jeudi 4 janvier 2018

Qui veut la peau de Joâo Lourenço? Au bord de l'implosion, le Mpla sous haute pression.


Il y a exactement cent jours depuis que le président Joâo Lourenço s’est installé au palais présidentiel à Luanda et occupe les fonctions de Chef de l’État en Angola. Cent jours pendant lesquels les Angolais ont eu le loisir d’observer et d’analyser les actions du nouveau gouvernement. Dans les démocraties occidentales, ces 100 jours représentent la période de grâce que les opinions publiques nationale et internationale accordent au nouveau président de la République avant de porter leur jugement sur l’orientation politique qu’il insuffle au pays. C’est aussi après ces 100 jours que l’on mesure la cote de popularité du nouvel élu. Les mesures prises au cours de cette période donnent généralement une image de la direction que prend le pays sous la direction du nouvel exécutif.  Du point de vu de la moralisation de la vie politique en Angola, tous les observateurs ont identifié dans les actes posés par Joâo Lourenço une ferme volonté de rompre avec les méthodes de l’ancien président. Sa lutte contre l’impunité, la corruption et le laisser-aller trouve un écho favorable au sein de la population. C’est au niveau de son parti politique, le Mpla, qu’apparaissent des signes d’agacement. Habitués à se servir au lieu de servir, les dirigeants du Mpla trouvent en Joâo Lourenço un perturbateur inattendu. Lors de la cérémonie des vœux pour la fin de l’année 2017, le vice-président Bornito de Souza, rendu inexistant par la forte présence de Joâo Lourenço, dans un discours qui a surpris tout le monde, a fait l’apologie du bicéphalisme au somment de l’État. Il a, contre toute attente et en termes à peine voilés, enjoint le Chef de l’État à obéir au président du parti (le Mpla). Le juriste qu’est Bornito de Souza a oublié que le Chef de l’État ne doit obéissance qu’à la constitution et aux lois de la République. Je rappelle ici que c’est sous le régime de l’ancienne Union soviétique que le système admettait la prédominance du parti sur le gouvernement. Selon la Constitution angolaise, la légitimité de l’exercice présidentiel émane de la souveraineté du peuple qui l’octroie à un individu par le suffrage universel. Et, le peuple est au-dessus des partis politiques. C’est cette absence dans l’analyse de certains membres du Mpla  qui crée des clivages et des tensions au sein du parti. La preuve : aujourd’hui, contre toute attente, deux groupes se sont formés au sein du Mpla : les  « eduardistes » et les « lourencistes ».

Dans les « eduardistes », on retrouve tous les vieux corrompus de la République. Ceux qui sont très attachés au système stalinien de l’ancienne Russie. Ceux qui se sont enrichis sur le dos du peuple angolais et ne veulent pas perdre leurs privilèges. Ceux qui croient qu’ils sont prédestinés à diriger le pays quelles que soient les circonstances. Ceux qui croient que l’Angola est leur bien privé. Ce sont ceux là même qui hier encore disaient : le Mpla est le peuple et le peuple est le Mpla.

Dans les « lourencistes », il y a ceux qui croient au changement et refusent le statu quo. Ceux qui croient que l’on peut faire la politique autrement. Ceux qui croient que l’homme est la finalité de la politique de Joâo Lourenço. Ceux qui veulent que les choses changent vraiment dans le pays, d’où la moralisation entamée par JLo.

La situation créée par les inconditionnels du Mpla ressemble à s’y méprendre à celle d’un barracuda géant qui essaie d’attaquer un petit maquereau dans l’aquarium d’eau de mer, mais une barrière de verre les sépare. Le gros poisson ne cesse de se frapper le nez contre la barrière invisible jusqu’au moment où il décide qu’il en a assez et qu’il vaut mieux abandonner. Ils sont nombreux ces inconditionnels  derrière l’ex-président Dos Santos, mais ils ne sont pas suffisamment intelligents pour se rendre compte qu’il est pratiquement impossible d’atteindre Joâo Lourenço parce que c’est lui que le peuple a choisi comme son président. Le peuple, c’est la barrière de verre invisible qui protège le maquereau du barracuda. Croire qu’il suffit de le destituer de la vice-présidence du parti pour qu’il freine son élan est une grosse erreur de calcul. Il a pris trop d’épaisseur en 100 jours. L’enthousiasme qu’il suscite au sein de la population le met à l’abri de toute attaque. Pourtant, comme je l’avais écrit dans ma dernière publication, Joâo Lourenço n’a encore rien fait, qui puisse constituer une véritable unanimité autour de lui. Hormis la moralisation de la société qu’il poursuit jusqu’à ce jour, les vraies réformes pour le bien-être de la population ne sont pas encore à l’ordre du jour. C’est là où se trouve la ligne rouge, car ces réformes que nous appelons de tous nos vœux vont certainement toucher des camarades du parti. Quand on observe comment les camarades du Mpla réagissent contre la demande du gouvernement de rapatrier les fonds planqués dans des banques à l’étranger, on peur s’interroger sur la capacité de Joâo Lourenço à franchir la ligne rouge. Le bicéphalisme nous cause beaucoup de torts. Deux têtes sur un corps, c’est un monstre.  

