mercredi 16 mars 2016

Le président Dos Santos, partira ou ne partira pas?


 L’actualité de cette semaine est dominée par un coup d’éclat. Le président angolais a exprimé officiellement son intention de quitter la politique... active en 2018. Lorsque cette information est tombée, je me suis rappelé que dans une de mes analyses publiées sur ce blog, je vous avais vivement conseillé de ne pas sous-estimer la capacité du président Dos Santos de retourner les situations défavorables en sa faveur. Cette fois, il a pris soin, comme lui seul sait le faire, de ne pas mettre ses proches dans la confidence pour que l’effet de surprise soit réel. Et croyez-moi, il a réussi. Il fallait voir la tête de tous ceux qui gravitent autour de lui quand la bombe est tombée ; émotionnellement, ils avaient paniqué. C’est exactement comme quand un père réfléchit, à voix haute, à la possibilité de confisquer le jouet de son enfant qui fait du bruit dans la chambre à côté. L’enfant se sent menacé, prend peur et se renferme sur lui-même. C’est pareil pour les hommes du président, ils vivent dans la peur qu’un jour il les lâche: ce sera la fin des privilèges. Pourtant, ce qu’ils ont toujours appréhendé est, vraisemblablement, arrivé. C’est au cours de la dernière réunion du comité central de son parti que le chef a annoncé sa sortie de la vie politique… active.  Dans la salle, le silence était étouffant. Le président était-il en train de faire une blague ou parlait-il sérieusement. Apparemment, oui.  Mais pourquoi en 2018 ? Pourquoi pas en 2019, 2020, 2021 ou 2022 ? Pourquoi 2018 ? Réfléchissons un peu ensemble.  Je sais que c’est un exercice que vous n’aimez pas beaucoup, mais pour une fois faites un effort.

Nous savons tous qu’avec l’âge le président a quelques problèmes de santé. D’ailleurs, je vous en avais parlé dans un de mes blogs.  Est-ce que ses médecins lui ont recommandé de lever le pied pour se ménager ? Y a-t-il derrière son annonce des intentions inavouées que lui seul connait ? Selon le calendrier officiel, les élections législatives en Angola sont marquées pour le mois d’août 2017. Si le président veut vraiment quitter la scène politique… active, il aurait dit d’une manière claire aux membres de son comité central qu’il ne serait pas tête de liste du parti au scrutin de 2017. Cela aurait ouvert le débat à l’intérieur du parti pour désigner démocratiquement la personne la mieux indiquée pour conduire la liste du  parti aux prochaines élections. Mais non, il a préféré, comme à ses habitudes, créer le flou et installé le doute dans les esprits. Sous d’autres cieux, un congrès extraordinaire serait convoqué pour éclaircir la situation. Mais le parti du chef n’est pas comme les autres. Au chef, on voue un culte exceptionnel. Pour le confirmer, le comité central l’a entériné dans ses fonctions de président jusqu’au prochain congrès, cela suppose qu’il sera tête de liste aux élections de 2017.  S'il est réélu, ce qui est certain, sinon il n’aurait pas monté ce scénario, il promet de partir l’année suivante. A quel moment compte-t-il partir ? Une année compte douze mois. Partira-t-il au mois de janvier ou au mois de décembre de 2018 ? Constitutionnellement, son départ posera un problème puisque l’article128 alinéa2 dit : si le président de la République abandonne ses fonctions, cela entrainera la dissolution de l’Assemblée nationale et l’organisation des élections anticipées dans les 90 jours. L’Angola a-t-il la capacité financière, en ce temps de crise, d’organiser deux scrutins de cette importance en l’espace de quelques mois ? J’en doute fort. Cela me fait dire, à la lumière de ces deux éléments, que son remplacement par le vice-président n’est pas chose acquise. Alors, dans ce cas pourquoi abdiquer au milieu d’un mandat ? Bizarre, non ? En tout cas, cette interrogation a conduit beaucoup d’observateurs de la politique angolaise à exprimer leur scepticisme quant à la sincérité du président angolais, c’est une mascarade disent-ils. Une trame juste pour déplacer le débat qui s’est trop focalisé sur les 15+2 et la crise économique que traverse le pays. Une fuite en avant pour démasquer les « ambitieux » qui se cachent au sein de sa famille politique et qui voudront prendre sa place, affirment d’autres. Notez en passant que l’ambition n’est pas permise au sein du parti des camarades. Les nombreux premiers ministres qui ont gouverné avec Dos Santos savent de quoi je parle.

Mais revenons à notre exercice de réflexion. Nous avons vu que l’article128 alinéa2 de notre constitution rend la situation créée par Dos Santos  très compliquée. Dans ce cas, envisageons la possibilité de reporter les élections de 2017 à l’année suivante. Cela correspondrait exactement aux désirs du président angolais dont le mandat, dans ce cas de figure, s’achèverait en 2018. Seulement, peu d’Angolais souhaitent voir reporter les élections de 2017. Et vous, croyez-vous que cette possibilité est envisageable ? Sinon, nous pouvons examiner une troisième hypothèse : le Mpla choisit un autre candidat pour les élections de 2017 pendant que Dos Santos préside le parti. A l’issue du scrutin qui sera, de toute évidence, gagné par le Mpla, le président cessant prépare la transition pour une passation de pouvoirs apaisée. C’est plus plausible, non ? Sinon pourquoi voter pour un candidat qui va quitter le pouvoir au bout de quelques mois ? A moins que, comme pensent les plus suspicieux d’entre nous,  l’annonce du chef ne soit qu’un mensonge. Ce n’est pas la première fois qu’il nous fait le coup. Vous savez ce qui va suivre maintenant ? Le 2° acte du scénario : les manifestations d’appui au président. Les pionniers, les jeunes, les mères, les militants et j’en passe vont défiler dans les rues de Luanda pour manifester leur attachement au président. Sur les pancartes, on lira : « Dos Santos amigo, o povo está contigo ». Aux yeux de l’opinion internationale, ces manifestations apparaitront comme un cri du peuple en faveur du maintien au pouvoir de son idole. C'est très bien monté, non?

