolière et gazière, Artur Pedro, considère que la dette de l'Angola envers la Chine, et d'autres pays africains, n'est pas claire et remet en question le sérieux des fonctionnaires.
"Personne ne parle de cette dette envers la Chine de manière concise et transparente. Et par manque de transparence, le problème devient un casse-tête", déplore Artur Pedro, pour qui cela rend difficile de prévoir tout type d'accord.
Pour sa part, l'économiste Filomeno Vieira Lopes estime qu'en raison de l'opacité qui entoure le sujet et compte tenu de la manière dont ce dossier est traité, l'hypothèse selon laquelle l'Angola pourrait céder une partie de son actif stratégique pour alléger la dette qu'il a auprès du géant asiatique ne peut être écartée. 
«Au Mozambique, par exemple, les Chinois ont déjà commencé à s'approprier les terres en raison du volume de la dette. Dans d'autres parties de l'Afrique, les Chinois ont également repris la gestion de certains sites stratégiques importants comme les ports. En Angola, la tendance sera de céder une partie du patrimoine ", prévient Vieira Lopes, qui regrette le manque d'informations pouvant accompagner le processus de remboursement car "le gouvernement utilise de moyens fantasques et habiles dans le but de préserver les intérêts de ses membres ".
José Severino, président de l'Association industrielle d'Angola, a une opinion plus réservée. Il ne croit pas que l'exécutif puisse renoncer à sa souveraineté. José Severino affirme: "un haut dirigeant d'entreprise chinois est détenu en Chine pour corruption et, pour cette raison, en Angola, on a la présomption qu'une grande partie de la dette angolaise est infectée de vices et ne doit pas seulement être certifiée en interne".
Severino ajoute que "le gouvernement est calme, et les entrepreneurs ne sont pas d'accord pour céder une quelconque partie du patrimoine ou quelques actifs physiques aux créanciers (les banques) et non au gouvernement chinois".
Début 2019, un rapport du Centre d'études et de recherche scientifique (CEIC) de l'Université catholique d'Angola a révélé que la dette de l'Angola envers la Chine est passée de 23,2 milliards de dollars en 2017 à 22,8 milliards à la fin du premier trimestre de l'année dernière.
Sobamasoba, l'analyse politique qui informe.
Source: angonoticias

samedi 23 mai 2020

Le Général Lourenço et le Mpla sont à bout de souffle. Quid du changement promis?

