mercredi 17 mars 2021

Révision ponctuelle constitutionnelle ou arnaque politique ?

La semaine dernière, beaucoup d’Angolais ont eu connaissance, à travers les médias, de la décision du Général Lourenço de vouloir apporter quelques modifications  ponctuelles  à la constitution angolaise. Dès l’annonce de la nouvelle, à Luanda comme à l’intérieur du pays, les réactions ne se sont pas faites attendre. Dix ans après, il était temps qu’on révise cette constitution de 2010 afin de l’adapter aux réalités du moment. L’initiative est  applaudie même si certains Angolais doutent de la volonté politique du Mpla de vouloir réellement apporter des changements à la manière de gérer le pays. L'idée de réviser la constitution était attendue depuis des années par toute la classe politique angolaise. Au moment où la décision tombe, surpris,  beaucoup d’Angolais  font une lecture erronée des intentions du président Lourenço. Le fait d’avoir trop attendu cette révision constitutionnelle a quelque peu obscurcit leur vision au point de ne pas se rendre compte du mot “ponctuelle” glissé intentionnellement par  JLo entre REVISION et CONSTITUTION. Ce mot donne un autre sens à la révision constitutionnelle que propose le Mpla par la voix de son président. En utilisant ce mot, le Général Lourenço fixe clairement des limites au débat sur la question. Ce mot "ponctuelle" est un message clair du président Lourenço à ses troupes à une assemblée nationale dominée par le Mpla. Par ce mot, Joâo Lourenço conditionne les députés de son parti et les invite subtilement à faire barrage à toute personne décidée à franchir le cadre fixé par le Mpla. Il est inutile de souligner ici que dans la révision constitutionnelle proposée les désiderata de la population ne sont pas pris en compte. D'où est donc venue cette soudaine volonté de réviser la constitution? Une révision constitutionnelle à quelques mois des élections sent l'arnaque politique. 

Depuis son arrivée au pouvoir, le Général Lourenço subit des pressions de la part des partenaires étrangers de l'Angola et de l'opposition angolaise. Il n'y a aucun doute là-dessus. Ce sont ces pressions externe et interne qui l'ont conduit, trois ans après, à céder et à proposer un débat sur la modification de certaines dispositions de la constitution angolaise. Ce n'est pas de gaité de coeur que le président Lourenço accepte, à travers cette révision,  de se débarrasser, par exemple, de son pouvoir discrétionnaire sur la nomination du gouverneur de la Banque nationale de l’Angola et de ses adjoints. Sur ce point, c'est le FMI (Fonds monétaire international) qui a fait tomber les digues. Désormais, après révision de la constitution, la nomination des  gouverneurs de la banque nationale et de ses adjoints sera entérinée par l'assemblée nationale après débats. De cette manière, le chef de l’état cesse d’avoir un contrôle sur la BNA qui devient une institution totalement indépendante. Inch'Allah. 

Sur le plan national, les pressions viennent de la société civile et de l’opposition politique. Il y a des années que l’opinion publique nationale exige une révision profonde de la constitution angolaise. Malheureusement, les propositions faites par le Général Lourenço ne correspondent pas aux aspirations profondes du peuple. Dans la constitution de 1992, une disposition donnait droit aux Angolais de l’étranger de pouvoir participer aux élections législatives et d’avoir des députés issus de la diaspora à l’assemblée nationale. Cette disposition, et tant d'autres comme le contrôle de l'action  du gouvernement par l'assemblée nationale ou  la problématique du gradualisme resteront lettre morte car le Mpla ne voudra pas scier la branche sur laquelle ils sont assis. Après cette révision ponctuelle constitutionnelle ressemblera exactement à avant cette fameuse révision voulue par le Mpla et son président.

Vous avez des doutes? Attendons pour voir. 


Sobamasoba, l'analyse politique qui informe. 

Eduardo M.Scotty













        

samedi 6 mars 2021

Révision constitutionnelle, pour faire quoi et pourquoi maintenant ?

