dimanche 29 mai 2016

Insécurité à Luanda: la population civile traumatisée.



Séquestrations, rapts, assassinats, cambriolages des résidences, falsifications des documents, sont les termes qu’on retrouve depuis quelque temps dans la presse angolaise et dans les conversations à Luanda. À en croire les sites d’informations angolais, la sécurité à Luanda et ses environs continue à poser de sérieux problèmes. Il ne se passe pas un seul jour sans qu’on ne parle d’assassinats, de séquestrations ou de cambriolages. Le nombre des personnes tuées dans des circonstances souvent inexplicables a tellement augmenté que la capacité de  la police nationale à apporter des réponses pertinentes au problème a atteint ses limites. Le nouveau « modus operandi » adopté par les délinquants, les rapts assortis d’une rançon, a pris de court les éminences grises de la police angolaise au point où rouler sur les voies express ou sur les autoroutes de Luanda est devenu très périlleux. C’est sur ces voies que les enlèvements ont le plus souvent lieu. C’est lucratif et sans risque pour les délinquants qui voient dans l’impuissance de la police un interstice pour leur job. La nuit, dans les rues obscures de la cité, la présence de ces mêmes délinquants  provoque une peur panique dans la population civile. Ceux qui ont des objets de luxe à la maison ne dorment plus que d’un seul œil. Et vous savez pourquoi? La réponse se trouve dans un récent passé de notre histoire .

Je vous avais dit dans mon dernier blog qu’il est parfois nécessaire de remonter le temps pour trouver des réponses à nos interrogations d’aujourd’hui.   

Pour les observateurs avertis de la vie en Angola et particulièrement à Luanda, il y a longtemps que le ver est dans le fruit. Personne n’ignore que dans notre pays, il n’y a aucun magasin qui vend des armes à feu. Et pourtant, à la périphérie de la ville, loin des regards de la police, les cambrioleurs se pavanent armés jusqu'aux dents. D’où viennent leurs armes ?

Pour ceux qui ne connaissent pas Luanda, à l’époque coloniale, et ça n’a pas beaucoup changé, à la périphérie de la ville les autochtones vivent dans des quartiers appelés « musseques ». À l’accession du pays à l’indépendance, les populations de ces quartiers (Zambizanga, Cazenga, Rangel, Precol, Cassenda, Cassequel, Prenda),  pour des raisons que vous connaissez surement, ont tous soutenu le Mpla. Ce qui fait que pendant le conflit armé qui a précédé l’acte de la proclamation de l’indépendance, conflit généré par le non-respect des accords d’Alvor, ces populations ont servi de bouclier contre les incursions des troupes du Fnla et de l’Unita. Le Mpla, dont la qualité combative des guérilleros laissait beaucoup à désirer, avait choisi de distribuer d’une manière incontrôlée des armes aux habitants de ces quartiers. Je crois qu’il est inutile de rappeler ici que ce n’est pas par voie démocratique que le Mpla est arrivé au pouvoir. Sur le moment, les dirigeants du Mpla de l'époque n’avaient pas mesuré les conséquences de leur acte. Ils voulaient à tout prix garder le pouvoir qu’ils venaient d’usurper sans trop réfléchir aux conséquences. Donner une arme à feu à un civil, c’est lui octroyer un pouvoir dont il ignore les limites. Par cet acte que je qualifie de déraisonnable, le Mpla avait semé les premières graines de l’insécurité que nous connaissons aujourd’hui. Je vous rassure, la germination ne s’est pas faite tout de suite. La pauvreté ambiante et collective de l’époque n’incitait pas encore aux cambriolages.  

C’est le retour des Angolais réfugiés dans les pays voisins qui a été le déclic. Ce retour a donné lieu à la naissance de nouveaux quartiers. Des quartiers (Petrangol, Mabor, Palanca, Kikolo) construits par les « regressados » à l’image de ceux où ils avaient vécu durant leur exil. Des zones entières avec des maisons en dur, des sanitaires et des voies droites bordées d’habitations. Des quartiers qui ont suscité de l’envie dans le regard des Luandais habitués à vivre dans les « musseques » insalubres et non urbanisés. Les plus envieux parmi eux, dans un sauvage élan de jalousie, insinuèrent que c'est l’État qui finançait la construction de ces nouveaux quartiers. C’est à partir de là que Luanda connait ses premiers cambriolages, et ses premiers assassinats. Si  psychologiquement, les Luandais n’étaient pas préparés à accueillir des « gens » venus d’ailleurs, il leur était aussi difficile de vivre avec des gens dont ils étaient culturellement différents. Et le discours politique de l’époque ne favorisait vraiment pas la coexistence pacifique. C’est comme cela que sont apparus les premiers germes de la criminalité. Vous conviendrez avec moi qu’il est inutile de se demander d’où venaient les armes. Puisqu’après leur distribution en 1975, personne ne s’était préoccupé de leur récupération. Des milliers d’armes à feu sont restées dans la nature. Quiconque en possédait une pouvait s’en servir comme il voulait, en toute impunité. Ce sont ces mêmes armes qui ont tué Chitunda, Mango, Salupeta Pena et autres dirigeants de l’Unita à Sambizanga. Vous vous rappelez l’épisode de la Commission conjointe militaire ?

 Le pouvoir, qui n’avait pas encore trouvé ses marques, avait peur de contrarier ces hommes à qui il avait confié sa défense. Les méfaits dont ils avaient pourtant connaissance étaient considérés à leurs yeux comme des dégâts collatéraux. Et comme ces forfaits n’avaient lieu que dans les quartiers habités par des «zaïrenses», pourquoi s’en faire? Pour preuve, corrigez-moi si je me trompe, toutes les personnes tuées dans les nouveaux quartiers autour de Luanda n’ont jamais fait l’objet d’une enquête. Jamais. Alors forts de l’impunité, les délinquants ont cru trouver là un intarissable terroir. Engagés comme ils le sont sur cette voie de gain facile, il leur est difficile de s’arrêter.  Alors, aujourd'hui ils se tournent vers les nouveaux riches, une classe composée dans sa majorité des membres du Mpla. C’est bizarre comme le fétiche se retourne parfois contre le féticheur. Tardivement, le pouvoir d'une manière désordonnée essaye de réagir. On ne touche pas à ses oints, lit-on dans la bible. D'abord ils ont mis en marche une campagne pour récupérer les armes à feu. Malheureusement, les résultats obtenus ne furent pas à la hauteur. La place était inondée par les armes vendues par les Cubains, sur le retour. Aujourd'hui encore,  personne ne peut imaginer le nombre d’armes en circulation dans le pays.

