samedi 6 février 2021

Cafunfo/Lunda Nord: le MPLA réprime une manifestation dans le sang.

Qui l'aurait cru? Décidément au Mpla les dirigeants ont quelques difficultés à pouvoir tirer les leçons du passé. Imbus du pouvoir absolu qu'ils détiennent, ils n'ont aucune considération pour le peuple qu'ils piétinent depuis 45 ans. À Cafunfo, la police a encore tué. Cette  fois, c'est un carnage, un vrai massacre. Est-ce l'approche des élections législatives de 2022 qui rend le régime du Général Lourenço un peu plus nerveux? Depuis le début de cette année, beaucoup de   membres du parti au pouvoir manifestent des signes de nervosité. Ils ont les nerfs à fleur de peau. Toute contestation, aussi anodine soit-elle, est assimilée à une rébellion. À cause de cette paranoïa, l'année passée beaucoup de familles ont été endeuillées. La police du Mpla/parti au pouvoir ne s'est pas gênée de tirer à balles réelles sur des manifestants à Luanda et ailleurs. La semaine derrière la même scène s'est répétée à Cafunfo dans la province de Lunda Nord. Bilan: une vingtaine de morts et plusieurs blessés. C'est vrai qu'il est difficile à ceux qui n'ont aucune culture de la démocratie de changer après avoir végété pendant plusieurs décennies dans le communisme. Ils restent attachés à des méthodes de répression et d'exclusion qui renvoient au 20°siècle. Des pratiques  qui rejettent tout dialogue et encouragent l'intolérance politique. 

À Cafunfo, la police du Mpla sous les ordres du commandant Paulo de Almeida, un homme de confiance de Joâo Lourenço, a fait un carnage. Jamais dans l'histoire de l'Angola une manifestation ne s'est terminée dans un bain de sang comme ce fut le cas le samedi 30/01/2021. Le seul péché commis par les manifestants est d'être membres du Mouvement du Protectorat de Lunda Tchokwe. Un mouvement qui, à tort ou à raison, réclame une certaine autonomie  politique et administrative pour la région des Lunda. Est-ce un motif suffisant pour retirer  à certains d'entre eux le droit à la vie? Les assassiner froidement? Si aujourd'hui  des réclamations de ce genre viennent perturber le climat politique dans le pays c'est parce que ces peuples ne trouvent pas leur compte dans la manière dont le pays est gouverné. Et si, en plus, la police se met à les tuer, alors il ne faut pas s'étonner qu'ils s'organisent et répondent à la violence par la violence. Il est de notoriété publique que le Mpla n'a aucune culture du dialogue. Le cas du Cabinda est là pour le prouver. Les images des policiers piétinant les cadavres des jeunes abattus ont choqué l'opinion. Même le ministre de la Justice, Francisco Queiroz, a admit que la police avait violé  les droits humains des manifestants à Cafunfo. Nonobstant cette honnêteté du ministre, Paulo de Almeida, un pur produit du Mpla, est venu tenir à la presse des propos désobligeants envers la population de Lunda Nord. Des propos qui ne sont pas de nature à apaiser les esprits. Des déclarations qui, de l'avis de l'opinion publique, prouvent deux choses: soit le Général Lourenço n'a aucune autorité sur ses subalternes, soit il est complice du massacre de Cafunfo. Or, le conflit, si conflit il y a, contient en lui-même sa solution.            

Le sadisme du pouvoir ne s'arrête pas là. De source sûre, des proches des victimes des affrontements de samedi dernier à Cafunfo,  se plaignent de la disparition d'une vingtaine de corps de la morgue, vraisemblablement, enlevés dans la nuit de dimanche à lundi. Ces familles réclament les corps de leurs proches assassinés et  affirment que la disparition de leurs corps vise à maintenir le nombre de sept morts, évoqué par les autorités, pour perturber l'enquête parlementaire.

"Nous avons l' information selon laquelle plus de 20 corps ont été retirés la nuit de la morgue et jetés dans la rivière Cuango, nous savons également que les personnes gravement blessées qui se trouvaient à l'hôpital de Cafunfo ont été retirées et envoyées dans un avion à Dundo", a déclaré un activiste , qui accuse également la police de "ne pas vouloir remettre les corps aux familles".

Les autorités locales refusent de fournir des informations sur les événements du 30. Devant cette opacité, les jeunes de la province de Namibe se sont mobilisés pour une veillée de protestation contre les meurtres à Cafunfo, le jeudi 4 février, à la Place Espírito Santo, selon VOA César Carlos , l'organisateur de l'initiative. À Luanda, les jeunes ont aussi battu le pavé.