Je reconnais qu’il n’est pas facile dans une situation de cette nature de se forger une opinion, mais pour une fois faites un effort.

 

Eduardo Scotty Makiese.      

dimanche 21 février 2016

Pourquoi les Bakongo et les Ovimbundu sont-ils méprisés par les élites Kimbundu?


La raison fondamentale du mépris.

Le sujet que j’aborde dans le blog d’aujourd’hui est un thème très sensible, capable de susciter des tabous mal conçus, des analyses distordues, du point de vue de l'histoire, dans le contexte actuel de notre pays. Beaucoup d’intellectuels se sont penchés sur la question, mais très peu se sont hasardés à rendre publics leurs travaux parce qu’ils ont estimé que c’est politiquement incorrect. Mais politiquement incorrect pour qui ? Et depuis, le sujet est occulté. Moi je pense, et je ne suis pas le seul,  que nous devons en parler pour transcender le tabou. Je veux que, sans aucun complexe et sans arrière-pensée, nous parlions de la cohabitation, dans le respect des uns et des autres, entre les Bakongo, les Ovimbundu et les Kimbundu à l’intérieur d’un même espace, Luanda. Tous ceux qui ont vécu à Luanda ces quarante dernières années savent que la coexistence entre ces trois ethnies est conditionnée par des paramètres qui échappent au contrôle des citoyens lambda. Mais pour bien suivre le fil de mon raisonnement, je vous suggère de revenir à l’an 1975, début de l’histoire de l’Angola indépendant et du retour dans leur pays d’origine des Angolais, majoritairement Bakongo, exilés au Zaïre (RDC), à la demande du chef de l’État de l’époque. Une décision contestée par plusieurs dirigeants du parti au pouvoir. Des dirigeants qui, pour exprimer leur opposition à ce qu’ils considéraient comme un écart de leur président, mirent en marche une machine à faire passer, dans les réunions de quartiers, des messages de haine à l’endroit de tous ceux qui revenaient particulièrement du Zaïre. Ils ont construit des murs dans les esprits de nos concitoyens. La peur de partager avec les « Bakongo regressados » les retombées d’une indépendance dont ils s’octroyaient la paternité était leur leitmotiv. Grâce à ce procédé, durant des années, les Bakongo revenus du Zaïre ont été victimes de discrimination, brimades, insultes et exactions de la part des natifs de Luanda même si cela s'est quelque peu atténué. Un vrai écueil dans la coexistence qui était censée être fraternelle. Nous vivions tous, même ceux qui ont rejoint aujourd’hui les rangs du parti au pouvoir, dans cette situation sans trouver rien à dire; nous étions résignés, humiliés, étrangers dans notre propre pays. N’hésitez pas de me contredire si j’affabule.

Depuis, je me suis promis de trouver la vraie raison qui justifie le mépris dont nous sommes encore victimes, dans certains milieux,  jusqu'aujourd'hui. Quarante ans après, les dégâts psychologiques causés par ce dédain sont peut-être moins perceptibles, mais le mal-être est toujours là. Est-ce parce que nous venions d’un pays qui avait soutenu les adversaires du parti au pouvoir à Luanda? Est-ce parce que nous parlions la langue portugaise avec un accent français? Non, la raison est ailleurs. Pour chercher une réponse à ces interrogations, j’ai décidé de remonter le temps.

En compulsant des archives sur l’histoire de l’Angola, j’ai découvert que le mot Angola a sa racine dans le terme Ngola qui était un titre dynastique des souverains Kimbundu du Royaume de Ndongo et Matamba. Un titre qui est resté en usage jusqu’à la conquête du territoire Ngola par le pouvoir colonial portugais en 1626. Il est intéressant de noter que le Royaume de Ndongo a été longtemps vassal du Royaume de Kongo. C’est pendant le règne de Ngola Kiluanje Inene (1515-1556) qu’il  a accédé à son « indépendance ». Géographiquement, le Royaume de Ndongo était entouré au nord par le Royaume Kongo, à l’est par l’empire Lunda-Tchokwe, et au sud par le Royaume Bailundo. Pour se défendre, les Kamundongo avaient passé des alliances avec les royaumes qui les entouraient. Mais face à l’océan, d’où débarquaient les « conquistadores », les habitants du petit royaume, sous une pression psychologique, nourrissaient d’un complexe d’infériorité et assumaient une posture de flexibilité vis-à-vis du pouvoir colonial. C’est de cette manière qu’une coalition avec les blancs est rendue possible durant la guerre de colonisation et de pacification de l’Est et du Centre-Sud du territoire que nous appelons aujourd’hui Angola. Pendant toutes ces périodes, le territoire de Ndongo et Matamba est désigné « Terras de Ngola » ou « Terras de Angola ». Dans la lutte de colonisation qui s’en suit, tous les royaumes conquis par les blancs feront partie, avec le royaume de Ngola, de l’actuel territoire de l’ANGOLA (Berlin 1884/1885). Tout ceci révèle que le nom « Angola » a été imposé par le pouvoir colonial aux autres royaumes sans leur consentement (1)