Si des élections étaient organisées en ce moment, en toute transparence en Angola, le Mpla, malgré toutes les gesticulations du pouvoir en place, aurait d'énormes difficultés de les gagner. Pour cause, depuis le 23 septembre 2017, date à laquelle le général Lourenço a accepté d'assumer le rôle de président de l'Angola, sous la bannière de la lutte contre la corruption, l’opinion observe qu’en deux ans et démi après son arrivée au pouvoir, le pays reste embourbé dans les décombres de l'ancien régime, un régime auquel il a appartenu, un régime de corruption. Et depuis, rien n'a changé. La jeunesse attend toujours les 500.000 emplois promis.
L'Angola n'est pas encore sorti de la corruption, affirment certains observateurs, pas même de la tyrannie ou de la dictature qui font la couleur du pouvoir du MPLA. Les conditions sociales du petit peuple et la santé économique du pays se sont gravement détériorées depuis l'arrivée du général Lourenço au pouvoir. Le rêve des jeunes angolais, qui ont cru en lui, est resté à l'état de rêve. La mauvaise qualité de l'enseignement et le chômage endémique ont fini par les désillusionner. Ils commencent à se demander si l'Angola changera un jour pour le mieux. Pire encore, la lutte contre la corruption que le régime brandit quotidiennement pour calmer les esprits faibles ne sert finalement qu'à punir les menus fretins d'hier et d'aujourd'hui, tandis que les gros requins et les baleines, barons du régime, continuent de se la couler douce, manifestant dernièrement sans vergogne leur intention d'acheter, dans le cadre d'une éventuelle privatisation, Sonangol et de devenir les "propriétaires" de l'Angola. La Sonangol, cette vache à lait de l'Angola,  risque de devenir une entreprise privée et cesser d'être un bien du peuple angolais. Ce sont ces mêmes “marimbondos” (félons) qui s'apprêtent à tout acheter, mais alors tout, et veulent laisser le pays sans actions financières. Cela conduira inexorablement à l’esclavage du peuple par ses propres dirigeants. L'inquiétude de l’opinion publique en ce moment précis, est que la lutte de JLo contre la corruption ne sauve pas le pays de la corruption parce que pendant qu'il s’attaque au passé, ce qui est très louable, des milliers et des milliers de ses camarades, membres de son parti, pratiquent impunément la corruption, en commençant par les dirigeants du pays, c'est-à-dire ceux qui détiennent le pouvoir et croient être les propriétaires de tout. Dans cette structure de pouvoir de type monarchique, comme c'est réellement le cas en Angola d'aujourd'hui, les camarades du Mpla veulent transformer l'Angola en une propriété privée. Dans tout ça, quelle est la place qu'occupent ceux qui pensent différemment? Je rappelle ici que ceux qui sont complices d'un passé de corruption sont les mêmes qui sont aux commandes dans le pays. Lorsque des messieurs avec des procédures judiciaires au Portugal, des sieurs pour lesquels la justice angolaise a promis un jugement en Angola, se retrouvent aujourd'hui totalement libres, il y a vraiment de quoi se poser des questions. Bien que, par définition constitutionnelle, João Lourenço soit le sommet de la pyramide d'une République, il jouit en pratique d'attributs identiques à ceux d'un monarque des régimes historiques:«Je suis l'État, proclamait le roi Louis XIV de France». Il vous souviendra qu'Angola le parlement angolais n'a pas le droit d'interpeller les ministres de João Lourenço. À l'image de Deng Ciao Ping, auquel il s'identifie, il est le centre de tout. Rien ne se fait sans son consentement. Lorsqu'il nomme quelqu'un à un portefeuille ministériel, il agit comme s'il lui accordait une faveur. Les règles de choix sont dictées par des critères de relation personnelle, d'amitié et aussi par des liens de fidélité au parti et aux groupes pro-Lourencistes, et jamais par des critères de mérite, de carrière professionnelle, de compétence individuelle et autres qualités qui caractérisent chaque individu à être nommé. Le général Lourenço ne marche-t-il pas sur les traces de son prédécesseur? C'est l'ADN du Mpla.
Depuis que le général est au pouvoir, les médias angolais l'ont ménagé pour ne pas porter atteinte à sa crédibilité et gêner ses actions politiques. Mais au fil des mois, la lumière au bout du tunnel social des Angolais s'est éloignée de plus en plus. Et cela commence à fatiguer le peuple qui émet des signes d'impatience. On entend dans la rue des refléxions comme: "les habitudes et les magouilles sont restées les mêmes que par le passé". La corruption est-elle devenue un art?

mercredi 6 mai 2020

Le Mpla envisage-t-il déjà un 3° mandat pour Joâo Lourenço ?