À l'assemblée nationale,  le Groupe parlementaire de l'UNITA, qui a été empêché de se rendre à Cafunfo, a condamné l'insensibilité de l'exécutif angolais à la mort de citoyens angolais, simplement parce qu'ils pensent différemment, remettant en cause le pluralisme d'expression et d'opinion, qui sont les fondements de l'état de droit démocratique. L'autonomie politique et administrative comme solution ne signifie pas forcément le démembrement du territoire national, mais l'un des moyens de résoudre une situation qui parait complexe  comme c'est le cas au Cabinda.

Au regard de ce qui s'est passé à Cafunfo,  affirmer que le socialisme communiste du MPLA n'est pas encore complètement mort et que quiconque pense différemment en Angola est considéré comme un ennemi de la paix, est une hérésie?  

Sobamasoba, l'analyse politique qui informe. 

Eduardo M.Scotty






mardi 19 janvier 2021

Le Général Lourenço est-il capable de réaliser un miracle pour convaincre les Angolais?

L’année qui s’est achevée et celle qui commence ne sont pas, décidément, en faveur des politiques menées par le Mpla en Angola. Pour preuve, les manifestations de jeunes se sont succédées à un rythme jamais observé dans le pays. Des protestations d’une violence inouïe au cours desquelles des monuments historiques ont été profanés. Jamais dans l’histoire  de l’Angola indépendant les symboles du régime n’ont été  vandalisés. Et cela dans pratiquement toutes les grandes villes du pays. Assiste-t-on au commencement de la fin de la prépondérance du Mpla? 

Sur le plan politique, parler de possibles tractations entre les partis de l’opposition pour créer un front uni contre le Mpla, n’est plus un tabou. Contrairement à Samakuva, Adalberto Junior, l’actuel président de l’Unita, est favorable à cette union de l’opposition. Les partis PRS et CASA-CE ne sont pas opposés au projet. Si l'idée prend corps, 2022 s’annonce très difficile pour le Mpla, un parti au pouvoir depuis 45 ans et plongé dans la corruption jusqu’au cou.   

Au sortir d'une année 2020 jugée douloureuse, le Général João Lourenço n'aura pas la tâche facile en 2021, une année marquée par la campagne pré-électorale avec un MPLA en déclin de popularité et désagrégé par les luttes entre factions «lourencistes» et «eduardistes».

Avec une économie en récession et qui aggrave les conditions de vie déjà précaires des Angolais, le Général Lourenço et son parti, au pouvoir depuis quatre décennies, devront prouver qu'ils sont capables de convaincre le peuple et lui redonner l'espoir, sans tricher, de gagner les élections générales de 2022.

C'est à ce sujet que la présidente de l'Union des journalistes angolais, a déclaré: " le MPLA doit  trouver des solutions aux problèmes du peuple et lui offrir plus que sa lutte contre la corruption s'il veut convaincre les citoyens de réélire ses candidats en 2022". Bien que la lutte contre la corruption soit sans précédent  dans l'histoire de l'Angola - il n'y a jamais eu autant de dirigeants, autant de fonctionnaires devant les tribunaux. Seulement, ce processus a un petit impact immédiat sur le citoyen angolais qui dans sa vie quotidienne est confronté à un choix difficile: avoir à choisir entre manger, se soigner ou éduquer ses enfants. Devant une telle situation, le gouvernement et le président João Lourenço vont devoir faire «un miracle» pour contourner cet écueil.

De l'avis de l'opinion publique, le plus grand défi reste de savoir quel sera ce miracle capable de convaincre les gens, et réduire les difficultés auxquelles ils sont confrontés aujourd'hui et améliorer leurs conditions de vie, à l'heure où les prix du pétrole, principal produit d'exportation angolais, restent bas. Or, l'or noir est pratiquement la seule ressource  qui permet au pays d'obtenir les devises nécessaires à l'achat  des marchandises, de la nourriture aux machines.

Pour un pays qui utilise la moitié de son budget national pour payer la dette publique, l'essentiel de ses préoccupations doit être la qualité des dépenses pour permettre à l'Etat de se concentrer sur les secteurs structurants et clés. Il faut ici reconnaitre  que le plus gros problème du gouvernement angolais réside dans les  "rivières d'argent" que l'administration directe  et indirecte de l'État continue  de dépenser pour des acquisitions inutiles, telles que des véhicules "pour les personnes qui sont nommées alors qu'elles devraient profiter de ceux  existants" ou des ordinateurs que "année après année" figurent dans le budget de la même unité. 

