vendredi 6 janvier 2017

Du marxisme au libéralisme sauvage, le MPLA peine à trouver sa voie. Laquelle?


Décidément, la période précédant les fêtes de Noël et de Nouvel An inspire beaucoup mes oncles paternels. Après celui qui m’a briefé sur Zé Kitoumba, c’est au tour du cadet, le jour suivant, à m’expliquer combien les idéologies politiques rapportées de l’étranger peuvent causer du tort aux populations des pays fraîchement libérés du joug colonial. Leur passage d’un régime colonial assujettissant à un autre qui lui ressemble par ses méthodes, les plonge inévitablement dans une longue et difficile recherche d’identité politique et économique. Mon oncle qui est un bon observateur de tout ce qui se passe autour de lui tient à illustrer son propos en me racontant l’histoire de Bangoula, le pays où il a passé toute sa jeunesse et qui a accédé à l’indépendance dans des conditions dramatiques. Une guerre fratricide a salué l’accession de ce pays à la liberté ; une guerre qui a duré plusieurs années et fait des milliers de victimes.  Dans ces conditions, durant les premières années d’indépendance de la nouvelle république, les ressortissants de ce pays n’ont pas pu jouir des bénéfices de l’indépendance. Le départ précipité des colons les avait plongés dans un abîme d’incertitudes. Le nouveau pouvoir, trop susceptible, avait imposé un contrôle rigoureux à la circulation des hommes et des biens. Le rationnement était devenu le nouveau mode de vie dans le pays. C’est dans ce climat d’inconstance que le premier président de cette nouvelle République populaire décède d’une mort consternante. L’espoir d’un changement durable qui commençait à poindre à l’horizon s’était brisé comme une vague sur les rochers au bord de l’océan. Avec la nomination d’un nouveau Chef de l’État, la population, sur toute l’étendue du territoire, a vu apparaitre dans sa vie de chaque jour une réalité nouvelle : celle d’un pays dans lequel les uns bénéficient de tout et les autres, de rien. Finalement, les promesses contenues dans la propagande qui a précédé la libération du pays n’ont été que des balivernes. Et au fil des années, le mode de vie imposé par l’État a fini par mettre un terme aux illusions postcoloniales de ce peuple désabusé. Meurtris dans l’âme, les Bangoulais, résignés et incrédules, ont assisté à la confiscation de toutes leurs libertés, même les plus élémentaires.  Fini le temps d’acheter, comme à l’époque coloniale, n’importe quoi, n’importe quand. Toute acquisition de biens industriels ou alimentaires était désormais conditionnée par la possession d’une carte spéciale dont seuls les travailleurs étaient attributaires. «Qui ne travaille pas, ne mange pas ». C’était le communisme dans sa version bangoulaise. Un système social, politique et économique fondé sur la propriété collective à l’intérieur duquel l’égalité devait être le principe fondateur. L’égalité, la lutte des classes. Des principes qui sous d’autres cieux augurent dans les meilleurs de cas d’une société dans laquelle les bénéfices de l’État sont redistribués équitablement. Mais était-ce le cas dans la République populaire de Bangoula? Visiblement, non ! La manière de gérer le pays ne correspondait pas aux exigences du peuple qui  s’était aperçu très tôt des injustices flagrantes dont il était victime. Comme dans tous les pays communistes à l’époque, les cadres supérieurs et dirigeants du parti au pouvoir vivaient dans l’opulence tandis que le reste de la population se contentait des miettes. Plusieurs années après, c’est toujours pareil à Bangoula. Chaque jour, le fossé qui sépare les riches des pauvres est de plus en plus profond.  

Ce résumé de l’histoire de la République de Bangoula ressemble à s’y méprendre à l’histoire de l’Angola. Marxiste à son accession à l’indépendance, social-démocrate dans les années 90, l’Angola est aujourd’hui plongé dans un libéralisme sauvage qui ne dit pas son nom. Le passage du marxisme au libéralisme n’a pas été, me semble-t-il, suffisamment pensé. Car l’économie planifiée liée à la doctrine marxiste dont le régime s’est affublé durant plusieurs années a pris en otage tout le système économique angolais. Aujourd’hui, c’est dans un désordre dévastateur que l’économie de marché se fraye un chemin dans le système communiste moribond expérimenté par le Mpla dans le pays. Une nouvelle économie dont la complexité a malheureusement ouvert la porte à la culture de la corruption, du népotisme et de l’impunité. Ne sachant pas dominer les mécanismes des phénomènes de production, de circulation, de répartition et de consommation des richesses, base fondamentale de l’économie de marché, le Mpla a plongé le pays dans un profond désordre des finances publiques. La situation difficile que connait l’Angola aujourd’hui n’est pas seulement liée à la baisse du prix de pétrole, mais elle est le résultat d’une méconnaissance des règles qui régissent l’économie de marché. Dans le souci de bien faire, il est plusieurs fois arrivé aux dirigeants angolais de mélanger les principes de l’économie planifiée, à laquelle ils sont intimement liés, à ceux de l’économie de marché.  Dans cet apprentissage du libéralisme, à chaque tentative ils se sont pris les pieds dans le tapis. Pour preuve, la conversion des UEE (Unidade economica estatal) en entreprises privées fut une catastrophe. Et le résultat est celui que nous vivons actuellement dans le pays.

