lundi 7 décembre 2020

ECHEC/FIASCO : J.Lourenço rencontre les jeunes angolais dans toute leur diversité. Pour quel résultat?

Ils étaient plus de cent. Des jeunes issus des horizons divers. Tous  invités par le Général Lourenço. Les manifestations du 24/10 et 11/11/2020 avaient fait mouche. La rue a parlé et le Général a réagi. Il fallait éviter que l’image du Mpla soit trop écornée dans l’opinion. D'où l'idée de réparer les dégâts. C’est à Talatona, le 26/11, dans la banlieue de Luanda que le pouvoir se présente face à la jeunesse. Un show  souhaité par le président. Une élucidation exigée par les jeunes. Si le cadre est choisi par Joâo Lourenço, les sujets de la discussion sont laissés à la convenance des participants. Pas d’orientation, aucun sujet tabou. Seules sont exigées la clarté et la précision. Après 45 ans au pouvoir, le Mpla se trouve à la croisée des chemins. Sa politique est illisible. Communiste ou social-démocrate, le jeu est flou. Les jeunes, fatigués de l'indifférence des ainés montent au créneau. Ils sont excédés par le paternalisme du Mpla. Face au Général Lourenço, la duplicité n’est pas admise. C'est pendant ce face-à-face que le clivage apparait. Les pro-Mpla et les radicaux. Les premiers encensent. Les seconds attaquent de front. Les jeunes proches du Mpla ont, tout de suite, choisit leur camp. Les modérateurs aussi. Au cours des échanges, parfois musclés, le discours courtois du président au début est devenu progressivement  agressif. Offusqués, les jeunes radicaux se sont senti offensés. Méprisés, à la limite. Leurs préoccupations ne trouvant pas des réponses, ils se sont inclinés (?). 

Ils étaient plus de cent. Ils n'avaient pas tous les mêmes motivations. Ni le même courage. Mais tous, face aux violences policières subies, espéraient  entendre  des excuses de la part du chef. Inocência de Matos est mort assassiné par "le pouvoir populaire" au cours d'une manifestation. Un petit mot à son sujet aurait décrisper l'atmosphère. Mais hélas! Comme à l'époque de Dos Santos, le Général n'a aucun respect pour les jeunes. En réponse à leurs préoccupations, c'est l'arrogance, le mépris. La marque du Général Lourenço. Ce qui explique que l'indignation populaire  n'a jamais été aussi élevée. Le Général le sait. Au regard de l'opinion publique, il a perdu sa honte. Ceux qui l'obéissent n'ont plus beaucoup  de respect pour lui. Que des promesses faites. Que des engagements non tenus. Même l'an 2021 ne sera pas l'année des élections locales. Le pays, selon JLo, ne réunit pas les conditions pour les organiser. Encore une fuite en avant. 

Ils étaient plus de cent. Les intervenants étaient choisis suivant un critère fixé par le Général. L'activiste Nito Alves n'était pas repris sur la liste. Trop radical? Peut-être. Victime de la brutalité policière, les participants attendaient son intervention. Le Général en avait décidé autrement. Peur d'entendre la vérité? La vérité sur les méthodes de sa police ? La police qui tire sur le peuple pendant que le Général président inaugure un hôtel de luxe à l'autre bout de la ville ? Attitude méprisante.    

 Ils étaient plus de cent. Leur rencontre avec Joâo Lourenço est un échec. La montagne a accouché d'une souris. Ni l'arrogance, ni le mépris n'ont eu raison de la détermination des jeunes. Leurs exigences : -Date des élections locales,- Baisse des prix des produits de bases, -Dépolitisation des institutions publiques,-Révision du budget attribué à l'éducation et à la santé,- Libération de la communication sociale,- Exonération de Edeltrudes Costa de la présidence pour corruption,- Encadrement des manifestations selon la constitution, et Réorganisation de la commission électorale. Si ces exigences ne sont pas légitimes, alors...

Et vous qu'en pensez-vous? 

Sobamasoba, l'analyse politique qui informe. 

Eduardo M.Scotty




      











samedi 21 novembre 2020

RÉPRESSION : l'arme absolue.