Finalement, le Mpla a été un porte malheur pour le peuple angolais. Non contents d'avoir créer dans le pays cette situation d'insécurité par l'absence de contrôle des armes, ils ont en plus poignardé ce même par le vol des deniers publics. Ce qui a accentué la crise dans le pays. Avoir des fins du mois difficiles dans un pays où l'insécurité a élu domicile est une équation très compliquée à résoudre.  

 


 
Sobamasoba, l’analyse politique qui informe.
Eduardo M. Scotty
 

 


 

 

lundi 16 mai 2016

Le droit de vote des Angolais de l'étranger.


Avant d’entrer dans le vif du sujet d’aujourd’hui, je tiens à rappeler ici certaines dispositions de loi telles que rendues publiques par l’État angolais dans le « Manuel sur la législation électorale de l’Angola ». La Loi constitutionnelle angolaise (loi 23/92 du 16/09) qui définit la base du système électoral en Angola est en vigueur depuis le mois de mai 1992. Elle établit que la souveraineté est un principe d’autorité politique suprême que le peuple exerce selon les formes prévues par la loi :   le suffrage universel périodique pour le choix de ses représentants,  le referendum et bien d’autres formes de participation démocratique des citoyens à la vie de la nation.
Vous avez certainement remarqué que j’ai souligné le mot PEUPLE. Dans l’esprit du législateur, tel que je l’ai compris, ce principe d’autorité politique peut être exercé par le citoyen quel que soit son lieu de résidence, parce qu’il fait partie du peuple et bénéficie des mêmes droits et devoirs que ses compatriotes. D’ailleurs, c’est pour cette raison que le pays, suivant la législation électorale, est divisé en deux grands cercles électoraux : le national et l’extérieur. Le cercle électoral extérieur recouvre l’ensemble des pays où résident les Angolais. Ce cercle est lui-même divisé en zones d’Afrique et du reste du monde (art.29 c). La législation prévoit que dans ce cercle deux députés soient élus pour l’Afrique et un pour le reste du monde (art.30 c). Ce droit est garanti par l’article 11 alinéa 2 de la législation électorale: les citoyens angolais qui ont une résidence à l’étranger ont la capacité électorale active pour les élections législatives. En clair, les Angolais vivant à l’étranger, comme vous et moi, ont le droit de voter et/ou de se faire élire comme députés conformément aux dispositions de la loi. Au demeurant, l’enregistrement des électeurs est obligatoire pour tous les Angolais en âge de voter (18 ans), qu’ils résident dans le pays ou à l’étranger (chapitre 2  du Manuel sur la législation électorale de l’Angola).

Jusqu’ici, tout est clair et sans ambigüité. Seulement, le problème se pose au niveau de la mise en pratique de cette législation. C’est à ce niveau qu’apparaissent les incohérences qui nous font douter du sérieux de nos dirigeants. Ils nous disent une chose aujourd’hui, et nous servent son contraire le lendemain. Et vingt-quatre ans après la publication de la loi (1992-2016), toujours aucun espoir à l’horizon. Les raisons invoquées par le pouvoir à Luanda sont, chaque fois que le sujet est soulevé, d’ordre administratif. Selon Luanda, nos services consulaires ne sont pas en mesure, matériellement, d’organiser ce genre de consultations. Si cela était vrai pour les premières élections de 1992, on ne peut pas en dire autant pour celles de 2008 et de 2012. Manifestement, il y a un manque de volonté politique de la part des autorités angolaises. Et cette absence de volonté politique peut être justifiée, à mon humble avis, par le fait que les Angolais de l’étranger sont considérés, de facto, par le Mpla comme des opposants ; des hommes et des femmes hostiles à leur politique et aux méthodes peu orthodoxes de leur système. Et pourtant, à ces hommes et à ces femmes, la constitution de la République confère le même droit qu’à leurs concitoyens restés au pays : celui de s’exprimer à travers le vote quelle que soit leur manière de penser ou leur appartenance politique. Leur priver de ce droit équivaut à leur exclusion de la nation angolaise.

Pour moi, la raison invoquée pour justifier cette privation du droit de vote ne me convainc pas. Alors, j’ai décidé de faire des recherches plus approfondies pour comprendre ce qui se cache derrière cette posture. C’est dans les études menées par des sociologues proches du pouvoir que j’ai trouvé la réponse à ma question. Saviez-vous que la majorité des Angolais de l’étranger sont Bakongo?  Sur 10 immigrés,  8,5 sont Bakongo et 1,5 Kamundongo. C’est là où j’ai tout compris. Mais, je continue quand même à avoir un doute parce que nombreux de ces Bakongo ont adhéré au Mpla. Alors pourquoi le Mpla se priverait-il, en cas de vote, des voix de ses militants ? Selon ces mêmes sociologues :  la direction du Mpla n’a pas confiance à ce genre de militants qui étaient hier au Fnla, au Mako ou à l’Unita et  se retrouvent, par pur opportunisme, aujourd’hui dans les rangs du Mpla. La volatilité des convictions politiques des Bakongo inquiète les dirigeants du Mpla. Pour d’autres, plus rouges comme le fervent mpliste João Melo ou le jeune turc Luvualu, infatigables défenseurs du régime : le vote des Angolais de l’étranger n’est pas une priorité parce que les ressortissants des autres pays africains vivant à l’étranger ne votent pas, pourquoi diable les Angolais l’exigeraient-ils ? L'Algérie, la Tunisie, le Maroc ne sont-ils pas des pays africains?

