dimanche 14 novembre 2021

INSTRUMENTALISATION DE LA JUSTICE, PORTE OUVERTE À L'AUTOCRATIE.

 Jamais la vie politique en Angola n'a été aussi agitée qu'en ce moment. Coup sur coup, deux importants congrès sont programmés pour le mois de décembre. Celui du Mpla, longtemps planifié et celui de l'Unita, résultat d'un malheureux concours de circonstances (?). Au bout du parcours: les élections générales de 2022. La donne sur le terrain ayant beaucoup évolué avec l'arrivée dans la population de nouveaux électeurs, plus éveillés politiquement et plus informés par internet, le pouvoir se sent en danger et perd toute assurance. L'acharnement contre l'Unita et son président élu au Xlll congrès produit un effet contraire à celui désiré. La contre-productivité est due au fait que le président de l'Unita, Adalberto Costa Júnior, est devenu une victime. Le peuple le regarde comme un homme que le pouvoir veut à tout prix abattre. Même à l'intérieur du cercle du pouvoir, les avis au sujet de cet homme sont très partagés. L'approche du Mpla pour déstabiliser l'Unita est perçue par la population comme la peur d'affronter aux prochaines élections un adversaire plus fort que le candidat du pouvoir. Alors, la justice est entrée en action pour justifier des décisions politiques. C'est la porte ouverte à l'autocratie ou, pour faire simple, à la dictature. Sinon, réfléchissons :   

L'arrêt n° 703/21 de la Cour constitutionnelle limite la capacité de l'Unita et des autres partis politiques de l'opposition à se gouverner eux-mêmes et à contrôler leurs processus internes de candidature à une fonction au sein du parti. C'est un cas typique de la "judiciarisation" de la politique, c'est-à-dire de l'utilisation des tribunaux et des moyens judiciaires pour avoir un contrôle sur toutes les compétitions politiques. Cette évolution reflète la fin de l'approche doctrinale légaliste classique et marque une transition vers ce que l'on a appelé plus récemment la « juristocratie ». Or, dans un État de droit, les juges ne se comportent pas, et ne prennent pas des décisions, de manière fondamentalement identique  aux autres secteurs du gouvernement. Même si les tribunaux sont des institutions "politiques", non seulement parce qu'ils sont politiquement construits, mais parce que les facteurs qui déterminent leur comportement judiciaire ne sont pas différents de ceux qui  déterminent de la prise de décision par d'autres agents publics et certains politiciens. Dans le cas actuel de l'Angola, le comportement judiciaire, en particulier celui de la Cour constitutionnelle, dans les affaires impliquant des questions politiquement sensibles, est motivé par son adhésion à des positions partisanes, à des préférences idéologiques personnelles, à des attitudes dominantes au sein de la profession juridique et à des considérations partisanes et stratégiques. Les juges sont trop impliqués dans la prise de décision politique  et, par conséquent, ignorent la séparation fondamentale des pouvoirs et les principes de la gouvernance démocratique. Bref, ces derniers jours, l'opinion publique a assisté à un profond transfert du pouvoir politique du parti dominant au pouvoir judiciaire. L'un des principaux résultats de cette tendance a été la transformation des tribunaux en des lieux importants de prise de décisions politiques. La "judiciarisation" de la politique s'est étendue bien au-delà de la "judiciarisation" de l'élaboration des politiques publiques pour s'accaparer des questions de politique pure. Comme toute autre transformation de cette ampleur, la "judiciarisation" de la politique ne relève pas d'une cause unique. Il y a plusieurs causes qui sont à la base de son apparition. Le refus d'accepter toute alternance politique, l'égocentrisme, cette tendance à vouloir tout garder pour soi, rien pour les autres. Que nous réserve l'avenir  après les deux congrès? Allons-nous vers des élections inclusives et apaisées? 

Sobamasoba, l'analyse politique qui informe. 

Que la peur quitte nos esprits et que vive l'Angola, notre bien commun. 

MKS/... 













mardi 2 novembre 2021

UN CRI, CELUI D'UN HOMME QUI CROIT EN L'ALTERNANCE.