Que retiendra l’opinion publique de la célébration du 45e anniversaire de l'indépendance nationale de l'Angola et du MPLA au pouvoir depuis 1975 ? Sans aucun doute, entre autres faits, la répression des marches de protestation qui ont eu lieu dans diverses régions du pays en raison des revendications sociales et politiques des jeunes angolais. Pour la première fois depuis les manifestations inspirées par le printemps arabe en 2011 au Maghreb, nous avons vu la police angolaise  tirer des balles réelles sur un jeune manifestant. Il est mort, même si les chefs de la police angolaise ne veulent pas le reconnaitre. Il s'agit de Inocêncio de Matos, étudiant à l’Université Agostinho Neto en troisième année d'ingénierie. Selon les informations en provenance  en ma possession, plusieurs cas de citoyens blessés sont également signalés. Dans différentes régions à l’intérieur du pays, il y a eu une vague d'arrestations, dont celle de huit activistes dans la municipalité de Balombo, à Benguela, la veille de la manifestation. L'une des conséquences de l'irresponsabilité politique qui, en général, caractérise la société angolaise est l'incapacité des autorités de rendre compte des  résultats de leurs actions. Cela s'apparente à une absence de préoccupation collective pour la vie de nos concitoyens. Le gouvernement a mis en place, à travers tout le pays, ce 11/11/2020 un appareil policier extraordinaire de répression pour étouffer dans l'œuf les manifestations. À Luanda, la police a isolé plusieurs quartiers de la capitale, dont Kilamba,  empêchant de cette manière  la circulation des taxis et des citoyens dans toute la ville. C'est pareil dans les villes de provinces. À Cabinda, les agents de sécurité ont envahi le domicile de Dom Balmiro Chissengeti, évêque de Cabinda. Pourquoi?  Ce sont ces méthodes de répression sauvage qui ont réveillé dans la mémoire collective le souvenir d'un pays qui,  à l'époque coloniale, donnait envie d'y vivre, mais  après 45 ans, l'Angola n'est plus qu'un désastre social.    

Il y a 45 ans, l'Angola était le 1er producteur mondial de sisal et d'huile de palme, 2ème producteur mondial de café, 2ème producteur mondial de sucre, 2ème producteur mondial de coton, 4e producteur mondial de maïs et de riz, le plus grand exportateur de bananes au monde, possédait la plus grande usine de pneus et de batteries en Afrique, la plus grande flotte de pêche en Afrique construite dans les installations navales de Lobito, le plus grand exportateur de conserves de poisson d'Afrique, l'un des plus grands producteurs au monde de divers minerais et roches. Le port minier de Namibe était un des meilleurs au monde, réussissant à charger des navires à un taux de 50 tonnes par minute, par lequel passaient six (6) millions et trois cent mille tonnes de minerai de fer par an. Le pays était autosuffisant en produits agricoles et fruits, haricots, produits laitiers, viande (exportation d'animaux  vivants) et le plus grand exportateur de bœuf et de poisson d'Afrique (le plus grand exportateur de farine de poisson en Afrique), en plus d'approvisionner toute l'Afrique australe et certains pays européens en conserves de poisson, et à cette époque il n'était pas question de pétrole. La capitale, Luanda, fut construite avec l'argent du café. Le pays disposait d'une chaîne de montage de camions Mercedes et Scania, ainsi que de bus Leyland, d'une usine de motos, de vélos, de réfrigérateurs et de câbles électriques. La croissance du PIB en 1973 était de 17%. À ce rythme de croissance quel serait la situation de ce pays aujourd'hui si les dirigeants étaient à la hauteur de leur tâche? 

45 ans après, quel tableau peut-on peindre de ce pays qui avait tous les atouts pour réussir? Un tableau noir avec des ilots de lumière par-ci, par-là. L'arrivée du Général Lourenço au pouvoir n'a apporté aucune touche nouvelle à ce tableau. Entourés des anciens dirigeants hérités de son prédécesseur, l'image  sur le tableau est restée figée.  Les anciennes pratiques ayant la peau dure, le Général Lourenço est pris en otage par ses propres camarades englués dans la corruption et la compromission. Associés à leurs nouveaux amis Chinois, ils sont de plus en plus riches et leurs affaires sont très florissantes. Pendant ce temps, les Chinois qui viennent pour construire les infrastructures, s'amènent avec leurs matériaux, leur force de travail. Les cadres angolais ne sont pas admis dans les entreprises chinoises qui pourtant sont payées avec du pétrole vendu à un très bas prix. Quant à leurs autres amis,  les Cubains, ils ont en 1989, avant de rentrer chez eux, détruit toute notre capacité de production de sucre, pour ne pas avoir de concurrents.

Le réveil, quoique  tardif,  de la jeunesse angolaise est perçu par l'opinion nationale comme un sursaut patriotique. Même si ce réveil ne provoque pas des résultats immédiats, le Mpla ne regardera plus ces jeunes de la même manière. Le 11/11/2020 est la ligne qui a marqué la séparation. L'avenir nous dira si les actions de notre jeunesse auront servi vraiment à quelque chose. Et vous, vous croyez que les jeunes ont bien fait d'exprimer leur ras-le-bol?   

