mardi 14 mars 2017

Corruption et détournements de fonds: les deux mamelles qui sustentent le régime de Dos Santos.


Au moment où la précampagne électorale bat son plein en Angola, toute notre attention est tournée vers les « têtes de liste » de chaque parti en compétition. J’ai la certitude que durant ces cinq dernières semaines, beaucoup d’entre nous accompagnent, même de loin, le déroulement de la campagne en essayant d’avoir le plus d’informations pour se forger une opinion. Il n’est un secret pour personne que le Mpla qui dispose des moyens financiers importants met les bouchées doubles pour promouvoir son nouveau candidat. Dans les réunions et meetings, la lutte contre la corruption et l’impunité figure en tête de liste des engagements électoraux. Sachant que l’épicentre de la corruption se trouve à la présidence de la République, je m’interroge sur la capacité du candidat du Mpla à renverser la tendance. Tout bien considéré, je crois que mon oncle, celui qui vit à Bangoula-city, a raison lorsqu’il affirme que les promesses du Mpla sont des balivernes. Ce ne sont que des promesses électorales. Car, logiquement, comment peut-on s’attaquer à un clan auquel on appartient ? Un clan auquel on est redevable de tout : ascension politique, stabilité financière, haut standing de vie. Quels que soient les petits frottements qui sont apparus au cours de l’existence du Mpla dans les relations à l’intérieur du clan, les loups ne se mangent jamais entre eux. D’ailleurs, dans  un article de Silvia Caneco publié sur le site de Visâo.pt, une analyse consacrée à  la Banque Espirito Santo Angola (BESA), beaucoup de membres de ce clan sont mis en cause. Vous avez surement déjà entendu parler de cette banque qui a fait faillite à cause de la mauvaise gestion de ses dirigeants. Énormément de rumeurs, fondées ou non, ont circulé au sujet du dépôt de bilan de BESA. Mais pour ne pas écorner l’image du régime angolais, tout a été fait pour étouffer l’affaire. Malgré le temps qui s’est écoulé entre la faillite de cette institution bancaire et sa restructuration en « Banco Económico », mon oncle, ce fouineur, a tenu à m’en parler pour qu’à mon tour je vous en parle. Selon la journaliste de Visâo.pt, la liste officielle des clients qui auraient bénéficié des crédits de la BESA (capital de la banque 5.700 millions de dollars), quand l’institution était dirigée par Alvaro Sobrinho, n’a jamais été publiée. Seulement, en Angola les noms de ces supposés clients ont circulé, et il faut le reconnaitre, la publication de ces noms a mis certains dignitaires importants du régime dans une situation très inconfortable.
Joâo Manuel Gonçalves Lourenço, actuel ministre de la Défense et tête liste de liste du Mpla aux prochaines élections, vice-président du parti au pouvoir, probable futur président de la République, est sur la liste. Il aurait bénéficié de 30 millions de dollars de crédit auprès de BESA. Manuel Nunes Junior, secrétaire du Mpla pour la politique économique et sociale apparait aussi sur la liste pour avoir obtenu un crédit de 20 millions de dollars. Robert de Almeida, l’ancien vice-président du Mpla, connu pour sa droiture et sa rigueur, est également sur la liste avec un crédit de 30 millions de dollars. Il aurait investi 10 millions dans la construction d’un immeuble. Et lorsque les services de  recouvrement de BESA l’ont contacté pour récupérer leur dû, Roberto de Almeida les a poliment éconduits en disant que, pour lui, les 30 millions de dollars étaient un « cadeau ». Un don  de la banque au vice-président du Mpla. C’est incroyable. Mais ça, ce n’est que la partie émergée de l’iceberg.
Il y a aussi des Portugais sur la liste. Ils ne sont jamais loin dans tous les maquignonnages qui ont lieu en Angola. Dans celui de BESA, en partenariat avec Marta dos Santos, sœur du président Dos Santos, José Guilherme, un sujet portugais qui évolue dans les hautes sphères de la politique angolaise, aurait bénéficié de près de 800 millions de dollars qui ont été investis (?) dans la construction des édifices à Talatona à Luanda. Au moment de mettre la clé sous la porte (pourrait-il en être autrement ?), José Guilherme n’aurait reconnu que 121 millions de dollars des 800 millions sortis de la banque. Dans aucun pays du monde, vous ne connaitrez des situations identiques. Aucun.
Et le président de cette banque ai-je demandé à mon oncle ? Étant donné que la charité bien ordonnée commence par soi-même, m’a-t-il dit,  Alvaro Sobrinho, puisque c’est de lui qu’il s’agit, se serait attribué 745 millions de dollars.   
Lorsque cette information fut divulguée à Luanda, un certain Ricardo Salgado, ami de José Guilherme et de Marta dos Santos, prit contact avec le président Dos Santos pour l’informer de la situation de BESA. Vu l’énormité du scandale, Dos Santos, pour éviter d’éclabousser le Mpla, un parti dont les messages sont de moins en moins convaincants, décide de concéder une garantie souveraine de plus de 5.000 millions de dollars à BESA pour couvrir les crédits de ses amis et proches. C’est cet argent qui a permis de restructurer BESA en faillite et créer à sa place le « Banco económico ». Pendant combien de temps va-t-on encore avoir à la tête de l’Angola des dirigeants mouillés dans des magouilles de cette nature ? Si BESA a fait faillite, c’est parce que l’argent prêté n’est jamais rentré dans ses caisses. C’est affligeant.   
 