Comme vous l’aurez certainement compris, la question à laquelle j’essaye de répondre n’est pas celle de l’origine du mot Angola. Ma principale préoccupation est le réflexe psychologique et matériel que ce nom « Angola » exerce sur les Angolais de différentes origines ethnoculturelles et géographiques. En plus, j’ai trouvé que l’origine de ce nom a un impact énorme sur la réalité du pays. Combien de fois n’entend-on pas dire que l’Angola n’est pas uniquement Luanda ? L’attention qu’ont toujours accordée les différents gouvernements à la ville de Luanda et ses environs soulève parfois quelques interrogations. Corrigez-moi si je me trompe. Pour nous tous, l’identité angolaise doit refléter le sentiment d’appartenir à une même nation. Mais dans les circonstances actuelles, cette réalité ne réunit pas les conditions psychologiques nécessaires à une vie en commun. Ce qui me conduit à affirmer, à la lueur de notre cohabitation, que dans cette nation en construction, un groupe ethnique (les Kamundongo) se sent pleinement à l’aise tandis que les autres se sentent marginalisés, exclus et méprisés. Le « vivre ensemble », dans ces conditions, produit des réflexes inattendus dans la conscience collective des autres peuples. Les élites « Kimbundu », par exemple, se conforment difficilement au concept d’égalité et d’attribution de la nationalité « angolaise » dérivée des « Terras de Angola »(royaume de Ndongo et Matamba) aux autres peuples qui ne sont pas de la même origine ethnoculturelle. C’est ainsi qu’apparaissent des signes de sentiment de supériorité. Eux sont de vrais Angolais, les autres sont des étrangers (zaïrenses) ou des Angolais de « segunda »(baïlundu). Dans la subconscience des élites kimbundu, le fait que l’Exécutif ait établi son pouvoir sur les cendres de l’ancien royaume de Ngola a des implications profondes dans la manière d’envisager le concept de l’État angolais. Il y a une école de pensée au sein du parti au pouvoir, le Mpla, qui estime que la réhabilitation et la restitution de ce royaume, aussi utopiques soient-elles, serviront d'axe central à la renaissance du nationalisme Kimbundu (1). Dans ce rêve, les créoles, personnes d’origine inconnue nées sur nos terres, essayent de tirer les marrons du feu. Selon eux, dans la société angolaise il n’y a qu’un groupe ethnique qui a le droit de gouverner le pays. Les autres, c'est-à-dire les Bakongo, les Ovimbundu et les autres, sont obligés à subir la loi du vainqueur. Vous connaissez des Bakongo ou Ovimbundu qui font partie du cercle du pouvoir en Angola ? Tous ceux qui étaient là ont été poliment écartés au nom de la réhabilitation d’une idée insensée. Le dernier, réhabilité aujourd'hui, je ne sais pas au nom de quel genre d'amitié, est un général de l’armée, qui a été exclu comme un malpropre et a pris quatre ans de prison. Ceux, des Bakongo, qui s’accrochent sont nommés à des fonctions subalternes dans leurs provinces d'origine. L’ancien griot du régime est un Mukongo nommé ambassadeur dans un trou perdu sur la côte occidentale de l'Afrique en remerciement à son ardeur à chanter les louanges du Mpla et de son régime.
C’est à ça que nous sommes réduits. Le saviez-vous ? 


 
 (1): Dr. Carlos Kandanda 

Sobamasoba, l'analyse politique qui informe. 

Eduardo M.Scotty 


 

        
             

dimanche 31 janvier 2016

La fin de l'Eldorado : chômage et insécurité, corollaires de la crise.


Je ne sais pas si vous le savez, mais le procès des 15+2 « revus », arrêtés pour préparation d’actes de rébellion et organisation d’un coup d’État en Angola, a été encore ajourné par le Tribunal de Luanda. Raison invoquée : Les témoins convoqués ne comparaissent pas aux audiences. Le manque des coordonnées de ces derniers rend difficile la distribution des convocations. Savez-vous pourquoi ? En Angola, 40 ans après l’indépendance, il y a encore des quartiers entiers dont les rues ne portent aucune indication. Même avec des services postaux efficients, ce qui n’est pas le cas de l’Angola, il est pratiquement impossible de faire parvenir un courrier à un citoyen dont on ne peut pas localiser le domicile. Si le 8 février 2016, nouvelle date fixée par le tribunal pour la reprise des audiences, les témoins ne comparaissent pas, que fera-t-on des détenus ? Je ferme cette parenthèse parce que ce procès n’est pas notre sujet d’aujourd’hui, mais je continue à me poser la question.  

Mon blog de ce jour, je le consacre à la crise qui frappe notre pays et à ses conséquences les plus visibles : le chômage et la criminalité. Deux fléaux qui nous empoisonnent la vie et dont les courbes, aux dernières nouvelles, sont loin de s’inverser. Les recettes fiscales qui font vivre notre pays ont tellement diminué que l’économie nationale s’est fortement ralentie, favorisant de ce fait la fermeture de plusieurs entreprises et le licenciement des milliers de travailleurs.