Sobamasoba, l'analyse politique qui informe. 

Eduardo M.Scotty















samedi 7 novembre 2020

Que se passe-t-il en Angola? Le Général Lourenço renoue-t-il avec les anciennes pratiques?

Cette question est sur toutes les lèvres dans les milieux intellectuels angolais et au sein des communautés angolaises à l'étranger. La manifestation organisée le 24/10/2020 par la jeunesse à Luanda et dans quelques villes à l'intérieur du pays a laissé une trace indélébile dans la mémoire collective. Jamais en Angola, à l'époque de Dos Santos, les jeunes ne s'étaient permis de défier l'autorité. Après son départ du pouvoir, le semblant d'ouverture politique amorcée par Joâo Lourenço a généré une certaine  confiance  dans la population au point où manifester est redevenu un droit. Un droit consacré dans la constitution. 

"Chassez le naturel, il revient au galop".  Il est difficile de changer en trois ans des habitudes acquises pendant plus de quarante ans. La police censée encadrer la manifestation du 24/10 s'est comportée exactement comme à l'époque de José Eduardo dos Santos. Obéissant aux ordres de leur  hiérarchie, les policiers ont interpellé  brutalement une centaine de jeunes manifestants. Une brutalité  qui  a occasionné inutilement des blessés et des arrestations. Parmi les interpellés, 71 sont condamnés pour "crime de désobéissance" et 29 sont relaxés. Dans les quartiers périphériques de Luanda, en réponse à cette brutalité, les états majors des jeunes s'organisent pour une méga manifestation le 11/11. Sur les réseaux sociaux, les jeunes angolais de la diaspora s'apprêtent, par solidarité à leurs frères de l'intérieur, à battre le pavé et lancer, à travers des manifestations dans plusieurs villes européennes, un message fort au Général Lourenço et à son gouvernement. Les promesses électorales non tenues par le Général Lourenço et les engagements pris  lors de ses  campagnes de mobilisation, ont fini par impatienter les jeunes. C'est le ras-le-bol. Trois ans après son arrivée au pouvoir, aucune excuse n'est plus permise. Le chômage est endémique. La lutte contre la corruption et l'impunité est sélective. Les conditions sociales de la population continuent désastreuses. Ceux qui travaillent gagnent un salaire de misère.  Ce tableau noir a fini par réveiller les consciences endormies pendant des années par la soporifique propagande du Mpla. Ce réveil, même tardif des jeunes, a généré une sorte de révolte au sein de la jeunesse. La date du 11/11, pour une grande manifestation, n'est pas choisie au hasard. D’ordinaire, c'est ce jour que, comme un seul homme, tous derrière le Mpla, le peuple fête sa libération du joug colonial et l’accession du pays à la souveraineté. Et depuis 44 ans, les festivités allusives à cet événement se passent sans aucune perturbation.  Seulement, cette  année risque de ne pas ressembler aux autres. L’arrivée au pouvoir du Général Lourenço en 2017, avec son lot des promesses électorales, a redonné de l'espoir aux Angolais. La lutte contre la corruption, l’amélioration des conditions sociales de la population et la création de 500.000 emplois pour les jeunes font partie  de ces promesses électorales. Seulement, entre promettre et concrétiser, la marge est immense. C’était sans compter avec la crise économique qui s’est abattue sur le pays privant le Général Lourenço des moyens de sa politique. La baisse du prix du baril de pétrole oblige le gouvernement à revoir ses prétentions au rabais. La découverte de l'immense trou financier laissé dans les caisses de l'État par les détourneurs de fonds publics handicape tout plan de développement. Il est donc  du devoir de Joâo Lourenço d'expliquer clairement à ceux qui lui ont confié son mandat de Chef de l'État les problèmes que connait le pays. Mais comme le Mpla n’a aucune culture du dialogue, tous les partis marxistes léninistes sont pareils, informer le peuple des difficultés que connait le pays s’apparente à un viol d'un secret d’État. Cela donne souvent cours à des spéculations. Et les jeunes qui, durant des années ont souffert en silence, ont décidé de remettre les pendules à l'heure et de demander des comptes au Général Lourenço. C'est le devoir de redevabilité. 

Que l'Unita soit derrière cette manifestation ou pas, que c'est que cela change? La manifestation n'est-elle pas un droit constitutionnel? Est-il interdit aux partis politiques de manifester?