Mon oncle n’a pas l’âme d’un opposant. Lorsqu’il me raconte cette histoire, il ne cherche pas à faire de moi un opposant. Et moi quand je vous la raconte, je ne cherche pas à faire de vous des opposants. Je veux tout simplement que vous ne croupissiez pas dans l’ignorance. Car, qui ne connait pas sa vraie histoire, la vraie histoire de son pays, est comme un être sans repères. Pensez-y !

 

Sobamasoba, l’analyse politique qui informe.

 

Eduardo M. Scotty.             

 

samedi 17 décembre 2016

Zé Kitoumba, l'homme qui devait...,mais n'a pas pu.


Il s’appelait Zé Kitoumba et était devenu chef du village depuis la mort de son oncle par alliance, Kota Mangouxi. Selon la coutume, la chefferie ne devait pas lui revenir, mais comme il était le seul neveu dont le profil correspondait à ce que le clan recherchait, il fut intronisé. Néanmoins, quelques jours avant son intronisation, les anciens s’étaient réunis pour débattre de sa désignation à la tête du clan. À cette importante réunion, censée être consensuelle, un vrai clivage est apparu: les gardiens de la tradition et les colombes. Pour les premiers, le fait que le père et la mère de Kitoumba ne soient pas de la région ne plaidait pas vraiment en sa faveur. Pour les autres, plus indulgents, le petit pouvait occuper la chefferie puisque le vieux Mangouxi était marié à la sœur de sa mère et qu’il avait grandi dans le village. Comme vous l’aurez certainement compris, Zé Kitoumba n’est pas né dans cette contrée. Sa mère l’y a ramené alors qu’il n’avait que quatre ans. Très studieux, à sa majorité il a quitté le village pour aller s’instruire à l’étranger. Quelques années plus tard, il est revenu formé et très cultivé. Même s’il a toujours été maladivement timide, son niveau intellectuel le disposait à substituer le vieux Mangouxi, arrivé, lui aussi, à la tête du clan dans des conditions très contestables. En tout cas, le jeune homme avait l’air très honnête même s’il paraissait, à certains égards, quelque peu moins sûr de lui. Mais ne dit-on pas: c’est en forgeant le fer qu’on devient forgeron ? Devant une telle évidence, les gardiens de la tradition ont fini, la mort dans l’âme, par céder. C’est comme cela que    Zé Kitoumba est devenu le plus jeune chef de clan de sa génération.

Cette histoire m’a été contée par mon oncle paternel un soir de clair de lune, la veille de Noël, à la sortie d’une houleuse réunion avec ses frères et sœurs. Mon oncle a voulu par cet échange me montrer combien il est hasardeux/imprudent de confier les rênes d’un clan à quelqu’un dont les origines sont douteuses. À notre époque me disait-il, les blancs avaient introduit, parfois de bonne foi, des hommes venus de loin au sein de nos communautés pour suppléer au manque de la main-d’œuvre. Arrivés sur nos terres, ces hommes se sont mariés et ont eu des enfants avec nos filles.  Un jour, ils sont partis sans laisser d’adresses. Les enfants issus de leurs unions sont devenus un vrai problème pour nous quand est arrivé le moment de leur confier des responsabilités au sein de différents clans. Aujourd’hui, ils éprouvent énormément de difficultés à pouvoir s’identifier à nous. Quels que soient les efforts qu’ils fournissent pour se mettre dans la peau d’un natif du village, il y a toujours un ou deux légers détails qui les embarrassent. Ils manquent de spontanéité dans leurs actions. On voit bien que leurs racines sont ailleurs.

