mercredi 26 mai 2021

Le FNLA pourra-t-il un jour renaître de ses cendres?

Le FNLA, (Front National de Libération de l'Angola)pour ceux qui ne le savent pas,  est une coalition des mouvements et partis politiques du Nord de l’Angola (UPA , PDA, ALIAZO, NGUIZAKO) qui a vu le jour à Kinshasa en 1961 et dirigée depuis sa création par Holden Roberto. Après avoir lutté contre la domination coloniale portugaise, le FNLA a participé activement au côté du MPLA et de l’UNITA au processus de décolonisation, de 1974-1975, qui a débouché sur les accords de Alvor. Dans la guerre civile qui s’installe dans le pays après l’indépendance, et qui opposent le MPLA à l’UNITA de 1976 à 2002, le FNLA opte pour une attitude pacifiste qui ne lui profite pas. Transformé en parti politique, depuis le passage de l’Angola à un système soi-disant démocratique en 1992, le FNLA, absent sur le terrain militaire, est de plus en plus marginalisé sur le plan politique. La présence de Holden Roberto revenu d’exil en 1991 ne rassure pas les militants et sympathisants du FNLA. Nombreux sont ceux qui sont partis rejoindre le PDP-ANA de Mfulumpinga Nlandu Victor, un ancien membre du BP du FNLA entré en dissidence. Aux élections de 1992, le FNLA n’obtient que 5 sièges sur les 220 que comptent l’Assemblée nationale angolaise. C’est le début de la descente aux enfers. En 2007, Holden Roberto tire sa révérence et en 2008, année des élections générales, le FNLA n’obtient que 3 sièges au parlement. S’étant complètement éloigné de sa base, et ayant pratiquement perdu sa crédibilité  auprès des masses, le FNLA devient l’enfant pauvre de la politique angolaise. Certaines mauvaises langues disent que c’est le revers militaire subi à Kifangondo qui a éclipsé le FNLA et contraint son président à l’exil au Zaïre et en France. Pour d’autres observateurs plus indulgents, le FNLA n’a jamais vraiment émergé sur la scène politique angolaise. La propagande mensongère du MPLA, selon laquelle ses dirigeants sont des cannibales, a détruit l’image de ce parti historique dans l’opinion nationale. Pendant des années, le FNLA a trainé ce boulet au point de ne pas pouvoir se relever. 

En politique, tous les coups sont permis, dit-on. C'est de bonne guerre. Les adversaires, sur une scène politique, s'épient et se jaugent. C'est au plus au malin d'écrabouiller l'autre. Dès 1975, le MPLA qui refuse d'appliquer les accords de Alvor et proclame unilatéralement l'indépendance de l'Angola, craint déjà une possible coalition FNLA-UNITA. Au lendemain de l'accession du pays à sa souveraineté, le MPLA s'évertue sans succès à éliminer militairement l'UNITA qui représente un poids électoral important. Le FNLA s'étant éloigné de sa base naturelle ne constitue plus un danger pour le MPLA. La guerre civile qui dure plus de 27 ans sans réel vainqueur conforte le MPLA dans l'idée de bipolariser la scène politique angolaise. Dans ce schéma qui émerge de l'imaginaire collectif du MPLA, le FNLA ne figure pas. La mort de Holden Roberto en 2007 sonne le glas du FNLA  et facilite le plan du MPLA de vouloir faire disparaitre définitivement ce parti historique. Un malheureux concours de circonstances fait que la succession à la direction du FNLA ne se passe pas dans les meilleures conditions. Le parti ayant deux vice-présidents, Ngola KABANGU et Lucas NGONDA, les deux  se disputent violemment la direction du FNLA au point où il y a eu mort d'hommes. Le MPLA profite de la confusion qui s'installe au sein du FNLA pour s'inviter dans le débat. Puisque Ngola KABANGU est contesté par une partie de la direction du FNLA, le MPLA joue la carte de Lucas NGONDA qui parait facilement corruptible et, à travers des arrêtés du Tribunal  constitutionnel, l'impose durablement à la tête du FNLA. Malgré les protestations des militants proches de Ngola KABANGU, Lucas NGONDA, qui pourtant accuse un grand déficit de popularité au sein du parti, refuse toutes négociations avec l'autre camp et  aux élections de 2012 le MPLA "attribue" 2 malheureux sièges au FNLA et 1 seul en 2017. Juste pour que le FNLA ne sombre pas dans l'oubli. C'est un désastre politique. Cette manière de vouloir éliminer ses adversaires politiques en les poussant à disparaitre est une spécialité du Mpla. La même stratégie est employée  pour "tuer politiquement" Abel CHIVUKUVUKU. Adalberto Costa Junior, leader de l'UNITA, est dans le viseur de ce parti dominant. Tout homme politique qui refuse de faire allégeance au MPLA est un homme à abattre. Lucas NGONDA, devenu leur allié, continuera à bénéficier d'un siège au parlement. C'est pour cette raison que le congrès du FNLA prévu pour le mois de juillet est reporté par le Tribunal constitutionnelle pour permettre à Lucas NGONDA de demeurer à la tête du FNLA. Un éventuel changement perturberait la relation existant entre le MPLA et le FNLA. 