Quarante cinq ans après, le problème de la distribution de l'eau potable et de l'électricité est toujours récurrent. La mauvaise qualité des soins médicaux et le manque des médicaments dans les hôpitaux, le manque des transports publics, la piètre qualité de l'enseignement et la lourdeur de la bureaucratie ne sont-elles pas des raisons suffisantes pour emmener les jeunes à manifester leur mécontentement? Faut-il pour cela que l'Unita soit derrière ce mouvement? C'est une insulte à notre jeunesse. Et vous, qu'en pensez-vous? 

Sobamasoba, l'analyse politique qui informe. 

Eduardo M.Scotty             






mercredi 7 octobre 2020

Général Lourenço, 3 ans après : un bilan en demi-teinte.

Les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets. À l'époque de José Eduardo dos Santos, la corruption était élévée au niveau d'une institution. Comment en sommes-nous arrivés là? C'est la théorie de "l'Accumulation primitive du capital", mal comprise et mal appliquée par les dirigeants du Mpla, qui nous a conduit à cette catastrophe. Sous Eduardo dos Santos, cette fameuse théorie s'est apparentée à un pillage sauvage des fonds publics du pays. Nous avons assisté, abassourdis, au déferlement d'une puissante lame sur les fonds de l'État. Une lame qui a emporté presque tout sur son passage. Parmi ceux qui ont profité de ce déferlement, il y a beaucoup de généraux de l'armée angolaise, tous membres du Mpla. Et comme il est souvent difficile de scier la branche sur laquelle on est assis, le Général président, malgré son apparente bonne volonté et sa légitime intention de récupérer les fonds cachés dans des banques étrangères, n'arrive pas à defaire le noeud de la corde qui étrangle le Mpla.  Qu'à cela ne tienne.   

27/09/2017 - 27/09/2020, à deux ans de la fin de son mandat, le bon sens nous recommande de faire un bilan. D'autres observateurs avisés ont déjà eu à publier récemment un inventaire global des trois ans de João Lourenço. Mais l’opinion publique attend que JLo, dans son discours sur l'état de la Nation, fixe définitivement les Angolais sur les resultats obtenus au bout de trois années de pouvoir, très précisément ceux sur la lutte contre la corruption.

La société civile comme l’opposition politique pensent, elles aussi, qu’il est temps d'évaluer les résultats de la politique de lutte contre la corruption, qui a été déclarée comme un objectif fondamental par le Président de la République. De l'avis de certains Angolais, ce bilan est à la fois positif et négatif. C'est positif car il a en fait lancé une politique étatique de lutte contre la corruption. Il y a quatre ans, il aurait été impensable, celui qui émet un doute à ce sujet peut être considéré comme quelqu’un souffrant de folie profonde, que l’État confisque à Isabel dos Santos ses entreprises et que cette dernière soit au centre d'une affaire pénale; que José Filomeno dos Santos ait été condamné à cinq ans de prison, et le gendre d'Agostinho Neto, Sâo Vicente, soit détenu, ou qu'Augusto Tomás ait écopé d’une peine de prison effective. Dans le même temps, des enquêtes criminelles sont ouvertes quotidiennement sur les activités de corruption les plus diverses, de Moxico à Uige. Tout cela est nouveau. Même Kopelipa et Dino, deux généraux intouchables, sont invités pour explications au bureau du Procureur. 

Conclusion: la lutte contre la corruption est réelle. Même si apparemment les autorités veulent faire croire à l’opinion qu’elle n'est pas sélective, et qu’il y a clairement eu un changement de paradigme dans l'action judiciaire. Avant, c'était les dénonciateurs d'actes de corruption qui se retrouvaient devant les tribunaux accusés de diffamation et de calomnie. Désormais, ce sont les “dénoncés” qui commencent enfin à répondre de leurs éventuels actes. Il ne fait donc aucun doute que des changements sont en cours et que la lutte contre la corruption progresse dans la bonne direction.

Cependant, la procédure mise en place pour lutter contre ce mal n'a pas généré des résultats vraiment apparents et son application soulève des doutes sur l'efficacité des méthodes utilisées. Nos observations nous indiquent que parmi les «gros dossiers», seul Augusto Tomás est condamné à purger une peine de 8 ans. Il est effectivement le seul prisonnier incarcéré pour corruption dans les geôles de Sâo-Paulo. Oui, le seul. 