La construction d'un nouveau siège de la Commission électorale nationale, un édifice estimé à 37 millions d'euros, est un autre exemple des dépenses inutiles.  Compte tenu du fait que l'Etat a récupéré plusieurs bâtiments (dans le cadre du recouvrement des avoirs par voie judiciaire), la dite construction n'est vraiment pas nécessaire.  Surtout que l'Etat a un budget déficitaire chaque année et ce qui l'oblige à s'endetter.

Dans une année pré-électorale, et après que les groupes de médias privés TV Zimbo, le journal O Pais, Radio Mais, TV Palanca soient  cédés aux services de recouvrement des avoirs et passés à la sphère étatique,  les tensions dans les médias sont prévisibles.  C'est une période de pré-campagne et la scène principale sera les médias. Ces médias publics qui seront surveillés de près par l'opposition et la société  doivent normalement être au service de tous. Seulement,  en vérité dans ces médias tout le monde n'est pas traité de la même manière. Tenez-le pour dit: les médias seront probablement à l'ordre du jour des grands débats de l'année prochaine. Le moment venu, nous en reparlerons. 


Sobamasoba, l'analyse politique qui informe. 











jeudi 31 décembre 2020

Général Lourenço: les raisons de sa chute dans l'opinion.


L'année 2020 qui se termine ce jour a été très difficile pour tout le monde. Pour les Angolais, la pandémie du coronavirus, la remontée difficile du prix du baril de pétrole, le réveil de la jeunesse angolaise contre la mauvaise gouvernance du Mpla et l'opacité dans la gestion de la république, ont plongé leur pays dans une situation compliquée. Accrochés à l'idée que l'espoir fait vivre, après 38 ans sous le régime du président José Eduardo dos Santos, João Manuel Gonçalves Lourenço (JLo) est apparu  comme le "Sauveur de la Patrie", c'est-à-dire "la personne idéale" capable de  diriger l'Angola. La société civile, même certains partis politiques d'opposition, ont réagi positivement à son discours.

Seulement, après trois ans, la situation a changé et la popularité de JLo a chuté de façon spectaculaire. Une dégringolade  semblable  à la chute des cours des actions lors de la Grande Dépression de 1929. Comment peut-on expliquer la baisse de cette popularité du Général Lourenço ?

Il y a plusieurs facteurs qui justifient cet écroulement  dans l'opinion.  Mais, pour ne pas être accablant, j'en ai sélectionné quelques-uns que je considère les plus pertinents:

1. Lutte sélective contre la corruption et l'impunité.

La lutte contre la corruption et l'impunité reste, de l'avis de tous, une lutte sélective. Il apparaît que des traitements différents sont appliqués pour des situations similaires. Or, la lutte contre la corruption  étant la pièce maitresse  de son programme politique, le Général  Lourenço devrait être plus cohérent en termes de responsabilité pénale des délinquants. Cependant, il est à noter que les figures hégémoniques du Mpla restent jusqu'à ce jour impunies. L'opinion publique conclue que le Général a un poids sur la conscience  et son manque d'indépendance d'esprit à mener un véritable combat impartial le place dans une position inconfortable. Cette sélectivité dans la lutte contre la corruption  continue à soulever beaucoup de doutes dans la population.

2. Coût de la vie élevé

En trois ans de règne de JLo, les conditions de vie de citoyens ordinaires ont atteint des niveaux alarmants. On constate que la pauvreté croît d'une manière inquiétante , tandis que les moyens de subsistance décroissent à une vitesse vertigineuse en raison du coût trop élevé de la vie, surtout, des produits du panier de base.

Lors d'une tournée à l'un des marchés de Luanda, le 21 août 2017, Agência Lusa avait vérifié les prix suivants: Sac de riz 4.300 Kzs, litre d'huile 700 Kzs et 1 Kg de sucre 250 Kzs.

Actuellement (fin 2020), les prix de ces produits sont montés en flèche: riz (13.000 Kzs plus 62,9%), 1 litre d'huile (1.200 Kzs plus 71,4%) et 1 Kg de sucre (600 Kzs plus 140%)

Juste pour avoir une idée, avec un salaire minimum de 35.000 Kz par exemple, le consommateur pouvait acheter  en 2017 un peu plus de 8 sacs de riz. Avec l'augmentation du prix de ce bien (13 000 Kz), le consommateur ne peut acheter que 2,7 sacs de riz. Notez que le consommateur a perdu beaucoup de son pouvoir d'achat. L'augmentation des prix des produits sur le marché ne correspond plus au revenu mensuel du citoyen lambda.  