Ce surprenant fléchissement de notre économie nous a mis dans une situation préoccupante : Les expatriés qui étaient venus monétiser leur savoir pour nous aider à développer notre pays commencent à retourner chez eux. Même nos amis cubains ont manifesté, face à notre difficile situation, quelques signes d’irritation. L’Angola n’a plus d’argent. Quel que soit le discours apaisant de nos gouvernants, nous sommes contraints de reconnaître que nous vivons en ce début de 2016 une crise économique sans précédent. Le manque de devises (dollars américains) dans les banques angolaises génère des difficultés qui empêchent les entreprises en activité de continuer à produire. Impossible d’importer des matières premières pour les usines. Impossible de payer les salaires des cadres étrangers en service dans ces industries et entreprises de construction. Je vous rappelle ici que dans un pays en pleine reconstruction comme le nôtre, nous avons environ 1300 entreprises de construction et 200.000 travailleurs expatriés, dont plus de 80.000 ont déjà quitté le pays faute de solvabilité des employeurs qui, eux-mêmes, sont desservis par les banques à court de dollars américains pour donner à leurs clients et aux entreprises afin de payer leurs fournisseurs et travailleurs. Cette situation a provoqué des désagréments que le pouvoir en place impute à la baisse du prix du baril de pétrole. Alors, je me suis posé la question suivante: comment des responsables qui nous gouvernent depuis quarante années peuvent ignorent que gouverner, c’est prévoir ? N’ont-ils pas tiré les leçons de la crise de 2008/2009 ? Bien sûr qu’ils ont tiré les leçons de cette crise. Ils ont même fait mieux. Selon les experts économiques angolais, une importante provision d’argent est constituée à partir de 2011 et sa gestion est confiée au Président de la République. Cette réserve, mise sur pied uniquement avec des recettes fiscales pétrolières, apparait d’ailleurs, noir sur blanc, dans le budget national de l’État. Ce « dépôt » est estimé à 37.000.000.000 de dollars américains versés de la manière suivante : 15,3 milliards en 2011/ 15,0 milliards en 2012/ 4,40 milliards en 2013 et 2,30 milliards en 2014 (1). Mais aussi incroyable que cela puisse paraître, au moment où nous en avons le plus besoin, la réserve a disparu. Où est passé cet argent? C’est un mystère. 
L’année 2011 a été l’année de très bonnes résolutions pour notre pays, me semble-t-il. C’est au cours de cette même année que la loi 26/10 du 28/2 a été votée en prévision d’éventuels moments difficiles que peut connaître le pays. Une loi du budget de l’État pour l’exercice économique 2011 créant une autre réserve dont la gestion est confiée aussi au Président de la République. Cette réserve est dénommée : Réserve stratégique financière pétrolière pour les infrastructures de base. Cette provision est alimentée par les droits patrimoniaux de l’État dans les concessions pétrolières. Selon le Ministère des Finances, au cours de quatre dernières années, les recettes qui approvisionnent cette réserve ont atteint le chiffre de 93.000.000.000 de dollars américains, de 2011 à 2014 (1). Si nous faisons le calcul, nous disposons de deux Fonds dont le montant total est de 130.000.000.000 $ (cent trente milliards de dollars). Cet argent, selon nos experts économiques, est suffisant pour faire fonctionner l’État pendant quelques années, en faisant attention aux dépenses, sans trop des difficultés. Mais où est donc passé cet
argent ? Le mystère s’épaissit encore plus, obscurcissant l’horizon et
précipitant le pays dans une terrible incertitude. Notez qu’ici, je ne fais pas mention du Fonds souverain géré par le fils du monarque.

La crise ainsi provoquée a deux retombées pour notre pays : le chômage et l’insécurité. C’est à Luanda que le nombre des chômeurs est le plus élevé. L’exode des populations, pour des raisons que nous connaissons tous, a fait que 1/3 des habitants du pays vit ou survit dans la capitale à la recherche de meilleures conditions. Luanda étant entouré d’une importante zone industrielle, tout le monde nourrit l’espoir de pouvoir y trouver un travail stable pour subvenir à ses besoins. Malgré le nombre croissant des usines autour de la capitale, malheureusement l’offre est toujours restée inférieure à la demande. Avant la crise, le pays comptait 20-25% de chômeurs. Avec la fermeture des entreprises, je vous laisse le loisir de consulter les statistiques du ministère du Travail.

Deuxième répercussion de la crise : la criminalité. L’insécurité est de plus en plus grandissante. Des zones de non-droit ont vu le jour dans le pays. Des zones où la police n’entre pas la nuit. La journée, des délinquants, comme à l’époque des diligences dans le Far West, arraisonnent les taxi-bus et les taxis collectifs dans les quartiers périphériques et soulagent les passagers de leur argent et biens divers. La nuit, ce sont les habitations qui sont prises d’assaut. Selon la Police nationale, 20 associations de malfaiteurs ont été démantelées dernièrement à Luanda (1). Je vous laisse imaginer leur nombre dans une ville de 6 millions d’habitants.

 

(1)     Chiffres et montants : Source  club-k.net

 

Eduardo Scotty Makiese.                  

lundi 11 janvier 2016

JES envisage de rester au pouvoir jusqu'en 2022.