L'affaire de José Filomeno dos Santos a fait l'objet d'une décision de juridiction inférieure, étrangement trop indulgente pour la famille Santos. Quant à Isabel dos Santos, elle n'a même pas encore été accusée, et de sa base londonienne, elle s’amuse gaiement à vilipender les actions de João Lourenço. En ce qui concerne Carlos São Vicente, le bureau du procureur général (PGR) ne s’est penché sur son cas qu'après une grosse frénésie médiatique sur la facture de 900 millions. Jusque-là, il était inconnu du public et personne ne parlait de lui. N’eussent été les vociférations de son épouse, Irène Neto, un silence complice aurait entouré l’affaire. 

Sur le plan pratique, depuis le début de cette lutte contre la corruption, nous ne cessons de souligner que l’utilisation d’anciennes institutions judiciaires, mal préparées et attachées aux pratiques du passé, n’était pas une solution. La corruption en Angola, en raison de son ampleur, est un problème politique et économique, de nature systémique, qui doit être traité de manière globale. Pour le dire autrement, ce n'est pas avec un processus ici, un processus là-bas, institué par le PGR et allant devant les tribunaux ordinaires, que la corruption sera vraiment combattue. Une voie appropriée doit être mise en place, un système mondial de lutte contre la corruption, qui permet de mener des enquêtes, des poursuites et des jugements de manière intégrée, indépendante, globale et rapide. Et vous, qu'en pensez-vous?

Sobamasoba, l'analyse politique qui informe. 

Eduardo M.Scotty.  

Source: makaangola


lundi 21 septembre 2020

Élections locales: le MPLA marche au bord d'un précipice.

Le débat, au cours de ces dernières semaines, tourne autour des élections locales à organiser en Angola. Membre de CPLP (communauté des pays de langue portugaise), l’Angola est le dernier à ne pas avoir encore organisé des élections locales sur son territoire. Pour se mettre au niveau de ses partenaires de la CPLP, le Général Lourenço, à son arrivée au pouvoir, promet de corriger cette lacune en 2020. Seulement, la détermination du Général (propagande électorale ?) de doter les communes et municipalités des dirigeants élus directement par le peuple, s’est, en trois ans, graduellement désagrégé à mesure que l’image du Mpla (parti au pouvoir) était écorchée au rythme des scandales financiers. La lutte contre la corruption initiée par le Général Lourenço a mis à nu la perfidie des membres de son parti . Le peuple, dans sa majorité, a compris combien les dirigeants du Mpla, à tous les niveaux de l’administration de l’État, se servaient au lieu de servir. La direction du Mpla est arrivée à la même conclusion au vu du nombre des corrompus que compte le parti. Dans ces circonstances, organiser des élections dont on connait déjà le dénouement, est un suicide politique que le Mpla se refuse de s’infliger. Alors, à l’Assemblée nationale, c’est le blocage du vote du paquet législatif.  Le Covid19 est invoqué pour justifier l'injustifiable.   

Dans les échanges qui s'ensuivent au parlement, un député de CASA-CE  accuse le Mpla de suivre à nouveau une politique  de loyauté  aveugle  envers  son chef, exactement comme  à l'époque du président  José Eduardo dos Santos. Sur les ondes de la RNA,  le Général Lourenço a affirmé que c'est la faute de ceux qui doivent adopter les lois et qui ne l'ont pas fait, et sans lois, il est impossible de tenir les élections  locales. Comme il fallait s'y attendre, le Bureau politique du Mpla se félicite de la position de son président.

Du coté de l'opposition parlementaire, on considère qu'il y a du cynisme de la part du président car la seule personne responsable de cet imbroglio est João Lourenço lui-même et son parti. Un parlementaire proche de l'UNITA, David Mendes, a déclaré, à cet effet, qu'il ne comprenait pas comment le MPLA pouvait dire qu'il n'y aurait  pas d'élections parce que les lois n'ont pas été adoptées alors que la proposition de lois doit émaner de leur groupe. Et, curieusement, à l'Assemblée, ce sont eux qui se félicitent de la position du président de la République. Des suiveurs aveugles qui refusent de comprendre que la responsabilité directe de la non-adoption des lois soutenant les municipalités incombe au Général Lourenço lui-même. Que tristeza!

«Le Président de la république est le Chef de l'Etat et de l'Exécutif. Les propositions de lois viennent de l'exécutif. Il est donc de l'intérêt de ceux qui envoient les propositions de lois à l'Assemblée de chercher à savoir si elles sont  approuvées ou non.  Et en sa qualité de Chef de l'Etat et du Mpla, le Général Lourenço est le superviseur de tous le système qui gère le pays», a ajouté David Mendes. "Puisqu'il est le président du Mpla, pourquoi n'a-t-il pas demandé à son groupe parlementaire d'adopter ces lois?" Manque de volonté politique ou la peur de perdre la face?