Incroyable! Alors que le pays, depuis 2014, n'arrive pas à sortir de la crise économique dans laquelle il se trouve, voilà qu'un groupe d'adulateurs, en pleine pandémie de Covid-19, lance à Luanda un débat sur un éventuel 3°mandat pour Joâo Lourenço. Ces courtisans réunis au sein de la nouvelle cellule psychologique réactivée par JLo et logée à la présidence de la République s'illustrent depuis un certain temps par des coups bas contre l'opposition politique, très précisément contre l'Unita de Adalberto Costa. Cette stratégie consiste à réactualiser le logiciel du système de parti unique que le Mpla, à travers un certain Norberto Garcia, ténor de la cellule. Parler d'un 3°mandat alors que le premier est un échec et le deuxième improbable, c'est mettre la charrue avant les boeufs. À moins que les résultats des élections de 2022 ne soient déjà connus. Si non, pourquoi cette précipitation? L'Angola a connu trois présidents de la République. Le premier est mort avant d'avoir fini son mandant. Le deuxième s'est illustré par des méthodes peu recommandables. Le troisième n'était pas préparé pour occuper les fonctions de Chef de l'État. L'adhésion populaire à son programme de lutte contre la corruption n'a pas suffit à le placer sur orbite. L'Angola a besoin d'un leader dont le profil doit correspondre à ceci: Un vrai leader ne contracte pas la “peste des flatteurs”, il est vacciné à l'avance contre toutes sortes de flatteries pour dénoncer et s’assumer contre la courtisanerie.
Le vrai leader n'est attaché qu'à la justice, au bien commun, à la bonne gestion des affaires publiques, aux libertés et à la démocratie, par aversion pour la flatterie ennemie de vérité et de citoyenneté.
Le vrai leader ne fait pas de discours contraires à la pratique quotidienne, afin de ne pas finir aussi agaçant que les mercenaires de l'adulation.
Un vrai leader n'hypothèque jamais l'avenir, niant l'éducation aux jeunes qui constituent l’avenir du pays, par attachement au pouvoir du présent.
Un vrai leader ne cultive pas la colère, la haine, la discrimination, afin de ne pas courir le risque de se réveiller un jour, surpris, le pantalon à la main, face au grand bruit de l'indignation populaire, aux portes du Palais, du fait de la souveraineté citoyenne qui a brisé toutes les barrières militaires, suppression, totalitarisme, mauvaise gouvernance, inflation, impôts élevés, chômage, etc.
Le véritable chef ne blâme pas le passé, mais attise le feu du présent pour tempérer l'acier d’un lendemain meilleur.
Un vrai leader n'ouvre pas sans contrôle l'économie aux capitaux étrangers, véritable requin des affaires et du néocolonialisme économique.  Un vrai leader a la pédagogie de l'écoute plurielle, pour ne pas être surpris par les bouleversements sociaux, l'indifférence, le mépris et l'humiliation des citoyens.
Le vrai leader, attaché aux concepts sublimes de LIBERTÉ ET DÉMOCRATIE, rejette, pour les valeurs morales et éthiques et, surtout, la honte au visage, toute comparaison avec le roi français du XVIIe siècle, Louis XIV, en raison de l'expression ignoble, prononcée le 14 Mai 1643 : « L'état c'est moi », c'est-à-dire en portugais : “ o Estado, sou eu”.
Un vrai leader est digne quand il met plus de 50% des redevances des richesses du pays (pétrole, gaz et minérais), quand le pays a ces richesses, au service de l’éducation nationale en vue de développer les priorités du pays et non d'une éducation d’orientation occidentale totalement éloignée des réalités des peuples autochtones.
Un vrai leader se bat pour que l'enseignement soit obligatoire et gratuit jusqu'au niveau universitaire.
Malheureusement, même au milieu du 21e siècle, l'Angola et de nombreux autres pays du monde manquent de cette espèce rare de grand homme.
Si quelqu'un émerge parmi nous, qui en sera reconnaissant ?

Sobamasoba, l'analyse politique qui informe.

Source: Folha8

jeudi 16 avril 2020

Deux éminents membres du MPLA cités dans une enquête de l'OCCRP.