En ce début d’année, j’aurais voulu commencer mon blog avec une analyse sur la suite du procès des 15+2. Seulement à la sortie de l’an 2015, un sujet que je ne pouvais pas laisser passer sous silence m’a interpellé. Ce sujet est d’actualité dans toute l’Afrique centrale; c’est celui relatif à la fin de mandat des présidents sortants. Au Burundi, au Rwanda, au Congo/Brazzaville, en Uganda ou en RDCongo, des débats, parfois virulents, tournent autour de cette préoccupation. L’Angola n’est pas en reste. Dans certains milieux le thème commence à prendre forme même s’il est débattu avec beaucoup de discrétion. Comme pour les deux dernières élections, cette fois encore, à quelques mois du scrutin, le problème de l’alternance à la présidence de la république se pose à nouveau. Surtout quand on sait que deux légères altérations de santé, une à Luanda la veille de son discours sur l’état de la Nation, et l’autre, en Afrique du Sud lors de la réunion Chine-Afrique, ont empêché le président de développer normalement ses activités, il y a de quoi dérouiller des appétits. Qui succédera à l’actuel Chef de l’État angolais? Si l’on tient compte de sa fragilité manifeste, la logique démocratique veut qu’une autre figure émerge dans le pays pour solliciter le suffrage populaire. Peut-on dire dans ce cas que JES est « out » ? Apparemment, non. Malgré ses deux petites indispositions, que nous ne pouvons ni ignorer, ni négliger, nous devons nous préparer à assister en cette période préélectorale à un scénario inédit. L’homme qui domine la politique angolaise, nonobstant la fragilité causée par le poids de l’âge et l’instabilité d’une santé qui se précarise, s’apprête à réaliser un autre coup de maître. Invoquant les circonstances exceptionnelles que le pays connait, le président se prépare à manipuler à sa manière, d’abord son propre camp, ensuite l’opposition et le reste de la population, pour rester au palais présidentiel jusqu’en 2022, quand il aura 80 ans. Dans son entourage le plus proche, on y réfléchit très sérieusement. Joâo Melo, éminent chroniqueur proche du pouvoir, a fait référence à cette possibilité dans une de ses chroniques sur Rede Angola.
 Il n’est pas un secret, pour personne, que dans le système angolais, le président contrôle une grande partie des pièces sur l’échiquier politique. Cependant, sa capacité à cimenter son pouvoir par des réformes « sages, subtiles et habiles », selon Sophia de Mello Breyne, spécialiste des questions africaines, ne lui permet pas de dominer toutes les variables. Et la première qu’il ne contrôle pas est l’évolution du prix de pétrole. En 2008 quand le parti qu’il dirige a gagné les élections législatives avec plus de 80%, le pays enregistrait une taxe de croissance de 17% par an, tout paraissait parfaitement lisse pour lui,  aucune contestation interne à l’horizon, l’opposition armée était décapitée en 2002 mettant fin à une guerre qui durait depuis 1975. L’économie donnait des signes encourageants qui garantissaient aux investisseurs stabilité et sécurité pour leurs investissements. À cette époque (2008), les prévisions pour le prix du pétrole évoluaient en augmentant aux environs de 100$ le baril. Personne ne s’attendait à la chute vertigineuse qu’a connue le prix du baril en 2015. Une dégringolade aux conséquences dévastatrices pour l’économie et aussi pour l’élite qui gravite autour du palais présidentiel. Selon Xavier de Figueiredo, un autre spécialiste des questions africaines : « La situation en Angola a radicalement changé à cause de la baisse du prix du baril, mais l’effet plus nocif est politique ». Le pétrole étant le pilier qui supporte les finances de l’État, la chute du prix du baril a surpris les dirigeants et exposé un pays plein de fragilités. Il n’y a pas une économie alternative au pétrole. Durant plusieurs années, ils ont créé une apparence, mais elle n’existe pas ».
« Aujourd’hui, les autorités angolaises s’évertuent à battre à toutes les portes » affirme Manuel Ennes Ferreira, un professeur universitaire et expert en politique africaine. « Le refus des EUA de leur apporter de l’aide les a poussé à se tourner vers la Chine pour un emprunt estimé à 25 milliards de dollars ». Contre ce prêt, l’exécutif angolais concède cinq cent mille hectares de terre cultivable avec de l’eau dans la province de Kuando Kubango pour les entreprises chinoises qui vont s’installer dans cette région. Cette situation génère le mécontentement des éleveurs locaux dont les pâturages sont remplacés par des champs de riz. Ceci est la deuxième variable que le PR n’arrive pas à contrôler : la contestation sociale.   
Je ne veux pas revenir ici au cas des 15+2 « revus » arrêtés et emprisonnés pour tentative de coup d’État parce que la fabrication des ennemis du régime, réels ou imaginaires, et des situations de tension font partie d’une claire orientation du parti au pouvoir en Angola pour assurer l’unité de ses militants et être toujours à l’avant-garde du combat politique.
Je ne veux pas non plus revenir sur toutes les conséquences de la chute du prix du baril. Beaucoup d’intellectuels, journalistes et chroniqueurs l’ont déjà fait, mieux que moi. Revenons plutôt aux subterfuges qui font que l’alternance, en tout cas en ce moment, est impossible dans notre pays.
D’abord, s’il y a une chose que nous devons éviter dans le pays, c’est sous-estimer l’extraordinaire capacité du PR à détourner en sa faveur des situations qui, apparemment, lui sont défavorables. Rappelez-vous,  pendant la guerre il ne voulait pas quitter le pouvoir parce qu’il voulait laisser le pays en PAIX. Quand est arrivée la PAIX, il a justifié sa permanence au pouvoir parce qu’il voulait RECONSTRUIRE le pays. Maintenant qu’une grande partie du pays est RESCONSTRUITE, il s’accroche au pouvoir parce la situation économique est DESASTREUSE.
Le président Dos Santos a consacré à son pays ce qu’il avait de mieux : sa jeunesse. Le peuple angolais lui en sait gré. N’est-il pas temps de passer la main pour un repos bien mérité? N’a-t-il pas reconnu lui-même qu’il était resté trop longtemps au pouvoir  (Tv Brasil) ?
J’espère que vous aussi vous vous posez les mêmes questions.
 
Eduardo Scotty Makiese.

mardi 29 décembre 2015

Le Procès des 15+2: Partie pénale.