Après l'annulation du XIII congrès de l'Unita par le Tribunal constitutionnel, la tension politique est montée d'un cran en Angola. Dans l'opinion publique cette annulation est perçue comme une opération visant à remettre en selle le président Samakuva. Pour le citoyen lambda, le choix du pouvoir est fait. Tout sauf Adalberto Costa Júnior. Le Général Kamalata Numa de l'Unita ne voit pas la situation de la même manière. Suivez:   

"De 1974 à 2000, nous avons vécu les pires moments de l'histoire politique de l'Angola qui aspire à être un État-nation. Beaucoup ont abandonné, des écoles de pensée opportunistes (les flatteurs idolâtres) se sont installées dans l'administration publique, dans la société civile, dans les partis politiques, bref...

Avec les élections générales de 2017, une lueur d'espoir a plané sur l'Angola. C'était un soleil de courte durée et tout est revenu à la case départ; violence, corruption, régime de parti unique, incompétence du gouvernement.

Les Organes de Souveraineté et d'Administration Publique, peu après l'investiture du Président João Lourenço, ont été encore plus discrédités dans leur mission de servir le peuple qui voyait au niveau du pouvoir local (encore à institutionnaliser) l'application réelle des garanties inscrites dans la Constitution de la République d'Angola et le contrôle de la constitutionnalité qui aujourd'hui se fait uniquement pour servir les intérêts du Parti unique. Heureusement, le croisement de circonstances diverses en Angola, a suscité pour la première fois depuis 1974, un élan d'unité de tous les Angolais. Un mouvement politique  s'est formé autour de Adalberto Costa Júnior et de l'UNITA. Le Bloc Démocratique, le Mouvement Pra-Já Servir Angola, des personnalités diverses et les mouvements de la société civile et religieuse se sont unis pour former un  pilier capable de mener le pays vers une alternance démocratique, unir et réconcilier les Angolais . Aussi, de manière sûre, aussi incroyable que cela puisse paraitre, ce mouvement d'unité de tous les Angolais, prend corps au sein du MPLA, des fonctionnaires publics, des organes de défense et de sécurité nationale. Félicitations !

Cependant, et c'est de bonne guerre, il y a des personnes qui rament contre ce mouvement d'unité nationale et de réconciliation. C'est regrettable. Surtout que parmi ces personnes on retrouve celles qui ont conçu et soutiennent le modèle frauduleux de l'enregistrement électoral officieux. On retrouve aussi  les "institutionnalisateurs" de la loi électorale en faveur de la dictature du parti unique, les partisans de la révision partielle de la constitution et du découpage du territoire national pour des intérêts purement politiques et opportunistes. Ce sont ces mêmes "institutionnalisateurs" de la délinquance politique, protégés par des leaders cachés dans l'appareil d'État, qui insinuent la présence dans l'opposition des groupes  de personnes qui veulent prendre le pouvoir.

Messieurs! Nous ne pourrons jamais changer et surmonter nos problèmes (sécheresse, pandémie, conflit, crise économique, corruption, qualité de soins de santé et de l'éducation) si nous insistons pour le faire à partir du même niveau de conscience que celui qui a généré ces problèmes ; la conscience du parti unique, le déni de l'autre et des accords conclus. Parce que l'énergie que nous imprimons dans nos désirs, nos intentions et nos actions incorporent la marque  de ces expériences négatives. Expériences épuisantes de nos capacités nationales que nous reproduisons pour des ambitions personnelles".

Cette analyse est de quelqu'un qui a vécu dans sa chair tout ce que le peuple angolais a connu comme "calvaire". Le mot n'est pas assez fort. Ce cri est du Général Kamalata Numa, militant de première heure de l'Unita, qui croit que le moment est arrivé de procéder à une alternance politique dans notre pays. Le pouvoir a montré ses limites, essayons avec les autres. 

Sobamasoba, l'analyse politique qui informe. 

Que la peur quitte nos esprits et que vive l'Angola, notre bien commun. 

MKS/...   






jeudi 14 octobre 2021

L'ANNULATION DU CONGRÈS DE L'UNITA : LA RAISON DE LA MASCARADE.