Ces derniers jours, abstraction faite du massacre de Canfufo, le débat en Angola tourne autour de la révision de la constitution annoncée par le président Joâo Lourenço au cours de la 2°session ordinaire du Conseil des ministres, le 2 mars 2021. Pour le citoyen lambda, la proposition du Général président est un fait divers qui n'a aucun impact sur sa vie quotidienne. Et pourtant, une révision constitutionnelle est un acte fondamentalement politique qui, en ces moments de forte turbulence (multiples manifestations des jeunes à travers le pays, massacre de Canfufo, refus du pouvoir de reconnaitre le parti politique "PRA-JA servir Angola" de Chivukuvuku, investigation aux Usa des comptes de toute la famille du Général Lourenço et amis selon PANGEA RISK, proposition de l'opposition de se choisir un seul candidat pour les prochaines élections), apporterait plus d'oxygène à ceux qui gèrent ou seront emmenés à diriger le pays dans un futur proche. Par conséquent, il est impératif que le débat ne se limite pas seulement aux avocats, il doit être étendu à tous les citoyens intéressés par la bonne gouvernance en Angola. Les juristes ne seront que les tailleurs qui produiront le nouvel habit constitutionnel, et non les monopolisateurs de la discussion constitutionnelle, qui se veut ouverte et inclusive.

C'est dans ce sens politique que l'initiative du Président de la République d'ouvrir un processus de révision constitutionnelle doit être interprétée, au sens des articles 233 et suivants de la Constitution de la République d'Angola (CRA). João Lourenço, après des semaines de pression, a repris l'initiative politique, fixé l'ordre du jour et tente de décompresser la situation.

En fait, il était temps que la Constitution soit révisée. La plus ancienne Constitution de la modernité, celle des États-Unis d'Amérique, a été approuvée en 1787 et a eu sa première révision (amendement) en 1791. La Constitution portugaise est entrée en vigueur en 1976 et a fait l'objet d'une révision approfondie en 1982. La Constitution française de 1958 a vu sa première révision en 1962. Par conséquent, la Constitution angolaise, en termes comparatifs, a besoin de révision depuis un certain temps. L'opposition, l'Unita en tête, n'a cessé de réclamer cette révision depuis plusieurs années sans succès. 

Aujourd'hui que le Mpla prend l'initiative de d'ouvrir un débat autour de cette question, il y a quand même lieu de se poser un certain nombre de questions. Que se cache-t-il derrière cette soudaine volonté politique de vouloir changer quand ce même pouvoir a été imperméable aux réclamations de l'opposition durant plusieurs années? Puisque le diable se cache souvent dans les détails, examinons avec attention les propositions mises sur la table par le Mpla et son président : 

- Définir clairement la relation entre le Président de la République et l'assemblée nationale en ce qui concerne le contrôle politique de l'action du gouvernement, - Vote des Angolais vivant à l'étranger, - Indépendance de la Banque nationale de l'Angola, - Fin du "gradualisme" dans les élections locales, - Fixation dans le marbre de la date des élections générales dans le pays, - Empêcher le président en fin de mandat de prendre des décisions de fond qui engage le pays. 

Les partis de l'opposition, l'Unita en tête, ont d'autres propositions de loin différentes de celles du Mpla. Ce sont, de l'avis de l'opinion publique, des suggestions plus proches des aspirations du peuple. Il y a entre autres, - L'élection à deux tours au suffrage universel direct du Président de la République, -  La révision des pouvoirs excessifs du Président de la République, -La modification des symboles de l'État (drapeau, hymne national, armoiries), - La souveraineté de l'Assemblée nationale, Le non-cumul des mandats (gouverneurs/ secrétaires nationaux des partis politiques), Introduction de la composition de la CNE (commission nationale électorale).

Une révision constitutionnelle en dehors des propositions de l'opposition, propositions qui correspondent aux aspirations du peuple serait un coup d'État constitutionnel. Est-ce une manière de remettre le compteur à zéro et ouvrir la porte à un troisième mandat ? Guinée Conakry, Côte d'Ivoire, Ruanda, cela ne vous dit rien?  

Et vous qu'en dites-vous?  

Sobamasoba, la synthèse qui informe. 

Eduardo M. Scotty.      














dimanche 28 février 2021

PANGEA RISK, intox ou infos ?

