L'actualité depuis quelques temps est dominé par le bras de fer entre Isabel dos Santos et Joâo Lourenço. Animé par la volonté de combattre réellement la corrution, le président angolais, comme un diable dans un bénitier, se débat pour trouver par quel bout tenir la famille de son prédecesseur. Les mauvaises langues parlent de harcelement. Mais en fait, c'est une tactique : Détruire les fondations pour que le reste tombe sans faire trop d’effort. L’arme : combat "impitoyable" contre la corruption. Sûr de l'appui d'une importante partie de l'opinion nationale, João Lourenço, detesté par certains de ces camarades, cherche à éliminer les foyers d’opposition qui se sont crées dans le MPLA, tout en consolidant son pouvoir.
L’idée selon laquelle le président angolais ne contrôle pas encore totalement le MPLA, parti au pouvoir, est largement répandue dans l'opinion. On suppose que plusieurs caciques sont toujours fidèles à l’ancien président José Eduardo dos Santos et développent une certaine résistance à l'intérieur du parti. Cette fidélité représenterait une menace pour le pouvoir politique de João Lourenço, en particulier pour la conquête d’un second mandat présidentiel en 2022. C’est pourquoi certains croient que la médiatisation des actions contre la corruption vise à couvrir les échecs gouvernementaux de Joâo Lourenço et à gagner en popularité.
Le sociologue Paul English est l’un de ceux qui partage cette théorie : "Je la partage en partie parce que le Président est à la recherche d’une certaine légitimité en tant que leader politique. Et une de ses promesses, en effet, a été de combattre la corruption et il a besoin de cette bannière comme une sorte d’atout politique à partir duquel il pourra ensuite capitaliser comme bilan lors des prochaines élections".
Démolir la structure d’abord pour que le corps tombe sans trop d’effort ?
La démonstration de force contre le noyau dur proche de José Eduardo dos Santos est une manière par laquelle le Président cherche à fragiliser le "petit poisson" sans devoir faire trop d’efforts. Réduire la famille de Dos Santos à zéro est une stratégie pour asseoir son pouvoir ? En face, le duo Isabel-Tchizé ne lui laisse pas de répit. À l'allure où vont les choses, on risque de se retrouver dans les caniveaux.
Un éminent chercheur, expert en gouvernance et corruption dans un institut de recherche en Norvège, estime que " le but de Joâo Lourenço est de réduire à zéro l'influence politique de la famille Dos Santos , mais reste à savoir ce que cela implique en termes de réduction de l’influence économique que la famille Dos Santos détient encore dans le pays. Isabel dos Santos a des investissements dans les télécommunications et dans plusieurs autres secteurs. Même s'ils n'ont plus beaucoup d'influence politique dans le pays, la force du clan JES demeure dans les entreprises qu'ils contrôlent. Donc, réduire l’influence politique de ce groupe passe d’abord par réduire son influence économique et financière, ce qui est en train de se faire dans le contexte de la campagne contre la corruption. Isabel dos Santos, l'"héritière politique" de José Eduardo dos Santos et membre du MPLA, a déjà vu une partie de ses biens saisis en Angola et a également été pressée de se défaire de ses participations internationales dans le cadre du "Luanda Leaks". Lorsque Isabel dos Santos "a ouvert la porte à sa candidature à la présidence de l’Angola la semaine dernière dans une interview, c’était un signe qu’elle, et non son père, constitue désormais un défi pour Joâo Lourenço.
Je n'ai jamais cessé de condamner dans ce Blog la selectivité observée dans le combat contre la corruption en Angola. Et c’est justement le fait qu’il y ait des alliés considérés comme intouchables qui font que l'opinion se demande si la campagne contre la corruption de João Lourenço est sérieuse. Surtout quand on constate que les changements structurels nécessaires à une meilleure gouvernance n’ont jamais été dans le champ d’application du Président. Ce qui me fait conclure qu'il y a beaucoup d’erreurs que le Président commet au niveau politique parce qu'il ne peut pas combattre les conséquences d’un mal sans aller à ce qui a permis à ce mal de se produire. Il y a donc là une sorte d’ambiguïté, un double critère. Si le président voulait procéder à des réformes profondes, cela reviendrait à toucher à la Constitution et à son propre pouvoir, à limiter son pouvoir".
Sobamasoba, l'analyse politique qui informe.
Eduardo M.Scotty
Source: DW Africa
vendredi 31 janvier 2020
mercredi 15 janvier 2020
Joâo Lourenço - Felix Tshisekedi : même combat ?