L’année qui s’achève a été marquée par plusieurs rebondissements et événements malheureux qui ont terni l’image de notre pays et installé le doute dans les esprits quant à la crédibilité du régime en place à Luanda. De ces péripéties, j’aimerai rappeler ici  le meurtre de Cassule et Kamulingue, deux protestataires abattus par les forces de l’ordre ; l’assassinat de Ganga, membre d’un parti d’opposition tué par les éléments de la garde présidentielle (Ugp) ; les massacres des adeptes de l’Eglise de « Luz do mundo » du pasteur Kalupeteka au Mont de Sumi ; la condamnation de l’activiste Mavungu au Cabinda ; la baisse du prix du baril de pétrole ; la fermeture des entreprises, les unes après les autres, dans l’impossibilité de s’approvisionner par manque de liquidités ; l’explosion du chômage ; l’accroissement de l’insécurité dans les villes ; l’incarcération des 15 jeunes contestataires, le 20 juin 2015 et enfin l’effondrement, dans l’opinion nationale et internationale, de l’image du régime. Une image construite à coup des millions de dollars. À tout ceci, il faut ajouter la disparition, souvent inexpliquée, des citoyens lambda qui, pour un écart de langage commis dans la journée, s’évaporent dans la nature à la tombée de la nuit parce qu’ils avaient osé proférer des critiques contre le pouvoir.

Dans ce tableau noir de la vie actuelle de notre pays, aujourd’hui je vais aborder avec vous l’affaire des 15+2 « revus », membres du Mouvement révolutionnaire de jeunes à Luanda. Ils sont accusés de préparer un coup d’État.

Qui sont ces activistes accusés de vouloir déstabiliser les institutions du pays et « détrôner » le Chef de l’exécutif ? Parce que c’est de cela que le Procureur de la république les accuse, sans présomption d’innocence. Ces jeunes gens dont tout le monde parle dans le pays sont, tous, des angolais, et  à une ou deux exceptions près, ils sont nés sous le règne de l’actuel locataire de la « Cidade Alta », c’est à dire sous le régime du parti unique (1975-1992). Enfants, ils ont été, comme d’autres bambins de leur âge, de facto, membres de l’organisation des pionniers du parti et plus tard, ils ont intégré les rangs de sa jeunesse. Leurs parents ont occupé des fonctions dans le parti ou dans la fonction publique. Ce qui laisse entendre qu’ils ont grandi et étudié, jusqu’à l’Université, avec beaucoup de camarades dont les parents font partie de la Nomenklatura. Ceci est pour dire que les 15+2 ne sont pas, comme on veut nous le faire croire, le résultat d’un produit importé, mais c’est plutôt le fruit d’une substance au goût du terroir.  Ils ont grandi et vécu sous un régime politique dont ils ont su déceler les défauts et les insuffisances. C’est exactement comme dans les années 1960 quand une certaine jeunesse avait pris le chemin de Léopoldville pour revenir plus tard libérer le pays des injustices et des humiliations dont nous étions victimes. Ne dit-on pas que l’histoire se répète? Ils étaient partis, révoltés, parce que les colons portugais, en leur temps, ne répondaient à leurs exigences que par des intimidations, des arrestations, des tortures, des emprisonnements. Ces jeunes emprisonnés à Luanda sont eux aussi à la recherche des réponses à leurs questions. Malheureusement, en face d’eux, c’est la répression, la terreur. Mais face à la tempête de l’histoire…..Et si l’histoire se répétait vraiment ?

Durant trois semaines, nous avons assisté, à travers les médias, à un procès qui restera gravé dans les annales de la justice angolaise. Plus qu’une farce, c’est à une pièce de théâtre que nous avons été conviée. Tout était fait pour la condamnation des accusés. Mais aussi incroyable que cela puisse paraitre, la surdité du début a fait finalement  place à une certaine flexibilité. La pression de l’opinion a été finalement bénéfique aux « revus ». Alors pour ne pas perdre la face et sauver le peu de crédibilité qui reste, la majorité présidentielle a voté une loi qui a pris effet le 18/12/2015 et qui institutionnalise la prison à domicile. Une loi  bancale dont l’application présente beaucoup d’imperfections. Mais, que pouvons-nous faire? On fait avec...     

Que veulent exactement ces jeunes « revus » ? Rien d’extraordinaire. Juste une démocratie qui fonctionne, et un État de droit. Est-ce trop demander?   

Je ne voudrai pas entrer ici dans les détails qui ont conduit à leur arrestation et parler du livre de Gene SHARP qui est incriminé et que les envoyés du régime, en tournées spéciales  en Europe, ne cessent de qualifier de subversif. Il faut pourtant retenir une chose : quand en mars 2011 le mouvement révolutionnaire a vu le jour à Luanda, la traduction en portugais ce livre n’était pas encore publié. Donc, à mon humble avis, c’est ailleurs qu’il faut chercher les raisons qui ont poussé ces jeunes à se radicaliser vis-à-vis du pouvoir angolais. Car, qu’on le veuille ou non, moi je dirai plutôt que les printemps arabes ont beaucoup influencé l’émergence de ce groupe de jeunes. Ces printemps  sont comme une source d’inspiration pour les peuples opprimés du sud.  Si jusqu’ici la mayonnaise n’a pas pris, c’est parce dans notre pays il n’y a pas encore de conscience sociale collective pour réclamer un droit commun.

Maintenant que la partie pénale de ce procès est finie, quelle  leçon pouvons-nous tirer de cette mascarade en attendant le 11/01/2016, début de la partie politique du procès?

Devant une situation de cette nature, il y a deux options qui s’offrent à nous : le dialogue ou la violence. Dans les conditions actuelles, un dialogue est-il possible ? Sincèrement, non. Un dialogue apaisé n’est pas possible avec un pouvoir/régime dont tout laisse à croire que c’est une dictature. Et la violence ? La violence non plus n’a pas sa place dans un pays traumatisé par 27 ans de guerre. La seule voie qui nous reste est celle de la pression par des manifestions pacifiques. Mais là aussi, même si la Constitution autorise les manifestations, la réalité dans le pays est toute autre. C’est donc l’impasse. Allons-nous continuer à assister à l’arrestation des gens et à leur transfert devant les tribunaux chaque fois qu’ils penseront différemment? Et vous qui me lisez, avez-vous une idée de comment sortir de cet impasse ?                   