Pour remédier à cette situation, le FNLA doit revenir à ses fondamentaux. Rajeunir la direction du parti et respecter les partis qui, à sa fondation, ont constitué la colonne vertébrale du FNLA. Eviter de commettre les mêmes erreurs que Holden Roberto dans la gestion du parti. Des erreurs qui ont conduit à la défection des cadres issus du PDA et de ALIAZO. Le FNLA n'est pas l'affaire de seul UPA. Le respect des autres est très important. 

C'est comme ça, et seulement comme ça, que le FNLA pourra renaitre de ses cendres.  

Sobamasoba, l'analyse politique qui informe. 

Eduardo MKS Scotty. 

 














     


mercredi 5 mai 2021

L'ancien président José Eduardo dos Santos ne mérite pas ça.

 

Une vidéo devenue rapidement virale circule ces derniers temps sur les réseaux sociaux. La vidéo montre un homme d’un certain âge affaibli par la maladie, marchant difficilement dans un aéroport en direction certainement de la salle d’attente. Vêtu d’un costume un peu fatigué, mais qui a connu des moments fastidieux, et des basquets aux pieds, cet homme, José Eduardo dos Santos, fait pitié à voir. Les images de cette vidéo ont déclenché une onde de compassion dans les milieux de tous ceux, Angolais et étrangers, qui ont connu un JES, beau et élégant. Les images sur cette vidéo nous montrent  que sur cette terre, tout est vanité. Qui aurait imaginé le président José Eduardo dos Santos dans cet état ? Le dictateur impertinent, tout puissant, qui régnait sans partage sur des millions d’Angolais est devenu cet homme impotent  que les images nous présentent sur la vidéo. C’est triste. Le vieux est en train de connaitre une fin difficile et cela malgré la fortune amassée durant ses différents mandats à la tête de l’État.    