Sobamasoba, l’analyse politique qui informe.

Eduardo Scotty M.

 

vendredi 24 février 2017

José Eduardo dos Santos, un pas dedans, un pas dehors?


En échos à mon analyse sur une éventuelle alliance de partis de l’opposition angolaise, l’opinion nationale a enregistré la réaction de Isaias Samakuva (coïncidence ?), président de l’Unita, qui, au cours d’un point de presse à Luanda, a rejeté l’idée d’une coalition avant les élections pour des raisons de stratégie politique, il s’est prononcé plutôt en faveur d’une union de partis d’opposition après le scrutin en vue de former une majorité parlementaire. Les raisons invoquées pour justifier ce rejet ne m’ont pas convaincu, mais je respecte sa position et celle de son parti. Au sujet cette théorie de la coalition, le positionnement d’Abel Chivukuvuku de Casa-ce n’est pas très éloigné de celui de Samakuva. Concomitance ?   Nous ne le saurons jamais.

Mais revenons à notre sujet d’aujourd’hui. « Méfiez-vous des déclarations politiques et publiques de politiciens. Méfiez-vous encore plus de ce qu’il y a derrière leurs déclarations, car généralement, ces professions de foi renferment beaucoup de fourberie ». Ce conseil est de mon oncle : celui qui habite à Bangoula-city et ne cesse de m’appeler pour me faire profiter un peu de sa sagesse. Pour lui, il est maintenant clair, si l’on considère la volonté de Dos Santos, que Joâo Lourenço « le choisi » est le prochain président de l’Angola. Grâce à sa stratégie de renonciation, l’opinion internationale fait aujourd’hui l’éloge de l’Angola : finalement, encense-t-on, José Eduardo dos Santos est un homme d’État qui a choisi de quitter la scène politique avec dignité. En indiquant son successeur, le dictateur angolais insuffle de l’oxygène à un régime moribond incapable de trouver des solutions aux problèmes que connait le pays. Cet oxygène permet que soit reporté le procès de transition démocratique (ô combien nécessaire) et de réforme économique. Or, sans l’une ou l’autre, les Angolais ne peuvent penser ni au progrès ni au bien-être. Au regard de ce qui se vit dans le pays, se plaint mon oncle, tout est fait pour que l’Angola ait un nouveau président dictateur, choisi par le monarque. Seulement, si c’est certain que Joâo Lourenço occupera le fauteuil présidentiel, il n’est pas sûr que le pouvoir effectif, le pouvoir exercé dans l’État réel, celui qui a toujours été dans les mains de Dos Santos et sa famille,  puisse lui revenir. En termes de discipline et de contrôle au niveau du Mpla, Dos Santos sera toujours aux commandes. Joâo Lourenço devra donc agir en se conformant aux désirs de JES. Hormis le fait qu’il n’aura aucune emprise sur le parti, il n’aura non plus aucun droit de regard sur la SONANGOL, principale source financière de l’État, dirigée par Isabel dos Santos et ses hommes de confiance. D’ailleurs, Isabel s’est très habilement évertuée à préparer les conditions pour que, le moment venu, Joâo Lourenço soit sous sa dépendance. Les accusations de mauvaise gestion lancée contre l’équipe dirigeante sortante ouvrent le chemin à l’argument selon lequel la Sonangol n’a pas d’argent et, pour ce motif, ne peut pas financer le gouvernement. Il s’agit là d’une menace qui, si elle est mise en pratique, laissera Lourenço sans moyens financiers. Les ressources financières et le parti étant dans les mains du vieux ; le pétrole et les diamants dans celles de sa fille ; le Fonds souverain avec toutes les réserves financières stratégiques, sous le contrôle de ZENU, que restera-t-il à Joâo Lourenço ?  Aura-t-il le courage dans la lutte qu’il a annoncée contre la corruption de destituer Isabel dos Santos et Filomeno Zenu de leurs postes ?  Je laisse à chacun la liberté de répondre aux deux questions.