2. Manque d'attention aux besoins prioritaires

Tout au long de ses trois ans au pouvoir, JLo s'est beaucoup écarté des priorités et des besoins fondamentaux de la population, privilégiant davantage des projets d'infrastructure pour répondre, très souvent, aux caprices de ses amis prioritaires des entreprises de construction. 

Le Programme intégré d'intervention dans les municipalités (PIIM), par exemple, qui se caractérise davantage par des projets d'infrastructure ne traite  pas les situations urgentes qui sapent la vie quotidienne des citoyens. Des situations qui affligent la majorité : la faim et la pauvreté.

Adam Smith, considéré comme le père de l'économie, suggère ce qui suit: "Compte tenu de la multiplicité des besoins et de la rareté des ressources, les besoins les plus urgents doivent avoir la priorité ".

5. Non-respect des promesses électorales

Parmi les promesses faites par le Général Lourenço au cours de ses campagnes électorales, celles qui ont retenu particulièrement  l'attention est la création de 500.000 emplois en cinq ans, la transformation de Benguela en Californie, et la valorisation des travailleurs.

Concernant les 500.000 emplois, JLo serait obligé de créer en moyenne 100.000 emplois/an. Or, selon les données de l'Institut national de statistique (INE), le taux de chômage en Angola a augmenté entre 2017 -2019 de 8,8% à 28,8%  de la population active. Rien qu'entre octobre et décembre 2019, le taux de chômage était de 31,8%, et en 2020, l'INE prévoyait un taux de chômage de 34%. Ces données contrastent avec les promesses électorales.

Le Général  a promis de transformer Benguela en Californie pendant son mandat. Il est à noter que la Californie est le plus grand centre industriel des États-Unis et un leader national dans la production de produits agricoles. Cette promesse reste sans actions concrètes, jusqu'à aujourd'hui et, la ville de Benguela est toujours comme elle était.

L'appréciation des cadres administratifs, indépendamment de leurs couleurs de parti, était aussi l'une de ses promesses. Mais, JLo continue de s'écarter de cette promesse faite au peuple, continuant à travailler uniquement avec les cadres du MPLA. Pendant ce temps, la carte militante parle plus fort au détriment de la compétence et de la méritocratie.

Retrouver sa popularité sera pratiquement impossible. Cependant, il est essentiel de concilier les discours avec la pratique, et les politiques publiques doivent être celles qui peuvent changer  réellement la vie de tous les Angolais. JLo en sera-t-il capable? 

Sobamasoba, l'analyse politique qui informe.

À tous ceux qui prennent le temps de lire ce blog, Sobamasoba vous souhaite une heureuse année 2021. Que Dieu soit avec vous et vous protège. 



















lundi 7 décembre 2020

ECHEC/FIASCO : J.Lourenço rencontre les jeunes angolais dans toute leur diversité. Pour quel résultat?

Ils étaient plus de cent. Des jeunes issus des horizons divers. Tous  invités par le Général Lourenço. Les manifestations du 24/10 et 11/11/2020 avaient fait mouche. La rue a parlé et le Général a réagi. Il fallait éviter que l’image du Mpla soit trop écornée dans l’opinion. D'où l'idée de réparer les dégâts. C’est à Talatona, le 26/11, dans la banlieue de Luanda que le pouvoir se présente face à la jeunesse. Un show  souhaité par le président. Une élucidation exigée par les jeunes. Si le cadre est choisi par Joâo Lourenço, les sujets de la discussion sont laissés à la convenance des participants. Pas d’orientation, aucun sujet tabou. Seules sont exigées la clarté et la précision. Après 45 ans au pouvoir, le Mpla se trouve à la croisée des chemins. Sa politique est illisible. Communiste ou social-démocrate, le jeu est flou. Les jeunes, fatigués de l'indifférence des ainés montent au créneau. Ils sont excédés par le paternalisme du Mpla. Face au Général Lourenço, la duplicité n’est pas admise. C'est pendant ce face-à-face que le clivage apparait. Les pro-Mpla et les radicaux. Les premiers encensent. Les seconds attaquent de front. Les jeunes proches du Mpla ont, tout de suite, choisit leur camp. Les modérateurs aussi. Au cours des échanges, parfois musclés, le discours courtois du président au début est devenu progressivement  agressif. Offusqués, les jeunes radicaux se sont senti offensés. Méprisés, à la limite. Leurs préoccupations ne trouvant pas des réponses, ils se sont inclinés (?). 