Deux éminents membres de l'élite politique angolaise ont été cités
comme suspects dans le transfert de centaines de millions de dollars hors de l'Angola, dans un document publié ce lundi 13 mars, par l'Organisation pour les enquêtes sur le crime organisé et la corruption (OCCRP).
L'ancien vice-président angolais Manuel Vicente et le général Leopoldino «Dino» Fragoso do Nascimento, ancien chef de la communication de la présidence, à l'époque de José Eduardo dos Santos, sont les deux éminents membres du Mpla mentionnés dans le document. L'enquête signée par Khadija Sharife et Mark Anderson du OCCRP révèle que des entités angolaises officielles et des directeurs de banques ont détourné des centaines de millions de dollars du pays et créé leur propre réseau bancaire à travers lequel ils ont envoyé de l'argent au Portugal et dans d'autres pays de l'Union européenne. Ce réseau a acheminé au moins 324 millions de dollars via ses banques, la majorité venant d'Angola, et 257 millions supplémentaires ont été détectés dans des entreprises européennes ayant des liens très proches avec ces entités, ajoute l'OCCRP. Le système a été détecté lors de deux audits effectués au Portugal il y a quatre ans, qui ont conclu que des dizaines de lois bancaires portugaises et européennes avaient été violées, mais malgré cela, le réseau continue de fonctionner jusqu'aujourd'hui. Ces deux hommes qui ont travaillé en étroite collaboration avec l'ancien président José Eduardo dos Santos semblent être les architectes du système », dénonce l'organisation. Cette affirmation indique clairement que le vice-président de la République d'alors, Manuel Vicente, et le général Leopoldino« Dino »Nascimento, ancien chef de la communication de Dos Santos sont impliqués jusqu'au cou dans les détournements de fonds en l'Angola. L'organisation ajoute que plus d'une douzaine «d'entités influentes» et leurs familles ont utilisé le système, y compris des sociétés prétendument associées à Isabel dos Santos. Beaucoup de ces fonds auraient été détournés de diverses sociétés du groupe Sonangol et d'autres sources publiques, dont plus de 150 millions de dollars de prêts accordés par la Banque nationale d'Angola, qui, selon l'OCCRP, n'ont jamais été remboursés. Toujours selon l'organisation, le groupe exerçait un contrôle sur les plus grands créanciers angolais, dont la Banque africaine d'investissement, la Banco Negócios Internacional et la Banco Privado Atlantic, pour s'étendre plus tard à leurs succursales à l'étranger, où ils sont devenus actionnaires et clients. Cela, selon le document, «leur a permis de transférer de grosses sommes d'argent via un réseau de banque privée sans aucune possibilité de contrôle.
Dans le cas de la Banque africaine d'investissement, il y avait des gens qui ont obtenu des actions de la banque sans frais, affirme l'OCCRP. Parmi les fondateurs de la banque se trouve Manuel Vicente. Une banque dont la création fut autorisée par Mário Palhares, ancien vice-gouverneur de la Banque nationale d'Angola. Les succursales de ces banques au Portugal et au Cap-Vert n'ont pas mis en place de processus de contrôle du blanchiment d'argent, bien qu'elles aient peu de clients. Le même document indique que ces institutions financières ont réalisé peu de bénéfices ou même travaillé à perte parce que le profit n'était pas leur objectif principal. Au Cap-Vert, la Banco Privado Internacional, étrangement,  n'avait aucune présence physique dans le pays, à l'exception d'une boîte postale à Praia. Il convient de noter que Manuel Vicente détenait 35% des actions, Mário Palhares 30% et le général João de Matos 25%. Je rappelle ici encore une fois que l'enquête est signée par Khadija Sharife et Mark Anderson. L'Organized Crime and Corruption Investigation Project (OCCRP) est une plateforme de reportage d'investigation pour un réseau mondial croissant de médias indépendants et de journalistes. L'équipe est composée d'éditeurs, de chercheurs, d'analystes de données et de cybersécurité, d'administrateurs et de spécialistes dans plusieurs domaines.
Va-t-on assister à la fin de la sélectivité dans la lutte contre la corruption en Angola? 
Sobamasoba, l'analyse politique qui informe.
Source/traduction : angola24horas
 

vendredi 20 mars 2020

Quelle politique économique pour l'Angola avec un baril de pétrole à 30.00$?