Au regard de ce qui précède, les institutions formelles du gouvernement et leur appareil juridico-légal ne reflètent pas la véritable nature du pouvoir qui sera toujours exercé par l’actuel président de la République malgré sa prochaine « sortie ». Il est évident que l’objectif des actuels détenteurs du pouvoir n’est pas le changement /l’alternance politique, mais la préservation. D’ailleurs pour garantir la continuité de son pouvoir Dos Santos a mis en place quelques mesures hasardeuses de démocratisation qui vont ponctuellement donner une certaine légitimité populaire et une crédibilité internationale à son régime. C’est dans ce contexte que se développe le système de clientélisme au profit d’une classe politique elle-même profondément corrompue.

 

Sobamasoba, l’analyse politique qui informe.
Sources: Angonoticias
             Makaangola

 

Eduardo Scotty M.    

 

     

vendredi 10 février 2017

L'opposition politique angolaise va aux élections en ordre dispersé. Pourquoi?


Ca y est ! Cette fois, c’est officiel. José Eduardo dos Santos a jeté l’éponge. Il ne se présentera pas aux prochaines élections. À sa place, c’est Joâo Gonçalves Lourenço qui conduira la liste du Mpla. Je ne veux pas revenir ici sur mes précédentes analyses même si la répétition est la mère des sciences. Néanmoins, je tiens à souligner quand même le manque de vision/projet constaté par les observateurs de la politique angolaise de celui qui est censé, si le Mpla gagne les élections, diriger l’Angola pour les cinq prochaines années. « Mon unique priorité en ce moment est d’œuvrer pour gagner les élections, après nous verrons » a répondu Joâo Lourenço aux journalistes qui cherchaient à connaitre son projet politique et les intentions de son parti pour la prochaine législature. Gagner les élections, oui, mais sur quel programme ? Sur celui avec lequel Dos Santos a conduit le pays au désastre ? Cette absence de vision, ce vide politique sont, à mon avis, une réalité qui avantage l’opposition dans son approche des thématiques qui touchent à la vie sociale, politique et économique du peuple angolais. Il faut remplir ce vide. Seulement, il est plus aisé de dire que de faire. Je vous le concède. Parce que ç’aurait été plus facile si, comme dans d’autres pays africains, les opposants angolais étaient capables de se dépasser, de sacrifier leurs petits intérêts et d’aller au-delà de leurs partis pour le bien-être du peuple. Dans les pays où cet exercice a eu lieu, les opposants ont gagné les élections. Quelles que soient leurs différences « idéologiques », au moment où les jeunesses africaines se réveillent, les partis d’opposition sont appelés à s’unir pour vaincre. Au Sénégal, en Gambie, en Côte d’Ivoire, pour ne citer que ces pays, l’opposition, devenue aujourd’hui pouvoir, s’est coalisée en un front dont seule la volonté de vaincre a été le dénominateur commun. En Angola, il y a quelques mois une timide tentative de former un front de l’opposition s’est soldée par un échec. Apparemment, la situation que traverse le pays fait croire aux opposants que la victoire est d’avance acquise. Une situation qui génère le rejet du Mpla dans la population et réconforte les partis d'opposition dans leur prétention de gagner aisément le scrutin de 2017. Là, je crois qu’ils commettent une grosse erreur.  Ce rejet n’est peut-être qu’apparent. Le mécontentement gronde, c’est vrai. Tout le monde parle de la mauvaise gestion du Mpla, mais au moment de faire le choix dans l’isoloir du bureau de vote, rien ne garantit que le choix de l'électeur soit l’expression de la frustration. Si nous ajoutons à ce rejet le sondage publié par une agence américaine qui donne CASA-CE vainqueur des élections avec 40% des voix, suivi de l’UNITA avec 32% et le MPLA 9%, nous nous trouvons devant des données dont le résultat peut conduire inévitablement à l’anesthésie des opposants. À mon humble avis, l’opposition politique angolaise doit se méfier de tout ce qui donne l’impression que c’est perdu d’avance pour le Mpla. Rappelez-vous mon analyse sur la fraude électorale. Combien de fois n’avons-nous pas entendu les dirigeants de l’Unita se plaindre au sujet de l’enrôlement des électeurs et du contrôle de cette opération par le Ministère de l’Aménagement du territoire en lieu et place de la CNE ? Cette plainte de l’Unita, en apparence anodine, est justifiée parce que Bornito de Sousa, actuel ministre de MAT, candidat à la vice-présidence de la république et responsable des opérations d’enrôlement, ne peut pas être juge et partie. Il y a incompatibilité. Raison de plus pour que l’opposition se réunisse en front commun.