 


Pangea Risk, un nom qui vient enrichir le lexique des Angolais en ces temps qui précèdent la campagne électorale. Beaucoup d’entre nous ne connaissons pas la vraie signification de ce nom anglais qui est apparu dans nos médias. En fait, Pangea Risk est un service de renseignements qui fournit des prévisions précises, décisionnelles et commercialement pertinentes sur les risques sécuritaires, publics et économiques en Afrique et au Moyen-Orient. Toute analyse de ce service est soutenue par l'intelligence locale d'origine et guidée par une méthodologie de risque.

Pangea Risk a publié dernièrement un rapport plaçant João Lourenço dans le viseur de la justice américaine. Cette publication est la plus grande pièce d'artillerie tirée à ce jour sur l'actuel président angolais par ses adversaires politiques. De l’avis de certains Angolais contactés, le document rendu public a atteint son objectif principal, celui de remettre en cause la crédibilité de João Lourenço et d'insinuer son implication dans des scandales de corruption, un mal que l'actuel locataire du “Palácio da Cidade Alta” a promis de combattre depuis son entrée en fonction à la présidence.

L'analyse de Pangea Risk, qui est un cabinet de conseil basé à l'île Maurice, dépeint de manière approfondie le nouveau noyau de "Marimbondos" qui gravitent autour de João Lourenço, ce qui révèle une solide connaissance des coulisses de la présidence. Le document va un peu plus loin en suggérant que les autorités américaines pourraient éventuellement prendre des mesures coercitives et pénales à l'endroit du Général Lourenço. Toujours selon Pangea Risk: "la famille de João Lourenço fait l'objet d'une enquête pour de nombreuses violations de la loi sur les pratiques de corruption à l'étranger (Corruption Practices Act Abroad), des transactions bancaires illégales, une fraude bancaire pour l'achat de biens immobiliers aux États-Unis."

Aucune réalisation humaine n'étant parfaite, des rumeurs, selon lesquelles Pangea Risk (anciennement EXX Africa) aurait une réputation douteuse dans le monde de l'entreprise, courent dans les milieux  des affaires. Cependant, il y a un aspect qui mérite d'être souligné: Pangea Risk met toujours en garde contre les pratiques présumées de fraude, de corruption et de détournement de fonds qui peuvent avoir un impact négatif significatif sur les investisseurs étrangers  et pourraient nuire aux relations du pays avec les donateurs et les créanciers à l'avenir. Il est évident que  le document publié par Pangea Risk embarrasse  João Lourenço , et signifie que ses adversaires sont loin d'avoir jeté l'éponge. La pression qu'ils souhaitent exercer sur le pouvoir risque de s'accentuer à l'approche des élections générales en Août de l'année prochaine. En politique, tous les coups sont permis. 

Associer  cette "attaque" aux résultats obtenus par le Général à la tête de l'État, le bilan  ne plaide pas en sa faveur. Arrivé au pouvoir en 2017, dans les sillages de la crise économique de 2014, le président Lourenço  qui avait pour slogan «dynamiser l'économie angolaise»  s'est montré incapable de surmonter la crise économique qui sévit dans le pays depuis 2014. Dans cette crise, plus de 70% des entreprises privées n'ont pas  survécu. Certaines parce qu'elles ont fait faillite, d'autres parce qu'elles n'ont pas  pu, plus tard, se remettre de l'impact du COVID - 19. Au cours de cette période, étant donné les difficultés auxquelles les institutions financières sont exposées, les entreprises survivantes se heurtent encore aujourd'hui à de fortes limitations et restrictions d'accès aux crédits. C'est le résultat d'une dégradation des conditions économiques et financières du pays.

Une dégradation qui trouve ses origines, non seulement dans la crise, mais aussi dans la mauvaise gestion de la chose publique. Car  voyons: en octobre 2018, le président angolais  reçoit un prêt de dix milliards de dollars du gouvernement chinois  dont personne ne connait la destination. Mais avant cette manne, en mai 2018, JLO se rend en France, en Belgique et en Allemagne. Pour ce voyage, nonobstant les difficultés que connait le pays, JLO  loue le Dream Jet, un Boeing / 87 - BBJ (Dreamliner), la nouvelle coqueluche, avec une finition luxueuse. Un avion qui coûte  aux caisses de l'État 70 000 dollars de l'heure sans compter les frais des hôtels de luxe où il descend avec toutes sa délégation.  