Ils étaient plus de cent. Ils n'avaient pas tous les mêmes motivations. Ni le même courage. Mais tous, face aux violences policières subies, espéraient  entendre  des excuses de la part du chef. Inocência de Matos est mort assassiné par "le pouvoir populaire" au cours d'une manifestation. Un petit mot à son sujet aurait décrisper l'atmosphère. Mais hélas! Comme à l'époque de Dos Santos, le Général n'a aucun respect pour les jeunes. En réponse à leurs préoccupations, c'est l'arrogance, le mépris. La marque du Général Lourenço. Ce qui explique que l'indignation populaire  n'a jamais été aussi élevée. Le Général le sait. Au regard de l'opinion publique, il a perdu sa honte. Ceux qui l'obéissent n'ont plus beaucoup  de respect pour lui. Que des promesses faites. Que des engagements non tenus. Même l'an 2021 ne sera pas l'année des élections locales. Le pays, selon JLo, ne réunit pas les conditions pour les organiser. Encore une fuite en avant. 

Ils étaient plus de cent. Les intervenants étaient choisis suivant un critère fixé par le Général. L'activiste Nito Alves n'était pas repris sur la liste. Trop radical? Peut-être. Victime de la brutalité policière, les participants attendaient son intervention. Le Général en avait décidé autrement. Peur d'entendre la vérité? La vérité sur les méthodes de sa police ? La police qui tire sur le peuple pendant que le Général président inaugure un hôtel de luxe à l'autre bout de la ville ? Attitude méprisante.    

 Ils étaient plus de cent. Leur rencontre avec Joâo Lourenço est un échec. La montagne a accouché d'une souris. Ni l'arrogance, ni le mépris n'ont eu raison de la détermination des jeunes. Leurs exigences : -Date des élections locales,- Baisse des prix des produits de bases, -Dépolitisation des institutions publiques,-Révision du budget attribué à l'éducation et à la santé,- Libération de la communication sociale,- Exonération de Edeltrudes Costa de la présidence pour corruption,- Encadrement des manifestations selon la constitution, et Réorganisation de la commission électorale. Si ces exigences ne sont pas légitimes, alors...

Et vous qu'en pensez-vous? 

Sobamasoba, l'analyse politique qui informe. 

Eduardo M.Scotty




      











samedi 21 novembre 2020

RÉPRESSION : l'arme absolue.

Que retiendra l’opinion publique de la célébration du 45e anniversaire de l'indépendance nationale de l'Angola et du MPLA au pouvoir depuis 1975 ? Sans aucun doute, entre autres faits, la répression des marches de protestation qui ont eu lieu dans diverses régions du pays en raison des revendications sociales et politiques des jeunes angolais. Pour la première fois depuis les manifestations inspirées par le printemps arabe en 2011 au Maghreb, nous avons vu la police angolaise  tirer des balles réelles sur un jeune manifestant. Il est mort, même si les chefs de la police angolaise ne veulent pas le reconnaitre. Il s'agit de Inocêncio de Matos, étudiant à l’Université Agostinho Neto en troisième année d'ingénierie. Selon les informations en provenance  en ma possession, plusieurs cas de citoyens blessés sont également signalés. Dans différentes régions à l’intérieur du pays, il y a eu une vague d'arrestations, dont celle de huit activistes dans la municipalité de Balombo, à Benguela, la veille de la manifestation. L'une des conséquences de l'irresponsabilité politique qui, en général, caractérise la société angolaise est l'incapacité des autorités de rendre compte des  résultats de leurs actions. Cela s'apparente à une absence de préoccupation collective pour la vie de nos concitoyens. Le gouvernement a mis en place, à travers tout le pays, ce 11/11/2020 un appareil policier extraordinaire de répression pour étouffer dans l'œuf les manifestations. À Luanda, la police a isolé plusieurs quartiers de la capitale, dont Kilamba,  empêchant de cette manière  la circulation des taxis et des citoyens dans toute la ville. C'est pareil dans les villes de provinces. À Cabinda, les agents de sécurité ont envahi le domicile de Dom Balmiro Chissengeti, évêque de Cabinda. Pourquoi?  Ce sont ces méthodes de répression sauvage qui ont réveillé dans la mémoire collective le souvenir d'un pays qui,  à l'époque coloniale, donnait envie d'y vivre, mais  après 45 ans, l'Angola n'est plus qu'un désastre social.    