Kota Mangouxi n’était pas un homme extraordinaire, c’est vrai, mais il avait le souci du bien-être des siens. À ses débuts, le jeune Kitoumba marchait sur les pas du vieil homme. Dans le village, presque tout le monde appréciait son travail. Des éloges à son endroit fusaient de partout. Des chants de louange étaient chantés en son honneur ; le climat de paix régnait dans la communauté, témoin de la qualité du travail abattu. Mais comme le pouvoir corrompt, Zé Kitoumba, influencé par l’équipe de conseillers qui l’entourait, finit par dévier du chemin tracé par le vieux Mangouxi. Au bout de quelques années, le jeune homme dévoué que les villageois avaient connu s’était mué en rapace. Toutes les personnes ayant collaboré avec l’ancien chef du village étaient écartées du cercle du pouvoir. Pris dans le tourbillon de l’égocentrisme, il est devenu un homme insensible. Les valeurs sur lesquelles était basé son discours ont disparu de sa dialectique. Ce village où coulaient le lait et le miel n’était plus qu’un souvenir. Tous ceux qui s’y étaient installés pour profiter de sa bonne santé économique repartaient chez eux déçus par la mauvaise gestion de Zé Kitoumba. La rivière qui fournissait l’eau au village était devenue boueuse. La nuit, tout était dans le noir complet. Faute de carburant, le groupe électrogène qui alimentait les habitations en électricité était en panne sèche. À cette série noire s’est ajoutée une épidémie de choléra résultante d’un manque criant d’hygiène.  Le village a connu des dizaines de morts. Pas de médicaments, pas de dispensaire. Tout allait à vau-l’eau. Toutes ces difficultés ajoutées les unes aux autres ont fini par générer un mécontentement dans le village. Petit à petit, l’idée de remplacer Zé Kitoumba par un autre chef a commencé à germer dans la tête des dignitaires du village. Enfermé dans sa cour avec ses courtisans, Kitoumba était incapable de lire les signes du temps. Il manifestait de la fatigue dans l’exercice de ses fonctions. Le pouvoir l’avait-il corrompu au point de le rendre malade ?

Mon oncle a-t-il raison lorsqu’il affirme que la chefferie dans une contrée doit revenir uniquement aux natifs du village ? Zé Kitoumba n’a-t-il pas fait preuve d’incompétence dans l’exercice de ses fonctions ? Le travail et les résultats, n’est-ce pas ce qui compte dans la gestion de la chose publique ?  Mon oncle a promis de me raconter le reste de cette histoire après les Fêtes de Noël et du Nouvel An.

Je vous souhaite tous de passer une heureuse fête de Noël et Bonne Année 2017.

 

Sobamasoba, l’analyse politique qui informe

Eduardo Scotty Makiese       

dimanche 4 décembre 2016

José Eduardo dos Santos: cette fois, c'est la bonne.


La semaine qui vient de s’écouler a été très riche en émotion dans notre pays. Après une importante réunion du Bureau politique du Mpla, réunion au cours de laquelle le président Dos Santos a exprimé son intention de ne pas briguer un autre mandat à la tête de l’État, c’est au Comité central du même parti qu’est échue quelques jours après la décision d’entériner non seulement le choix du leader du Mpla, mais d’avaliser aussi la nomination de Joâo Lourenço (ministre de la Défense et vice-président du Mpla sur la photo) et Bornito de Sousa ( ministre de l’Aménagement du territoire) comme têtes de liste du Mpla aux élections de 2017. À l’annonce de cette nouvelle, beaucoup d’Angolais se sont réjouis du fait que cette fois, Dos Santos a tenu parole. Erreur. Dos Santos ne se retire pas de la scène politique par sa propre volonté, il y est contraint par ses médecins. Depuis un certain temps ses visites médicales à Barcelone sont devenues très fréquentes, signe d’une rapide dégradation de sa santé. Les responsabilités à la tête de l’État exigent que le patron soit en bonne santé physique et mentale. Ne pouvant plus répondre à cette condition, Dos Santos, malgré lui,  a décidé de céder sa place au tandem proposé par le BP de son parti.