Sur mon blog d'aujourd'hui, je ne voudrai pas que le débat au sujet de cette vidéo  tourne  uniquement autour de l'état de santé de l'ancien président. Je souhaite que nous nous posions les questions que se pose la plupart des Angolais : Qui a mis cette vidéo en ligne et pourquoi ?  Quel plaisir tire-t-il de ces images qui retirent à l'ancien président une partie de sa dignité ? L'auteur de la vidéo, qui était dans le groupe qui accompagnait Eduardo dos Santos  à l'aéroport de Dubaï, a-t-il agi en son nom propre ou obéissait-il à un ordre supérieur pour humilier un peu plus l'ancien président ? Quelque  soit la réponse à ces questions, je suis quand même surpris par la compassion de beaucoup d'Angolais face à la situation dégradante de l'ancien chef de l'Etat. Je me suis aperçu que beaucoup de ceux qui adoptent aujourd'hui cette attitude de commisération face à cette situation particulière, sont des membres de l'élite de notre société. Cette élite qui conditionne  la direction de notre devenir et qui, il y quelques années a réagi négativement  à la proposition d'un certain Marcolino Moco de sortir de  l'univers de 15 ans de "éduardisme", d'après-guerre civile, à travers d'un modèle de pardon général, pour entamer une nouvelle  ère  en Angola, moins liée  aux erreurs et même aux situations  très graves du passé. Je ne crois pas que la mise en ligne de cette vidéo soit une manière de punir l'ancien chef d'État. Sinon l'opinion publique croirait que au sein du Mpla il y a un véritable règlement de compte, même si c'est l'impression cela donne quand on observe comment les Dos Santos sont traités par le nouveau pouvoir. La publication de cette vidéo quelques jours après le passage du Général Lourenço à Dubaï semble  troublante. Il est peut-être temps que les dirigeants angolais, surtout ceux du Mpla, se ressaisissent et cessent de se comporter comme des irresponsables capables d'avilir la personnalité d'un homme juste parce qu'il avait commis une bévue. Très peu sont les gens qui se réjouissent du malheur de leur semblables. Tout homme quel qu'il soit mérite du respect. La guerre des clans au sein d'un parti politique ne doit pas nous faire oublier les notions élémentaires du respect de l'autre. S'acharner sur une famille au point de les humilier jusqu'à ce point relève de la méchanceté. Une méchanceté gratuite.  Je ne suis pas d'accord avec la manière dont José Eduardo dos Santos a conduit les affaires du pays, mais cela ne me donne, ni à moi ni à un autre, le droit de le déshonorer à ce point. Beaucoup d'entre mes lecteurs ne seront peut-être pas d'accord avec moi, mais souffrez que je vous livre ma pensée.   L'idée générale, à mon humble avis, est que, quelles que soient les responsabilités que les Angolais avaient face à des erreurs passées, jusqu'en 2017, l'Historia de Angola pourrait les absoudre, s'ils prennent en compte la complexité de la situation avec laquelle ils sont partis en 1975. "Que celui qui n'a jamais péché, jette la première pierre à la pécheresse", cette injonction du Christ ne vous dit rien? 

Et vous, pensez-vous que José Eduardo dos Santos mérite d'être humilié à ce point? 

Pour voir la vidéo  cliquez sur  https://www.facebook.com/XeAgoraAguenta/  

Titre: ZÉ DÚ! Vem lhe ver 

Sobamasoba, l'analyse politique qui informe. 

Eduardo MKS Scotty. 












lundi 5 avril 2021

Adalberto Costa Júnior, président de l'Unita, dans le collimateur du Mpla.

Qui l’aurait cru ? Les peuples, dit Cicéron, quoique parfois ignorants, sont capables d’apprécier la vérité quand elle vient de la bouche d’un homme qu’ils estiment digne de foi. Après les trois ans de règne du Général Lourenço, le peuple a eu le temps de se faire une opinion sur sa gouvernance. Un management qui a déçu jusqu’à l’intérieur du parti au pouvoir. Des voix, comme celle de Marcolino Moco, ancien secrétaire général du Mpla, se sont fait entendre pour stigmatiser la gestion politique de l’administration Lourenço. Car, quand le mal a atteint un plus haut degré dans un État, comme c’est le cas en Angola, il est plus sage de temporiser que de le heurter de front. Surtout lorsque ce mal se trouve dans son propre camp. Je compare ici le mal à une de ces rivières tortueuses qui, dans leur colère, noient les plaines aux alentours, détruisent les arbres et les maisons. Les conséquences du mal étant désastreuses, la réaction ne se fait pas attendre. Le peuple  victime du mal s’organise et cherche à remplacer l’autorité établie par une autre plus soucieuse de ses problèmes. Alors on assiste dans le pays  à des manifestations,  signe de cette volonté populaire de vouloir changer les dirigeants. Après quarante  cinq ans au pouvoir, il est peut-être temps de passer à autre chose; d'essayer un autre système politique avec d'autres hommes. Un souhait populaire auquel les dirigeants du Mpla oppose, apparemment, un refus catégorique. L'Angola serait pour eux une prise de guerre. 