Dans ce même ordre d'idées, Manuel Fernandes, du groupe parlementaire de CASA-CE,  considère qu'il existe déjà des signes de «Lourencisme» en Angola, similaires au «Eduardisme» de triste mémoire. «Parfois, les dirigeants du Mpla pensent que le peuple est toujours distrait, mais le peuple sait déjà aujourd'hui qui a le couteau et le fromage entre les mains». Le cas de Sâo Vicente, patron des Assurances AAA, époux de Irène Neto, fille de Agostinho Neto, avec 900 millions de dollars dans des comptes cachés en Suisse vient écorcher un peu plus l'image du Mpla..

Dans les pays membres de CPLP (Brésil, Portugal, Mozambique, Sâo-Tomé Principe, Timor Est, Cap-Vert) les élections locales sont ancrées dans leurs coutumes de gestion de la chose publique. Dans ces pays qui vivent cette expérience, les élections locales ont  inséré dans les rouages de l'État  des hommes et des femmes issus des partis politiques différents. C'est cette différence qui conduit les dirigeants élus à mettre en application le programme politique de leurs partis respectifs et de permettre au peuple de se faire une idée de la capacité des uns et des autres à résoudre les problèmes du peuple. Le Mpla a-t-il peur que l'on compare sa gestion avec celle des autres? 

Sobamasoba, l'analyse politique qui informe. 

Edaurdo M.Scotty



mardi 1 septembre 2020

Mentez, mentez...il en restera toujours quelque chose.

“Corriger ce qui est mal, améliorer ce qui est bien” (corrigir o que está mal, melhorar o que está bem). Ce slogan “programme” resonne  encore dans les oreilles des Angolais trois ans après l’arrivée du Général Lourenço à la tête de l’État  et du Mpla. Naïvement, peut-être pour oublier rapidement la mauvaise gestion de Dos Santos, les Angolais ont tout de suite adhéré au point de vue de leur nouveau Président de la République, décidé  à  apporter un changement dans le pays. Trois années après, quel contenu le Général Lourenço attribue-t-il concrètement à ce concept (mal/bien) lorsque  l’on est issu de la même formation politique que son prédécesseur ?  Il est de notoriété publique  que le Mpla, parti au pouvoir en Angola depuis 1975, a un programme  sur lequel reposent toutes ses actions socioéconomiques et politiques. Logiquement, s’il y a des erreurs qui ont été commises par son prédécesseur et que le nouveau président  considère  comme un "mal" qu’il se doit de corriger, peut-on sous-entendre que le programme de ce parti comporte des insuffisances ? Le prédécesseur, auteur supposé du "mal", n'a-t-il  pas été à la hauteur de la fonction? Dans ce cas, à quel niveau va s’opérer la correction promise ? Va-t-on corriger le programme  du parti ou va-t-on corriger le modus operandi ? La difficulté du Général Lourenço à expliquer concrètement à son peuple sa définition du "mal" ouvre la voie à beaucoup de spéculations. Certes, la corruption, le népotisme et l’impunité sont des maux qui gangrènent la société angolaise, mais leur éradication ne résout pas tous les problèmes que connait le pays. De l'avis de l'opinion publique, il est impératif que JLo définisse clairement le "mal" qu’il a promis de corriger. Car, le peuple angolais  a la nette impression que le combat à ce "mal" qui s’arrête à la corruption et à l’impunité est une  lutte qui ne va résoudre qu'une partie des problèmes. Les mauvaises conditions sociales, l’insuffisance des transports publics, la mauvaise qualité des soins dans les hôpitaux, la piètre qualité de l’enseignement dans les écoles angolaises et le chômage endémique que connait le pays sont d'autres maux qui méritent correction. Or, sur ce terrain-là, on n’entend pas beaucoup le gouvernement et son chef. 
"Améliorer ce qui est bien". Là aussi, l'opinion se pose la question de savoir dans quel secteur de la vie sociale des Angolais se trouve le "bien" que le Général Lourenço  promet d'améliorer. Car, de l'avis des Angolais, le seul "bien", qui pouvait retenir leur attention, aurait été l'installation de l'Homme au centre de la politique du Mpla. La valorisation de  l'ouvrier et  du paysan. Car, c'est sur ces deux catégories de travailleurs que le Mpla fondait son discours dans les années 1975 avant de se découvrir sa faiblesse pour la bourgeoisie.  
De la mémoire collective des Angolais, le Mpla est le seul parti politique angolais passé maitre dans la production des slogans. Des slogans pour endormir le peuple. "Le Mpla est le peuple, le Peuple est le Mpla"( O Mpla é o povo, o Povo é o Mpla). En tout cas, jusqu'à l'enrichissement illicite des dirigeants du Mpla par des voies connues de tous, ce slogan avait apparemment un sens pour les populations angolaises surtout celles de l'Angola profond. N'oubliez pas qu'à l'accession de l'Angola à l'indépendance, le pays comptait 90% d'analphabètes, des petites gens faciles à manipuler qui croyaient dans la sincérité des dirigeants du Mpla.  Mais quand est apparu  dans la mode de vie de ces  dirigeants  la théorie de l' ACCUMULATION PRIMITIVE DU CAPITAL de Karl Marx,  le lien sacré qui les liait au peuple s'est brisé. Des l'avis des observateurs, c'est cette  théorie qui  a consacré le divorce et a donné naissance à un nouveau  slogan: "Le Mpla n'est pas pour qui veut, mais pour qui mérite" (O Mpla nâo é para quem quer, mas para quem merece). Et comme si le coup assené à ce peuple n'était pas assez fort, le laboratoire du Mpla dans une arrogance qui commençait à prendre forme sort un autre slogan: "Quem manda, manda. Quem nâo manda, cumpre"(Qui commande, commande. Qui ne commande pas, s'exécute). Le ton de ce slogan plus incisif ouvre la porte à la consécration du Mpla/parti État. La cerise sur le gâteau c'est : "Produzir mais para melhor distribuir". (Produire plus pour mieux distribuer). Distribuer à qui? Aux dignitaires du régime?  
Durant plus de quarante ans, les Angolais vivent sous le rythme des slogans mensongers et soporifiques  du Mpla. Dans la pratique et sur le terrain, la situation socioéconomique de l'Angolais lambda est de plus en plus difficile. Trois ans après l'arrivée du Général Joâo Lourenço à la tête de l'État son slogan n'a produit aucun résultat en faveur du peuple. Les condamnations de Agusto Tómas, de Filomeno dos Santos, de Valter Filipe, de Jorge Pontes et autres, mêmes légitimes et correctives,  n'ont rien apporté au quotidien des Angolais dans les musseques. Quand on corrige ce qui est mal, c'est pour que le bien qui en découle profite à la population. Est-ce le cas? 