Le peuple a-t-il raison de se réjouir du retrait de Dos Santos ? Si c’est vrai que le président Dos Santos a toujours été un problème pour notre pays, le système qu’il a installé dans le pays pendant les 37 années de règne l’est autant. Lui partit, le Mpla et le système resteront en place avec leurs méthodes répressives. D’ailleurs, depuis quelques jours nous assistons à un conditionnement de l’opinion publique. En lisant les nouvelles sur les sites d’informations du gouvernement, on a l’impression que la monarchie est en train de s’organiser pour couronner le successeur du roi. Et les élections en 2017 ? Qui nous dit que le Mpla va les gagner ? La fraude électorale serait-elle déjà organisée ? Dos Santos et ses amis ont un bilan à défendre, et à ce que je sais, il n’est pas très brillant. Si Dos Santos dans les années 80 bénéficiait d’un important soutien populaire dans le pays, au cours de cinq dernières années, il a connu une période de dépérissement de son image. Un dépérissement lié à une ascendante impopularité au sein de la jeunesse qui, à travers les réseaux sociaux, l’accuse d’être un président qui recourt aux forces de la police pour opprimer tous ceux qui critiquent sa longévité au pouvoir. Les scandales de corruption et le népotisme ont été très préjudiciables à ses 37 années de règne. Je me demande si l’opinion lui pardonnera toutes les injustices commises pendant son long mandat.

En écrivant ces lignes, je m’interrogeais sur la lecture que font les Angolais de la situation politique dans leur pays. Il y a ceux qui comme des moutons suivent le berger sans se poser des questions, mais il y a aussi d’autres, comme vous et moi, qui cherchent à comprendre le pourquoi de ce qui se passe dans le pays. Parce qu’aussi incroyable que cela puisse paraître, peut-être vous ne la saviez pas, il y a des irréductibles dans les rangs du Mpla. Parmi eux, il y a des intraitables comme Manuel Helder Vieira Dias ou le Général  José Maria qui croient que le président, quel que soit son état de santé, ne peut pas quitter le pouvoir. Pour eux, le départ de Dos Santos signifierait la fin de leurs privilèges. D’ailleurs, pour montrer leur attachement à ces privilèges, à la réunion du Comité central, Manuel H.V.Dias a poussé Kundi Paihama, le fidèle parmi les fidèles, et Joanes André à  organiser à l’intérieur du parti un front des faucons opposés au retrait de la vie politique du président Dos Santos. C’est vraiment dommage pour lui que la tentative n’ait pas réussi. Toutefois, cela n’a pas empêché le puissant Général Zé Maria de tenter de prendre le président par les sentiments. « S’il s’en va, je m’en vais aussi » a-t-il confessé aux officiers de son service (source club-k.net) alors qu'il est déjà sur la liste des officiers qui iront à la retraite dans quelques mois. Voilà le genre d'officiers à qui les Angolais ont confié leur destin. Pitoyable. En tout cas, nous savons maintenant que pour lui, entre Dos Santos  et l’Angola, le choix est clair. Alors, je me pose la question de savoir : Au service de qui était-il pendant toutes ces années ? Dos Santos, serait-il à ses yeux, plus important que l’Angola ? Les masques vont tomber.   

 

Sobamasoba, l’analyse politique qui informe.  

Eduardo Scotty Makiese.

lundi 28 novembre 2016

La manifestation du 26 novembre 2016 interdite à Luanda.


Le 26 novembre 2016, cette date vous dit-elle quelque chose ? Non ? Je m’en doutais. C’est le jour que la société civile angolaise avait choisi pour organiser à Luanda une manifestation contre la nomination d’Isabel dos Santos à la tête du Conseil d’administration de Sonangol. Une entorse à la loi sur la probité. La demande en annulation déposée par un groupe d’avocats n’ayant pas abouti, un petit comité de patriotes composé de Marcolino Moco (frondeur du Mpla), William Tonet (journaliste Folha8), Luaty Beirâo (du procès 15+2), David Mendes (Mâo livre, avocat) et Sizaltina Cutaia ont décidé de braver la peur du régime et d’organiser une manifestation pour protester contre l’attitude complice du tribunal suprême dans le dossier « Isabel dos Santos-Sonangol ». L’organisation des manifestations ne requérant aucune autorisation, selon la constitution angolaise, 45 jours avant le 26 novembre, une note d’information par laquelle les organisateurs demandaient aux autorités urbaines de sécuriser les abords de la place du 1°Maio pour éviter tout débordement, fut adressée au gouverneur de la ville. C’est la procédure. On croirait que le respect de la constitution était entré dans les mœurs. Erreur. Deux jours avant l’événement, un communiqué de l’Autorité urbaine interdisait la manifestation sous prétexte que le Conseil des églises chrétiennes en Angola avait prévu d’organiser à cette date et sur le même parcours une manifestation ayant pour thème « le rôle de la femme religieuse dans la consolidation de la paix en Angola ». Foutaise !