Au vu de ce court épisode, on peut conclure  que la bonne gestion et le Général ne font pas bon ménage. Alors que le pays traverse l'une des crises les plus résonnantes de son histoire, JLo investit plus de trois milliards USD en matériel de guerre, 12 millions de dollars dans la construction d'un gymnase des députés, 5 millions de dollars dans la construction de la clinique dentaire du président de la République, 13 millions de dollars dans la réhabilitation de la Cidade Alta, plusieurs millions de dollars dans la réhabilitation de son cabinet. Heureusement que sa  tentative de dépenser plus de 500 millions de dollars dans la construction d'un quartier des ministères, où plus plus de 340 millions de dollars seraient utilisés dans une obscure affaire avec la Sodim, échoue.  

Peut-on continuer à faire confiance au Mpla? 

Sobamasoba, la synthèse qui informe. 

Eduardo M.Scotty

(de joâo Hungulu)










samedi 6 février 2021

Cafunfo/Lunda Nord: le MPLA réprime une manifestation dans le sang.

Qui l'aurait cru? Décidément au Mpla les dirigeants ont quelques difficultés à pouvoir tirer les leçons du passé. Imbus du pouvoir absolu qu'ils détiennent, ils n'ont aucune considération pour le peuple qu'ils piétinent depuis 45 ans. À Cafunfo, la police a encore tué. Cette  fois, c'est un carnage, un vrai massacre. Est-ce l'approche des élections législatives de 2022 qui rend le régime du Général Lourenço un peu plus nerveux? Depuis le début de cette année, beaucoup de   membres du parti au pouvoir manifestent des signes de nervosité. Ils ont les nerfs à fleur de peau. Toute contestation, aussi anodine soit-elle, est assimilée à une rébellion. À cause de cette paranoïa, l'année passée beaucoup de familles ont été endeuillées. La police du Mpla/parti au pouvoir ne s'est pas gênée de tirer à balles réelles sur des manifestants à Luanda et ailleurs. La semaine derrière la même scène s'est répétée à Cafunfo dans la province de Lunda Nord. Bilan: une vingtaine de morts et plusieurs blessés. C'est vrai qu'il est difficile à ceux qui n'ont aucune culture de la démocratie de changer après avoir végété pendant plusieurs décennies dans le communisme. Ils restent attachés à des méthodes de répression et d'exclusion qui renvoient au 20°siècle. Des pratiques  qui rejettent tout dialogue et encouragent l'intolérance politique. 

À Cafunfo, la police du Mpla sous les ordres du commandant Paulo de Almeida, un homme de confiance de Joâo Lourenço, a fait un carnage. Jamais dans l'histoire de l'Angola une manifestation ne s'est terminée dans un bain de sang comme ce fut le cas le samedi 30/01/2021. Le seul péché commis par les manifestants est d'être membres du Mouvement du Protectorat de Lunda Tchokwe. Un mouvement qui, à tort ou à raison, réclame une certaine autonomie  politique et administrative pour la région des Lunda. Est-ce un motif suffisant pour retirer  à certains d'entre eux le droit à la vie? Les assassiner froidement? Si aujourd'hui  des réclamations de ce genre viennent perturber le climat politique dans le pays c'est parce que ces peuples ne trouvent pas leur compte dans la manière dont le pays est gouverné. Et si, en plus, la police se met à les tuer, alors il ne faut pas s'étonner qu'ils s'organisent et répondent à la violence par la violence. Il est de notoriété publique que le Mpla n'a aucune culture du dialogue. Le cas du Cabinda est là pour le prouver. Les images des policiers piétinant les cadavres des jeunes abattus ont choqué l'opinion. Même le ministre de la Justice, Francisco Queiroz, a admit que la police avait violé  les droits humains des manifestants à Cafunfo. Nonobstant cette honnêteté du ministre, Paulo de Almeida, un pur produit du Mpla, est venu tenir à la presse des propos désobligeants envers la population de Lunda Nord. Des propos qui ne sont pas de nature à apaiser les esprits. Des déclarations qui, de l'avis de l'opinion publique, prouvent deux choses: soit le Général Lourenço n'a aucune autorité sur ses subalternes, soit il est complice du massacre de Cafunfo. Or, le conflit, si conflit il y a, contient en lui-même sa solution.            