La solution pour gagner les élections de 2017 se trouve dans le rassemblement de toutes les forces acquises au changement. Aller à ce scrutin en ordre dispersé est une démarche vouée à l’échec. Quelles que soient les différences existantes entre l’UNITA, CASA-CE, PRS et PDP-ANA, il faut un front soudé pour vaincre le Mpla. Il n’est pas correct dans les circonstances actuelles de faire cavalier seul. S’adapter aux réalités du moment, être pragmatique: voilà la meilleure méthode pour affronter le Mpla dans la bataille électorale qui se pointe à l’horizon. Je crois qu’il est encore temps, pour l’opposition angolaise, de reprendre les négociations enfin de constituer une plate-forme politique capable d’offrir une alternance au peuple angolais. Penser, comme le font déjà certains politiciens de l’opposition, former une coalition avec le Mpla pour gouverner le pays, apparait aux yeux de l’opinion nationale comme une trahison de la promesse faite au peuple; l’engagement de lui offrir une autre politique, celle de la justice sociale et du respect des droits de l’homme.  Sinon, à quoi auront servi toutes les années de lutte ?

Mon oncle à qui j’ai raconté cette histoire de coalition m’a fait comprendre qu’à Bangoula, c’est pareil. Les opposants n’arrivent pas à trouver un consensus au sujet de la formation d’une plate-forme politique. Et pourtant, a-t-il ajouté, Dieu seul sait combien cela faciliterait les millions d’électeurs analphabètes que compte le pays. Avec deux bulletins de vote, un de l’opposition et l’autre du parti au pouvoir, le choix de l’électeur est facilité. Le dépouillement devient aussi facile. Qu’en pensez-vous ?

Sobamasoba, l’analyse politique qui informe.

Eduardo Scotty Makiese.

vendredi 6 janvier 2017

Du marxisme au libéralisme sauvage, le MPLA peine à trouver sa voie. Laquelle?


Décidément, la période précédant les fêtes de Noël et de Nouvel An inspire beaucoup mes oncles paternels. Après celui qui m’a briefé sur Zé Kitoumba, c’est au tour du cadet, le jour suivant, à m’expliquer combien les idéologies politiques rapportées de l’étranger peuvent causer du tort aux populations des pays fraîchement libérés du joug colonial. Leur passage d’un régime colonial assujettissant à un autre qui lui ressemble par ses méthodes, les plonge inévitablement dans une longue et difficile recherche d’identité politique et économique. Mon oncle qui est un bon observateur de tout ce qui se passe autour de lui tient à illustrer son propos en me racontant l’histoire de Bangoula, le pays où il a passé toute sa jeunesse et qui a accédé à l’indépendance dans des conditions dramatiques. Une guerre fratricide a salué l’accession de ce pays à la liberté ; une guerre qui a duré plusieurs années et fait des milliers de victimes.  Dans ces conditions, durant les premières années d’indépendance de la nouvelle république, les ressortissants de ce pays n’ont pas pu jouir des bénéfices de l’indépendance. Le départ précipité des colons les avait plongés dans un abîme d’incertitudes. Le nouveau pouvoir, trop susceptible, avait imposé un contrôle rigoureux à la circulation des hommes et des biens. Le rationnement était devenu le nouveau mode de vie dans le pays. C’est dans ce climat d’inconstance que le premier président de cette nouvelle République populaire décède d’une mort consternante. L’espoir d’un changement durable qui commençait à poindre à l’horizon s’était brisé comme une vague sur les rochers au bord de l’océan. Avec la nomination d’un nouveau Chef de l’État, la population, sur toute l’étendue du territoire, a vu apparaitre dans sa vie de chaque jour une réalité nouvelle : celle d’un pays dans lequel les uns bénéficient de tout et les autres, de rien. Finalement, les promesses contenues dans la propagande qui a précédé la libération du pays n’ont été que des balivernes. Et au fil des années, le mode de vie imposé par l’État a fini par mettre un terme aux illusions postcoloniales de ce peuple désabusé. Meurtris dans l’âme, les Bangoulais, résignés et incrédules, ont assisté à la confiscation de toutes leurs libertés, même les plus élémentaires.  Fini le temps d’acheter, comme à l’époque coloniale, n’importe quoi, n’importe quand. Toute acquisition de biens industriels ou alimentaires était désormais conditionnée par la possession d’une carte spéciale dont seuls les travailleurs étaient attributaires. «Qui ne travaille pas, ne mange pas ». C’était le communisme dans sa version bangoulaise. Un système social, politique et économique fondé sur la propriété collective à l’intérieur duquel l’égalité devait être le principe fondateur. L’égalité, la lutte des classes. Des principes qui sous d’autres cieux augurent dans les meilleurs de cas d’une société dans laquelle les bénéfices de l’État sont redistribués équitablement. Mais était-ce le cas dans la République populaire de Bangoula? Visiblement, non ! La manière de gérer le pays ne correspondait pas aux exigences du peuple qui  s’était aperçu très tôt des injustices flagrantes dont il était victime. Comme dans tous les pays communistes à l’époque, les cadres supérieurs et dirigeants du parti au pouvoir vivaient dans l’opulence tandis que le reste de la population se contentait des miettes. Plusieurs années après, c’est toujours pareil à Bangoula. Chaque jour, le fossé qui sépare les riches des pauvres est de plus en plus profond.  