Lorsque j’ai eu connaissance de cette information, je me suis rappelé ce qui se passe actuellement dans la très démocratique République du Congo (RDC) avec le président Joseph Kabila. Dans ce pays voisin de l’Angola, chaque fois que les partis d’opposition décident, pour une raison ou pour une autre, d’organiser un meeting ou une quelconque manifestation, les chefs de la police organisent un match de football (de 5heures du matin à 18 heures) à l’endroit prévu pour le meeting afin de les empêcher de s’exprimer. Nulle part ailleurs en Afrique on ne peut assister à ce genre d’écrasement.   Seule la région de l’Afrique centrale est en train de devenir le creuset des méthodes d’oppression dignes de machiavels. Après les changements de constitutions en Angola, au Burundi, au Rwanda, au Congo et au Tchad, le musellement des opposants par ce nouveau procédé qui apparemment ne viole aucune loi s’est déjà étendu au Gabon. Et demain…

Revenons au cas de l’Angola qui nous intéresse le plus. L’État, pour justifier l’annulation de la manifestation du 26 novembre, a utilisé le Conseil des églises chrétiennes en Angola (CICA) dont le rôle dans le scénario parait peu structurant. Nous sommes tous d’accord pour dire que les femmes ont, indiscutablement, le droit d’exercer de la manière qu’elles désirent leur liberté religieuse dans notre pays qui est un État laïc. Mais, que le CICA apparaisse au milieu d’un imbroglio d’histoires mal contées me rappelle des positionnements politiques qui avilissent l’image de l’Église. Est-ce le cas ? Peut-on affirmer que le CICA est inféodé au Mpla ? Il existe parfois des coïncidences qui nous obligent à nous interroger. Parce que la réalisation d’une marche pour la paix à une date hors du contexte et qui coïncide avec une autre manifestation convoquée par la société civile  et qui a été largement divulguée ouvre sincèrement des brèches pour plusieurs interprétations. À moins que quelque chose d’extraordinaire soit arrivé, on imagine mal la main de Dieu dans cette coïncidence.

Dénoncer une telle posture ne fait pas de moi un opposant. Ceux qui croient que je suis contre le Mpla se trompent sur toute la ligne. Ce que je condamne, c’est la politique et les méthodes du Mpla. Dans leurs agissements il n’y a pas de place pour le peuple. Sinon pourquoi il y aurait autant de pauvres dans notre pays ? « Avec cette posture, le Mpla est en train de semer les graines de la révolte sociale » a dit William Tonet.   A-t-il raison ? 

Sobamasoba, l’analyse politique qui informe.

 

Eduardo Scotty Makiese.

 

 

               

vendredi 25 novembre 2016

L'Angola, un pays riche en pauvres.


La semaine dernière, SIC tv, chaine portugaise d’informations, a présenté à ses téléspectateurs un reportage sur l’Angola d’aujourd’hui. Réalisé à l’intérieur du pays, ce documentaire dont le contenu reflète exactement le vécu de l’Angolais dans sa vie de chaque jour a été également vu par plusieurs milliers de téléspectateurs à Luanda. Moi, c’est sur internet (http://sic.sapo.pt/) que j’ai pu le regarder. Je l’ai trouvé intéressant et interpellant. « Angola, um pais rico com 20 milhôes de pobres » est le titre de l’œuvre télévisée. Contrairement au reportage diffusé par TVI il y a deux ans, exaltant en termes irréels et pompeux le soi-disant progrès social en Angola, le document  présenté par SIC tv retrace, à mon humble avis, une autre réalité, celle des hommes et des femmes qui vivent dans la misère et n’ont plus peur de dire la vérité. C’est à Chavoka, Catumbela, Lobito et Benguela que Sic tv a réalisé ce reportage plein de récriminations.

Au lendemain de la présentation de ce document, les réactions ne se sont pas fait attendre. Un des arguments de contestation officielle pour discréditer la chaine Sic tv est la négation des statistiques présentées par la télé portugaise. Heureusement que le ridicule ne tue pas. Comment peut-on contester des chiffres qui sont publiés par des organismes internationaux auxquels appartient l’Angola ? 80% des élèves du primaire n’atteignent pas le niveau secondaire ; 60% de la population n’ont pas accès à l’eau potable ; 90% des habitations ne disposent pas du nécessaire pour l’hygiène basique ; 3% seulement du budget sont alloués à l’Éducation et 5% à la Santé. Présentés de cette manière, ces chiffres sont mortifères pour le pouvoir, mais ils ont la vertu d’indiquer à quel  résultat est arrivé un pays riche dans le processus de paupérisation de sa population. D’ailleurs, présentement, dans la liste des pays en voie de développement, l’Angola tient la queue avec la Birmanie, le Zimbabwe et le Swaziland. Ces chiffres sont aussi le résultat de la mauvaise gestion de la chose publique et du détournement de fonds publics qui, à la rigueur, peuvent servir d’exemple dans un quelconque manuel d’économie dont le titre serait « Comment paupériser un pays riche ». Sur un total de 188, l’Angola occupe la 149° place en termes de développement humain (IDH) ; l’espérance de vie est de 52 ans ; le taux de mortalité infantile est de 101 bébés sur 1000 (un taux supérieur à 10%) ; seulement 167,4 enfants sur 1000 atteignent l’âge de 5 ans (16%) ; le décrochage scolaire de 68,71% dans l’enseignement primaire ouvre la voie à l’analphabétisme.