Le débat est ouvert.

 

Eduardo Scotty Makiese.

vendredi 18 décembre 2015

La tempête, le voilier et le capitaine.



Le titre de mon article de cette semaine est inattendu pour un blog d’analyses politiques et sociales. Je le sais parce que je vous imagine en train de froncer les sourcils. Vous dites : parler de tempête dans un espace réservé  à des analyses politiques ?  C’est inopiné. J’en conviens, mais rassurez-vous, je ne veux pas vous déranger avec un sujet qui ne suscite pas votre intérêt. Bien au contraire. Si vous arrivez à lire entre les lignes, vous ne tarderez pas à comprendre le comment du pourquoi.

Je veux aujourd’hui vous raconter une histoire. Mon grand-père qui me l’a conté la tient de son père, mon arrière-grand-père. C’est une histoire qui remonte au milieu du siècle dernier. Malgré sa vieillesse apparente, le temps qui s’est écoulé n’a rien changé à son contenu. De l’avis de nos ainés, cette histoire est encore d’actualité, et de ce fait, conduit, inévitablement, à la réflexion.

C’est sous la véranda de sa vieille maison, tard dans la nuit étoilée d’un samedi, que le vieux, sa pipe au coin des lèvres, m’a confié de sa voix douce ce qui suit :

Il était une fois, m’a-t-il dit, un voilier, amarré au port d’une ville dont j’ai oublié le nom, attendait de lever l’ancre depuis trois jours. Le capitaine et son second étaient à la capitainerie pour les formalités administratives avant le départ. Par malheur, la météo, ce jour-là,  était très capricieuse. De gros nuages noirs obscurcissaient le ciel et un vent fort s’était levé quand tout à coup il se mit à pleuvoir avec violence, une vraie tempête. La mer était démontée et le voilier dont je vous parle se balançait de gauche à droite sous la poussée d’énormes vagues. Le mouvement d’oscillation du bateau de l’avant à l’arrière sous l’action des vagues a fini par rompre la corde de l’ancre, briser les amarres et libérer le voilier du quai où il était accosté solidement. En moins de temps qu’il faut pour réagir, l’embarcation, avec son équipage à bord, avait pris le large sans son capitaine ni son second. Il était livré à lui-même. Quand les matelots sont sortis de leur surprise, ils s’étaient éloignés de la côte de plusieurs milles marins. Ils ne pouvaient plus revenir au port qu’ils avaient quitté inopinément. Devant cette situation exceptionnelle, il fallait une solution exceptionnelle. Le bateau ne pouvait pas continuer à naviguer sans capitaine. Les matelots se réunirent pour choisir un nouveau commandant et le choix s’arrêta sur un jeune homme qui leur semblait apte à assumer la fonction malgré ses échecs aux postes qu’il avait occupés précédemment. Pour tout vous dire, leur décision n’était pas consensuelle. Le jeune homme choisi était un brave garçon, maladivement timide, peu intelligent, maladroit, mais obéissant. Avec lui, les plus âgés des matelots pensaient avoir sous la main quelqu’un qu’ils pouvaient facilement manipuler. Erreur. Sans le savoir, ils venaient d’introduire un loup dans la bergerie. Pendant qu'ils cherchaient un capitaine, le bateau continuait à naviguer au gré des vagues, sans cap. Pour y remédier, le nouveau commandant prit la barre en utilisant les cartes marines laissées par le capitaine resté au port. Grâce à ces données,  une partie du voyage s’effectua presque sans écueils. Je précise ici que le bateau dont nous parlons était un voilier de guerre. Quatre rangées de canons ornaient les deux flancs de l’embarcation. Ce qui laisse entendre que l’équipage n’était pas seulement composé des matelots ; il y avait aussi des canonniers auxquels le nouveau capitaine s'évertua à accorder, depuis sa nomination, toutes ses largesses. Dans sa tête, son dessein commençait à prendre forme.  « Ne dit-on pas que l’appétit vient en mangeant ? » Et, pour concrétiser son projet il nomma un canonnier au poste de second, histoire de protéger ses arrières.

Pendant cette traversée, la vie à bord n’était pas très agréable, mais le personnel navigant n’avait pas d’autre choix. Pour éviter toute friction dans une embarcation de cette dimension, les matelots s'étaient fixés comme règle, le respect absolu pour les canonniers que le capiston avait ralliés à sa cause pour écarter toute possibilité de mutinerie à bord. C’est donc dans ces conditions que le jeune capitaine timide et trouillard, sans aucune notion de commandement, incapable de s’adresser aux marins sans au préalable rédiger un discours, devint un homme aguerri, capable  d’éliminer, même dans la violence, toute tentative de contestation, même s'il n'avait jamais eu de la suite dans ses idées.  Et dans un moment de doutes, ses « kapangas » jetaient par-dessus bord tout individu qui pensait différemment. Ce long voyage prit plus de 40 semaines. Mais, c’est au large du cap de la Bonne Esperance qu’un groupe de jeunes, fatigués de supporter les injustices et le mauvais traitement, commença à manifester son irritation  vis-à-vis du chef. Ses méthodes avaient  fini par exaspérer  tout le monde. Alors, malheureusement, pour étouffer toute tentative de révolte, une dizaine  de matelots furent jetés à la mer. C'était la cerise sur le gâteau. Cet horrible acte est venu s’ajouter au mauvais climat qui régnait sur le bateau et qui s’était déjà agité par les « malambas » de tous les jours, la pénurie des vivres, le manque d’eau potable et la crise de commandement. C’était une triste fin de voyage. Les esprits s’étaient échauffés parce que tous, y compris certains artilleurs qui n’appréciaient plus les méthodes du chef. Ils avaient la sensation qu’il n’avait pas été à la hauteur de sa tâche. Il était donc exclu d’effectuer le voyage retour avec lui. Car disaient-ils convaincus par l’expérience vécue: « pour connaitre un homme, donne lui le pouvoir ».  
Je ne sais pas si j’ai oublié certains détails de cette histoire, mais je crois vous avoir raconté l’essentiel. Et si j’ai tenu à partager avec vous le vécu de ces malheureux matelots qui ont passé plus de 40 semaines sous le joug de cet apprenti capitaine qui se prenait pour Dieu, c’est parce que mon grand-père me l’avait demandé. J’avais promis de le faire, et je l’ai fait.