Selon les chiffres publiés récemment, l'Angola est passé de la troisième plus grande économie d'Afrique subsaharienne à la cinquième, après avoir été dépassé par le Kenya et l'Éthiopie. Ces chiffres ne signifieraient pas grand-chose s'ils ne s'accompagnaient pas d'une majorité de mauvaises nouvelles sur le front économique. La vérité est que la récession qui a débuté en 2014/2015 n'est pas terminée et reste présente dans la vie quotidienne angolaise. Les différentes mesures de politique économique initiées par le président João Lourenço n'ont pas inversé la tendance, et il est même possible que bon nombre d'entre elles, en raison de leur caractère récessif, aient aggravé la crise. Le problème essentiel est que la situation économique angolaise a été confrontée aux solutions que les manuels universitaires américains prescrivent habituellement pour stabiliser les économies développées, alors que la crise angolaise est essentiellement structurelle et nécessite une autre approche. Examinons la question sous plusieurs angles différents. La crise économique angolaise a commencé en 2014, en raison de la forte baisse des prix du pétrole qui s'est produite cette année-là. Après 2014, le pétrole n'a plus jamais atteint 100 dollars le baril. Ce fut le déclencheur de la crise.
Je rappele ici que le modèle économique angolais a été mis en place pour un pur consumérisme basé sur la valeur élevée du pétrole. Depuis 2014, aucun marché libre ou concurrentiel n'a été créé en Angola. Tout a été remis à une petite élite, qui vivait avec l'argent de l'État, et a créé des espaces fermés pour ses entreprises, où personne d'autre ne pouvait entrer. Par conséquent, alors que les prix du pétrole restaient élevés, l'État avait de l'argent à distribuer à ses dirigeants, qui, à leur tour, protégeaient leurs affaires. Comme il n'y a plus d'argent résultant de la vente du pétrole, l'État a mis fin à ses largesses et les affaires commencent à faire naufrage. Or, pour ce type de modèle économique oligarchique et fermé, les solutions ne peuvent passer par l'application des recettes proposées par le FMI (Fonds monétaire international) : coupes dans les dépenses, coupes dans les subventions, hausses d'impôts et dévaluation de la monnaie. Certaines de ces mesures sont fondamentales et importantes, mais s'inscrivent dans un projet de réforme économique plus large. Ce projet de réforme économique correspond à l'instinct du président quand, en 2017, il a dit vouloir être le Deng Xiao Ping de l’Angola, c'est-à-dire la personne responsable de la grande réforme économique qui allait lancer le pays dans le développement durable pour tous.
 La réforme économique de Deng Xiao Ping adaptée à l'Angola ne diffère pas beaucoup de ce qui s'est passé avec la Chine, un mélange de libéralisation des marchés accompagné d'un renforcement des institutions étatiques et de beaucoup de pragmatisme, tournant l'économie vers l'exportation. Premièrement, des marchés libres et compétitifs doivent être créés, ce qui implique deux mesures : 1) mettre fin aux monopoles et oligopoles d'Isabel dos Santos, du Général Dinos, du Général Kopelipas et les autres; et 2) permettre aux nouveaux entrepreneurs d'entrer facilement sur les marchés et sans obstacles. Deuxièmement, il est nécessaire de réduire le poids de l'État producteur et de privatiser. ProvPriv, le programme de privatisation approuvé par Joâo Lourenço, est ambitieux, mais il a quelques difficultés à être concrétisé. En 2019, 5 entreprises ont été privatisées, alors que plus de 50 privatisations étaient prévues ... Le rythme est lent et peu divulgué. Pour surmonter ce marasme, il serait utile de nommer un leader fort, compétent et pragmatique qui dirigerait le programme de privatisation avec dynamisme et transparence.
Dans ce contexte, l'État soutiendrait et favoriserait la création d'entreprises spécialisées, destinées à des marchés spécifiques. Dans le même temps, l'État favoriserait un climat social approprié pour la croissance économique avec une bureaucratie réduite, une administration simplifiée, la facilité d'ouverture des entreprises, la stimulation du crédit bancaire, la rapidité des procédures judiciaires. On sait qu'un processus de développement repose sur trois vecteurs fondamentaux : l'entrepreneur, le climat social et le crédit bancaire. C'est dans cette perspective structurelle que doit se baser la réforme économique angolaise : créer de vrais entrepreneurs libres d'innover, pénétrer les marchés et agir, promouvoir les institutions pour soutenir le travail entrepreneurial et placer les banques pour prêter de manière productive.
Le président de la République ne doit pas déléguer la conduite générale de la politique économique. Il est responsable et doit informer la population de manière objective et incisive sur sa vision et les moyens de réussir. Nous devons réaliser que le chemin est long et difficile, car il s'agit de démanteler un modèle économique défaillant créé en 2002 et de créer un nouveau modèle économique, basé sur un état stratégique et un marché libre et compétitif. Cela ne se fait pas en un an, mais cela doit commencer maintenant.

Sobamasoba, l'analyse politique qui informe.

Source: angola24horas

dimanche 16 février 2020

Joâo Lourenço doit-il continuer à faire confiance à Edeltrudes Costa?