Quant à la pauvreté, les statistiques indiquent que 43,4% de la population vivent avec 1,25 dollar par jour, soit 38 dollars par mois. À l’intérieur de cette population, une nouvelle classe a vu le jour, celle des travailleurs pauvres. Ils sont 56,4% et vivent avec 2,00 dollars par jour. Ceci signifie que le travail et l’emploi ne concourent plus à l’éradication de la pauvreté. Au contraire, cette valeur fondamentale qu’est le travail a perdu tout son contenu, et condamne une importante frange de la population au désespoir, la pire condamnation qui puisse exister dans le monde. Devant cette vérité, nous les Angolais devons dénoncer tous ceux qui manipulent, comme un certain camarade dont je préfère taire le nom, attaché de presse à l’ambassade de l’Angola à Lisbonne, les chiffres pour donner une meilleure image de notre pays à l’étranger. L’Angola doit être vu tel qu’il est avec ses insuffisances afin nous puissions les surmonter. C'est pourquoi je m'évertue à dire la vérité dans toutes mes analyses. Tous ceux qui croient en Dieu savent que la vérité affranchit. S'atteler à dire la vérité ne fait pas de moi un opposant au régime de Dos Santos. Si je prends le risque de publier ce qui fait mal à nos dirigeants, c’est parce que j’estime qu’il est de mon devoir d’informer mes concitoyens et les amis de l’Angola. Mon but n’est pas de renverser le régime et de prendre le pouvoir. Je n'en ai pas les moyens. Par mes écrits je veux susciter le débat et éveiller les consciences. Si nous étions plusieurs à accomplir ce devoir, nos concitoyens nous seraient très reconnaissants.

Honni, soit qui mal y pense.     


-          http://data.worldbank.org/


Je vous laisse ces liens pour qu’ils enrichissent votre recherche.

 

Sobamasoba, l’analyse politique qui informe.

 

Eduardo Scotty Makiese.

 

         

dimanche 13 novembre 2016

Kundi Paihama, le Général devenu maître dans l'art de conditionner les opinions publiques.


Ma publication d’aujourd’hui, une fois n’est pas coutume, ne se penchera pas uniquement sur l’analyse d’un fait, mais elle sera en partie consacrée au portrait d’un homme. Un homme qui par ses méthodes peu orthodoxes cultive et entretient l’image du Mpla au début de chaque campagne électorale ; un militaire converti en homme politique. Cet homme est un personnage qui intrigue et suscite autour de lui énormément de curiosité.   Plusieurs fois ministre et gouverneur de province, Kundi Paihama puisque c’est de lui qu’il s’agit, incarne à lui tout seul ce que le Mpla renferme de machiavélique. Il appartient, comme son collègue le général Zé Maria, à la catégorie de ceux qui, au sein du parti,  imposent leur volonté au président Dos Santos. Parler spécialement de ce Général/gouverneur c’est entrer au cœur du système qui soutient le parti au pouvoir. De tous ses camarades au sein du Mpla, il est un des rares dont la loyauté au président Dos Santos est indéfectible. Depuis 1979, il est omniprésent dans les sphères du pouvoir. Les analystes politiques à Luanda le considèrent comme faisant partie des hommes du président, intouchable et fidèle.   