"On ne sait pas exactement comment ils se comporteraient dans l’isoloir pendant un scrutin, affirment-ils. Autant ne pas pendre des risques inutiles.  S’il faut organiser des élections pour les perdre ensuite, autant ne pas les organiser". Voilà comment raisonnent nos amis du Mpla. Pourquoi alors élaborer des lois qu’on n’applique pas ? Le refus d’organiser les élections locales est une autre preuve évidente du non-respect de la loi et de la mauvaise volonté de camarades du Mpla. Ils ne veulent pas organiser des élections parce qu’ils sont certains de les perdre, car il n’est pas facile de frauder dans le cas des élections locales. Alors, ils trainent les pieds, trouvent des subterfuges pour justifier l’injustifiable. Pendant ce temps, à l’étranger comme à l’intérieur du pays, nous attendons qu’un miracle s’accomplisse. Quelle naïveté ? Nous devons réclamer notre droit au vote, comme nous devons exiger l’organisation des « autarquias ». Rappelez-vous comment nos amis sud-africains se sont battus pour obtenir ce droit. Ce droit est inaliénable. Personne ne peut nous le confisquer. L'obtention de ce droit ne concerne pas seulement les membres de l’opposition. Les militants du Mpla et OMA à l’étranger sont aussi concernés parce qu’eux non plus n’ont pas ce droit de vote. Dans ce cas, pourquoi continuer à militer dans un parti politique qui vous refuse le droit de vote ? Reconnaissez, chers camarades, que pour une fois au moins les Angolais de l'étranger, tous, sont dans la même situation.  C’est frustrant, non ?

Pour mieux comprendre l’esprit de l’analyse d’aujourd’hui, je vous recommande de lire et de relire : pourquoi les Bakongo et les Ovimbundu sont méprisés par les élites Kimbundu ? Vous verrez, cela vous aidera énormément. Parfois, il est nécessaire d’aller chercher dans le passé les réponses aux questions d’aujourd’hui.     

 Sources: Manual sobre a Legislaçâo éléitoral de Angola
               : Constituiçâo angolana
Sobamasoba, l'analyse politique qui informe.
Eduardo Scotty Makiese.

 


          

 

 


 

lundi 25 avril 2016

L'Angola dont on ne parle jamais.


Depuis plusieurs années, diverses études portant sur le développement socio-économique de l’Angola ont été réalisées par des agences des Nations unies (PNUD, UNICEF, OMS, OIT). Les résultats de ces enquêtes ont mis à nu les asymétries et injustices sociales vécues dans le pays malgré les promesses faites par les différents gouvernements qui se sont succédé au pouvoir depuis quarante ans. Selon ces mêmes investigations, il s'avère que c'est l’ascendance du parti au pouvoir sur les gouvernements successifs qui a conduit à une gouvernance trop sectaire /doctrinaire. Tout se décide au sein du parti, rien en dehors. Résultat : la population  est anesthésiée avec des slogans sur la lutte des classes, pendant que les dirigeants du parti s’embourgeoisent ; sur le bien-être, alors que la société se paupérise chaque jour ; sur la justice sociale, tandis que les travailleurs gagnent des salaires de misère. Des illusionnistes qui prétendaient créer une société égalitaire sans vraiment expliquer comment ils allaient faire pour y parvenir. Chaque année, oui chaque année, résignés et terrorisés à l’idée que toute contestation pouvait conduire à une mort certaine, nous voyions fondre comme neige au soleil des promesses intenables. Ils étaient face à la realpolitik. Les besoins de la population sont tellement énormes et diversifiés qu’aucune des équipes gouvernementales successives n’a jamais pu les satisfaire d’une manière ordonnée. Amateurisme,  incompétence et/ou manque de volonté politique?  
Je me pose cette question, et je ne suis certainement pas le seul à m’interroger, chaque fois qu’à l’Assemblée nationale on vote le budget national. Comme beaucoup d’autres angolais qui s’intéressent à la gestion du pays, je constate que d’importantes sommes d’argent sont attribuées à l’armée, à la police, aux différents services de sécurité et aux villes dans lesquelles le parti au pouvoir est solidement implanté, tandis que de nombreuses agglomérations, éloignées de centres urbains et situées dans des zones peu favorables au pouvoir, vivent dans une effrayante pauvreté. Les discours qui, jadis, louaient les « camponeses », ont cessé d’être d’actualité au moment du partage du gâteau. Un ami m’a dit que c’était caractéristique aux régimes dictatoriaux. Au Zimbabwe, en Guinée équatoriale ou en Gambie, c’est pareil. Conséquence : un énorme fossé se creuse entre l’arrière-pays et les villes. Dans le cas de l'Angola, c’est ce gouffre qui, à mon sens, fait apparaître le vrai visage du parti au pouvoir : un parti de citadins, de petits bourgeois et d’intellectuels. Un parti dirigé par des personnes dont le mépris pour les petites gens du monde rural est un gros trait de caractère. D’ailleurs, il est très rare de voir ces dirigeants-là, se protégeant de la pauvreté comme d’une maladie incurable et se cachant derrière les murs de leurs condominiums, s’enquérir du bien-être des paysans. N’y a-t-il pas lieu, quelquefois, de se demander ce qu'ils savent vraiment de la vie des populations de Macolo, de Luange, de Miconje ou de Camalamba ? Combien de fois, hormis la période électorale, les députés de la majorité présidentielle,  les ministres du gouvernement visitent-ils les habitants de Cameia, de Melunga, du Belize ou de Pocolo ? Ces noms vous paraissent étranges, mais ce sont des localités à l’intérieur de l’Angola.
 « Si l'on avait su qu’avec l’indépendance nous serions la proie d’une telle indifférence de la part de nos dirigeants, nous aurions choisi de continuer à vivre sous l’administration coloniale portugaise », m’a confié Manuel Miguel Tambo lors de ma dernière visite à Fungu. Après une telle complainte, et elle n'est pas la seule, force est d’admettre que la frustration se collectivise et gagne du terrain au sein de la population. Dans tous les coins reculés de l’Angola, les gens se plaignent de la manière dont ils sont traités par le parti au pouvoir. « Nous sommes victimes de la confiance que nous avons placé en ces gouvernements », disait António da Silva Neto, un fonctionnaire impayé depuis plus de 6 mois, au cours d’une réunion du syndicat des enseignants à Negage. Ces voix, même isolées, qui s’élèvent par-ci, par-là, renferment dans leur expression des germes d’un profond mécontentement. Et le fait que les médias officiels (Tpa,Rna,Jornal de Angola) ne relayent pas ces griefs, laisse penser que l’Angola profond ne représente aucun intérêt pour le parti au pouvoir  . "L’abandon dont nous faisons l’objet de la part de l’Etat est-il  une stratégie du pouvoir pour nous pousser à immigrer vers les villes ? » s’interrogeait Maria Fatima, une infirmière de Macocola dans la province d’Uíge. Une tactique très  subtile, dont la finalité serait d’emmener les populations de l’intérieur à immigrer vers les grandes villes où elles viendraient gonfler les listes électorales. Quand on sait qu’une ville comme Luanda représente, aux élections législatives,  45% des sièges à l’Assemblée nationale, on ne peut ne pas s’interroger sur les intentions inavouées du pouvoir. D’ailleurs, jusqu’à ce jour, personne dans la majorité présidentielle ne s’est offusqué de la politique de dépeuplement en cours. C’est le seul mot que j’ai trouvé pour qualifier cette politique, le dépeuplement. Sur la route qui relie Luanda au nord du pays, ou Lukala à Dundo, les villages sont vidés de leurs populations. D’autres ont complètement disparu. À leur place, rien que des cases et des maisons détruites et abandonnées.  «  Personne ne se soucie de nous. Regarde dans quel état sont nos villages. Pour avoir du savon ou du sucre, nous devons parcourir des kilomètres. Et en cette période des vaches maigres, nous nous demandons quel sera notre sort », m’a confié Paulina Senga dans le véhicule qui nous ramenait à Luanda.