Le sadisme du pouvoir ne s'arrête pas là. De source sûre, des proches des victimes des affrontements de samedi dernier à Cafunfo,  se plaignent de la disparition d'une vingtaine de corps de la morgue, vraisemblablement, enlevés dans la nuit de dimanche à lundi. Ces familles réclament les corps de leurs proches assassinés et  affirment que la disparition de leurs corps vise à maintenir le nombre de sept morts, évoqué par les autorités, pour perturber l'enquête parlementaire.

"Nous avons l' information selon laquelle plus de 20 corps ont été retirés la nuit de la morgue et jetés dans la rivière Cuango, nous savons également que les personnes gravement blessées qui se trouvaient à l'hôpital de Cafunfo ont été retirées et envoyées dans un avion à Dundo", a déclaré un activiste , qui accuse également la police de "ne pas vouloir remettre les corps aux familles".

Les autorités locales refusent de fournir des informations sur les événements du 30. Devant cette opacité, les jeunes de la province de Namibe se sont mobilisés pour une veillée de protestation contre les meurtres à Cafunfo, le jeudi 4 février, à la Place Espírito Santo, selon VOA César Carlos , l'organisateur de l'initiative. À Luanda, les jeunes ont aussi battu le pavé.

À l'assemblée nationale,  le Groupe parlementaire de l'UNITA, qui a été empêché de se rendre à Cafunfo, a condamné l'insensibilité de l'exécutif angolais à la mort de citoyens angolais, simplement parce qu'ils pensent différemment, remettant en cause le pluralisme d'expression et d'opinion, qui sont les fondements de l'état de droit démocratique. L'autonomie politique et administrative comme solution ne signifie pas forcément le démembrement du territoire national, mais l'un des moyens de résoudre une situation qui parait complexe  comme c'est le cas au Cabinda.

Au regard de ce qui s'est passé à Cafunfo,  affirmer que le socialisme communiste du MPLA n'est pas encore complètement mort et que quiconque pense différemment en Angola est considéré comme un ennemi de la paix, est une hérésie?  

Sobamasoba, l'analyse politique qui informe. 

Eduardo M.Scotty






mardi 19 janvier 2021

Le Général Lourenço est-il capable de réaliser un miracle pour convaincre les Angolais?

L’année qui s’est achevée et celle qui commence ne sont pas, décidément, en faveur des politiques menées par le Mpla en Angola. Pour preuve, les manifestations de jeunes se sont succédées à un rythme jamais observé dans le pays. Des protestations d’une violence inouïe au cours desquelles des monuments historiques ont été profanés. Jamais dans l’histoire  de l’Angola indépendant les symboles du régime n’ont été  vandalisés. Et cela dans pratiquement toutes les grandes villes du pays. Assiste-t-on au commencement de la fin de la prépondérance du Mpla? 

Sur le plan politique, parler de possibles tractations entre les partis de l’opposition pour créer un front uni contre le Mpla, n’est plus un tabou. Contrairement à Samakuva, Adalberto Junior, l’actuel président de l’Unita, est favorable à cette union de l’opposition. Les partis PRS et CASA-CE ne sont pas opposés au projet. Si l'idée prend corps, 2022 s’annonce très difficile pour le Mpla, un parti au pouvoir depuis 45 ans et plongé dans la corruption jusqu’au cou.   

Au sortir d'une année 2020 jugée douloureuse, le Général João Lourenço n'aura pas la tâche facile en 2021, une année marquée par la campagne pré-électorale avec un MPLA en déclin de popularité et désagrégé par les luttes entre factions «lourencistes» et «eduardistes».

Avec une économie en récession et qui aggrave les conditions de vie déjà précaires des Angolais, le Général Lourenço et son parti, au pouvoir depuis quatre décennies, devront prouver qu'ils sont capables de convaincre le peuple et lui redonner l'espoir, sans tricher, de gagner les élections générales de 2022.

C'est à ce sujet que la présidente de l'Union des journalistes angolais, a déclaré: " le MPLA doit  trouver des solutions aux problèmes du peuple et lui offrir plus que sa lutte contre la corruption s'il veut convaincre les citoyens de réélire ses candidats en 2022". Bien que la lutte contre la corruption soit sans précédent  dans l'histoire de l'Angola - il n'y a jamais eu autant de dirigeants, autant de fonctionnaires devant les tribunaux. Seulement, ce processus a un petit impact immédiat sur le citoyen angolais qui dans sa vie quotidienne est confronté à un choix difficile: avoir à choisir entre manger, se soigner ou éduquer ses enfants. Devant une telle situation, le gouvernement et le président João Lourenço vont devoir faire «un miracle» pour contourner cet écueil.