Ce haut dignitaire du régime, très proche de Dos Santos, ne fait entendre le son de sa voix qu’à l’approche des élections. Dans la machine à faire « gagner » le Mpla, c’est lui qui conçoit l’élément de langage qui sert de soubassement à la propagande du parti. Sa stratégie consiste à insuffler dans l’esprit des Angolais l’existence dans le pays des bandes armées ou des terroristes imaginaires qui menaceraient l’intégrité territoriale et provoqueraient une conflagration. Dans un pays qui a connu 27 ans de conflit armé, agiter le spectre de la guerre réveille des peurs et des souvenirs que le peuple souhaite oublier à jamais. À l’approche des élections de 2017, le Général Kundi Paihama, devenu gouverneur de la province de Cunene après son éviction de Huila et Huambo, refait surface dans une affaire plus insolite que celle des armes cachées par l’Unita en 2012. Cette fois encore, le but poursuivi est le même: conditionner l’opinion nationale et internationale; emmener les éventuels électeurs à prendre fait et cause pour Dos Santos et ses amis malgré la situation désastreuse du pays. Pour convaincre l’opinion nationale de la sincérité de son argumentaire, comme d’habitude il s’est choisi une cible : le père catholique Jacinto Pio Wacussanga. Pourquoi lui ? Les propos tenus par ce prêtre au cours d’une interview à un journal de Luanda, quand on connait le soutien dont bénéficie le régime auprès de la CEAST (conférence épiscopale de l’Angola et Sao Tomé), dérangent au plus haut niveau de l’État. En temps ordinaire, c’est dans les églises que les prêtres angolais pendant les homélies se déchainent contre le régime. Jamais en public.  Pio Wacussanga en dénonçant le régime a franchi la ligne rouge. Et la réaction ne s’est pas fait attendre. Kundi Paihama, le gardien du patrimoine idéologique du parti est monté au créneau en qualifiant le curé de terroriste. De là à affirmer qu’il est membre de l’Unita, il n’y a qu’un pas. Je vous rappelle ici qu’en l’absence d’un motif plausible pour éliminer les adversaires politiques qui, selon le régime, sont des ennemis, Dos Santos et ses amis raffolent jouer la carte du danger terroriste ou du retour à la guerre civile. La prise de position du Père Wacussanga est venue les conforter dans leur politique d’exclusion et de stigmatisation. D’ailleurs, si ça se trouve, Kundi Paihama a déjà mis le nom du curé sur la liste des indésirables comme leader terroriste qui menace la paix chèrement conquise. 

« Être prêtre en Angola fut difficile à l’époque do communisme et de la guerre civile. Cette difficile situation continue aujourd’hui à cause du climat qui nous est imposé par le système en place dans le pays. En Angola, seuls les prêtres qui se consacrent à l’administration ou aux études notariales n’ont pas des problèmes. Mais tous ceux qui éprouvent de la compassion pour les pauvres et les exclus, entrent en collision avec le régime et ont des problèmes ». Plus loin dans l’interview, Pio Wacussanga ajoute: « La vague (tsunami) qui ronge le régime de l’intérieur est la corruption qui, alliée à la crise provoquée par le pouvoir, va favoriser la chute du Mpla. C’est inévitable. Cela prendra le temps que ça prendra. Le régime est, de facto, dans une situation de survie… » Pour Kundi Paihama, ces mots constituent une déclaration de guerre. Celui qui les a prononcés ne peut être qu’un terroriste.   

C’est cette attitude que je dénonce avec force. Au moment où nous nous battons pour mettre fin à la dictature du Mpla, nous ne pouvons pas accepter que constater et faire part de son constat puissent constituer un motif de représailles. Dans toutes les vraies démocraties, même dans celles qui sont en gestation, la tolérance est une attitude qui favorise le vivre ensemble. Constater n’est pas synonyme de critiquer. Même si on assimile un constat à une critique, est-ce une raison de taxer de terroriste  toute personne qui juge avec sévérité l’action du pouvoir ? Comment peut-on rester impassible devant l'arrogance de Kundi Paihama qui, avec dédain, nous jette à la figure: « Je dors bien, je mange bien, ce qui reste à ma table je préfère le donner aux chiens qu’aux pauvres qui habitent à côté de moi»? Cette phrase dépourvue d’humanité est l'expression du mépris dont nous sommes victimes.  Qu’en pensez-vous ?

 

Sobamasoba, l’analyse politique qui informe.

 

Eduardo Scotty Makiese.

    

lundi 24 octobre 2016

"L'état de la nation" selon José Eduardo dos Santos.