Ce bicéphalisme qu’on nous impose ne facilite pas la tâche au nouveau président. Et vous, que croyez-vous ?

Sobamasoba, l’analyse politique qui informe.

Eduardo Scotty M.      

                                                                                                                                                                                                               

 

 

             

La rétrospective qui s'impose.


« L’Angola a connu une espèce de miracle économique au sortir de la guerre. Mais le Mpla au pouvoir n’en a pas profité pour faire des réformes ni pour diversifier son économie. Il a eu tort de penser que les cours élevés du pétrole seraient éternels. La crise économique mondiale de 2008-2009 le lui a rappelé, mais rien n’a été fait pour réduire la dépendance au pétrole », a constaté l’économiste Manuel José Alves da Rocha, de l’Université catholique d’Angola. Depuis 2014, le cours du baril a baissé et le pays est entré dans une crise économique profonde que va devoir gérer Joâo Lourenço. L’Angola a besoin d’une croissance égale ou supérieure à l’augmentation annuelle de la population, qui est de 3 %. Sinon, les Angolais deviendront encore plus pauvres et la situation économique et sociale se détériorera dangereusement. »  Avec ce prix bas du pétrole devenu la norme, la croissance a été quasi nulle en 2016 et  de 1,3 % en 2017, selon le FMI. Pendant ces deux années, les chantiers se sont arrêtés et les nombreuses tours inachevées brisent le mythe de la prospérité. Des dizaines de milliers d’ouvriers chinois ont quitté le pays. L’Angola n’a plus les moyens de s’offrir leurs services, car les conditions du deal sino-angolais « infrastructures contre pétrole » ne sont plus favorables. Les salaires des fonctionnaires sont payés en retard, les administrations et les entreprises privées ont abondamment licencié… et le mécontentement populaire a beaucoup grandit. Les attentes de l’après Dos Santos sont immenses. Joao Lourenço prend les rênes d’une puissance régionale à terre malgré un PIB huit fois supérieur à celui du Mozambique. L’héritage économique laissé par José Eduardo dos Santos, qui a quitté le pouvoir, malade, à l’âge de 74 ans, mais reste à la tête du MPLA, est préoccupant. Je ne cesse de le répéter à qui veut l'entendre. La dette publique dépasse les 70 % du PIB, le déficit budgétaire pourrait dépasser les 6 % du PIB, l’inflation galopante se conjugue à des taux de change délirants du kwanza en dollar et à une pénurie de devises qui contraint la Banque centrale à puiser dans ses réserves de change, qui s’amenuisent. Les investisseurs désertent ce qui était encore, il n’y a pas si longtemps, un eldorado pour les aventuriers prêts à miser sur un environnement d’affaires toxique et corrompue. « L’Etat n’a plus les moyens de les retenir et d’en attirer d’autres, constate un analyste occidental. D’autant que, depuis fin 2015, les sociétés étrangères ont du mal à convertir en devises leurs profits en monnaie locale. Les arriérés de transferts sont considérables, entre 2 et 5 milliards de dollars bloqués à Luanda. » L’incertitude plane sur les projets de réformes économiques de Joao Lourenço, de même que sur la marge de manœuvre dont il dispose au sein du parti et vis-à-vis de son prédécesseur. « Au début, Lourenço s’est occupé à faire sa place au sein du régime et du jeu politique interne au MPLA, explique le politologue Didier Péclard, du Global Studies Institute de l’Université de Genève. Il pourrait se recroqueviller sur ce qui marche, à savoir le pétrole et le diamant. Mais sans réforme économique poussée, il y a en Angola les germes d’une crise profonde. » Militaire discret considéré comme intègre, devenu ministre de la défense en 2014 et vice-président du MPLA en 2016, Joao Lourenço devra composer avec l’ombre du clan dos Santos qui plane sur toute l’économie et qu’incarnent des cadres souvent incompétents issus du MPLA et des fidèles serviteurs du président sortant. « Plus qu’un pays riche, l’Angola est un pays de quelques riches qui ne veulent ni partager, ni travailler, et règnent sur une économie de marché avec une mentalité communiste, analyse Carlos Rosado de Carvalho, économiste et directeur du journal Expansão. Il n’y a plus d’argent et le président va être obligé d’adopter des réformes claires, de définir un budget réaliste, de dévaluer le kwanza et de tout faire pour regagner la confiance des investisseurs et rétablir la crédibilité de l’Angola sur les marchés. Lourenço n’a d’autre choix que de reprendre contact avec le FMI pour d’éventuels prêts, mais surtout pour des conseils. »