L’actualité en Angola tourne, depuis la semaine dernière, autour du décret du Tribunal constitutionnel annulant le XIII congrès de l’Unita. Congrès réalisé en 2019 et qui a vu Adalberto Costa Júnior accéder au poste de président de ce grand parti politique de l'opposition. Point n’est besoin de dire que l’arrivée de ACJ à la tête de l’Unita fut entérinée  par ce même Tribunal constitutionnel et publiée au journal officiel "Diario da republica" conformément à la loi en vigueur dans le pays. Durant deux années, la cohabitation entre le pouvoir et l'Unita ne souffre d'aucune friction. La popularité  croissante de ACJ dans l'opinion est le premier élément qui commence à déranger sérieusement le pouvoir de Luanda. Les stratégies mises en place pour stopper la fulgurante montée du leader de l'Unita restent sans effets. Des sympathisants de l'Unita sont "achetés", des militants sont retournés par le pouvoir dans le but d'écarter ACJ de la direction de l'Unita. Nouvel échec. Les politiciens expérimentés n'achètent pas des alliés à prix d'argent, c'est par leur courage politique et la réputation de leurs forces de persuasion qu'ils parviennent à convaincre. Le pouvoir à Luanda n'a ni l'un, ni l'autre. L'annonce par la presse d'un projet de coalition regroupant l'Unita de ACJ, le PRA-JA de  Abel CHIVUKUVUKU et le Bloco Democrático de Filomeno Vieira Lopes est la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. Dans les hautes sphères du pouvoir, la décision est tombée: Écarter ACJ de la tête de l'Unita. Le jour de la sortie officielle de la coalition, FRONT PATRIOTIQUE UNI (FPU), est choisi pour porter le coup de grâce à l'Unita et au nouveau regroupement politique. La réaction observée dans la population à l'annonce de cette décision du Tribunal constitutionnel ne laisse aucun doute sur le soutien populaire dont bénéficie ACJ et ses partenaires du FPU. La détermination de la jeunesse angolaise à sortir dans la rue le 16/10 et de manifester son désaccord avec le TC est le début d'un bras de fer aux conséquences imprévisibles. Dans toute république, il y a deux partis: celui des grands et celui du peuple. Toutes les lois favorables à la liberté ne naissent que de l'opposition du peuple et du changement qui en découle. Pour quelle raison le pouvoir s'acharne-t-il sur Adalberto Costa Júnior, et aujourd'hui contre la plateforme électorale, le Front Patriotique Uni (FPU)? 

L'habitude est une seconde nature, dit-t-on. Des années durant, le pouvoir à Luanda n'a jamais cessé de stigmatiser l'Unita l'accusant de tous les maux dont souffre le pays. La guerre et les destructions causées par les confrontations entre les belligérants servent de fond de commerce au pouvoir. Pendant les campagnes électorales le candidat du pouvoir ne cesse de rappeler au peuple combien l'Unita a détruit le pays. Ce discours sert beaucoup les intérêts de l'oligarchie. Et chaque fois, l'Unita se sent pris comme dans une sorte de nasse. Le pouvoir justifie son incompétence par la guerre menée  contre l'Unita. Et, le peuple, naïf, croit comme fer à cette baliverne. Aujourd'hui, les choses ont changé. Ce n'est plus l'Unita qui sera en face du pouvoir aux élections de 2022. C'est le FRONT PATRIOTIQUE UNI. Un ensemble politique qui n'a rien avoir avec la guerre. Une coalition de politiciens dont les qualités intellectuelles ne peuvent pas être mises en doute. Devant cet assemblage de haute facture politique, Luanda ne sait plus à quel saint se vouer. Comme un éléphant dans un magasin de porcelaine, il comme commence  à tout casser. Sachez, chers amis, que la fortune ne montre sa puissance qu'aux endroits où il n'y a point de force dressée pour lui résister. Le FPU a du répondant. Quand la haine de l'autre ne trouve pas une issue normale, elle recourt à la violence, c'est la ruine de la République. Pensez-y. Aucune pierre ne restera éternellement au-dessus d'une autre pierre sans tomber. 