Dans les pays véritablement démocratiques, comme les Usa, une fois par an le président se rend au congrès pour délivrer un message sur l’état de la nation. Il fait part aux congressistes de la situation réelle du pays et leur propose des solutions, à court et moyen terme, susceptibles de résoudre les situations qui requièrent une conclusion urgente.  C’est un exercice démocratique d’une grande portée politique. En Angola, chaque année à l’ouverture d’une nouvelle session parlementaire, le Chef d’État se soumet à cet exercice au cours duquel il est appelé à présenter au peuple la vraie photographie du pays. Le message qu’il livre est normalement  le résultat d’une l’analyse minutieuse que ses services font de la situation économique, politique et sociale du pays. Cette année, Dos Santos ne s’est pas dérogé à la règle. Seulement, cette fois en l’écoutant, je n’ai pas su reconnaitre le pays dont il parlait parce que la description qu’il faisait de notre pays ne correspondait pas à la réalité. Tous ceux qui ont eu, comme moi, le privilège de l’écouter ont eu l’impression qu’il parlait d’un autre pays.  Sur les réseaux sociaux, nombreux sont ceux qui ont eu la même sensation et leur réaction s’est résumé en ces mots : « Le président qui s’est adressé aux députés de l’Assemblée nationale ne sait absolument rien de réalités du pays qu’il gouverne ». D’ailleurs comment le saurait-il ? Il ne sort jamais de son palais de peur de contracter le virus de la pauvreté et de la misère qui circule dans l’air de Luanda. Il se contente, quand la constitution l’astreint, de se rendre au parlement pour lire les discours que ses collaborateurs confectionnent et dans lequel ils omettent volontairement de transcrire la vérité sur la situation telle qu’elle est vécue par le peuple. Aucun mot sur la dette publique de l’État ; aucun mot sur l’expropriation de terres des paysans ; aucun mot sur la crise identitaire, sociale, institutionnelle et financière ; aucun mot sur la fièvre jaune qui a endeuillé plusieurs familles dans le pays ; aucun mot sur l’augmentation de la criminalité dans le pays ; aucun mot sur la corruption ; aucun mot sur les conditions salariales des travailleurs angolais ; aucun mot sur les démolitions des maisons dans les quartiers populaires au profit de dignitaires du régime.

Ces omissions volontaires que nous constatons chaque année dans les allocutions du président Dos Santos ne sont rien à côté des mensonges qui y trouvent une place de choix. Pour illustrer mon propos, la semaine dernière dans son message sur l’état de la nation, le président a affirmé : « malgré la crise provoquée par la baisse du prix du baril de pétrole, l’Angola s’en sort mieux que d’autres pays dans la même situation », à quels pays fait-il allusion ? Quand il parle de la diversification de l’économie : « le manque des conditions objectives a ralenti considérablement la diversification économique ». Quelles sont ces conditions objectives ? Ceux qui pillent l’argent de l’État et s’enrichissent aux dépens du peuple attendent-ils la création des conditions objectives pour s’enrichir ? Sur le plan social, Dos Santos a constaté, je ne sais par quel miracle, "une baisse progressive des prix des biens essentiels, une diminution du nombre de chômeurs, une amélioration de la vie sociale". Mais dans quel pays vit-il ? Les entreprises ferment, le chômage explose, les pharmacies dans les hôpitaux sont vides, et il affirme que tout va bien ?

Les Angolais espéraient que pour la fin de son mandat le président Dos Santos aurait le courage de leur dire toute la vérité sur l’état du pays, sans langue de bois. Espoir vain ! Ce n’est pas aujourd’hui, et encore moins demain, que Dos Santos, embourbé dans diverses malversations, va devenir à l’instar de Nelson Mandela ou Juluis Nyerere, un dirigeant politique honnête. Il est tellement corrompu que l’honnêteté ne fait plus partie de ses valeurs. Vous avez certainement eu vent de l’implication de l’Angola dans le procès « lava jato » au Brésil. Un procès dans lequel notre  pays est accusé, à tort ou à raison, de participation active à la corruption des dirigeants brésiliens. Voilà un sujet que le président aurait dû aborder pour lever le doute sur cette salissante accusation. Malheureusement, sur ce point le président n’a rien dit. Savez-vous pourquoi ? « L’épicentre de la corruption se situe à la présidence de la république, et Dos Santos n’a pas encore trouvé comment commencer un combat contre lui-même » m’a confié un frère angolais qui souhaite garder l’anonymat pour des raisons que vous connaissez tous. Il est du MPLA.

« En Angola, a ajouté le même frère, nous savons deux pays. Un pays formel qui fonctionne en respectant la constitution et un autre parallèle, dirigé par une machine complexe que la constitution ne connait pas. C’est cette machine qui contrôle l’État formel. À son sein, il y a des personnalités de diverses nationalités liées à la présidence de la république. L’État parallèle est exempté de tout contrôle ».  C’est de cet État là que Dos Santos parle dans son discours. Un État qui n’a rien à voir avec le peuple angolais.

Pour vous faire votre propre opinion : http://club-k.net/ integra-da-mensagem-sobre-estado-da-nacao

 

Sobamasoba, l’analyse politique qui informe.

 

Eduardo Scotty Makiese.