La situation telle qu'analysée par des spécialistes démontre que Joâo Lourenço a plusieurs défis à relever pour redresser le pays. Malheureusement, après son investiture le premier obstacle sur son chemin, c’est le climat au sein de son parti, le Mpla. Son intégrité pose problème à ses collègues du parti, car elle est à contre-courant des méthodes employées par son prédécesseur pour gouverner le pays. Au vu de ce qui se passe au sommet de l’État, le Mpla peut-il  rendre le pays ingouvernable?  Wait and see.  
Sobamasoba, l'analyse politique qui informe.
Eduardo Scotty M. 




 

dimanche 26 novembre 2017

Joâo Lourenço a-t-il un agenda caché?


Les deux premiers mois de Joâo Lourenço au pouvoir ont provoqué un véritable remue-ménage dans le pays. Tous les secteurs liés à la vie politique et économique sont touchés par une vague de révocations et nominations. Dans les cabinets ministériels et dans les conseils d’administration des entreprises d’État les mines renfrognées de responsables témoignent de l’inquiétude grandissante de la classe dirigeante. Apparemment, pour le nouveau président, seuls le mérite, l’intégrité et la compétence sont considérés comme critères pour l’affectation des cadres et dirigeants. Tous ceux qui sont mouillés dans des affaires de corruption sont d’office écartés. Joâo Lourenço a besoin de poser des actes forts et spectaculaires ne serait-ce que pour reprendre la main après le départ de Dos Santos. Je ne pense pas qu’il soit capable de défaire le système mis en place par son prédécesseur. La révocation emblématique d’Isabel dos Santos est un gage du nouveau président pour signifier au peuple angolais que personne n’est au-dessus des lois. Au vu de ses  premiers pas à la présidence de la République, les Angolais enivrés par ce début de changement doivent-ils se réjouir et applaudir leur nouveau président?  Oui et non.

Oui, parce que toucher à des corrompus qui se croyaient intouchables est une preuve de la détermination de vouloir corriger ce qui est mal. L’ouverture par le Procureur de la République d’une action judiciaire contre le dernier gouverneur de la Banque Nationale est un indice qui ne trompe pas. D’autres cas moins médiatisés se multiplient et l’opinion publique croit que cette fois, apparemment, nous sommes sur la bonne voie. Le laisser-aller de précédents gouvernements a laissé le pays dans un marasme qui nécessite une restructuration en profondeur. Joâo Lourenço, à travers les actes qu’il pose, donne l’impression de quelqu’un qui a su cerner le problème angolais.

Non, parce que derrière la révocation des cadres et responsables, se cache peut-être un agenda que le public ignore. Penser à l’existence d’un pacte implicite entre le nouveau président et le sortant n’est pas insensé. Joâo Lourenço étant lui-même issu des entrailles du système Dos Santos, il lui est pratiquement impossible de se dresser contre les pratiques immorales d’un parti auquel il appartient. Il est de notoriété publique que les 38 ans de pouvoir de Dos Santos ont abimé l’image du Mpla dans le pays. Personne ne croit plus à ce parti qui est devenu une machine à fabriquer des resquilleurs des fonds publics. D’ailleurs n’eut été le tripatouillage de la Commission électorale nationale aux dernières élections, le Mpla n’aurait pas gagné. Tout le monde en Angola le sait, et le président élu le sait aussi.