Il y a beaucoup à dire au sujet de cet Angola dont on ne parle jamais. Mais aujourd’hui, j’ai choisi d’être moins prolifique. Je ne parlerai pas des dégâts causés par la sécheresse qui tue dans la province de Cunene, ni de la fièvre jaune qui décime Luanda et ses environs. 4.570 morts du 1er au 31 mars de cette année selon un rapport de l’Unita publié, exceptionnellement, par le site gouvernemental « Angonoticias ». Si  j’ajoute à cette série macabre les centaines de personnes qui meurent sans passer par les hôpitaux, nous sommes en présence d’une situation dramatique. C’est vrai que les temps sont difficiles, mais ce n’est pas une raison pour abandonner ceux qui sont vraiment dans le besoin. Imaginez-vous que sur la route de Mucaba, entre la ville de Uige et Damba, environ 270 Kms,  je n’ai vu aucune pharmacie, aucune structure médicale viable, aucune épicerie. Je vous laisse alors deviner comment survivent les populations habitant dans cette région. Cet abandon ne date pas d'aujourd'hui. Même pendant les vaches grasses la situation était pareille. Alors maintenant que les vaches sont squelettiques, je vous laisse imaginer la suite.  J’y suis allé à plusieurs fois et chaque fois j’ai vu le même spectacle désolant. Si vous y êtes allé, vous aussi, dans l’arrière- pays, et que vous n’avez pas vu ce que moi j’ai vu, dites-vous que nous ne sommes pas allés dans le même pays. C’est un immense territoire qui est abandonné par l’État et qui ne fait l'objet d'attention que lorsque s’approchent les élections. Un territoire habité par des hommes et des femmes en haillons, marchant pieds nus avec des cheveux pleins de poussière couleur d’argile, transpirant la misère. C’est un spectacle triste et difficile à raconter. Toutefois, j’ai tenu à vous en parler parce que cet abandon ressemble plus à une exclusion qu’à autre chose. Parlez-en entre vous, car contrairement à d’autres, qui sont d’origine inconnue, vous qui avez des villages en Angola vous avez intérêt à vous soucier du sort de vos vieux parents. Il faut que vous en parliez. N’oubliez pas : le silence ne sauve personne.

 

  « Soba ma soba », l’analyse politique qui informe.

Eduardo Scotty Makiese.
 

samedi 2 avril 2016

Ils sont condamnés.