Pour barrer la route à l'unique force politique susceptible d'inverser la tendance, on a assisté inopinément  à Luanda au passage sur les antennes de TPA et RNA, des militants corrompus de l'Unita qui se sont distingués dans l'art de l'affabulation. Leur cible: le président Adalberto Costa Júnior, le traitant de menteur compulsif. Quand on sait que jamais dans l'histoire de l'Angola, la Télévision angolaise et la Radio nationale n'ont accordé un temps d'antenne à l'Unita, il y a de quoi se poser des questions. Que cela arrive au moment où des voix discordantes se font entendre au sein du Mpla, c'est bizarre. Mais qu'à cela ne tienne. L'opposition politique est un facteur d'équilibre dans un pays. Chercher à fragiliser complètement l'opposition mène tout droit à une forme de dictature. Voila le genre de chantier que veut ouvrir le Mpla pour soumettre l'Unita. Un plan d'isolement a été mis en place contre Adalberto Costa Júnior pour n'avoir pas accepté de s'assujettir aux desiderata du Mpla. Jouer le rôle de Lucas Ngonda et Benedito Daniel n'est pas à l'agenda politique de Adalberto Costa Júnior, l'homme veut le pouvoir. Contrairement à ce que peuvent penser certains esprits tordus, tous les "poids lourds" de l'Unita sont derrière leur président. Pour preuve, ils ont tous refusé de participer, par solidarité et respect à l'autorité de leur parti, au déjeuner de la Paix organisé par le Général Lourenço, déjeuner auquel Adalberto Costa Júnior n'a pas été convié. Où est donc passé l'esprit de réconciliation? 

Utiliser des membres de l'Unita, comme ceux que nous avons vu défiler à TPA et RNA, pour dénigrer la personne de Adalberto Costa Júnior est d'une bassesse politique inqualifiable. Surtout quand ces individus sont des transfuges qui sont passés par plusieurs partis politiques avant d'atterrir à l'Unita. Ces mêmes individus qui auraient tenté de corrompre un employé d'un hôpital de Luanda pour fabriquer un document prouvant l'avortement d'une mineure dont Adalberto Costa Júnior serait l'auteur. L'histoire se souviendra longtemps de Rui Manuel Galhardo et de Kawiki Sampaio da Costa. 

Quarante cinq ans après l'accession de l'Angola à l'indépendance, les Angolais sont encore à se mettre les bâtons dans les roues au lieu de penser au développement de leur pays. Triste. La popularité grandissante de Adalberto Costa Júnior ne doit pas indisposer ses adversaires politiques. La démarche politique de l'Unita a un écho favorable auprès du peuple. Il faut savoir lire les signes du temps.   

Sobamasoba, l'analyse politique qui informe. 

Eduardo Mks Scotty. 


















dimanche 28 mars 2021

Le Général Lourenço: IMPOPULARITÉ et FUITE EN AVANT.

La constitution ou loi fondamentale est l'outil par excellence dont disposent les États pour déterminer la forme de leurs gouvernements. Certaines dispositions contenues dans la constitution sont vouées, au bout d'un certain temps, à être révisées pour les adapter aux réalités du moment. Aujourd'hui en Angola, les débats au sujet de la révision ponctuelle de la constitution proposée par le Général Lourenço se succèdent à un rythme effréné sur les plateaux de télévision et radios  à Luanda et à l'intérieur du pays. De ces débats, il ressort clairement, après dix ans, qu’il y a dans la société angolaise  une prédisposition à amender la constitution et travailler ensemble pour un pays meilleur. L’Angola vit actuellement des moments très difficiles qui exigent que tous les Angolais, politiciens et société civile, participent à la recherche des solutions aux problèmes que connait le pays. En 1992, les Angolais s'étaient compromis à construire un État de droit qui, malheureusement, n’a pas pu voir le jour à cause de la situation de guerre entre le Mpla et l'Unita. L'instabilité politique causée par cette guerre a fait que durant les années qui ont suivi le peuple a connu des expériences électorales malheureuses en 1992 – 2008 - 2012 - 2017. Des élections qui ont vu le Mpla gagner d'une manière très contestable. Pour éviter des telles situations se répètent, pour les échéances électorales de 2022, les partis de l'opposition (Unita - PRA-JA servir Angola - Bloc Democratico) ont décidé de se mettre ensemble pour barrer la route au Mpla. Beaucoup pensent qu'il sera impossible à ce Front de l'opposition, qui est en train de se former, de gagner ces élections de 2022. C'est normal. Le doute est permis. Il revient donc à ce Front de l'opposition de proposer un autre projet de société au peuple angolais. C'est le devoir de l'opposition. Même si le Mpla est réputé être un parti politique spécialisé dans la fraude électorale, il revient à l'opposition de s'organiser pour que cela ne soit pas possible. 