Ce résumé de l’histoire de la République de Bangoula ressemble à s’y méprendre à l’histoire de l’Angola. Marxiste à son accession à l’indépendance, social-démocrate dans les années 90, l’Angola est aujourd’hui plongé dans un libéralisme sauvage qui ne dit pas son nom. Le passage du marxisme au libéralisme n’a pas été, me semble-t-il, suffisamment pensé. Car l’économie planifiée liée à la doctrine marxiste dont le régime s’est affublé durant plusieurs années a pris en otage tout le système économique angolais. Aujourd’hui, c’est dans un désordre dévastateur que l’économie de marché se fraye un chemin dans le système communiste moribond expérimenté par le Mpla dans le pays. Une nouvelle économie dont la complexité a malheureusement ouvert la porte à la culture de la corruption, du népotisme et de l’impunité. Ne sachant pas dominer les mécanismes des phénomènes de production, de circulation, de répartition et de consommation des richesses, base fondamentale de l’économie de marché, le Mpla a plongé le pays dans un profond désordre des finances publiques. La situation difficile que connait l’Angola aujourd’hui n’est pas seulement liée à la baisse du prix de pétrole, mais elle est le résultat d’une méconnaissance des règles qui régissent l’économie de marché. Dans le souci de bien faire, il est plusieurs fois arrivé aux dirigeants angolais de mélanger les principes de l’économie planifiée, à laquelle ils sont intimement liés, à ceux de l’économie de marché.  Dans cet apprentissage du libéralisme, à chaque tentative ils se sont pris les pieds dans le tapis. Pour preuve, la conversion des UEE (Unidade economica estatal) en entreprises privées fut une catastrophe. Et le résultat est celui que nous vivons actuellement dans le pays.

Mon oncle n’a pas l’âme d’un opposant. Lorsqu’il me raconte cette histoire, il ne cherche pas à faire de moi un opposant. Et moi quand je vous la raconte, je ne cherche pas à faire de vous des opposants. Je veux tout simplement que vous ne croupissiez pas dans l’ignorance. Car, qui ne connait pas sa vraie histoire, la vraie histoire de son pays, est comme un être sans repères. Pensez-y !

 

Sobamasoba, l’analyse politique qui informe.

 

Eduardo M. Scotty.             

 

samedi 17 décembre 2016

Zé Kitoumba, l'homme qui devait...,mais n'a pas pu.


Il s’appelait Zé Kitoumba et était devenu chef du village depuis la mort de son oncle par alliance, Kota Mangouxi. Selon la coutume, la chefferie ne devait pas lui revenir, mais comme il était le seul neveu dont le profil correspondait à ce que le clan recherchait, il fut intronisé. Néanmoins, quelques jours avant son intronisation, les anciens s’étaient réunis pour débattre de sa désignation à la tête du clan. À cette importante réunion, censée être consensuelle, un vrai clivage est apparu: les gardiens de la tradition et les colombes. Pour les premiers, le fait que le père et la mère de Kitoumba ne soient pas de la région ne plaidait pas vraiment en sa faveur. Pour les autres, plus indulgents, le petit pouvait occuper la chefferie puisque le vieux Mangouxi était marié à la sœur de sa mère et qu’il avait grandi dans le village. Comme vous l’aurez certainement compris, Zé Kitoumba n’est pas né dans cette contrée. Sa mère l’y a ramené alors qu’il n’avait que quatre ans. Très studieux, à sa majorité il a quitté le village pour aller s’instruire à l’étranger. Quelques années plus tard, il est revenu formé et très cultivé. Même s’il a toujours été maladivement timide, son niveau intellectuel le disposait à substituer le vieux Mangouxi, arrivé, lui aussi, à la tête du clan dans des conditions très contestables. En tout cas, le jeune homme avait l’air très honnête même s’il paraissait, à certains égards, quelque peu moins sûr de lui. Mais ne dit-on pas: c’est en forgeant le fer qu’on devient forgeron ? Devant une telle évidence, les gardiens de la tradition ont fini, la mort dans l’âme, par céder. C’est comme cela que    Zé Kitoumba est devenu le plus jeune chef de clan de sa génération.