 Dans mon blog intitulé « Procès des 15+2 : partie pénale » du mois de décembre 2015, je vous avais invité à débattre sur l’arrestation des jeunes « revus » qui avaient osé contester le pouvoir du président Dos Santos. Ils étaient accusés de préparation d’actes de rébellion et de tentative de coup d’État. Arrêtés, emprisonnés, ils ont fini par être jugés et condamnés exactement comme l’opinion publique s’attendait depuis des mois. Aucune surprise. Le régime, dont la popularité est en chute libre depuis que le prix du baril de pétrole a baissé, ne pouvait pas laisser passer une telle occasion. L’arrestation des jeunes contestataires était une aubaine pour le pouvoir. Depuis l’affaire Miala, cela fait un bout de temps que les services secrets n'avaient plus rien  à se mettre sous la dent. Ils cherchaient une raison pour faire taire tous ceux qui avaient des idées contraires à celles du parti au pouvoir. L’arrestation d’un groupe de « comploteurs » était une planche de salut pour un régime dont le caractère dictatorial devenait chaque jour plus évident. À cet effet, suivant un scénario bien monté, un tribunal dont le but est de faire trainer le procès en longueur, est constitué rapidement. Il a fallu près de neuf mois pour prononcer le jugement. L’objectif était de briser psychologiquement les accusés et préparer l’opinion publique nationale à accepter le verdict final. Jamais un procès n’a été aussi critiqué, dans les médias étrangers, comme celui de Luanda. Arrêtés, pour préparation d’actes de rébellion et tentative de coup de force contre la personne du Chef de l’État, ils furent à la fin de la procédure accusés d'association des malfaiteurs par le Ministère public dans son réquisitoire. C'est la seule accusation trouvée qui correspond avec une disposition du code pénal. Incroyable. Ce subterfuge est employé parce que le tribunal était devant un dilemme. Les dégâts causés par l’incompétence des juges à la justice de notre pays, et au titulaire du pouvoir exécutif devaient nécessairement conduire à un verdict, quel qu’il soit. La cour était au pied du mur. Si elle ne condamnait pas les accusés, elle serait mal vue, alors les juges ont opté pour la condamnation. C’est simple. Or, pour condamner, il faut avoir dans le dossier des éléments qui incriminent et non des preuves fabriquées à la sauvette. Si nous faisons la lecture de tout ce qui s'est passé depuis leur arrestation jusqu'à ce jour, nous pouvons affirmer sans peur d’être contredit que c’est le courage des jeunes « revus » et la justesse de leur cause qui ont été condamnés. Ils ont osé là où beaucoup d’entre nous n’osent pas. Corrigez-moi si je me trompe, mais le courage et l’intention n’ont jamais constitué un crime. Je dis cela pour les pays démocratiques. Je me demande si l’Angola peut être considéré comme un pays...démocratique.   
Pourquoi cet acharnement sur ces jeunes « revus » ? Pourquoi ? Cette question m’emmène à vous inviter, aujourd’hui encore une fois, à cet exercice que vous détestez tellement, celui de réfléchir ensemble au pourquoi de la situation qui nous intéresse.
D’abord, sachez qu’à l’origine de l’arrestation, de l'emprisonnement et du procès de nos jeunes frères, il y a un Général des Forces armées angolaises. Un grand défenseur du régime du président Dos Santos. Il est prêt à donner sa vie pour sauver le pouvoir qui lui garantit la vie de luxe qu’il mène à Luanda. Pour preuve, il a même refusé de prendre sa retraite, il a 72 ans, pour continuer à assurer la pérennité du régime. Il est très fort dans les intrigues et la fabrication des preuves. Les officiers supérieurs issus de l’Unita et versés dans l’armée nationale en savent quelque chose. J’allais oublier de vous dire qu’il est aussi membre du comité central du parti au pouvoir. Depuis que Dos Santos a annoncé son intention de quitter la politique…active en 2018, notre général a des insomnies. Le fait qu’il ne soit pas informé de cette décision par son protecteur, l’a rendu très nerveux.  De retour dans son service, il a réuni tout son personnel pour leur exprimer sa désapprobation. Il s’est montré visiblement très irrité par l’attitude de Dos Santos qui l’a vraisemblablement surpris. Selon lui, l’idée du président de se retirer de la scène politique est précipitée compte tenu de la situation économique du pays. Cette intention vient, toujours selon lui, semer la confusion (sic) dans les esprits des militants du parti. Ce qui, à son avis, peut perturber le climat politique et donner lieu à des conséquences pires. Lesquelles ? Seul notre général les connait.
À quoi sert-il de s’insurger contre une décision, que tout le monde estime raisonnable, si à la place on ne présente aucune proposition alternative. Le général  insiste sur le maintien de son patron au pouvoir, mais il ne dit pas pourquoi .  Moi je vous dis qu'il a peur du lendemain. Si Dos Santos s’en va, il faudra qu’il s’en aille avec lui, car celui qui viendra ne sera peut-être pas aussi tolérant et protecteur que Jes l’ait été envers lui. Mais, ne dit-on pas que : mieux vaut une fin qui fait peur, qu’une peur sans fin ?  
Durant les 37 ans de son long mandat, le président a toujours écouté ce général. Beaucoup d’erreurs et fautes commises sur le plan de la sécurité intérieure, au cours de ce mandat, l’ont été à cause de ce même général. La dernière en date, je vous le rappelle, est l’interpellation des 15+2 « revus ». Le pays n’avait vraiment pas besoin de ça. Mais le général en a décidé autrement. Ses services, sur ses ordres, ont mis le président et son procureur général devant un fait accompli. Pris au piège, le pouvoir a été obligé de jouer le jeu. Prétextant la séparation des pouvoirs, Dos Santos, le chef suprême de l’exécutif angolais, s’est alors muré dans un silence complice et effrayant en laissant condamner de jeunes gens qui sont nés et grandis sous son régime alors qu’un seul ordre de lui aurait clôturé ce dossier gênant. Mais comme disent les sages : quand le vin est tiré, il faut le boire. Pour sauver les apparences, un tribunal est désigné pour prendre la suite de la pièce théâtrale. Seulement, les juges choisis pour conduire le procès ont été d’une incompétence incroyable. Ils ont eu beaucoup de peine à appliquer correctement la loi.  À chaque étape du procès, ils  attendaient les « ordres supérieurs » avant de statuer. C’est ainsi que le « volet politique » de cette affaire n’a pas lieu. Les personnes convoquées pour témoigner au cours de ce simulacre ont presque toutes refusé de se présenter à ce tribunal qu’ils considèrent comme une mascarade. Quelle image pour la Justice angolaise. Après Marcos Mavungu, les 15+2, à qui le tour ?
Voila où un excès de zèle, un dévouement aveugle, une loyauté sans mesure peuvent conduire un homme dans la recherche d’une reconnaissance, parfois qu’il ne mérite pas. Ils sont condamnés, mais leur action a fait bouger les lignes. Croyez-moi.  Après le 28 mars 2016 ne sera pas pareil à avant 28 mars 2016 dans notre pays.
Vous avez trouvé le nom du général dont je parle ?
Mieux vaut une fin qui fait peur qu’une peur sans fin.

        

 Le blogueur,
Eduardo Scotty Makiese.

mercredi 16 mars 2016

Le président Dos Santos, partira ou ne partira pas?


 L’actualité de cette semaine est dominée par un coup d’éclat. Le président angolais a exprimé officiellement son intention de quitter la politique... active en 2018. Lorsque cette information est tombée, je me suis rappelé que dans une de mes analyses publiées sur ce blog, je vous avais vivement conseillé de ne pas sous-estimer la capacité du président Dos Santos de retourner les situations défavorables en sa faveur. Cette fois, il a pris soin, comme lui seul sait le faire, de ne pas mettre ses proches dans la confidence pour que l’effet de surprise soit réel. Et croyez-moi, il a réussi. Il fallait voir la tête de tous ceux qui gravitent autour de lui quand la bombe est tombée ; émotionnellement, ils avaient paniqué. C’est exactement comme quand un père réfléchit, à voix haute, à la possibilité de confisquer le jouet de son enfant qui fait du bruit dans la chambre à côté. L’enfant se sent menacé, prend peur et se renferme sur lui-même. C’est pareil pour les hommes du président, ils vivent dans la peur qu’un jour il les lâche: ce sera la fin des privilèges. Pourtant, ce qu’ils ont toujours appréhendé est, vraisemblablement, arrivé. C’est au cours de la dernière réunion du comité central de son parti que le chef a annoncé sa sortie de la vie politique… active.  Dans la salle, le silence était étouffant. Le président était-il en train de faire une blague ou parlait-il sérieusement. Apparemment, oui.  Mais pourquoi en 2018 ? Pourquoi pas en 2019, 2020, 2021 ou 2022 ? Pourquoi 2018 ? Réfléchissons un peu ensemble.  Je sais que c’est un exercice que vous n’aimez pas beaucoup, mais pour une fois faites un effort.