Beaucoup d'Angolais pensent au changement du système électoral. À ce sujet, je crois qu'il est inutile de se faire des illusions. Le Général Lourenço ne cédera pas. Le système électoral angolais est un système très atypique conçu pour faire gagner le Mpla. Est élu président de la République la "tête de liste" du parti vainqueur aux élections législatives. Or, si la "tête de liste" du Mpla est connu, dans la stratégie pour gagner en 2022, qui sera la "tête de liste" des partis de l'opposition? Dans ce cas de figure, il y a lieu que les leaders de l'opposition soient prêts à faire des sacrifices. Abandonner leurs égos personnels, leurs petits intérêts particuliers pour privilégier l'intérêt général et s'accorder sur un seul nom. 

La bataille pour le pouvoir étant engagé, la révision ponctuelle de la constitution proposée par le Général Lourenço, n'est  qu'une diversion, un  simple exercice de distraction. Parce qu'au fond cette inattendue proposition confirme ce qui est déjà dans la constitution ou, encore mieux, remet en place ce qui a été retiré de cette même constitution il y a quelques années. Débattre du gradualisme n'a plus de sens parce que le sujet est au hors de question dans la mesure où c'est le Mpla qui a introduit le gradualisme géographique dans le débat alors que ce sont les compétences qui sont censées être transmises graduellement aux entités municipales. 

Le contrôle  parlementaire des actions du gouvernement n'est pas non plus un cas particulier parce que c'est une prérogative classique du parlement. Le Mpla, à travers sa Cour constitutionnelle l'avait retiré aux députés de l'assemblée nationale. La remettre en vigueur n'a rien de particulier. 

Le vote des Angolais de la diaspora a toujours existé dans la constitution de 1992 et 2010. C'est le Mpla qui a toujours refusé de l'appliquer prétextant un manque de conditions matérielles pour organiser les élections dans les ambassades. Donc, au fond la proposition du Général Lourenço ne change en rien, qualitativement, le système politique angolais. 

L'histoire de la Banque nationale d'Angola (BNA) c'est aussi un autre classique. Il n'y a rien de nouveau. Les gouverneurs de la BNA et ses adjoints, sous d'autres cieux, sont sommés, après débats, par le parlement. Ce sont les dictateurs qui nomment les responsables de la banque nationale pour avoir une main mise sur les finances de l'État. Enfin, augmenter le nombre des membres du Conseil de la République n'apporte rien de nouveau au peuple angolais. C'est une autre distraction. 

En conclusion, si les dirigeants du Mpla avaient le courage politique et suffisamment de patriotisme pour changer le système politique dans le pays, on serait en ce moment en train de discuter du modèle de l'État. Pour un pays aussi vaste et diversifié, l'Angola est un État trop centralisé qui attribue trop de pouvoirs à un seul homme. Changer le système politique qui est basé sur un présidentialisme à outrance; discuter du système électoral; redonner à l'Angolais le droit de se choisir librement son président de la République, voila les thèmes qui devaient occuper les députés en ce moment. 

Pensez-vous que j'ai raison? Je vous laisse débattre. 

Sobamasoba, l'analyse politique qui informe. 

Eduardo  Mks  Scotty.    














      

mercredi 17 mars 2021

Révision ponctuelle constitutionnelle ou arnaque politique ?