Dans le pays, le bilan des consultations électorales à partir de 1992 montre à quel point le Mpla est en baisse dans l’opinion angolaise. Les résultats électoraux obtenus par ce parti aux dernières élections sont un signal d’alarme qui préoccupe sérieusement le Mpla et sa direction. Même s’il ne le laisse pas paraître, en sa qualité de vice-président du Mpla, Joâo Lourenço est obsédé par ces résultats. Il est logiquement de son  devoir de chercher à redorer l’image de son parti terni par la mauvaise gouvernance de son prédécesseur. Il suffit d'écouter son discours lors de son investiture pour s'en rendre compte. Même s’il affirme être le président de tous les Angolais, le Mpla est son parti. Pour les prochaines élections en 2022, c’est lui probablement qui va conduire la liste du Mpla. Son bilan à la fin de la présente législature (2017-2022) sera très déterminant dans le choix des Angolais. Il est un secret pour personne que les élections ne se préparent pas quelques mois avant la date du scrutin. La bataille électorale se gagne pendant les cinq ans que dure le mandant présidentiel. Le scénario auquel les Angolais assistent aujourd’hui fait partie de la préparation des futures batailles électorales. Le moment venu, tout le monde se souviendra de cet homme qui a eu le courage de limoger tous ceux qui ont volé l’argent de l’État ; cet homme qui a remis le mérite, la compétence et l’intégrité dans les critères de sélection des cadres de l’administration angolaise. L’opinion nationale se souviendra de cet homme qui a mis fin à la prépondérance des enfants Dos Santos. Joâo Lourenço n’est pas à la recherche de notoriété comme l’a affirmé Joâo Pinto. Il cherche méthodiquement et intelligemment à repositionner son parti sur l’échiquier national. D’ailleurs, grâce aux quelques mesures énoncées, la réaction ne s’est pas fait attendre. Beaucoup d’anciens militants du Mpla ont commencé à rejoindre le parti. Marcolino Moco, Ambrosio Lukoki et d’autres frondeurs ont encensé le nouveau président pour son sens de responsabilité. Mais lorsque nous regardons de près ce que le nouveau président a fait, il n’y a rien d’extraordinaire. Il est tout simplement en train d’installer son administration. Des hommes et des femmes en qui il a confiance. A-t-il déjà parlé de la qualité de l’enseignement dans le pays ? A-t-il déjà abordé la problématique de l’intolérance politique ? La qualité des soins dans les hôpitaux, l’insécurité dans la périphérie de Luanda, le chômage des jeunes, le déficit public, l'inflation galopante, autant des sujets sur lesquels nous l’attendons. J’ouvre ici le débat.

Sobamasoba, l’analyse politique qui informe.

Eduardo Scotty M.   

 

 

 

mardi 21 novembre 2017

Le président Joâo Lourenço : un éléphant dans un magasin de porcelaine.


« Améliorer ce qui est bon et corriger ce qui ne l’est pas ». Ce slogan, le candidat du Mpla aux élections générales du 23 août 2017 l’a porté durant toute sa campagne électorale. Pensée par les stratèges politiques du Mpla, la formule a séduit énormément d’électeurs puisqu’en bout de course, le Mpla et Joâo Lourenço ont remporté le scrutin avec 61% de voix. Jusqu’ici, rien d’inconvenant. C’est à partir du moment où le candidat devenu président essaye de matérialiser ce slogan pour le rendre plus présent dans la vie quotidienne des Angolais, que le problème commence à se poser. « Corriger ce qui n’est pas bon », cette partie du slogan est, de l’avis de plusieurs Angolais, une reconnaissance subtile des erreurs commises par les gouvernements précédents, et cela dérange beaucoup le fan-club des « eduardistes ».Ils refusent toute responsabilité dans la situation que connait actuellement le pays. Pourtant, ce sont leurs erreurs qui ont longtemps pénalisé le peuple et appellent aujourd’hui à des réformes structurelles pour le bien de tous. Seulement, au vu de leur réaction (les faucons du Mpla), il semble qu’ils ne sont pas prêts à accepter les corrections envisagées par le nouveau pouvoir.      