Sobamasoba, l'analyse politique qui informe.

Eduardo M.Scotty.      





       

mercredi 12 août 2020

José Eduardo dos Santos : l'effondrement de son noyau familial.

Le patron de la famille ayant été emmené à vivre “volontairement” en exil en Espagne (au fait, quand daignera-t-on dire aux Angolais combien  coûte au contribuable l'exil d'or de Dos Santos ? un exil qui tire ses avantages sur la loi protégeant  les anciens présidents de la République) Isabel et Tchizé, les deux filles de Dos Santos, s'évertuent  à occuper des espaces de proéminence dans la communication sociale et les réseaux sociaux, et pas toujours pour de bonnes raisons.  C'est ainsi qu'on assiste à leur présence quasi  permanente  dans les pages de la presse portugaise. C'est surtout la fille aînée de José Eduardo dos Santos qui  monte souvent  au créneau, poussée par sa mauvaise humeur, dans le but de manipuler les faits et de tordre le cou à la vérité.
Quant à Tchizé, la demi-sœur, c'est ainsi qu'Isabel se réfère à l'autre, elle est la fille de JES qui incarne le plus l'état de déni de réalité. Elle revient, pour ceux qui la connaissent, à l'actualité sur les réseaux sociaux pour les mêmes raisons que toujours : le vide qui peuple sa tête et la futilité des initiatives dans lesquelles elle est impliquée. Sur le plan des idées, domaine dans lequel  elle  éprouve des difficultés notoires, l'ancienne députée  du Mpla a bêtement suggéré une réconciliation (?)entre son père et le président João Lourenço. Ce qu'elle n'a pas dit, c'est quand, où et pourquoi Dos Santos et Joâo Lourenço se réconcilieraient. Elle a également omis de préciser s'ils parleraient tous les deux par vidéoconférence ou si son père reviendrait au pays pour un face à face avec le président de la République. 
En ce qui concerne Isabel, elle excelle dans un autre domaine. Pour la petite histoire, le 27 juillet de cette année, la fille aînée de José Eduardo dos Santos, pensant récupérer  un peu d'argent de ses avoirs, a anticipé l'assemblée générale d'Unitel (sa société de téléphonie), prévue à cette même date, pour réclamer le paiement d'une dette de 322 millions de dollars. Lorsque la première femme  millionnaire d'Afrique court derrière des "miettes", la rivière est en train de se sécher. Dans un communiqué, Isabel dos Santos a indiqué qu'au cours de l'exercice 2014, Vidatel, la société  à travers laquelle elle participe au capital d'Unitel, aurait prêté 322 millions à Unitel. 
Le même jour, l'assemblée générale d'Unitel a publié  une déclaration dans laquelle elle  conteste  avec véhémence toute  dette envers l'actionnaire Vidatel, propriété d'Isabel dos Santos. "Il n'y a pas de contrat d'approvisionnement entre l'actionnaire Vidatel et Unitel", indique le communiqué. Unitel  reconnaît toutefois qu'elle dispose de dividendes à verser à l'actionnaire Vidatel pour un montant équivalent à 136 millions d'euros, mais précise que les raisons du non-transfert de ces montants lui sont étrangères, et souligne «les restrictions de l'ordonnance de jugement no. 519/19, qui empêche Unitel d'effectuer des transferts à Vidatel ». La déclaration précise que celle qui a de l'argent pour recevoir des dettes est  Unitel elle-même, à qui l'actionnaire Vidatel doit plus de 400 millions de dollars. 