Nous savons tous qu’avec l’âge le président a quelques problèmes de santé. D’ailleurs, je vous en avais parlé dans un de mes blogs.  Est-ce que ses médecins lui ont recommandé de lever le pied pour se ménager ? Y a-t-il derrière son annonce des intentions inavouées que lui seul connait ? Selon le calendrier officiel, les élections législatives en Angola sont marquées pour le mois d’août 2017. Si le président veut vraiment quitter la scène politique… active, il aurait dit d’une manière claire aux membres de son comité central qu’il ne serait pas tête de liste du parti au scrutin de 2017. Cela aurait ouvert le débat à l’intérieur du parti pour désigner démocratiquement la personne la mieux indiquée pour conduire la liste du  parti aux prochaines élections. Mais non, il a préféré, comme à ses habitudes, créer le flou et installé le doute dans les esprits. Sous d’autres cieux, un congrès extraordinaire serait convoqué pour éclaircir la situation. Mais le parti du chef n’est pas comme les autres. Au chef, on voue un culte exceptionnel. Pour le confirmer, le comité central l’a entériné dans ses fonctions de président jusqu’au prochain congrès, cela suppose qu’il sera tête de liste aux élections de 2017.  S'il est réélu, ce qui est certain, sinon il n’aurait pas monté ce scénario, il promet de partir l’année suivante. A quel moment compte-t-il partir ? Une année compte douze mois. Partira-t-il au mois de janvier ou au mois de décembre de 2018 ? Constitutionnellement, son départ posera un problème puisque l’article128 alinéa2 dit : si le président de la République abandonne ses fonctions, cela entrainera la dissolution de l’Assemblée nationale et l’organisation des élections anticipées dans les 90 jours. L’Angola a-t-il la capacité financière, en ce temps de crise, d’organiser deux scrutins de cette importance en l’espace de quelques mois ? J’en doute fort. Cela me fait dire, à la lumière de ces deux éléments, que son remplacement par le vice-président n’est pas chose acquise. Alors, dans ce cas pourquoi abdiquer au milieu d’un mandat ? Bizarre, non ? En tout cas, cette interrogation a conduit beaucoup d’observateurs de la politique angolaise à exprimer leur scepticisme quant à la sincérité du président angolais, c’est une mascarade disent-ils. Une trame juste pour déplacer le débat qui s’est trop focalisé sur les 15+2 et la crise économique que traverse le pays. Une fuite en avant pour démasquer les « ambitieux » qui se cachent au sein de sa famille politique et qui voudront prendre sa place, affirment d’autres. Notez en passant que l’ambition n’est pas permise au sein du parti des camarades. Les nombreux premiers ministres qui ont gouverné avec Dos Santos savent de quoi je parle.

Mais revenons à notre exercice de réflexion. Nous avons vu que l’article128 alinéa2 de notre constitution rend la situation créée par Dos Santos  très compliquée. Dans ce cas, envisageons la possibilité de reporter les élections de 2017 à l’année suivante. Cela correspondrait exactement aux désirs du président angolais dont le mandat, dans ce cas de figure, s’achèverait en 2018. Seulement, peu d’Angolais souhaitent voir reporter les élections de 2017. Et vous, croyez-vous que cette possibilité est envisageable ? Sinon, nous pouvons examiner une troisième hypothèse : le Mpla choisit un autre candidat pour les élections de 2017 pendant que Dos Santos préside le parti. A l’issue du scrutin qui sera, de toute évidence, gagné par le Mpla, le président cessant prépare la transition pour une passation de pouvoirs apaisée. C’est plus plausible, non ? Sinon pourquoi voter pour un candidat qui va quitter le pouvoir au bout de quelques mois ? A moins que, comme pensent les plus suspicieux d’entre nous,  l’annonce du chef ne soit qu’un mensonge. Ce n’est pas la première fois qu’il nous fait le coup. Vous savez ce qui va suivre maintenant ? Le 2° acte du scénario : les manifestations d’appui au président. Les pionniers, les jeunes, les mères, les militants et j’en passe vont défiler dans les rues de Luanda pour manifester leur attachement au président. Sur les pancartes, on lira : « Dos Santos amigo, o povo está contigo ». Aux yeux de l’opinion internationale, ces manifestations apparaitront comme un cri du peuple en faveur du maintien au pouvoir de son idole. C'est très bien monté, non?

Je reconnais qu’il n’est pas facile dans une situation de cette nature de se forger une opinion, mais pour une fois faites un effort.

 

Eduardo Scotty Makiese.      

dimanche 21 février 2016

Pourquoi les Bakongo et les Ovimbundu sont-ils méprisés par les élites Kimbundu?


La raison fondamentale du mépris.

Le sujet que j’aborde dans le blog d’aujourd’hui est un thème très sensible, capable de susciter des tabous mal conçus, des analyses distordues, du point de vue de l'histoire, dans le contexte actuel de notre pays. Beaucoup d’intellectuels se sont penchés sur la question, mais très peu se sont hasardés à rendre publics leurs travaux parce qu’ils ont estimé que c’est politiquement incorrect. Mais politiquement incorrect pour qui ? Et depuis, le sujet est occulté. Moi je pense, et je ne suis pas le seul,  que nous devons en parler pour transcender le tabou. Je veux que, sans aucun complexe et sans arrière-pensée, nous parlions de la cohabitation, dans le respect des uns et des autres, entre les Bakongo, les Ovimbundu et les Kimbundu à l’intérieur d’un même espace, Luanda. Tous ceux qui ont vécu à Luanda ces quarante dernières années savent que la coexistence entre ces trois ethnies est conditionnée par des paramètres qui échappent au contrôle des citoyens lambda. Mais pour bien suivre le fil de mon raisonnement, je vous suggère de revenir à l’an 1975, début de l’histoire de l’Angola indépendant et du retour dans leur pays d’origine des Angolais, majoritairement Bakongo, exilés au Zaïre (RDC), à la demande du chef de l’État de l’époque. Une décision contestée par plusieurs dirigeants du parti au pouvoir. Des dirigeants qui, pour exprimer leur opposition à ce qu’ils considéraient comme un écart de leur président, mirent en marche une machine à faire passer, dans les réunions de quartiers, des messages de haine à l’endroit de tous ceux qui revenaient particulièrement du Zaïre. Ils ont construit des murs dans les esprits de nos concitoyens. La peur de partager avec les « Bakongo regressados » les retombées d’une indépendance dont ils s’octroyaient la paternité était leur leitmotiv. Grâce à ce procédé, durant des années, les Bakongo revenus du Zaïre ont été victimes de discrimination, brimades, insultes et exactions de la part des natifs de Luanda même si cela s'est quelque peu atténué. Un vrai écueil dans la coexistence qui était censée être fraternelle. Nous vivions tous, même ceux qui ont rejoint aujourd’hui les rangs du parti au pouvoir, dans cette situation sans trouver rien à dire; nous étions résignés, humiliés, étrangers dans notre propre pays. N’hésitez pas de me contredire si j’affabule.