La semaine dernière, beaucoup d’Angolais ont eu connaissance, à travers les médias, de la décision du Général Lourenço de vouloir apporter quelques modifications  ponctuelles  à la constitution angolaise. Dès l’annonce de la nouvelle, à Luanda comme à l’intérieur du pays, les réactions ne se sont pas faites attendre. Dix ans après, il était temps qu’on révise cette constitution de 2010 afin de l’adapter aux réalités du moment. L’initiative est  applaudie même si certains Angolais doutent de la volonté politique du Mpla de vouloir réellement apporter des changements à la manière de gérer le pays. L'idée de réviser la constitution était attendue depuis des années par toute la classe politique angolaise. Au moment où la décision tombe, surpris,  beaucoup d’Angolais  font une lecture erronée des intentions du président Lourenço. Le fait d’avoir trop attendu cette révision constitutionnelle a quelque peu obscurcit leur vision au point de ne pas se rendre compte du mot “ponctuelle” glissé intentionnellement par  JLo entre REVISION et CONSTITUTION. Ce mot donne un autre sens à la révision constitutionnelle que propose le Mpla par la voix de son président. En utilisant ce mot, le Général Lourenço fixe clairement des limites au débat sur la question. Ce mot "ponctuelle" est un message clair du président Lourenço à ses troupes à une assemblée nationale dominée par le Mpla. Par ce mot, Joâo Lourenço conditionne les députés de son parti et les invite subtilement à faire barrage à toute personne décidée à franchir le cadre fixé par le Mpla. Il est inutile de souligner ici que dans la révision constitutionnelle proposée les désiderata de la population ne sont pas pris en compte. D'où est donc venue cette soudaine volonté de réviser la constitution? Une révision constitutionnelle à quelques mois des élections sent l'arnaque politique. 

Depuis son arrivée au pouvoir, le Général Lourenço subit des pressions de la part des partenaires étrangers de l'Angola et de l'opposition angolaise. Il n'y a aucun doute là-dessus. Ce sont ces pressions externe et interne qui l'ont conduit, trois ans après, à céder et à proposer un débat sur la modification de certaines dispositions de la constitution angolaise. Ce n'est pas de gaité de coeur que le président Lourenço accepte, à travers cette révision,  de se débarrasser, par exemple, de son pouvoir discrétionnaire sur la nomination du gouverneur de la Banque nationale de l’Angola et de ses adjoints. Sur ce point, c'est le FMI (Fonds monétaire international) qui a fait tomber les digues. Désormais, après révision de la constitution, la nomination des  gouverneurs de la banque nationale et de ses adjoints sera entérinée par l'assemblée nationale après débats. De cette manière, le chef de l’état cesse d’avoir un contrôle sur la BNA qui devient une institution totalement indépendante. Inch'Allah. 

Sur le plan national, les pressions viennent de la société civile et de l’opposition politique. Il y a des années que l’opinion publique nationale exige une révision profonde de la constitution angolaise. Malheureusement, les propositions faites par le Général Lourenço ne correspondent pas aux aspirations profondes du peuple. Dans la constitution de 1992, une disposition donnait droit aux Angolais de l’étranger de pouvoir participer aux élections législatives et d’avoir des députés issus de la diaspora à l’assemblée nationale. Cette disposition, et tant d'autres comme le contrôle de l'action  du gouvernement par l'assemblée nationale ou  la problématique du gradualisme resteront lettre morte car le Mpla ne voudra pas scier la branche sur laquelle ils sont assis. Après cette révision ponctuelle constitutionnelle ressemblera exactement à avant cette fameuse révision voulue par le Mpla et son président.

Vous avez des doutes? Attendons pour voir. 


Sobamasoba, l'analyse politique qui informe. 

Eduardo M.Scotty













        

samedi 6 mars 2021

Révision constitutionnelle, pour faire quoi et pourquoi maintenant ?

Ces derniers jours, abstraction faite du massacre de Canfufo, le débat en Angola tourne autour de la révision de la constitution annoncée par le président Joâo Lourenço au cours de la 2°session ordinaire du Conseil des ministres, le 2 mars 2021. Pour le citoyen lambda, la proposition du Général président est un fait divers qui n'a aucun impact sur sa vie quotidienne. Et pourtant, une révision constitutionnelle est un acte fondamentalement politique qui, en ces moments de forte turbulence (multiples manifestations des jeunes à travers le pays, massacre de Canfufo, refus du pouvoir de reconnaitre le parti politique "PRA-JA servir Angola" de Chivukuvuku, investigation aux Usa des comptes de toute la famille du Général Lourenço et amis selon PANGEA RISK, proposition de l'opposition de se choisir un seul candidat pour les prochaines élections), apporterait plus d'oxygène à ceux qui gèrent ou seront emmenés à diriger le pays dans un futur proche. Par conséquent, il est impératif que le débat ne se limite pas seulement aux avocats, il doit être étendu à tous les citoyens intéressés par la bonne gouvernance en Angola. Les juristes ne seront que les tailleurs qui produiront le nouvel habit constitutionnel, et non les monopolisateurs de la discussion constitutionnelle, qui se veut ouverte et inclusive.