Si la corruption est un phénomène  contre lequel plusieurs pays luttent, l’Angola dans cette noble bataille est un cas unique. Il est particulier pour diverses raisons. En Angola tous les corrompus appartiennent à un même parti politique – le MPLA. Ils ont tous, à un moment ou à un autre de l’histoire de l’Angola, occupés ou occupent d’importantes fonctions dans l'administration de l'État à tous les échelons du pouvoir. De la présidence de la République au village le plus éloigné, les corrompus font légion. Même ceux qui, aux yeux de l'opinion publique, paraissent honnêtes, cachent des cadavres dans leurs placards. C’est le cas du chef de cabinet du président de la République, Edeltrudes Costa. Un homme qui a servi, au même poste, sous José Edaurdo dos Santos et à qui Joâo Lourenço a confié les mêmes fonctions. Á la surprise générale son nom est apparu dans un journal portugais comme étant celui qui a vu, sans aucune explication, sa bourse s'épaissir de plus de 17 millions de dollars de fonds publics sur son compte personnel à la Banco Angolano de Investimentos (BAI). Edeltrudes Costa se justifie en disant qu'il a gagné cet argent légitimement. João Lourenço doit-il licencier le chef de son cabinet, accepter sa démission ou le maintenir en fonction?
Dans ce cas précis, je m'interroge: Comment un régime qui s'est livré à la corruption, volant ses propres citoyens et pillant son propre pays depuis des décennies, peut-il être transformé? Je pense que pour ce dossier, le président doit saisir cette occasion, qui est unique en son genre, pour prouver que son engagement à lutter contre la corruption est inébranlable et juste. Pour cela, il faut recourir à la loi de la probité publique. La loi qui oblige les gouvernants à déclarer leurs avoirs avant d'accéder à des postes de responsabilité. Sinon, Edeltrudes Costa doit, en attendant que la justice fasse son travail, si justice il y a un jour, déposer sur la table de JLo sa démission, pour ne pas avoir déclaré tous ses revenus. Il garantirait ainsi le renforcement de la position du président dans sa mission ingrate de lutte contre la corruption. Encore une fois, il est essentiel, pour la crédibilité du processus anti-corruption, que la loi de la probité soit revue, afin que les déclarations des administrateurs puissent être consultées publiquement. L'Angola traverse une période de transition entre la corruption institutionnalisée et l'institutionnalisation de la lutte contre la corruption et l'impunité. Cette situation crée un climat de profond mécontentement parmi les principaux bénéficiaires du pillage. Il y a quelques semaines, un indéfectible ami de José Eduardo dos Santos, qui continue à graviter autour de João Lourenço dans le palais présidentiel, a déclaré, sans langue de bois, que s'ils (les corrompus) devaient abandonner le pouvoir, il vaut mieux détruire le pays et ne pas laisser `` pierre sur pierre ''. Il faut ici reconnaitre que: des déclarations de ce genre ne sont pas pour apaiser le climat dans le pays. Il y a ici une évidence: l'Angola se trouve à la croisée des chemins. Soit le pays recule de quelques décennies, soit les Angolais profitent de cette grande opportunité pour changer la direction de leur pays. De ce fait, ils doivent, par solidarité et avec un sens critique aigu, assurer la transition et le passage à un État de droit qui respecte la vie et la dignité humaine. À cette fin, ils doivent lutter pour la mise en place d'institutions solides et fonctionnelles, rompant les liens avec ceux qui les étranglent sous l'hégémonie exclusive du MPLA. De nombreux pays et d'innombrables citoyens étrangers se délectent de la stupidité des dirigeants angolais et de leurs familles, qui volent leur propre pays pour profiter d'une vie de luxe à l'étranger. Dans un pays qui ne cesse de s'endetter (dette a augmenté de 88,6% du PIB en 2018 à 103% en 2019, une monnaie dévaluée de 56%, un taux de chômage de 35%, des lignes de crédit auprès des banques européennes et chinoises chiffrées en milliards de dollars) l'avenir des générations futures est hypothéquée.
Quelqu'un a parlé de pessimisme? Alors vous n'avez encore rien vu.

Sobamasoba, l'analyse politique qui informe.
Source: angola24horas          



vendredi 7 février 2020

Joâo Lourenço, un aveu qui embarrasse le MPLA.