Cette histoire m’a été contée par mon oncle paternel un soir de clair de lune, la veille de Noël, à la sortie d’une houleuse réunion avec ses frères et sœurs. Mon oncle a voulu par cet échange me montrer combien il est hasardeux/imprudent de confier les rênes d’un clan à quelqu’un dont les origines sont douteuses. À notre époque me disait-il, les blancs avaient introduit, parfois de bonne foi, des hommes venus de loin au sein de nos communautés pour suppléer au manque de la main-d’œuvre. Arrivés sur nos terres, ces hommes se sont mariés et ont eu des enfants avec nos filles.  Un jour, ils sont partis sans laisser d’adresses. Les enfants issus de leurs unions sont devenus un vrai problème pour nous quand est arrivé le moment de leur confier des responsabilités au sein de différents clans. Aujourd’hui, ils éprouvent énormément de difficultés à pouvoir s’identifier à nous. Quels que soient les efforts qu’ils fournissent pour se mettre dans la peau d’un natif du village, il y a toujours un ou deux légers détails qui les embarrassent. Ils manquent de spontanéité dans leurs actions. On voit bien que leurs racines sont ailleurs.

Kota Mangouxi n’était pas un homme extraordinaire, c’est vrai, mais il avait le souci du bien-être des siens. À ses débuts, le jeune Kitoumba marchait sur les pas du vieil homme. Dans le village, presque tout le monde appréciait son travail. Des éloges à son endroit fusaient de partout. Des chants de louange étaient chantés en son honneur ; le climat de paix régnait dans la communauté, témoin de la qualité du travail abattu. Mais comme le pouvoir corrompt, Zé Kitoumba, influencé par l’équipe de conseillers qui l’entourait, finit par dévier du chemin tracé par le vieux Mangouxi. Au bout de quelques années, le jeune homme dévoué que les villageois avaient connu s’était mué en rapace. Toutes les personnes ayant collaboré avec l’ancien chef du village étaient écartées du cercle du pouvoir. Pris dans le tourbillon de l’égocentrisme, il est devenu un homme insensible. Les valeurs sur lesquelles était basé son discours ont disparu de sa dialectique. Ce village où coulaient le lait et le miel n’était plus qu’un souvenir. Tous ceux qui s’y étaient installés pour profiter de sa bonne santé économique repartaient chez eux déçus par la mauvaise gestion de Zé Kitoumba. La rivière qui fournissait l’eau au village était devenue boueuse. La nuit, tout était dans le noir complet. Faute de carburant, le groupe électrogène qui alimentait les habitations en électricité était en panne sèche. À cette série noire s’est ajoutée une épidémie de choléra résultante d’un manque criant d’hygiène.  Le village a connu des dizaines de morts. Pas de médicaments, pas de dispensaire. Tout allait à vau-l’eau. Toutes ces difficultés ajoutées les unes aux autres ont fini par générer un mécontentement dans le village. Petit à petit, l’idée de remplacer Zé Kitoumba par un autre chef a commencé à germer dans la tête des dignitaires du village. Enfermé dans sa cour avec ses courtisans, Kitoumba était incapable de lire les signes du temps. Il manifestait de la fatigue dans l’exercice de ses fonctions. Le pouvoir l’avait-il corrompu au point de le rendre malade ?

Mon oncle a-t-il raison lorsqu’il affirme que la chefferie dans une contrée doit revenir uniquement aux natifs du village ? Zé Kitoumba n’a-t-il pas fait preuve d’incompétence dans l’exercice de ses fonctions ? Le travail et les résultats, n’est-ce pas ce qui compte dans la gestion de la chose publique ?  Mon oncle a promis de me raconter le reste de cette histoire après les Fêtes de Noël et du Nouvel An.