Depuis l’entrée en fonction du président Joâo Lourenço, la population a la nette impression de vivre quelque chose de nouveau, quelque chose de différent. Les quelques mesures prises par le nouveau pouvoir dans le cadre de la restructuration de son administration ont engendré une onde de satisfaction au sein de la population. Ces mesures sont, certes, aux antipodes des usages du parti et peut-être contraires aux méthodes de gouvernance de précédents gouvernements, mais ne dit-on pas qu'« aux grands maux, grands remèdes ? ». Le réalisme dont fait montre Joâo Lourenço n’est pas, comme veulent nous faire croire certains caciques du Mpla, un quelconque déviationnisme. Le spectacle auquel nous assistons depuis son installation à la présidence de la République, des nominations et surtout des limogeages en cascade, correspond exactement aux attentes du peuple. Qu’il y ait, comme je l’ai souligné, des réactions parfois violentes de certains politiciens de la majorité, c’est très compréhensible. Ils ne sont pas habitués. Le cas de Joâo Pinto, un député du Mpla connu pour son attachement au président Dos Santos est une vivante illustration. Cet homme, un pur produit du marxisme-léninisme, n’a pas hésité de menacer le nouveau Chef d’État de pires conséquences tout simplement parce qu’il a démis de leurs fonctions les enfants de l’ancien président Dos Santos. Un limogeage que le peuple angolais attendait et qu’il a apprécié à sa juste valeur au point de fêter l’événement. Si Mr. le député avait un esprit plus ouvert, il aurait su que les promesses électorales ne sont pas des promesses en l’air. Généralement, les électeurs tiennent compte de leur concrétisation pour pouvoir juger leurs élus. S’enfermer dans une colère incontrôlée, et qualifier un président démocratiquement élu de populiste à la recherche de notoriété est un manquement grave. Venant d’un député de la majorité, un commentaire de cette nature montre de quel côté se trouve réellement le Mpla. Sinon, un président élu avec 61% de suffrage n’est-il pas un homme suffisamment populaire pour entamer des réformes et s’entourer des personnes compétentes de son choix? Et dire que « le Mpla est le peuple et le peuple est le Mpla », quelle blague !
Jusqu’à ce jour, le président Lourenço n’a encore mis personne en prison pour détournement des fonds publics. Qu’arrivera-t-il quand les pilleurs des coffres de l’État seront appelés à rendre des comptes à la Justice ? D’ailleurs, rien n’indique que les mesures prises jusqu’à présent par Joâo Lourenço ne sont pas un arrangement concerté avec le président sortant. Dans les hautes sphères du pouvoir, il se murmure que nonobstant les limogeages effectués par le nouveau pouvoir, les deux présidents (Mpla et gouvernement) continuent à entretenir des relations très cordiales. Il y a donc suspicion que les changements introduits par Joâo Lourenço soient le résultat d’une concertation entre lui et son prédécesseur. Dino Matross, secrétaire général du Mpla n’a-t-il pas affirmé que : « Joâo Lourenço ne fera rien sans le patronage du parti. Tout ce qu’il fait est le résultat d’un débat au sein du parti ». C’est dommage que Joâo Pinto ne soit pas au courant de ce qui se trame à la direction de son parti sinon il n’aurait pas réagi de la sorte. Je vous rassure tout de suite, il n’est pas le seul dans ce cas. Kundi Pahama, le gouverneur de la province de Cunene fait aussi partie de ce noyau dur du parti qui veut mettre des bâtons dans les roues du gouvernement actuel. Et au fur et à mesure que les limogeages tombent, la liste des réfractaires s’allonge. Aux dernières nouvelles, Ambrosio de Lemos (Patron de la police) et José Maria ( Chef des services de sécurité) ont été limogés. Et si l’ex-président Dos Santos dans son repenti avait décidé de donner à son successeur, Joâo Lourenço, la possibilité de réaliser ce qu’il n’a pas pu faire, cela peut-être une explication. Les révocations font, certes, mal, mais quand elles sont justifiées, la douleur est moins pénible. Et vous, pensez-vous que le Président Joâo Lourenço mérite les foudres des caciques du Mpla ? Le procès d’intention qu’on lui fait, est-il justifié ?  

Sobamasoba, l’analyse politique qui informe.

Eduardo Scotty M.   

jeudi 26 octobre 2017

Le Président Joâo Lourenço est-il capable de s'affranchir de l'oppressante tutelle du Mpla?


Il y a environ un mois depuis que Joâo Lourenço exerce les fonctions de Chef de l’État en Angola. Porter un jugement sur sa manière de gouverner le pays, pendant les trente premiers jours de son mandat, est, à mon avis, un peu prématuré. Toutefois, compte tenu de ce qui se dit à son sujet, il n’est pas absurde d’analyser les premières mesures prises par lui et son gouvernement depuis leur arrivée au pouvoir. Dans ma dernière publication, parue après la promulgation de ce nouveau gouvernement, j’ai focalisé mon analyse sur un élément qui m’a paru fondamental et qui est intervenu dans la composition de cet exécutif : le népotisme. Beaucoup d’observateurs de la politique angolaise ont, comme moi, retrouvé dans ce premier cabinet Lourenço la griffe de José Eduardo dos Santos. La configuration de l’équipe Lourenço ressemble tellement à celle de son mentor que nous croyions tous à la main mise du parti sur le gouvernement. Finalement Dino Matross, secrétaire général du Mpla, a-t-il raison quand il affirme que Joâo Lourenço est tenu à obéir aux injonctions de son parti ? 