De l'avis de l'opinion publique, le plus grand défi reste de savoir quel sera ce miracle capable de convaincre les gens, et réduire les difficultés auxquelles ils sont confrontés aujourd'hui et améliorer leurs conditions de vie, à l'heure où les prix du pétrole, principal produit d'exportation angolais, restent bas. Or, l'or noir est pratiquement la seule ressource  qui permet au pays d'obtenir les devises nécessaires à l'achat  des marchandises, de la nourriture aux machines.

Pour un pays qui utilise la moitié de son budget national pour payer la dette publique, l'essentiel de ses préoccupations doit être la qualité des dépenses pour permettre à l'Etat de se concentrer sur les secteurs structurants et clés. Il faut ici reconnaitre  que le plus gros problème du gouvernement angolais réside dans les  "rivières d'argent" que l'administration directe  et indirecte de l'État continue  de dépenser pour des acquisitions inutiles, telles que des véhicules "pour les personnes qui sont nommées alors qu'elles devraient profiter de ceux  existants" ou des ordinateurs que "année après année" figurent dans le budget de la même unité. 

La construction d'un nouveau siège de la Commission électorale nationale, un édifice estimé à 37 millions d'euros, est un autre exemple des dépenses inutiles.  Compte tenu du fait que l'Etat a récupéré plusieurs bâtiments (dans le cadre du recouvrement des avoirs par voie judiciaire), la dite construction n'est vraiment pas nécessaire.  Surtout que l'Etat a un budget déficitaire chaque année et ce qui l'oblige à s'endetter.

Dans une année pré-électorale, et après que les groupes de médias privés TV Zimbo, le journal O Pais, Radio Mais, TV Palanca soient  cédés aux services de recouvrement des avoirs et passés à la sphère étatique,  les tensions dans les médias sont prévisibles.  C'est une période de pré-campagne et la scène principale sera les médias. Ces médias publics qui seront surveillés de près par l'opposition et la société  doivent normalement être au service de tous. Seulement,  en vérité dans ces médias tout le monde n'est pas traité de la même manière. Tenez-le pour dit: les médias seront probablement à l'ordre du jour des grands débats de l'année prochaine. Le moment venu, nous en reparlerons. 


Sobamasoba, l'analyse politique qui informe. 











jeudi 31 décembre 2020

Général Lourenço: les raisons de sa chute dans l'opinion.


L'année 2020 qui se termine ce jour a été très difficile pour tout le monde. Pour les Angolais, la pandémie du coronavirus, la remontée difficile du prix du baril de pétrole, le réveil de la jeunesse angolaise contre la mauvaise gouvernance du Mpla et l'opacité dans la gestion de la république, ont plongé leur pays dans une situation compliquée. Accrochés à l'idée que l'espoir fait vivre, après 38 ans sous le régime du président José Eduardo dos Santos, João Manuel Gonçalves Lourenço (JLo) est apparu  comme le "Sauveur de la Patrie", c'est-à-dire "la personne idéale" capable de  diriger l'Angola. La société civile, même certains partis politiques d'opposition, ont réagi positivement à son discours.

Seulement, après trois ans, la situation a changé et la popularité de JLo a chuté de façon spectaculaire. Une dégringolade  semblable  à la chute des cours des actions lors de la Grande Dépression de 1929. Comment peut-on expliquer la baisse de cette popularité du Général Lourenço ?

Il y a plusieurs facteurs qui justifient cet écroulement  dans l'opinion.  Mais, pour ne pas être accablant, j'en ai sélectionné quelques-uns que je considère les plus pertinents:

1. Lutte sélective contre la corruption et l'impunité.

La lutte contre la corruption et l'impunité reste, de l'avis de tous, une lutte sélective. Il apparaît que des traitements différents sont appliqués pour des situations similaires. Or, la lutte contre la corruption  étant la pièce maitresse  de son programme politique, le Général  Lourenço devrait être plus cohérent en termes de responsabilité pénale des délinquants. Cependant, il est à noter que les figures hégémoniques du Mpla restent jusqu'à ce jour impunies. L'opinion publique conclue que le Général a un poids sur la conscience  et son manque d'indépendance d'esprit à mener un véritable combat impartial le place dans une position inconfortable. Cette sélectivité dans la lutte contre la corruption  continue à soulever beaucoup de doutes dans la population.