Je vous souhaite tous de passer une heureuse fête de Noël et Bonne Année 2017.

 

Sobamasoba, l’analyse politique qui informe

Eduardo Scotty Makiese       

dimanche 4 décembre 2016

José Eduardo dos Santos: cette fois, c'est la bonne.


La semaine qui vient de s’écouler a été très riche en émotion dans notre pays. Après une importante réunion du Bureau politique du Mpla, réunion au cours de laquelle le président Dos Santos a exprimé son intention de ne pas briguer un autre mandat à la tête de l’État, c’est au Comité central du même parti qu’est échue quelques jours après la décision d’entériner non seulement le choix du leader du Mpla, mais d’avaliser aussi la nomination de Joâo Lourenço (ministre de la Défense et vice-président du Mpla sur la photo) et Bornito de Sousa ( ministre de l’Aménagement du territoire) comme têtes de liste du Mpla aux élections de 2017. À l’annonce de cette nouvelle, beaucoup d’Angolais se sont réjouis du fait que cette fois, Dos Santos a tenu parole. Erreur. Dos Santos ne se retire pas de la scène politique par sa propre volonté, il y est contraint par ses médecins. Depuis un certain temps ses visites médicales à Barcelone sont devenues très fréquentes, signe d’une rapide dégradation de sa santé. Les responsabilités à la tête de l’État exigent que le patron soit en bonne santé physique et mentale. Ne pouvant plus répondre à cette condition, Dos Santos, malgré lui,  a décidé de céder sa place au tandem proposé par le BP de son parti.

Le peuple a-t-il raison de se réjouir du retrait de Dos Santos ? Si c’est vrai que le président Dos Santos a toujours été un problème pour notre pays, le système qu’il a installé dans le pays pendant les 37 années de règne l’est autant. Lui partit, le Mpla et le système resteront en place avec leurs méthodes répressives. D’ailleurs, depuis quelques jours nous assistons à un conditionnement de l’opinion publique. En lisant les nouvelles sur les sites d’informations du gouvernement, on a l’impression que la monarchie est en train de s’organiser pour couronner le successeur du roi. Et les élections en 2017 ? Qui nous dit que le Mpla va les gagner ? La fraude électorale serait-elle déjà organisée ? Dos Santos et ses amis ont un bilan à défendre, et à ce que je sais, il n’est pas très brillant. Si Dos Santos dans les années 80 bénéficiait d’un important soutien populaire dans le pays, au cours de cinq dernières années, il a connu une période de dépérissement de son image. Un dépérissement lié à une ascendante impopularité au sein de la jeunesse qui, à travers les réseaux sociaux, l’accuse d’être un président qui recourt aux forces de la police pour opprimer tous ceux qui critiquent sa longévité au pouvoir. Les scandales de corruption et le népotisme ont été très préjudiciables à ses 37 années de règne. Je me demande si l’opinion lui pardonnera toutes les injustices commises pendant son long mandat.

En écrivant ces lignes, je m’interrogeais sur la lecture que font les Angolais de la situation politique dans leur pays. Il y a ceux qui comme des moutons suivent le berger sans se poser des questions, mais il y a aussi d’autres, comme vous et moi, qui cherchent à comprendre le pourquoi de ce qui se passe dans le pays. Parce qu’aussi incroyable que cela puisse paraître, peut-être vous ne la saviez pas, il y a des irréductibles dans les rangs du Mpla. Parmi eux, il y a des intraitables comme Manuel Helder Vieira Dias ou le Général  José Maria qui croient que le président, quel que soit son état de santé, ne peut pas quitter le pouvoir. Pour eux, le départ de Dos Santos signifierait la fin de leurs privilèges. D’ailleurs, pour montrer leur attachement à ces privilèges, à la réunion du Comité central, Manuel H.V.Dias a poussé Kundi Paihama, le fidèle parmi les fidèles, et Joanes André à  organiser à l’intérieur du parti un front des faucons opposés au retrait de la vie politique du président Dos Santos. C’est vraiment dommage pour lui que la tentative n’ait pas réussi. Toutefois, cela n’a pas empêché le puissant Général Zé Maria de tenter de prendre le président par les sentiments. « S’il s’en va, je m’en vais aussi » a-t-il confessé aux officiers de son service (source club-k.net) alors qu'il est déjà sur la liste des officiers qui iront à la retraite dans quelques mois. Voilà le genre d'officiers à qui les Angolais ont confié leur destin. Pitoyable. En tout cas, nous savons maintenant que pour lui, entre Dos Santos  et l’Angola, le choix est clair. Alors, je me pose la question de savoir : Au service de qui était-il pendant toutes ces années ? Dos Santos, serait-il à ses yeux, plus important que l’Angola ? Les masques vont tomber.   