Vous voulez faire un commentaire ? Ne vous en privez pas.

 

Le Blogueur,

Eduardo Scotty Makiese.               

vendredi 4 décembre 2015

La PAIX.


La PAIX.



Si j’ai pris l’initiative, au tout début de mon blog, de parler de la PAIX en Angola, c’est parce qu’un vrai chantage s'est construit autour de ce mot. Chaque fois qu’une contestation ou un mécontentement prend forme dans le pays, le raisonnement tendant à apporter une preuve pour décrédibiliser les contestataires est : les protestataires veulent menacer la PAIX. Cette manière de procéder empêche tout débat sur la gestion du pays. Le régime entraîne de cette façon une importante partie de l’opinion dans sa campagne mensongère dont la principale préoccupation est de détourner l’attention de la population. Certains éditorialistes, universitaires et commentateurs n’hésitent pas à se comporter comme des agents de la police au service du régime. Une sorte de passion aveugle semble les emporter dès qu’une analyse différente, non partisane et rigoureuse s’exprime dans le pays. Leur réaction n’est pas de débattre et d’argumenter pour convaincre, mais plutôt de discréditer, d’invectiver, de marginaliser, de bannir et de réduire au silence par des assassinats ou emprisonnements. Pour un peuple qui a connu 27 ans de guerre, il faut reconnaitre que le synopsis a du poids.    
Je rappelle ici qu'au long de l’histoire de l’Angola, le concept de la Paix a toujours été associé à l’absence de la guerre. D’ailleurs, dans ce pays de plus de 20 millions d’habitants, le calendrier national a consacré comme « journée de la Paix » le jour qui a vu les militaires mettre fin aux hostilités par les « Accords de Luena ».
C’est ainsi, en Angola, quand on parle de la paix, beaucoup de personnes pensent uniquement à la dimension militaire de la dernière phase du conflit sociopolitique qui a endeuillé le pays pendant plus de deux décennies. Toutefois, cette paix n’est pas celle que l’humanité désire et que les Angolais méritent.
Pour mieux comprendre ce concept, j’ai eu recours à l’UNESCO qui a inséré, au sujet de la Paix, dans la préface de son Acte constitutif, la définition suivante : « Une fois que les guerres commencent dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit de ces mêmes hommes que les défenses de la paix doivent être construites ».
De facto, ce ne sont pas les armes qui provoquent les guerres, mais bien l’esprit des hommes, leurs ambitions, orgueil et passion. La paix, pour toutes les personnes de bonne volonté, n’est pas seulement le silence des armes ni la signature des accords conduisant à l’accalmie.
La paix, comme la démocratie, est une culture, un mode de vie. Elle est le fruit de la démocratie, et la démocratie est un régime politique de paix. La culture de la paix, telle que ratifiée après la 2°guerre mondiale est intrinsèquement liée au respect pour les droits universels de l’homme et la défense de la dignité humaine. C’est une culture qui a comme base la tolérance, l’égalité et la solidarité. C’est une culture qui s’efforce de prévenir les conflits avant leur éclosion. Ces embrasements qui incluent les nouvelles menaces civiles contre la paix et la sécurité sont : l’exclusion, la pauvreté extrême, la corruption et la dégradation ambiante.
La culture de la paix cherche à résoudre les nouveaux conflits quand ils se manifestent par le dialogue, la négociation et la médiation de manière à rendre la violence superflue.
En matière de culture de paix, conformément à la définition de l’UNESCO, 13 ans après le silence des armes, où en sont les Angolais ? Qu’ont-ils gagné ? Ils ont construit des autoroutes, des immeubles, des cités, mais ils n’ont  pas construit dans les esprits et dans les mentalités des gens les défenses de la paix. Sur papier, ils ont des lois qui ratifient les valeurs et la culture de la paix, mais dans la réalité ils vivent autre chose. Ils écoutent à la télévision et à la radio un discours officiel moralisateur qui appelle au dialogue, cependant dans la pratique, ils assistent, les pieds et les mains liés, à l’intolérance politique, à l’exclusion, aux profondes asymétries sociales, à l’impunité,  aux constantes transgressions de  la loi et au non-respect de la Constitution. Dans ces conditions, pouvons-nous parler de la paix en Angola ?
Je suis convaincu que l’absence d’une vraie démocratie dans ce pays continuera à être un problème si le peuple angolais n’est pas capable d’être la solution à ce problème. Dans un pays où le peuple vit dans la peur et l’opposition politique reste désunie, envisager un changement me semble utopique.
Le blogueur,
Eduardo Scotty MAKIESE.