2. Coût de la vie élevé

En trois ans de règne de JLo, les conditions de vie de citoyens ordinaires ont atteint des niveaux alarmants. On constate que la pauvreté croît d'une manière inquiétante , tandis que les moyens de subsistance décroissent à une vitesse vertigineuse en raison du coût trop élevé de la vie, surtout, des produits du panier de base.

Lors d'une tournée à l'un des marchés de Luanda, le 21 août 2017, Agência Lusa avait vérifié les prix suivants: Sac de riz 4.300 Kzs, litre d'huile 700 Kzs et 1 Kg de sucre 250 Kzs.

Actuellement (fin 2020), les prix de ces produits sont montés en flèche: riz (13.000 Kzs plus 62,9%), 1 litre d'huile (1.200 Kzs plus 71,4%) et 1 Kg de sucre (600 Kzs plus 140%)

Juste pour avoir une idée, avec un salaire minimum de 35.000 Kz par exemple, le consommateur pouvait acheter  en 2017 un peu plus de 8 sacs de riz. Avec l'augmentation du prix de ce bien (13 000 Kz), le consommateur ne peut acheter que 2,7 sacs de riz. Notez que le consommateur a perdu beaucoup de son pouvoir d'achat. L'augmentation des prix des produits sur le marché ne correspond plus au revenu mensuel du citoyen lambda.  

2. Manque d'attention aux besoins prioritaires

Tout au long de ses trois ans au pouvoir, JLo s'est beaucoup écarté des priorités et des besoins fondamentaux de la population, privilégiant davantage des projets d'infrastructure pour répondre, très souvent, aux caprices de ses amis prioritaires des entreprises de construction. 

Le Programme intégré d'intervention dans les municipalités (PIIM), par exemple, qui se caractérise davantage par des projets d'infrastructure ne traite  pas les situations urgentes qui sapent la vie quotidienne des citoyens. Des situations qui affligent la majorité : la faim et la pauvreté.

Adam Smith, considéré comme le père de l'économie, suggère ce qui suit: "Compte tenu de la multiplicité des besoins et de la rareté des ressources, les besoins les plus urgents doivent avoir la priorité ".

5. Non-respect des promesses électorales

Parmi les promesses faites par le Général Lourenço au cours de ses campagnes électorales, celles qui ont retenu particulièrement  l'attention est la création de 500.000 emplois en cinq ans, la transformation de Benguela en Californie, et la valorisation des travailleurs.

Concernant les 500.000 emplois, JLo serait obligé de créer en moyenne 100.000 emplois/an. Or, selon les données de l'Institut national de statistique (INE), le taux de chômage en Angola a augmenté entre 2017 -2019 de 8,8% à 28,8%  de la population active. Rien qu'entre octobre et décembre 2019, le taux de chômage était de 31,8%, et en 2020, l'INE prévoyait un taux de chômage de 34%. Ces données contrastent avec les promesses électorales.

Le Général  a promis de transformer Benguela en Californie pendant son mandat. Il est à noter que la Californie est le plus grand centre industriel des États-Unis et un leader national dans la production de produits agricoles. Cette promesse reste sans actions concrètes, jusqu'à aujourd'hui et, la ville de Benguela est toujours comme elle était.

L'appréciation des cadres administratifs, indépendamment de leurs couleurs de parti, était aussi l'une de ses promesses. Mais, JLo continue de s'écarter de cette promesse faite au peuple, continuant à travailler uniquement avec les cadres du MPLA. Pendant ce temps, la carte militante parle plus fort au détriment de la compétence et de la méritocratie.

Retrouver sa popularité sera pratiquement impossible. Cependant, il est essentiel de concilier les discours avec la pratique, et les politiques publiques doivent être celles qui peuvent changer  réellement la vie de tous les Angolais. JLo en sera-t-il capable? 