Sabamasoba, l'analyse politique qui informe. 

Que la peur quitte nos esprits et que vive l'Angola, notre bien commun. 

MKS/... 

















 


    

 

dimanche 3 octobre 2021

NÉOCOLONIALISME: DESHABILLER SAINT PIERRE POUR...


Néocolonialisme. Nous sommes en 1975. Les accords d'Alvor, signés par les trois mouvements de libération de l'Angola avec le Portugal, sont foulés au pied par un des signataires soutenu par la puissance coloniale. Des troupes russes, cubaines et est-allemandes débarquent à Luanda pour prêter main forte aux communistes angolais. Le Portugal abandonne l'Angola la queue entre les pattes. Au mois de novembre, unilatéralement, le Mpla proclame l'indépendance de l'Angola. Dans une interview à une chaîne portugaise, Rosa Coutinho, dernier administrateur portugais en place en Angola, affirme sa préférence pour les communistes angolais qui, dit-il, ont la culture portugaise de la gestion de la chose publique. Ce passage de témoin est très significatif. C'est la continuité dans l'action. On a changé les  hommes, mais le système et les méthodes sont  restés les mêmes. 45 après l'indépendance, aucune réforme sérieuse n'est envisagée. Naïf, le peuple, dans l'illusion d'un futur meilleur, s'est laissé  berner  sans aucune exigence. Une naïveté qui a donné au pouvoir assez de substance pour mieux asseoir son ascendant. L'assurance d'un monde merveilleux n'était finalement qu'utopie. Le pire était à venir. Le pire est là.

Issus d'une classe sociale  supérieure  dans l'ordre social établi par les colons ( assimilados), les nouveaux dirigeants nourrissent depuis toujours un complexe de supériorité  vis-à-vis du reste de la population. Arrivés au pouvoir dans les conditions que tout le monde connait, ils se considèrent, encore aujourd'hui, comme les remplaçants des colons. La colonisation a changé de couleur. Le 27 mai 1977, lorsqu'un groupe d'Angolais autochtones tente d'exprimer une pensée différente de celle du pouvoir, c'est le carnage. Exactement comme à l'époque coloniale. Aujourd'hui les méthodes sont peut-être plus "douces" mais le but à atteindre est toujours le même. Museler la population. Les expropriations se font d'une manière plus "civilisée", mais se sont des expropriations. Nous sommes aujourd'hui en présence d'une minorité  bien structurée, exactement comme à l'époque coloniale, qui dicte sa loi à la majorité. La loi du plus fort. Si cette manière de procéder n'est pas du néocolonialisme, alors c'est quoi?  

Dans Larousse Petit Robert, le néocolonialisme est défini comme une nouvelle forme de colonialisme local qui impose la domination économique à la population d'une  ancienne colonie devenue indépendante. Et comment peut-on s'apercevoir qu'une nouvelle colonisation s'installe dans le pays?  C'est quand les nouveaux dirigeants deviennent égocentriques. Quand les grands espaces agricoles, les banques, les mines, les assurances, les immeubles et le pouvoir, dans sa totalité, appartiennent aux nouveaux dirigeants. Une configuration qui ressemble à s'y méprendre à celle qui existait à l'époque coloniale. Un groupe de gens a tout, et le reste n'a rien. Exactement comme avant 1975. Ce qui a changé, c'est la couleur du colonialiste. Sur les marchés et dans les rues, il n'est plus invraisemblable d'entendre des Angolais souhaiter le retour du colon blanc. Malgré les humiliations subies et les brimades, lorsqu'un peuple commence à souhaiter le retour de son bourreau, c'est qu'il y a un problème.  Que des sacrifices consentis! Que du sang versé pour se libérer ! A-t-on déshabillé Saint Pierre pour habiller Saint Paul? Est-ce pour ça que les Angolais se sont sacrifiés? L'Angola est-il une prise de guerre qu'un groupe appartenant à un mouvement de libération, devenu parti politique, a décidé de gérer sans tenir compte de la volonté du peuple? 