Or, dans le communiqué qu'elle publie, Isabel dos Santos ne fait aucune mention de la dette de plus de 400 millions d'euros qu'Unitel réclame à Vidatel ou de l'instrument judiciaire qui empêche l'opérateur d'effectuer tout transfert d'argent en sa faveur. C'est pourquoi, même lorsqu'elle dit finalement la vérité, qui devient de moins en moins fréquente, personne ne la prend au sérieux. Les faits persistent à montrer qu'en matière d'argent, Isabel dos Santos n'est pas et n'a jamais été une partenaire fiable.
 Très marquée par les mauvaises habitudes qu'elle porte du passé, Isabel dos Santos reste convaincue que tout ce qu'elle touche est à elle; tout ce à quoi elle pense doit lui être attribué; tout ce en quoi elle croit doit être accompli. Isabel et son mari rêvaient des bijoux suisses De Grisogono. Le père, sans hésiter, a ordonné à Sodiam de faire leur volonté; le couple voulait contrôler l'industrie du ciment du pays, le père et le a ordonné à l'État de renoncer à sa participation dans Cimangola au profit d'Isabel et de son mari. Isabel voulait posséder BFA. Le père a trouvé un moyen de forcer la Sonangol à acheter des actions de BPI et les a données à sa fille. La chère fille rêvait d'une compagnie de téléphone. Le père a forcé Sonangol à assembler et équiper Unitel et a donné une bonne partie de l'entreprise à sa fille. La chère fille rêvait d'un grand port. Le père affectueux n'a pas hésité un seul instant: il a fait don de l'espace où est projetée la construction du port de Dande. Voilà  comment l'excès d'affection et le zèle de Dos Santos ont produit une femme manipulatrice, déloyale et ennemie de la vérité. 
Pendant qu'Isabel dos Santos se noye, Tchizé, la petite sœur, s'efforce d'être un gourou en tout. Elle s'affiche  comme spécialiste en cuisine, journalisme, communication, sciences politiques et, ne soyez pas surpris, l'Étique. Oui, l'ÉTHIQUE.
De Zenu, leur frère, l'opinion publique ne retient que deux choses. L'incompétence et le goût du luxe. José Filomeno dos Santos  n'a jamais eu l'art ou l'ingéniosité de commander quoi que ce soit dans la sphère publique ou commerciale. Toutes ses initiatives se sont effondrées comme des châteaux de cartes. Banco Kwanza Invest, que lui et son ami Jean-Claude Bastos de Morais ont crée avec l'argent du Fonds souverain angolais, a ses jours  comptés. Tel que déterminé par la BNA, les dépôts ne peuvent plus être acceptés. Comme sa sœur aînée, en affaires, Zenu dos Santos est un perdant. Avec sa sœur, tous deux n'étaient des «entrepreneurs prospères» que tant qu'ils avaient un accès illimité aux sacs bleus que leur père mettait à leur disposition.
Et là à Barcelone, où il se cache depuis plus de 2 ans pour ne pas voir de ses propres yeux les résultats de sa catastrophe gouvernementale de 38 ans, José Eduardo dos Santos observe, tranquillement, l'effondrement  de sa famille. On pourrait même dire qu'il a apparemment déjà renoncé à ses obligations paternelles de surveiller et de conseiller sa progéniture. Pathétique. Son effigie a été retirée de nouvelles notes de Kwanza mises en circulation par la Banque nationale. Déchéance. 

Sobamasoba, l'analyse politique qui informe. 

Eduardo M.Scotty.