Visiblement, il y a léger vent de rébellion qui souffle à la « Cidade Alta ». En analysant les informations en provenance de Luanda, j’ai la nette impression que le nouveau Président de l’Angola veut s’émanciper de la puissante tutelle du Mpla. Ses pas sont encore hésitants, mais on sent une certaine fermeté dans sa démarche. Dès qu’il a été informé par le Procureur général de la République des poursuites dont Carlos Aires da Fonseca PANZO, son secrétaire aux affaires économiques, faisait l’objet par la justice helvétique (Suisse), il l’a, sans hésiter un seul instant, démis de ses fonctions. En 42 ans, c’est une première pour les Angolais. Seulement, n’allons pas trop vite en besogne. Quel crédit doit-on accorder à cet acte ? Quand l’aumône que l’on donne à un mendiant est trop conséquente, le mendiant se méfie. Poser un acte d’une telle grandeur, dans un pays où l’impunité est une règle, rend l’acte suspect aux yeux des personnes averties. Mais il y a un doute raisonnable. D’autres actes posés par le nouveau président laissent croire à un véritable changement de mentalité dans la conduite de la politique en Angola. Voyons quelques exemples qui sortent de l’ordinaire :

Quand elle a été nommée à  la Présidence de Sonangol, Isabel dos Santos a démis l’ancien Président de la commission exécutive de Sonangol (Recherche et Production SNL),   Carlos Sousa e Oliveira, dans des conditions humiliantes en l’accusant de présenter « des insuffisances en matière de gestion et  de détournements de fonds ».  Pour remettre les choses  dans l’ordre, João Lourenço a nommé récemment ce même Carlos Sousa e Oliveira au poste de Secrétaire d'État des pétroles, une nomination qui le place dans une position hiérarchiquement au-dessus d'Isabel dos Santos et de ses consultants portugais.

Pendant 20 ans, Isabel dos Santos, grâce au pouvoir détenu par son pèreavait à elle toute seule le monopole du secteur des télécommunications. Cette position lui permettait  d’empêcher d’autres entrepreneurs, nationaux ou étrangers, d’investir dans la téléphonie mobile en Angola. Dans sa condition de détentrice du monopole des télécommunications, Isabel dos Santos fixait, à travers sa société UNITEL, les prix les plus élevés sur ce marché.  À la grande surprise des Angolais,   le président de la République, João Lourenço, a déclaré ce lundi 16 octobre qu'il va soumettre à l'Assemblée nationale l'approbation d’une loi sur la concurrence afin de finir avec les monopoles et autres imperfections existants sur le marché angolais.

Dans la poursuite de la modification des statuts de Sonangol, Isabel dos Santos a récemment écarté de la société l'ingénieur Paulino Jeronimo, un administrateur exécutif et un cadre de confiance du général Leopoldino de Nascimento « Dino ».  Pour corriger cet abus, selon des informations qui circulent à Luanda, le président Joâo Lourenço place Paulino Jeronimo comme le meilleur candidat pour la direction de la future agence des pétroles, une agence qui aura la compétence de contrôler la Sonangol.

Depuis qu’elle est devenue la Présidente de Sonangol, Isabel dos Santos est considérée comme un foyer d'instabilité en Angola.  À l'intérieur de MPLA, il y a eu des pressions pour que le Président João Lourenço l’écarte de cette entreprise d’État avant qu’elle ne la fasse couler. Récemment, une dirigeante de OMA, Lourdes Caposso, a lancé sur les réseaux sociaux un appel suggérant le sauvetage de Sonangol. En même temps les fonctionnaires de la société ont élaboré un manifeste pour que le Président de la République annule le décret qui attribue à Isabel dos Santos le pouvoir de nommer les membres du Conseil d’Administration de la société. Peut-on considérer ces tacles comme un début de changement dans la manière de gouverner ? La réduction du nombre des vice-gouverneurs de provinces de 54 à 38, et la proposition de nommer de nouveaux procureurs de la République en lieu et place des anciens, corrompus et incompétents, sonnent comme un avertissement aux oreilles de ceux qui sont habitués à l’oisiveté et à l’impunité.  Peut-on dire que l’Angola est en train de se débarrasser de ses mauvaises habitudes et des méthodes de José Eduardo dos Santos? Seul le temps nous le dira. Mais en attendant, je vous laisse juger.

Sobamasoba, l’analyse politique qui informe.

Eduardo Scotty M.    


  

dimanche 8 octobre 2017

NEPOTISME, marque de fabrique du Mpla.