Il y a 45 ans, l'Angola était le 1er producteur mondial de sisal et d'huile de palme, 2ème producteur mondial de café, 2ème producteur mondial de sucre, 2ème producteur mondial de coton, 4e producteur mondial de maïs et de riz, le plus grand exportateur de bananes au monde, possédait la plus grande usine de pneus et de batteries en Afrique, la plus grande flotte de pêche en Afrique construite dans les installations navales de Lobito, le plus grand exportateur de conserves de poisson d'Afrique, l'un des plus grands producteurs au monde de divers minerais et roches. Le port minier de Namibe était un des meilleurs au monde, réussissant à charger des navires à un taux de 50 tonnes par minute, par lequel passaient six (6) millions et trois cent mille tonnes de minerai de fer par an. Le pays était autosuffisant en produits agricoles et fruits, haricots, produits laitiers, viande (exportation d'animaux  vivants) et le plus grand exportateur de bœuf et de poisson d'Afrique (le plus grand exportateur de farine de poisson en Afrique), en plus d'approvisionner toute l'Afrique australe et certains pays européens en conserves de poisson, et à cette époque il n'était pas question de pétrole. La capitale, Luanda, fut construite avec l'argent du café. Le pays disposait d'une chaîne de montage de camions Mercedes et Scania, ainsi que de bus Leyland, d'une usine de motos, de vélos, de réfrigérateurs et de câbles électriques. La croissance du PIB en 1973 était de 17%. À ce rythme de croissance quel serait la situation de ce pays aujourd'hui si les dirigeants étaient à la hauteur de leur tâche? 

45 ans après, quel tableau peut-on peindre de ce pays qui avait tous les atouts pour réussir? Un tableau noir avec des ilots de lumière par-ci, par-là. L'arrivée du Général Lourenço au pouvoir n'a apporté aucune touche nouvelle à ce tableau. Entourés des anciens dirigeants hérités de son prédécesseur, l'image  sur le tableau est restée figée.  Les anciennes pratiques ayant la peau dure, le Général Lourenço est pris en otage par ses propres camarades englués dans la corruption et la compromission. Associés à leurs nouveaux amis Chinois, ils sont de plus en plus riches et leurs affaires sont très florissantes. Pendant ce temps, les Chinois qui viennent pour construire les infrastructures, s'amènent avec leurs matériaux, leur force de travail. Les cadres angolais ne sont pas admis dans les entreprises chinoises qui pourtant sont payées avec du pétrole vendu à un très bas prix. Quant à leurs autres amis,  les Cubains, ils ont en 1989, avant de rentrer chez eux, détruit toute notre capacité de production de sucre, pour ne pas avoir de concurrents.

Le réveil, quoique  tardif,  de la jeunesse angolaise est perçu par l'opinion nationale comme un sursaut patriotique. Même si ce réveil ne provoque pas des résultats immédiats, le Mpla ne regardera plus ces jeunes de la même manière. Le 11/11/2020 est la ligne qui a marqué la séparation. L'avenir nous dira si les actions de notre jeunesse auront servi vraiment à quelque chose. Et vous, vous croyez que les jeunes ont bien fait d'exprimer leur ras-le-bol?   

Sobamasoba, l'analyse politique qui informe. 

Eduardo M.Scotty















samedi 7 novembre 2020

Que se passe-t-il en Angola? Le Général Lourenço renoue-t-il avec les anciennes pratiques?

Cette question est sur toutes les lèvres dans les milieux intellectuels angolais et au sein des communautés angolaises à l'étranger. La manifestation organisée le 24/10/2020 par la jeunesse à Luanda et dans quelques villes à l'intérieur du pays a laissé une trace indélébile dans la mémoire collective. Jamais en Angola, à l'époque de Dos Santos, les jeunes ne s'étaient permis de défier l'autorité. Après son départ du pouvoir, le semblant d'ouverture politique amorcée par Joâo Lourenço a généré une certaine  confiance  dans la population au point où manifester est redevenu un droit. Un droit consacré dans la constitution. 