Et vous, pensez-vous que les méthodes de gestion en vigueur en Angola sont différentes du néocolonialisme? Regardez autour de vous et vous verrez. Dans le gouvernement, les entreprises publiques, la police, l'armée. Point n'est besoin de faire semblant.  Qu'on ne vous trompe pas, le néocolonialisme est une réalité en Angola. Je vous laisse débattre.  

Sobamasoba, l'analyse politique qui informe

Que la peur quitte nos esprits et vive l'Angola, notre bien commun. 

MKS/.. 













      

  

dimanche 19 septembre 2021

LE RETOUR DE JES, UN "TIMING" SURPRENANT.


Est-ce la fin de son exil ? L’ancien président de la République de l’Angola est rentré la semaine dernière  à Luanda. Officiellement, c’est pour assister à la cérémonie des fiançailles de son fils, le plus jeune. Mais lorsqu’un homme politique de sa stature décide de rentrer dans son pays après deux ans d’exil, son retour suscite beaucoup de questions. L’emprisonnement de son fils, la relégation d'une de ses filles de l'Assemblée nationale, les poursuites judiciaires contre sa fille ainée  et plusieurs de ses proches ont suscité en lui un sentiment de rejet  et  donné naissance,  au sein du parti au pouvoir, à un climat de défiance. Les propos tenus à son endroit et à l’endroit de sa famille, depuis son départ du pouvoir, ont été d'une indélicatesse désobligeante. Plusieurs membres du Parti au pouvoir n’ont jamais apprécié le traitement que les nouveaux dirigeants lui font subir, à lui et à ses proches. Même acquis aux idées du parti, il y a aujourd'hui une fissure. Conséquence: à l’intérieur de ce parti est né un clivage qui a donné naissance à deux courants : les “lourencistes” et les “eduardistes”. Et depuis, les deux tendances se regardent poliment comme des chiens en faïence. Parmi les "eduardistes" certains caciques ont manifesté l'intention de quitter le parti.  Mais avec le retour de leur champion, qui jouit encore de l'influence au sein de ce parti, ils retrouvent de la vigueur. Le congrès et les élections générales, deux événements à l'agenda du parti au pouvoir, seront pour les deux tendances les deux leviers qui leur permettront de peser sur les importantes décisions du parti. C’est au cours du congrès que la “tête de liste” du parti est désigné. Au vu des frictions existantes entre le nouveau et l’ancien président, même si personne ne veut le reconnaitre, il n’est pas certain que les violons s’accordent sans qu’il y ait concession de part et d’autre. L’absence du nouveau président et des membres de son gouvernement à l’arrivée de l’ancien président à Luanda est un signe qui ne trompe pas. Le défilé à Miramar, résidence de l’ancien président, de ses amis politiques qui voient en l'actuel président un homme décidé à en finir avec les “eduardistes”, ranime de vieux souvenirs. Le scénario du coup de téléphone du PR à son ancien patron est subterfuge pour faire croire à l'opinion publique que tout va bien. C'est de la poudre aux yeux.  À son ainé et bienfaiteur qui revient d'un long voyage après deux ans, la moindre des choses est de lui rendre visite pour  témoigner sa gratitude. C'est la culture bantoue. 

Le retour à Luanda de JES n'est pas du à un hasard. Il y a quelque chose qui se prépare. Ne dit-on pas que la vengeance est un plat qui se mange froid? Humilié et trainé dans la boue par les proches de son successeur, l'ancien chef d'État, revient remettre les pendules à l'heure. Pour y arriver dans les règles du jeu , le meilleur endroit n'est-ce pas le congrès? Bloquer par un vote  la désignation de JLo comme "tête de liste" du Mpla ne serait-il pas une revanche  retentissante? Après la gifle leur  infligée la semaine dernière par l'opposition, les "lourencistes" commencent à douter de leur capacité à se maintenir au pouvoir en 2022. C'est conscient de leur impopularité croissante que JLo décide d'annuler la manifestation convoquée, en réponse à celle de l'opposition,  par le secrétaire provincial de Luanda. Le moment est mal choisi pour engager une confrontation. Sagesse, pragmatisme? Attendons le congrès de décembre pour être fixé sur les vraies intentions du pouvoir à Luanda. Le linge sale se lave en famille, parviendront-ils à se réconcilier ?    Et vous, quel regard portez-vous sur ce retour de JES à Luanda? 