Depuis, je me suis promis de trouver la vraie raison qui justifie le mépris dont nous sommes encore victimes, dans certains milieux,  jusqu'aujourd'hui. Quarante ans après, les dégâts psychologiques causés par ce dédain sont peut-être moins perceptibles, mais le mal-être est toujours là. Est-ce parce que nous venions d’un pays qui avait soutenu les adversaires du parti au pouvoir à Luanda? Est-ce parce que nous parlions la langue portugaise avec un accent français? Non, la raison est ailleurs. Pour chercher une réponse à ces interrogations, j’ai décidé de remonter le temps.

En compulsant des archives sur l’histoire de l’Angola, j’ai découvert que le mot Angola a sa racine dans le terme Ngola qui était un titre dynastique des souverains Kimbundu du Royaume de Ndongo et Matamba. Un titre qui est resté en usage jusqu’à la conquête du territoire Ngola par le pouvoir colonial portugais en 1626. Il est intéressant de noter que le Royaume de Ndongo a été longtemps vassal du Royaume de Kongo. C’est pendant le règne de Ngola Kiluanje Inene (1515-1556) qu’il  a accédé à son « indépendance ». Géographiquement, le Royaume de Ndongo était entouré au nord par le Royaume Kongo, à l’est par l’empire Lunda-Tchokwe, et au sud par le Royaume Bailundo. Pour se défendre, les Kamundongo avaient passé des alliances avec les royaumes qui les entouraient. Mais face à l’océan, d’où débarquaient les « conquistadores », les habitants du petit royaume, sous une pression psychologique, nourrissaient d’un complexe d’infériorité et assumaient une posture de flexibilité vis-à-vis du pouvoir colonial. C’est de cette manière qu’une coalition avec les blancs est rendue possible durant la guerre de colonisation et de pacification de l’Est et du Centre-Sud du territoire que nous appelons aujourd’hui Angola. Pendant toutes ces périodes, le territoire de Ndongo et Matamba est désigné « Terras de Ngola » ou « Terras de Angola ». Dans la lutte de colonisation qui s’en suit, tous les royaumes conquis par les blancs feront partie, avec le royaume de Ngola, de l’actuel territoire de l’ANGOLA (Berlin 1884/1885). Tout ceci révèle que le nom « Angola » a été imposé par le pouvoir colonial aux autres royaumes sans leur consentement (1)


Comme vous l’aurez certainement compris, la question à laquelle j’essaye de répondre n’est pas celle de l’origine du mot Angola. Ma principale préoccupation est le réflexe psychologique et matériel que ce nom « Angola » exerce sur les Angolais de différentes origines ethnoculturelles et géographiques. En plus, j’ai trouvé que l’origine de ce nom a un impact énorme sur la réalité du pays. Combien de fois n’entend-on pas dire que l’Angola n’est pas uniquement Luanda ? L’attention qu’ont toujours accordée les différents gouvernements à la ville de Luanda et ses environs soulève parfois quelques interrogations. Corrigez-moi si je me trompe. Pour nous tous, l’identité angolaise doit refléter le sentiment d’appartenir à une même nation. Mais dans les circonstances actuelles, cette réalité ne réunit pas les conditions psychologiques nécessaires à une vie en commun. Ce qui me conduit à affirmer, à la lueur de notre cohabitation, que dans cette nation en construction, un groupe ethnique (les Kamundongo) se sent pleinement à l’aise tandis que les autres se sentent marginalisés, exclus et méprisés. Le « vivre ensemble », dans ces conditions, produit des réflexes inattendus dans la conscience collective des autres peuples. Les élites « Kimbundu », par exemple, se conforment difficilement au concept d’égalité et d’attribution de la nationalité « angolaise » dérivée des « Terras de Angola »(royaume de Ndongo et Matamba) aux autres peuples qui ne sont pas de la même origine ethnoculturelle. C’est ainsi qu’apparaissent des signes de sentiment de supériorité. Eux sont de vrais Angolais, les autres sont des étrangers (zaïrenses) ou des Angolais de « segunda »(baïlundu). Dans la subconscience des élites kimbundu, le fait que l’Exécutif ait établi son pouvoir sur les cendres de l’ancien royaume de Ngola a des implications profondes dans la manière d’envisager le concept de l’État angolais. Il y a une école de pensée au sein du parti au pouvoir, le Mpla, qui estime que la réhabilitation et la restitution de ce royaume, aussi utopiques soient-elles, serviront d'axe central à la renaissance du nationalisme Kimbundu (1). Dans ce rêve, les créoles, personnes d’origine inconnue nées sur nos terres, essayent de tirer les marrons du feu. Selon eux, dans la société angolaise il n’y a qu’un groupe ethnique qui a le droit de gouverner le pays. Les autres, c'est-à-dire les Bakongo, les Ovimbundu et les autres, sont obligés à subir la loi du vainqueur. Vous connaissez des Bakongo ou Ovimbundu qui font partie du cercle du pouvoir en Angola ? Tous ceux qui étaient là ont été poliment écartés au nom de la réhabilitation d’une idée insensée. Le dernier, réhabilité aujourd'hui, je ne sais pas au nom de quel genre d'amitié, est un général de l’armée, qui a été exclu comme un malpropre et a pris quatre ans de prison. Ceux, des Bakongo, qui s’accrochent sont nommés à des fonctions subalternes dans leurs provinces d'origine. L’ancien griot du régime est un Mukongo nommé ambassadeur dans un trou perdu sur la côte occidentale de l'Afrique en remerciement à son ardeur à chanter les louanges du Mpla et de son régime.
C’est à ça que nous sommes réduits. Le saviez-vous ? 


 
 (1): Dr. Carlos Kandanda 

Sobamasoba, l'analyse politique qui informe. 

Eduardo M.Scotty 


 

        
             

dimanche 31 janvier 2016

La fin de l'Eldorado : chômage et insécurité, corollaires de la crise.