"Chassez le naturel, il revient au galop".  Il est difficile de changer en trois ans des habitudes acquises pendant plus de quarante ans. La police censée encadrer la manifestation du 24/10 s'est comportée exactement comme à l'époque de José Eduardo dos Santos. Obéissant aux ordres de leur  hiérarchie, les policiers ont interpellé  brutalement une centaine de jeunes manifestants. Une brutalité  qui  a occasionné inutilement des blessés et des arrestations. Parmi les interpellés, 71 sont condamnés pour "crime de désobéissance" et 29 sont relaxés. Dans les quartiers périphériques de Luanda, en réponse à cette brutalité, les états majors des jeunes s'organisent pour une méga manifestation le 11/11. Sur les réseaux sociaux, les jeunes angolais de la diaspora s'apprêtent, par solidarité à leurs frères de l'intérieur, à battre le pavé et lancer, à travers des manifestations dans plusieurs villes européennes, un message fort au Général Lourenço et à son gouvernement. Les promesses électorales non tenues par le Général Lourenço et les engagements pris  lors de ses  campagnes de mobilisation, ont fini par impatienter les jeunes. C'est le ras-le-bol. Trois ans après son arrivée au pouvoir, aucune excuse n'est plus permise. Le chômage est endémique. La lutte contre la corruption et l'impunité est sélective. Les conditions sociales de la population continuent désastreuses. Ceux qui travaillent gagnent un salaire de misère.  Ce tableau noir a fini par réveiller les consciences endormies pendant des années par la soporifique propagande du Mpla. Ce réveil, même tardif des jeunes, a généré une sorte de révolte au sein de la jeunesse. La date du 11/11, pour une grande manifestation, n'est pas choisie au hasard. D’ordinaire, c'est ce jour que, comme un seul homme, tous derrière le Mpla, le peuple fête sa libération du joug colonial et l’accession du pays à la souveraineté. Et depuis 44 ans, les festivités allusives à cet événement se passent sans aucune perturbation.  Seulement, cette  année risque de ne pas ressembler aux autres. L’arrivée au pouvoir du Général Lourenço en 2017, avec son lot des promesses électorales, a redonné de l'espoir aux Angolais. La lutte contre la corruption, l’amélioration des conditions sociales de la population et la création de 500.000 emplois pour les jeunes font partie  de ces promesses électorales. Seulement, entre promettre et concrétiser, la marge est immense. C’était sans compter avec la crise économique qui s’est abattue sur le pays privant le Général Lourenço des moyens de sa politique. La baisse du prix du baril de pétrole oblige le gouvernement à revoir ses prétentions au rabais. La découverte de l'immense trou financier laissé dans les caisses de l'État par les détourneurs de fonds publics handicape tout plan de développement. Il est donc  du devoir de Joâo Lourenço d'expliquer clairement à ceux qui lui ont confié son mandat de Chef de l'État les problèmes que connait le pays. Mais comme le Mpla n’a aucune culture du dialogue, tous les partis marxistes léninistes sont pareils, informer le peuple des difficultés que connait le pays s’apparente à un viol d'un secret d’État. Cela donne souvent cours à des spéculations. Et les jeunes qui, durant des années ont souffert en silence, ont décidé de remettre les pendules à l'heure et de demander des comptes au Général Lourenço. C'est le devoir de redevabilité. 

Que l'Unita soit derrière cette manifestation ou pas, que c'est que cela change? La manifestation n'est-elle pas un droit constitutionnel? Est-il interdit aux partis politiques de manifester?

Quarante cinq ans après, le problème de la distribution de l'eau potable et de l'électricité est toujours récurrent. La mauvaise qualité des soins médicaux et le manque des médicaments dans les hôpitaux, le manque des transports publics, la piètre qualité de l'enseignement et la lourdeur de la bureaucratie ne sont-elles pas des raisons suffisantes pour emmener les jeunes à manifester leur mécontentement? Faut-il pour cela que l'Unita soit derrière ce mouvement? C'est une insulte à notre jeunesse. Et vous, qu'en pensez-vous? 

Sobamasoba, l'analyse politique qui informe. 

Eduardo M.Scotty             






mercredi 7 octobre 2020

Général Lourenço, 3 ans après : un bilan en demi-teinte.

Les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets. À l'époque de José Eduardo dos Santos, la corruption était élévée au niveau d'une institution. Comment en sommes-nous arrivés là? C'est la théorie de "l'Accumulation primitive du capital", mal comprise et mal appliquée par les dirigeants du Mpla, qui nous a conduit à cette catastrophe. Sous Eduardo dos Santos, cette fameuse théorie s'est apparentée à un pillage sauvage des fonds publics du pays. Nous avons assisté, abassourdis, au déferlement d'une puissante lame sur les fonds de l'État. Une lame qui a emporté presque tout sur son passage. Parmi ceux qui ont profité de ce déferlement, il y a beaucoup de généraux de l'armée angolaise, tous membres du Mpla. Et comme il est souvent difficile de scier la branche sur laquelle on est assis, le Général président, malgré son apparente bonne volonté et sa légitime intention de récupérer les fonds cachés dans des banques étrangères, n'arrive pas à defaire le noeud de la corde qui étrangle le Mpla.  Qu'à cela ne tienne.   