Que la peur quitte nos esprits et que vive l'Angola, notre bien commun.  

Sobamasoba, l'analyse politique qui informe. 

 MKS/..      

       


















         

lundi 13 septembre 2021

RAPPORT DES FORCES, LES LIGNES ONT BOUGÉ.

Incroyable. La politique, dit-on, est régit par un rapport des forces. Dans des pays démocratiques, le parti politique qui aligne plus de militants et sympathisants se présente toujours comme un poids lourd politique avec lequel il faut compter. C'est au cours des meetings et manifestations que l'opinion publique se rend compte de la popularité d'une organisation politique parti. En Angola, durant des années, le pouvoir s'est toujours évertué à empêcher l'opposition d'organiser des manifestations sous prétexte que le pouvoir ne se conquit pas dans la rue. La crainte d'être taxé d'agitateurs enclins à déstabiliser l'État et le peu d'adhésion de la population aux idées de l'opposition ont longtemps favorisé le parti au pouvoir.  Seulement, la gestion lamentable du parti au pouvoir durant les 45 dernières années a apporté beaucoup de grains au moulin de l'opposition. Si hier  le doute subsistait encore dans la perception par le peuple des politiques publiques du gouvernement à Luanda, aujourd'hui le scepticisme n'est plus permis. Le bilan du pouvoir en place est négatif sur les plans économique et social. C'est une évidence. Et, devant cette certitude, les manifestations se sont succédées à Luanda et à l'intérieur du pays. Même si les organes officiels de presse n'en font pas mention, c'est de bonne guerre, les liens entre le peuple et le pouvoir en place se sont distendus. Le rapport des forces, au vu des dernières manifestations, est plus en faveur de l'opposition que du pouvoir. La dernière modification partielle de la constitution à la demande du PR en dit très long. Dans la foulée, certaines lois électorales sont revisitées pour assurer les arrières d'un parti au pouvoir presque aux abois, même si aux dernières nouvelles le PR a exigé le réexamen de ces lois pour corriger ce qui est mal et améliorer ce qui est bien. Mais qu'à cela ne tienne.    

Samedi dernier des milliers d’Angolais sont descendus dans la rue pour manifester leur inclination à des élections justes et transparentes en 2022. La méga manifestation, convoquée par les partis politiques de l’opposition et la société civile, a été une vraie démonstration de force. Luanda, qui est un bastion du parti au pouvoir, a vu déferler une importante masse humaine sur la grande avenue "estrada de Catete". Le peuple angolais, tel un dinosaure, s'est réveillé du profond sommeil dans lequel le parti dominant l'avait plongé durant plus de 45 ans. Le manque de volonté politique du pouvoir à résoudre les problèmes du peuple et la corruption endémique ont fini par exaspérer la population. le combat contre ces deux maux n'ayant pas donné les résultats attendus, les Angolais se sont convaincus que le changement ne viendrait pas des dirigeants actuels et que la seule l'alternance est la solution à leurs problèmes. 

La manifestation de samedi est un message fort aux dirigeants actuels. Ignorer ce message équivaut à se mettre politiquement une corde au cou. Un suicide politique. La détermination de la masse humaine présente à la manifestation exigeant des élections justes et transparentes laisse entrevoir d'autres manifestations si leurs revendications ne sont pas prises dans l'élaboration de futures lois électorales. Le pouvoir à Luanda va-t-il reculer devant la volonté du peuple?  Wait and see.

Sobamasoba, l'analyse politique qui informe. 

Que la peur quitte nos esprits, et que vive l'Angola.

MKS/ 


















  

jeudi 9 septembre 2021

MODIFICATION DE LA LOI ÉLECTORALE, UNE FRAUDE EN GESTATION.