Il n’a pas fallu longtemps aux Angolais pour se rendre compte de la supercherie concoctée par le Mpla dans le but de leur donner l’impression que l’élection d’un nouveau président est un début de changement. C’est la publication du nouveau gouvernement qui a mis au grand jour le vrai visage du président élu. Alors que tous espéraient vivement trouver dans Joâo Lourenço l’homme qui allait, sur la forme comme sur le fond, faire la politique autrement, la désillusion a été grande. Le nouvel Exécutif présenté au public a suscité de l'indignation dans la population. Son gouvernement est en fait une copie conforme de l’équipe Dos Santos. Neuf (9) ministres du gouvernement sortant se retrouvent aux mêmes postes dans l’administration Lourenço. Le seul critère pour leur maintien : le népotisme. JL est sur les pas de son prédécesseur.
Dans l’opinion nationale, ce nouveau gouvernement a quelques difficultés à être accepté. Selon des personnes interrogées, le Président Lourenço, pour la nomination de ses ministres, a fait appel à des critères qui contredisent les promesses faites pendant sa campagne électorale. Il avait promis de combattre le népotisme et le favoritisme qui, depuis plusieurs années, caractérisent le Mpla, mais il apparait que son gouvernement est composé des  proches qui partagent avec lui les mêmes intérêts économiques. Des hommes et des femmes qui, à mon avis, ne sont pas choisis pour leur compétence, mais parce qu’ils sont tout simplement des amis, des fils, des cousins de…

Pour illustrer mon propos, voici quelques exemples frappants ou des cas concrets :
Eugenio César Laborinho, le nouveau gouverneur de Cabinda est un des meilleurs amis du président élu et, tous les deux partagent des intérêts économiques, car Laborinho est, par l’intermédiaire de la société Kilate, partenaire de la famille Lourenço dans un consortium d’exploitation d’or dans la province de Huila, le consortium Société des Métaux précieux d’Angola (SOMEPA). Le maintien de Pedro Mutinde à son poste de gouverneur de Kuando Kubango est aussi dû au fait qu’il détient des participations dans la société Kilate, société partenaire de la famille Lourenço.
Frederico Manuel Santos e Silva Cardoso, le nouveau ministre d’État et chef de la Maison civile du Président de la République est le cousin de la première dame, Ana Dias Lourenço.
Norberto Fernandes dos Santos et Augusto da Silva Tomás, l’entrée de ces deux dirigeants au gouvernement n’est pas étrangère au fait que leurs fils soient mariés aux filles du Président de la République. Tous les trois ont une relation d’intimité, vu qu’ils ont des petits-fils en commun.
Pedro Luis da Fonseca, le nouveau ministre de l’Économie et de la Planification est un proche d’Ana Dias Lourenço. Il a été son vice-ministre à l’époque où la première dame était ministre de la Planification dans le gouvernement Dos Santos. Les deux ont des affaires commerciales qui se croisent.
Ana Paula Sacramento Neto, la nouvelle ministre de la Jeunesse et des Sports, est la belle-sœur de Joâo Lourenço. Son mari est un cousin direct du Président élu.
Diamantino Pedro Azevedo, le nouveau ministre des Ressources minières et Pétroles, était jusqu’à la date de sa nomination Président du Conseil d’Administration de Ferrangol. Une société qui fait partie du consortium de la Société des Métaux précieux d’Angola (SOMEPA) dans lequel se retrouve la société Ralo, propriété de la famille Lourenço.
Luis Fernando, le nouveau secrétaire chargé de la Communication institutionnelle et de la Presse du Président de la République est cité comme ayant été nommé grâce au parrainage du Secrétaire du Bureau politique du Mpla, Mario António, dont il est un ami fidèle. Mario António est une des figures influentes près de l’actuel locataire de la « Cidade alta ». Mentor de Luis Fernando, il est aussi le parrain du fils de Joâo Lourenço et vice-versa.
Hormis le fait d’être deux jeunes très brillants dans leur secteur du savoir, la nomination de deux juristes, Marcy Claudio Lopes, le nouveau secrétaire pour les affaires politiques, constitutionnelles et parlementaires du Président Lourenço et de Itiandro Slovan de Salomâm Simôes, le nouveau secrétaire pour les affaires judiciaires et juridiques auront été nommés sur recommandation d’une grande famille amie de la famille Lourenço, celle de Luizia Bebiana de Almeida Sebastiâo, juge au Tribunal constitutionnel. Lorsqu’ils ont conclu leurs formations respectives, les deux jeunes ont fait leur stage dans le cabinet d’avocats de Luizia Sebastiâo. Ensuite ils sont versés dans les structures du régime et Marcy Lopes s’est marié avec une fille du juge Rui Ferreira, le président de TC, où il exerçait la fonction de Directeur chargé des questions liées aux partis politiques.
La juge Luizia Sebastiâo était aussi la favorite de Joâo Lourenço pour le Ministère de la Justice , mais selon « Correio Angolense » sa nomination aura été rejetée par le leader du Mpla, José Eduardo dos Santos, qui a avait émis des réserves à l’endroit de la dame.