27/09/2017 - 27/09/2020, à deux ans de la fin de son mandat, le bon sens nous recommande de faire un bilan. D'autres observateurs avisés ont déjà eu à publier récemment un inventaire global des trois ans de João Lourenço. Mais l’opinion publique attend que JLo, dans son discours sur l'état de la Nation, fixe définitivement les Angolais sur les resultats obtenus au bout de trois années de pouvoir, très précisément ceux sur la lutte contre la corruption.

La société civile comme l’opposition politique pensent, elles aussi, qu’il est temps d'évaluer les résultats de la politique de lutte contre la corruption, qui a été déclarée comme un objectif fondamental par le Président de la République. De l'avis de certains Angolais, ce bilan est à la fois positif et négatif. C'est positif car il a en fait lancé une politique étatique de lutte contre la corruption. Il y a quatre ans, il aurait été impensable, celui qui émet un doute à ce sujet peut être considéré comme quelqu’un souffrant de folie profonde, que l’État confisque à Isabel dos Santos ses entreprises et que cette dernière soit au centre d'une affaire pénale; que José Filomeno dos Santos ait été condamné à cinq ans de prison, et le gendre d'Agostinho Neto, Sâo Vicente, soit détenu, ou qu'Augusto Tomás ait écopé d’une peine de prison effective. Dans le même temps, des enquêtes criminelles sont ouvertes quotidiennement sur les activités de corruption les plus diverses, de Moxico à Uige. Tout cela est nouveau. Même Kopelipa et Dino, deux généraux intouchables, sont invités pour explications au bureau du Procureur. 

Conclusion: la lutte contre la corruption est réelle. Même si apparemment les autorités veulent faire croire à l’opinion qu’elle n'est pas sélective, et qu’il y a clairement eu un changement de paradigme dans l'action judiciaire. Avant, c'était les dénonciateurs d'actes de corruption qui se retrouvaient devant les tribunaux accusés de diffamation et de calomnie. Désormais, ce sont les “dénoncés” qui commencent enfin à répondre de leurs éventuels actes. Il ne fait donc aucun doute que des changements sont en cours et que la lutte contre la corruption progresse dans la bonne direction.

Cependant, la procédure mise en place pour lutter contre ce mal n'a pas généré des résultats vraiment apparents et son application soulève des doutes sur l'efficacité des méthodes utilisées. Nos observations nous indiquent que parmi les «gros dossiers», seul Augusto Tomás est condamné à purger une peine de 8 ans. Il est effectivement le seul prisonnier incarcéré pour corruption dans les geôles de Sâo-Paulo. Oui, le seul. 

L'affaire de José Filomeno dos Santos a fait l'objet d'une décision de juridiction inférieure, étrangement trop indulgente pour la famille Santos. Quant à Isabel dos Santos, elle n'a même pas encore été accusée, et de sa base londonienne, elle s’amuse gaiement à vilipender les actions de João Lourenço. En ce qui concerne Carlos São Vicente, le bureau du procureur général (PGR) ne s’est penché sur son cas qu'après une grosse frénésie médiatique sur la facture de 900 millions. Jusque-là, il était inconnu du public et personne ne parlait de lui. N’eussent été les vociférations de son épouse, Irène Neto, un silence complice aurait entouré l’affaire. 

Sur le plan pratique, depuis le début de cette lutte contre la corruption, nous ne cessons de souligner que l’utilisation d’anciennes institutions judiciaires, mal préparées et attachées aux pratiques du passé, n’était pas une solution. La corruption en Angola, en raison de son ampleur, est un problème politique et économique, de nature systémique, qui doit être traité de manière globale. Pour le dire autrement, ce n'est pas avec un processus ici, un processus là-bas, institué par le PGR et allant devant les tribunaux ordinaires, que la corruption sera vraiment combattue. Une voie appropriée doit être mise en place, un système mondial de lutte contre la corruption, qui permet de mener des enquêtes, des poursuites et des jugements de manière intégrée, indépendante, globale et rapide. Et vous, qu'en pensez-vous?

Sobamasoba, l'analyse politique qui informe. 

Eduardo M.Scotty.  

Source: makaangola