C'est dans ce sens politique que l'initiative du Président de la République d'ouvrir un processus de révision constitutionnelle doit être interprétée, au sens des articles 233 et suivants de la Constitution de la République d'Angola (CRA). João Lourenço, après des semaines de pression, a repris l'initiative politique, fixé l'ordre du jour et tente de décompresser la situation.

En fait, il était temps que la Constitution soit révisée. La plus ancienne Constitution de la modernité, celle des États-Unis d'Amérique, a été approuvée en 1787 et a eu sa première révision (amendement) en 1791. La Constitution portugaise est entrée en vigueur en 1976 et a fait l'objet d'une révision approfondie en 1982. La Constitution française de 1958 a vu sa première révision en 1962. Par conséquent, la Constitution angolaise, en termes comparatifs, a besoin de révision depuis un certain temps. L'opposition, l'Unita en tête, n'a cessé de réclamer cette révision depuis plusieurs années sans succès. 

Aujourd'hui que le Mpla prend l'initiative de d'ouvrir un débat autour de cette question, il y a quand même lieu de se poser un certain nombre de questions. Que se cache-t-il derrière cette soudaine volonté politique de vouloir changer quand ce même pouvoir a été imperméable aux réclamations de l'opposition durant plusieurs années? Puisque le diable se cache souvent dans les détails, examinons avec attention les propositions mises sur la table par le Mpla et son président : 

- Définir clairement la relation entre le Président de la République et l'assemblée nationale en ce qui concerne le contrôle politique de l'action du gouvernement, - Vote des Angolais vivant à l'étranger, - Indépendance de la Banque nationale de l'Angola, - Fin du "gradualisme" dans les élections locales, - Fixation dans le marbre de la date des élections générales dans le pays, - Empêcher le président en fin de mandat de prendre des décisions de fond qui engage le pays. 

Les partis de l'opposition, l'Unita en tête, ont d'autres propositions de loin différentes de celles du Mpla. Ce sont, de l'avis de l'opinion publique, des suggestions plus proches des aspirations du peuple. Il y a entre autres, - L'élection à deux tours au suffrage universel direct du Président de la République, -  La révision des pouvoirs excessifs du Président de la République, -La modification des symboles de l'État (drapeau, hymne national, armoiries), - La souveraineté de l'Assemblée nationale, Le non-cumul des mandats (gouverneurs/ secrétaires nationaux des partis politiques), Introduction de la composition de la CNE (commission nationale électorale).

Une révision constitutionnelle en dehors des propositions de l'opposition, propositions qui correspondent aux aspirations du peuple serait un coup d'État constitutionnel. Est-ce une manière de remettre le compteur à zéro et ouvrir la porte à un troisième mandat ? Guinée Conakry, Côte d'Ivoire, Ruanda, cela ne vous dit rien?  

Et vous qu'en dites-vous?  

Sobamasoba, la synthèse qui informe. 

Eduardo M. Scotty.      














dimanche 28 février 2021

PANGEA RISK, intox ou infos ?

 


Pangea Risk, un nom qui vient enrichir le lexique des Angolais en ces temps qui précèdent la campagne électorale. Beaucoup d’entre nous ne connaissons pas la vraie signification de ce nom anglais qui est apparu dans nos médias. En fait, Pangea Risk est un service de renseignements qui fournit des prévisions précises, décisionnelles et commercialement pertinentes sur les risques sécuritaires, publics et économiques en Afrique et au Moyen-Orient. Toute analyse de ce service est soutenue par l'intelligence locale d'origine et guidée par une méthodologie de risque.

Pangea Risk a publié dernièrement un rapport plaçant João Lourenço dans le viseur de la justice américaine. Cette publication est la plus grande pièce d'artillerie tirée à ce jour sur l'actuel président angolais par ses adversaires politiques. De l’avis de certains Angolais contactés, le document rendu public a atteint son objectif principal, celui de remettre en cause la crédibilité de João Lourenço et d'insinuer son implication dans des scandales de corruption, un mal que l'actuel locataire du “Palácio da Cidade Alta” a promis de combattre depuis son entrée en fonction à la présidence.