C'est du jamais vu. Ce à quoi assistent les Angolais à quelques mois des élections générales est inimaginable. Malmené dans les sondages, le pouvoir en place à Luanda recourt à une modification de la loi électorale pour freiner l'élan de l'opposition. D'ordinaire, les vrais leaders politiques ne pensent pas tous les temps aux élections. Ils pensent aux futures générations de leurs pays. Ils ne changent pas les règles du jeu en pleine compétition, juste pour se maintenir au pouvoir. Cette méthode est d'une malhonnêteté intellectuelle flagrante. Aujourd'hui en Angola, tout le débat politique tourne autour d'un nouveau système de dépouillement que le pouvoir angolais veut introduire dans le processus électoral. C'est du jamais vu. Mais dans un pays atypique comme l'Angola, tout est possible. En fait, de quoi s'agit-il?    

Désormais, après le vote, toutes les urnes, toutes, seront dépouillées à Luanda. Dans un pays dont les voies de communication sont en piteux état, par quels moyens se fera l'acheminement des urnes? Déplacer les urnes de l'intérieur du pays à la capitale a un coût. A-t-on pensé à la dépense que va occasionner cette absurdité alors le dépouillement sur place ne coûte rien à l'État? Cette procédure ne va-t-elle pas sacrifier les votes des populations de l'Angola profond? Qui vont procéder au dépouillement, des femmes et des hommes acquis au pouvoir? C'est clair que par cette modification, le pouvoir s'arroge les prérogatives dévolues aux CNE municipales et provinciales. Le dépouillement des votes devient alors une "affaire d'État". La cacophonie générée après la proclamation des résultats des élections de 2017 a laissé un goût très amer dans la bouche du pouvoir. Ils veulent éviter que cela se répète. Pourtant, l'expérience prouve que le dépouillement effectué dans les bureaux de vote municipaux ou provinciaux est un instrument efficace de contrôle  qui contribue à consolider  les acquis de la démocratie et diminue toute possibilité de fraude. Deux exemples pour illustrer ce propos : 

Au Portugal, la démocratie n'a pas été imposée au régime fasciste de Salazar et Caetano. Même sous le fascisme, le Portugal organisait déjà des élections municipales (avec dépouillement  municipal), législatives et présidentielles. Il y avait déjà un État de droit, mais pas démocratique. C'est après le 25 avril 1974 que des élections démocratiques et transparentes sont introduites à cause de la culture démocratique qui préside à l'organisation des élections. Au Portugal, il n'y a pas de parti/État. Tous les partis politiques sont égaux devant la loi. Le gouvernement n'intervient pas en matière électorale; la presse est libre ; la corruption n'est pas institutionnalisée ; les tribunaux sont indépendants ; et, surtout, les citoyens font confiance à l'indépendance et à l'autorité de l'institution qui organise les élections. Il n'y a pas de pratique d'élections contestées. Pour toutes ces raisons, il n'y a pas besoin de mécanismes de contrôle en amont ou en aval pour garantir la vérité et l'intégrité électorales.

Le Cap-Vert, un pays africain frère, est l'une des démocraties les plus dynamiques d'Afrique. Ce pays a embrassé volontairement le régime démocratique après avoir rompu avec le régime du parti unique. Par contre, l'Angola, le Mozambique, le Congo Brazzaville et d'autres pays de l'orbite de l'ex-URSS ne sont pas de "vraies" démocraties. Ils ont adopté des « régimes autoritaires compétitifs », ou des « pseudo-démocraties », voire des « régimes électoraux autoritaires ». Dans ces régimes, les mécanismes de contrôle de la transparence et de la vérité électorale sont différents de républiques démocratiques. Le fait qu'il y ait un parti/État  dominant dit tout. En 2008, 2012 et 2017, le régime a ordonné à la CNE d'annoncer des résultats qu'il n'avait pas produit. Des résultats qui ne sont pas sortis des bureaux de vote. Or, lorsque le parti dominant viole le principe fondamental de la transparence, alors il n'y a plus des règles de droit.

Je vous laisse imaginer ce qui arrivera lorsque les urnes seront dépouillées à Luanda.

Sobamasoba, l'analyse politique qui informe.

Que la peur quitte vos esprits, et que vive l'Angola. 

MKS/ 

Source: club-k.net