Le président de la République d'Angola, président du MPLA, parti au pouvoir depuis 1975, et chef de l'exécutif, João Lourenço, admet qu'il "faisait partie du système" qui a soutenu son prédécesseur, mais a souligné que seuls ceux qui connaissent bien le régime de l'intérieur sont capables d'y apporter des changements. Cette explication a surpris plus d'un Angolais.
Dorénavant, cette justification de João Lourenço va faire école. Dans l'opinion publique cette explication donne ceci : les prochains policiers seront recrutés parmi les criminels les plus violents, car seuls ceux qui connaissent le sujet à l'intérieur sont qualifiés pour faire de grands changements. De même, les prochains dignitaires du MPLA, pour lutter contre la corruption, seront recrutés parmi les plus grands corrompus, car seuls ceux qui connaissent le sujet de l'intérieur sont capables de mener une implacable lutte contre la corruption. 
Je rappelle ici que dans une interview au DWAfrica, João Lourenço, qui était ministre de la Défense de l'ex-président José Eduardo dos Santos, secrétaire général et vice-président du MPLA, a souligné que «personne ne peut dire qu'il n'a pas fait partie du système ", mais c'est aussi parce que il connait le système de l'intérieur qu'il est en mesure de" corriger ce qui ne va pas ". Le président de tous les Angolais du MPLA oublie qu'il y a une différence substantielle entre faire partie du système et être un acteur important (par exemple ministre de la Défense) de ce même système; entre applaudir lorsque le système a placé de nombreux Angolais dans la chaîne alimentaire des alligators et défendre les droits de l'Homme ;  entre défendre le système lorsque de nombreux Angolais ont été arrêtés pour avoir manifesté contre les injustices et l'égalité des chances que João Lourenço dit maintenant défendre.
Depuis son entrée en fonction il y a plus de deux ans, João Lourenço a donné, comme la plupart des Angolais ne cessent de le dire, la priorité à la lutte contre la corruption et au retour des capitaux dans le pays. Propogande ou de la poudre aux yeux, l'avenir nous le dira. Certains, très sevères par leur jugement, affirment que les actes de Joâo Lourenço sont  dignes d'un Nobel de manipulation pour cacher à l'opinion publique la catastrophe économique et sociale du pays. "Ceux qui ont fait les grands changements ne sont pas des étrangers, ce sont eux qui connaissent le système", a déclaré le chef de l'Etat, ajoutant: "C'est nous, du parti qui a toujours gouverné le pays, qui devons procéder aux réformes qui étaient absolument nécessaires et qui n'ont pas été faites ». Un aveu qui en dit long.
Ainsi, par la voix du Président lui-même, les Angolais ont appris, peut-être que beaucoup d'entre nous ne le savaient pas, que le MPLA est «le parti qui a toujours gouverné le pays». Plus aucun doute n'est permis. Cette affirmation de João Lourenço nous pousse à nous demander : lors des massacres du 27 mai 1977, qui était au gouvernement ? Est-ce une reconnaissance camouflée de la responsabilité du Mpla ? Je ferme la paranthèse.
Dans l'interview, João Lourenço a également parlé, pour la première fois, de l'enquête «Luanda Leaks», qui a révélé les plans financiers cachés derrière l'empire de Isabel dos Santos, soulignant qu'aucune négociation n'aura lieu avec la femme d'affaires, fille de l'ancien président angolais, actuellement accusée dans une affaire pénale en Angola.
" L'État n'accepte plus de négocier parce qu'il y avait une opportunité pour le faire. Les marimbondos disposaient d'un délai de six mois pour restituer les fonds volés au pays. Ceux qui n'ont pas profité de cette opportunité,  les conséquences sont de leur entière responsabilité" a déclaré JLo. Il se trouve que Isabel dos Santos est dans ce cas.
Cette lutte de Joâo Lourenço contre la corruption en Angola laissera des traces dans l'historique de son mandat. Il ne se passe pas un seul jour sans qu'on ne parle dans les médias indépendants à Luanda des ratés de la lutte de Joâo Lourenço. On a l'impression qu'il y a trop d'amateurisme dans la gestion des dossiers de corruption. Est-ce délibéré?  Peut-être bien que oui. Puisque qu'il a toujours fait partie du système, n'était-il pas complice actif ou passif de cette corruption qu'il prétend combattre? Comment a-t-il financé sa campagne électorale?  On peut se poser légitimement la question, non?  Je vous laisse réfléchir à la question.

Sobamasoba, l'analyse politique qui informe.
Eduardo M.Scotty
Source: Folha8