L'analyse de Pangea Risk, qui est un cabinet de conseil basé à l'île Maurice, dépeint de manière approfondie le nouveau noyau de "Marimbondos" qui gravitent autour de João Lourenço, ce qui révèle une solide connaissance des coulisses de la présidence. Le document va un peu plus loin en suggérant que les autorités américaines pourraient éventuellement prendre des mesures coercitives et pénales à l'endroit du Général Lourenço. Toujours selon Pangea Risk: "la famille de João Lourenço fait l'objet d'une enquête pour de nombreuses violations de la loi sur les pratiques de corruption à l'étranger (Corruption Practices Act Abroad), des transactions bancaires illégales, une fraude bancaire pour l'achat de biens immobiliers aux États-Unis."

Aucune réalisation humaine n'étant parfaite, des rumeurs, selon lesquelles Pangea Risk (anciennement EXX Africa) aurait une réputation douteuse dans le monde de l'entreprise, courent dans les milieux  des affaires. Cependant, il y a un aspect qui mérite d'être souligné: Pangea Risk met toujours en garde contre les pratiques présumées de fraude, de corruption et de détournement de fonds qui peuvent avoir un impact négatif significatif sur les investisseurs étrangers  et pourraient nuire aux relations du pays avec les donateurs et les créanciers à l'avenir. Il est évident que  le document publié par Pangea Risk embarrasse  João Lourenço , et signifie que ses adversaires sont loin d'avoir jeté l'éponge. La pression qu'ils souhaitent exercer sur le pouvoir risque de s'accentuer à l'approche des élections générales en Août de l'année prochaine. En politique, tous les coups sont permis. 

Associer  cette "attaque" aux résultats obtenus par le Général à la tête de l'État, le bilan  ne plaide pas en sa faveur. Arrivé au pouvoir en 2017, dans les sillages de la crise économique de 2014, le président Lourenço  qui avait pour slogan «dynamiser l'économie angolaise»  s'est montré incapable de surmonter la crise économique qui sévit dans le pays depuis 2014. Dans cette crise, plus de 70% des entreprises privées n'ont pas  survécu. Certaines parce qu'elles ont fait faillite, d'autres parce qu'elles n'ont pas  pu, plus tard, se remettre de l'impact du COVID - 19. Au cours de cette période, étant donné les difficultés auxquelles les institutions financières sont exposées, les entreprises survivantes se heurtent encore aujourd'hui à de fortes limitations et restrictions d'accès aux crédits. C'est le résultat d'une dégradation des conditions économiques et financières du pays.

Une dégradation qui trouve ses origines, non seulement dans la crise, mais aussi dans la mauvaise gestion de la chose publique. Car  voyons: en octobre 2018, le président angolais  reçoit un prêt de dix milliards de dollars du gouvernement chinois  dont personne ne connait la destination. Mais avant cette manne, en mai 2018, JLO se rend en France, en Belgique et en Allemagne. Pour ce voyage, nonobstant les difficultés que connait le pays, JLO  loue le Dream Jet, un Boeing / 87 - BBJ (Dreamliner), la nouvelle coqueluche, avec une finition luxueuse. Un avion qui coûte  aux caisses de l'État 70 000 dollars de l'heure sans compter les frais des hôtels de luxe où il descend avec toutes sa délégation.  

Au vu de ce court épisode, on peut conclure  que la bonne gestion et le Général ne font pas bon ménage. Alors que le pays traverse l'une des crises les plus résonnantes de son histoire, JLo investit plus de trois milliards USD en matériel de guerre, 12 millions de dollars dans la construction d'un gymnase des députés, 5 millions de dollars dans la construction de la clinique dentaire du président de la République, 13 millions de dollars dans la réhabilitation de la Cidade Alta, plusieurs millions de dollars dans la réhabilitation de son cabinet. Heureusement que sa  tentative de dépenser plus de 500 millions de dollars dans la construction d'un quartier des ministères, où plus plus de 340 millions de dollars seraient utilisés dans une obscure affaire avec la Sodim, échoue.  

Peut-on continuer à faire confiance au Mpla? 

Sobamasoba, la synthèse qui informe. 

Eduardo M.Scotty

(de joâo Hungulu)