 

Sobamasoba, l’analyse politique qui informe.  

Eduardo Scotty Makiese.

lundi 28 novembre 2016

La manifestation du 26 novembre 2016 interdite à Luanda.


Le 26 novembre 2016, cette date vous dit-elle quelque chose ? Non ? Je m’en doutais. C’est le jour que la société civile angolaise avait choisi pour organiser à Luanda une manifestation contre la nomination d’Isabel dos Santos à la tête du Conseil d’administration de Sonangol. Une entorse à la loi sur la probité. La demande en annulation déposée par un groupe d’avocats n’ayant pas abouti, un petit comité de patriotes composé de Marcolino Moco (frondeur du Mpla), William Tonet (journaliste Folha8), Luaty Beirâo (du procès 15+2), David Mendes (Mâo livre, avocat) et Sizaltina Cutaia ont décidé de braver la peur du régime et d’organiser une manifestation pour protester contre l’attitude complice du tribunal suprême dans le dossier « Isabel dos Santos-Sonangol ». L’organisation des manifestations ne requérant aucune autorisation, selon la constitution angolaise, 45 jours avant le 26 novembre, une note d’information par laquelle les organisateurs demandaient aux autorités urbaines de sécuriser les abords de la place du 1°Maio pour éviter tout débordement, fut adressée au gouverneur de la ville. C’est la procédure. On croirait que le respect de la constitution était entré dans les mœurs. Erreur. Deux jours avant l’événement, un communiqué de l’Autorité urbaine interdisait la manifestation sous prétexte que le Conseil des églises chrétiennes en Angola avait prévu d’organiser à cette date et sur le même parcours une manifestation ayant pour thème « le rôle de la femme religieuse dans la consolidation de la paix en Angola ». Foutaise !

Lorsque j’ai eu connaissance de cette information, je me suis rappelé ce qui se passe actuellement dans la très démocratique République du Congo (RDC) avec le président Joseph Kabila. Dans ce pays voisin de l’Angola, chaque fois que les partis d’opposition décident, pour une raison ou pour une autre, d’organiser un meeting ou une quelconque manifestation, les chefs de la police organisent un match de football (de 5heures du matin à 18 heures) à l’endroit prévu pour le meeting afin de les empêcher de s’exprimer. Nulle part ailleurs en Afrique on ne peut assister à ce genre d’écrasement.   Seule la région de l’Afrique centrale est en train de devenir le creuset des méthodes d’oppression dignes de machiavels. Après les changements de constitutions en Angola, au Burundi, au Rwanda, au Congo et au Tchad, le musellement des opposants par ce nouveau procédé qui apparemment ne viole aucune loi s’est déjà étendu au Gabon. Et demain…

Revenons au cas de l’Angola qui nous intéresse le plus. L’État, pour justifier l’annulation de la manifestation du 26 novembre, a utilisé le Conseil des églises chrétiennes en Angola (CICA) dont le rôle dans le scénario parait peu structurant. Nous sommes tous d’accord pour dire que les femmes ont, indiscutablement, le droit d’exercer de la manière qu’elles désirent leur liberté religieuse dans notre pays qui est un État laïc. Mais, que le CICA apparaisse au milieu d’un imbroglio d’histoires mal contées me rappelle des positionnements politiques qui avilissent l’image de l’Église. Est-ce le cas ? Peut-on affirmer que le CICA est inféodé au Mpla ? Il existe parfois des coïncidences qui nous obligent à nous interroger. Parce que la réalisation d’une marche pour la paix à une date hors du contexte et qui coïncide avec une autre manifestation convoquée par la société civile  et qui a été largement divulguée ouvre sincèrement des brèches pour plusieurs interprétations. À moins que quelque chose d’extraordinaire soit arrivé, on imagine mal la main de Dieu dans cette coïncidence.

Dénoncer une telle posture ne fait pas de moi un opposant. Ceux qui croient que je suis contre le Mpla se trompent sur toute la ligne. Ce que je condamne, c’est la politique et les méthodes du Mpla. Dans leurs agissements il n’y a pas de place pour le peuple. Sinon pourquoi il y aurait autant de pauvres dans notre pays ? « Avec cette posture, le Mpla est en train de semer les graines de la révolte sociale » a dit William Tonet.   A-t-il raison ? 

Sobamasoba, l’analyse politique qui informe.

 

Eduardo Scotty Makiese.