En lisant attentivement ce qui précède, avez-vous l’impression que le mérite a sa place dans la société que le Président Lourenço nous a promise pendant sa campagne électorale ? Dino Matross, le secrétaire général du Mpla, a-t-il raison quand il dit : « Lourenço ne peut rien faire sans le Mpla » ?

Sobamasoba, l’analyse politique qui informe.

Eduardo Scotty M.

Source: club-k.net           

jeudi 31 août 2017

CONSTERNATION !


Consternation est le mot qui correspond exactement à l’état d’esprit des Angolais au lendemain des élections du 23/08/2017. Après une intense campagne de conditionnement orchestré par le Mpla à travers des médias nationaux et internationaux attribuant à Joâo Lourenço la victoire, les Angolais avertis n’avaient plus aucun doute quant à l’issue de ce scrutin. Devant cette pénible évidence, une seule inconnue s’imposait: le pourcentage des voix que s’attribuerait le Mpla pour rester au pouvoir. L’opinion n’a pas attendu longtemps pour être fixée. Les résultats électoraux qui arrivaient au siège du Mpla présageaient une catastrophe électorale pour le parti. Dans plusieurs provinces du pays, le Mpla était en train de perdre, ce qui a provoqué une certaine panique au sein du secrétariat national en charge des élections. Ils n'ont pas pu supporter l'idée d'un président Mpla et d'une Assemblée nationale dominée par l'opposition (Unita-Casa-ce). Dans la précipitation, pour éviter que l’opinion ne soit informée de la déconfiture du parti, le Mpla sans consulter la CNE publie des résultats provisoires dont seuls ses dirigeants connaissent l’origine. MPLA (64,57%)+ UNITA (24,40%)+ CASA-CE (8,56%)+ PRS (1,37%)+ FNLA (0,95%)+ APN (0,52%)= 100,37%. Je vous laisse juger.

Organiser des élections dans un pays ne signifie pas que ce pays est une démocratie. Je l’ai dit et je le répète. Actuellement, presque tous les pays sous régime dictatorial, brutal ou totalitaire procèdent à des élections, comme en Angola, pour légitimer leur pouvoir. Pour ces pays, les élections sont tout simplement un accessoire. Elles ne servent à rien. Personne ne tient compte de l’expression et du choix du peuple. Staline disait en son temps : « Peu importe qui vote et comment il vote. Ce qui importe, c’est qui comptabilise les bulletins de vote ». En confirmant le communiqué du Mpla au sujet des résultats provisoires des élections du 23/08/2017, la CNE a publiquement et clairement exprimé son allégeance au Mpla.       

 

L’Angola traverse en ce moment une situation socioéconomique très difficile, fruit d’une mauvaise gestion du Mpla. Il n’y a aucun doute à ce sujet. Quelques efforts désespérés ont été fournis par Dos Santos et ses pairs pour redresser la barque, mais le temps (oui, le temps) est un facteur qui ne pardonne pas. La date à laquelle se termine le mandat des institutions électives est arrivée à expiration au grand dam des dignitaires du régime. Conscients du pouvoir que leur confère la constitution, celui de choisir ses dirigeants, les Angolais, dans leur majorité, et suivant tous les sondages publiés, ont exprimé le souhait d’une alternance politique dans le pays même si très peu croient que les élections peuvent apporter ce changement. C’est dommage qu’aujourd’hui leur vote ne compte pas pour donner au pays le visage politique qu’il mérite. C’est qui les attriste le plus, c’est de voir que leurs compatriotes, qui vivent à l’étranger et profitent des systèmes démocratiques dans les pays hôtes en s’engraissant grâce aux systèmes sociaux de ces pays, soutiennent dans leur propre pays d’origine un pouvoir dictatorial qui crée et entretient la misère. Si ce régime qu’ils soutiennent est tellement démocratique pourquoi ne reviennent-ils pas ? se demandent les Angolais de l’intérieur. Moi aussi je me pose souvent cette question sans pouvoir y apporter une réponse. Les citoyens angolais ont, non seulement, le droit de participer aux élections, mais ont aussi le droit de savoir par eux-mêmes que le processus électoral est valide. Car, c’est la validité du processus électoral qui garantit la légitimité nécessaire pour l’exercice du pouvoir politique. Dans ce même ordre d’idée, pour que les élections respectent ses objectifs démocratiques et soient valides, elles doivent être justes et transparentes. Or, dans le cas de l’Angola, c’est justement la crédibilité des élections qui est en cause. Seulement, pour qu’elles soient dignes de foi, ces élections doivent répondre à deux exigences importantes : l’intégrité et la crédibilité.

Sobamasoba, l’analyse politique qui informe.
Eduardo Scotty M.