Sobamasoba, l'analyse politique qui informe.

À tous ceux qui prennent le temps de lire ce blog, Sobamasoba vous souhaite une heureuse année 2021. Que Dieu soit avec vous et vous protège. 



















lundi 7 décembre 2020

ECHEC/FIASCO : J.Lourenço rencontre les jeunes angolais dans toute leur diversité. Pour quel résultat?

Ils étaient plus de cent. Des jeunes issus des horizons divers. Tous  invités par le Général Lourenço. Les manifestations du 24/10 et 11/11/2020 avaient fait mouche. La rue a parlé et le Général a réagi. Il fallait éviter que l’image du Mpla soit trop écornée dans l’opinion. D'où l'idée de réparer les dégâts. C’est à Talatona, le 26/11, dans la banlieue de Luanda que le pouvoir se présente face à la jeunesse. Un show  souhaité par le président. Une élucidation exigée par les jeunes. Si le cadre est choisi par Joâo Lourenço, les sujets de la discussion sont laissés à la convenance des participants. Pas d’orientation, aucun sujet tabou. Seules sont exigées la clarté et la précision. Après 45 ans au pouvoir, le Mpla se trouve à la croisée des chemins. Sa politique est illisible. Communiste ou social-démocrate, le jeu est flou. Les jeunes, fatigués de l'indifférence des ainés montent au créneau. Ils sont excédés par le paternalisme du Mpla. Face au Général Lourenço, la duplicité n’est pas admise. C'est pendant ce face-à-face que le clivage apparait. Les pro-Mpla et les radicaux. Les premiers encensent. Les seconds attaquent de front. Les jeunes proches du Mpla ont, tout de suite, choisit leur camp. Les modérateurs aussi. Au cours des échanges, parfois musclés, le discours courtois du président au début est devenu progressivement  agressif. Offusqués, les jeunes radicaux se sont senti offensés. Méprisés, à la limite. Leurs préoccupations ne trouvant pas des réponses, ils se sont inclinés (?). 

Ils étaient plus de cent. Ils n'avaient pas tous les mêmes motivations. Ni le même courage. Mais tous, face aux violences policières subies, espéraient  entendre  des excuses de la part du chef. Inocência de Matos est mort assassiné par "le pouvoir populaire" au cours d'une manifestation. Un petit mot à son sujet aurait décrisper l'atmosphère. Mais hélas! Comme à l'époque de Dos Santos, le Général n'a aucun respect pour les jeunes. En réponse à leurs préoccupations, c'est l'arrogance, le mépris. La marque du Général Lourenço. Ce qui explique que l'indignation populaire  n'a jamais été aussi élevée. Le Général le sait. Au regard de l'opinion publique, il a perdu sa honte. Ceux qui l'obéissent n'ont plus beaucoup  de respect pour lui. Que des promesses faites. Que des engagements non tenus. Même l'an 2021 ne sera pas l'année des élections locales. Le pays, selon JLo, ne réunit pas les conditions pour les organiser. Encore une fuite en avant. 

Ils étaient plus de cent. Les intervenants étaient choisis suivant un critère fixé par le Général. L'activiste Nito Alves n'était pas repris sur la liste. Trop radical? Peut-être. Victime de la brutalité policière, les participants attendaient son intervention. Le Général en avait décidé autrement. Peur d'entendre la vérité? La vérité sur les méthodes de sa police ? La police qui tire sur le peuple pendant que le Général président inaugure un hôtel de luxe à l'autre bout de la ville ? Attitude méprisante.    

 Ils étaient plus de cent. Leur rencontre avec Joâo Lourenço est un échec. La montagne a accouché d'une souris. Ni l'arrogance, ni le mépris n'ont eu raison de la détermination des jeunes. Leurs exigences : -Date des élections locales,- Baisse des prix des produits de bases, -Dépolitisation des institutions publiques,-Révision du budget attribué à l'éducation et à la santé,- Libération de la communication sociale,- Exonération de Edeltrudes Costa de la présidence pour corruption,- Encadrement des manifestations selon la constitution, et Réorganisation de la commission électorale. Si ces exigences ne sont pas légitimes, alors...

Et vous qu'en pensez-vous? 

Sobamasoba, l'analyse politique qui informe. 

Eduardo M.Scotty