Je ne sais pas si vous le savez, mais le procès des 15+2 « revus », arrêtés pour préparation d’actes de rébellion et organisation d’un coup d’État en Angola, a été encore ajourné par le Tribunal de Luanda. Raison invoquée : Les témoins convoqués ne comparaissent pas aux audiences. Le manque des coordonnées de ces derniers rend difficile la distribution des convocations. Savez-vous pourquoi ? En Angola, 40 ans après l’indépendance, il y a encore des quartiers entiers dont les rues ne portent aucune indication. Même avec des services postaux efficients, ce qui n’est pas le cas de l’Angola, il est pratiquement impossible de faire parvenir un courrier à un citoyen dont on ne peut pas localiser le domicile. Si le 8 février 2016, nouvelle date fixée par le tribunal pour la reprise des audiences, les témoins ne comparaissent pas, que fera-t-on des détenus ? Je ferme cette parenthèse parce que ce procès n’est pas notre sujet d’aujourd’hui, mais je continue à me poser la question.  

Mon blog de ce jour, je le consacre à la crise qui frappe notre pays et à ses conséquences les plus visibles : le chômage et la criminalité. Deux fléaux qui nous empoisonnent la vie et dont les courbes, aux dernières nouvelles, sont loin de s’inverser. Les recettes fiscales qui font vivre notre pays ont tellement diminué que l’économie nationale s’est fortement ralentie, favorisant de ce fait la fermeture de plusieurs entreprises et le licenciement des milliers de travailleurs.

Ce surprenant fléchissement de notre économie nous a mis dans une situation préoccupante : Les expatriés qui étaient venus monétiser leur savoir pour nous aider à développer notre pays commencent à retourner chez eux. Même nos amis cubains ont manifesté, face à notre difficile situation, quelques signes d’irritation. L’Angola n’a plus d’argent. Quel que soit le discours apaisant de nos gouvernants, nous sommes contraints de reconnaître que nous vivons en ce début de 2016 une crise économique sans précédent. Le manque de devises (dollars américains) dans les banques angolaises génère des difficultés qui empêchent les entreprises en activité de continuer à produire. Impossible d’importer des matières premières pour les usines. Impossible de payer les salaires des cadres étrangers en service dans ces industries et entreprises de construction. Je vous rappelle ici que dans un pays en pleine reconstruction comme le nôtre, nous avons environ 1300 entreprises de construction et 200.000 travailleurs expatriés, dont plus de 80.000 ont déjà quitté le pays faute de solvabilité des employeurs qui, eux-mêmes, sont desservis par les banques à court de dollars américains pour donner à leurs clients et aux entreprises afin de payer leurs fournisseurs et travailleurs. Cette situation a provoqué des désagréments que le pouvoir en place impute à la baisse du prix du baril de pétrole. Alors, je me suis posé la question suivante: comment des responsables qui nous gouvernent depuis quarante années peuvent ignorent que gouverner, c’est prévoir ? N’ont-ils pas tiré les leçons de la crise de 2008/2009 ? Bien sûr qu’ils ont tiré les leçons de cette crise. Ils ont même fait mieux. Selon les experts économiques angolais, une importante provision d’argent est constituée à partir de 2011 et sa gestion est confiée au Président de la République. Cette réserve, mise sur pied uniquement avec des recettes fiscales pétrolières, apparait d’ailleurs, noir sur blanc, dans le budget national de l’État. Ce « dépôt » est estimé à 37.000.000.000 de dollars américains versés de la manière suivante : 15,3 milliards en 2011/ 15,0 milliards en 2012/ 4,40 milliards en 2013 et 2,30 milliards en 2014 (1). Mais aussi incroyable que cela puisse paraître, au moment où nous en avons le plus besoin, la réserve a disparu. Où est passé cet argent? C’est un mystère. 
L’année 2011 a été l’année de très bonnes résolutions pour notre pays, me semble-t-il. C’est au cours de cette même année que la loi 26/10 du 28/2 a été votée en prévision d’éventuels moments difficiles que peut connaître le pays. Une loi du budget de l’État pour l’exercice économique 2011 créant une autre réserve dont la gestion est confiée aussi au Président de la République. Cette réserve est dénommée : Réserve stratégique financière pétrolière pour les infrastructures de base. Cette provision est alimentée par les droits patrimoniaux de l’État dans les concessions pétrolières. Selon le Ministère des Finances, au cours de quatre dernières années, les recettes qui approvisionnent cette réserve ont atteint le chiffre de 93.000.000.000 de dollars américains, de 2011 à 2014 (1). Si nous faisons le calcul, nous disposons de deux Fonds dont le montant total est de 130.000.000.000 $ (cent trente milliards de dollars). Cet argent, selon nos experts économiques, est suffisant pour faire fonctionner l’État pendant quelques années, en faisant attention aux dépenses, sans trop des difficultés. Mais où est donc passé cet
argent ? Le mystère s’épaissit encore plus, obscurcissant l’horizon et
précipitant le pays dans une terrible incertitude. Notez qu’ici, je ne fais pas mention du Fonds souverain géré par le fils du monarque.

La crise ainsi provoquée a deux retombées pour notre pays : le chômage et l’insécurité. C’est à Luanda que le nombre des chômeurs est le plus élevé. L’exode des populations, pour des raisons que nous connaissons tous, a fait que 1/3 des habitants du pays vit ou survit dans la capitale à la recherche de meilleures conditions. Luanda étant entouré d’une importante zone industrielle, tout le monde nourrit l’espoir de pouvoir y trouver un travail stable pour subvenir à ses besoins. Malgré le nombre croissant des usines autour de la capitale, malheureusement l’offre est toujours restée inférieure à la demande. Avant la crise, le pays comptait 20-25% de chômeurs. Avec la fermeture des entreprises, je vous laisse le loisir de consulter les statistiques du ministère du Travail.

Deuxième répercussion de la crise : la criminalité. L’insécurité est de plus en plus grandissante. Des zones de non-droit ont vu le jour dans le pays. Des zones où la police n’entre pas la nuit. La journée, des délinquants, comme à l’époque des diligences dans le Far West, arraisonnent les taxi-bus et les taxis collectifs dans les quartiers périphériques et soulagent les passagers de leur argent et biens divers. La nuit, ce sont les habitations qui sont prises d’assaut. Selon la Police nationale, 20 associations de malfaiteurs ont été démantelées dernièrement à Luanda (1). Je vous laisse imaginer leur nombre dans une ville de 6 millions d’habitants.

 

(1)     Chiffres et montants : Source  club-k.net

 

Eduardo Scotty Makiese.