L'année 2020 commence par un bras de fer entre le président Lourenço et la famille Dos Santos. La saisie par le gouvernement angolais des avoirs de Isabel dos Santos et de son mari retient en ce début d'année l'attention de tous ceux qui s'intéressent à la politique angolaise. Vu l'intensité de la tension qui règne entre Joâo Lourenço et le duo Tchizé/Isabel dos Santos, on ne pouvait pas espérer mieux. Laissons, pendant quelques minutes, la frénésie médiatique autour d'Isabel dos Santos, et regardons d'autres événements intéressants qui se sont passés en Angola. Une fois de plus, le président Joâo Lourenço a rencontré Félix Tshisekedi, président de la République démocratique du Congo, cette fois à Benguela. La réunion a donné lieu à une déclaration dans laquelle sont soulignés l'examen par les deux dirigeants des questions relatives à l'exploration du pétrole dans les zones communes d'intérêt et les conséquences de la décision de la Cour provinciale de Luanda, au sujet de la saisie des actifs de Isabel dos Santos et de son mari, Sindika Dokolo. Sur cette question, qui occupe la majeure partie du communiqué, les deux présidents ont affirmé leur ferme engagement à lutter contre la corruption et l'impunité, ainsi que l'engagement décisif en faveur de la transition pacifique des deux pays vers la démocratie et le progrès. Il semble qu'après tout, contrairement à ce que peut penser l'opinion publique, la question de Isabel dos Santos, surtout de son mari Sindika Dokolo, a un impact sur les relations entre l'Angola et le Congo-Kinshasa, et la rencontre entre les présidents ne pouvait pas se terminer sans se pencher sur cette brûlante actualité. Il n'est donc pas surprenant que dans la lutte contre la corruption, les problèmes provoqués par les caciques des anciens regimes dans les deux pays font partie des préoccupations de Lourenço et de Tshisekedi.
L'actuel président de la RDCongo occupe ce poste depuis janvier 2019, après avoir succédé à Joseph Kabila, président pendant plus de 18 ans. Comme José Eduardo dos Santos l'a fait à Lourenço, Kabila a verrouillé le pouvoir avant de partir. En fait, en RDCongo, l'influence de Kabila reste très présente, puisque la Constitution, contrairement à l'Angola, ne confère pas de larges pouvoirs au Président de la République. C'est une constitution semi-présidentielle. Ainsi, Tshisekedi doit vivre avec une majorité parlementaire et un Premier ministre de confiance de Kabila, qui, après avoir remis la présidence de la République, contrôle toutes les autres institutions. De toute évidence, Kabila était plus habile que Dos Santos. À mon avis, le chemin que Tshisekedi doit parcourir est très long et ardu.
En fait, les principaux problèmes des deux présidents sont identiques: deuxs pays extrêmement corrompus, où une petite élite s'est appropriée la plupart des ressources. Au vu de ce qui se passe en Angola, il semble que Joâo Lourenço tente de former en Afrique centrale un bloc réformiste, pariant sur la reconfiguration des régimes politiques et les débarrassant autant que possible de la corruption. En ce sens, il a peut-être trouvé un allié en la personne de Tshisekedi. Il y a possibilité de forger une alliance pro-démocratie et pro-progrès qui serait sans précédent dans ces deux pays. L'Angola et la RDC ont connu des guerres et la pauvreté tout au long de leur histoire. Depuis son arrivée au pouvoir, Lourenço a joué un rôle important dans la transition pacifique en RDCongo entre Kabila et Tshisekedi. Plusieurs sources confirment son rôle clé dans la décision de Kabila de se retirer, lui garantissant un sanctuaire en Angola, si nécessaire. Il a apporté un soutien indéfectible au nouveau président congolais, à la fois pour le renforcement de son pouvoir et la gestion des relations avec le Rwanda. Toutefois, hormis le renforcement des relations entre les deux pays et la création d'un bloc anti-corruption dans cette zone de l'Afrique centrale, un autre thème a été abordé par les deux dirigeants. Celui de Sindika Dokolo. De nationalité congolaise (en plus de danoise et angolaise), Sindika appartient à une riche famille. Son père, Augustin Dokolo, était l'un des principaux banquiers du dictateur Mobutu, avant de tomber en disgrâce et de perdre sa banque. Marchant sur les pas de son père, Sindika a un sens très élevé des affaires. Il croit à la méritocratie, ce qui l'oppose à l'ancien président Joseph Kabila qui, finalement l'a fait condamner par un tribunal congolais à un an de prison pour certaines de ses entreprises. Cela l'a empêché de rentrer en RDCongo pendant un certain temps.
Nous avons tous observé qu'après l'élection de Tshisekedi, Sindika s'est beaucoup approché du nouveau président. Apparemment, une étroite entente entre les deux hommes était donc en gestation. Lourenço voit-il d'un bon oeil cette approximation? Étant embourbé dans une grave affaire financière en Angola, il est possible que Joâo Lourenço, qui soutient Tshisekedi, ne veuille pas que Sindika soit un grain de sable dans la mécanique qui se met en place. Si Lourenço et Tshisekedi sont appelés à être des alliés dans la lutte contre la corruption, forcement Tshisekedi aura besoin de Lourenço pour se démarquer de Kabila et créer son propre espace politique et de pouvoir. À son tour, Lourenço n'aimerait pas que la RDCongo sert de base pour les attaques de Sindika contre le pouvoir à Luanda.
Les deux chefs d'État arriveront-ils à se surpasser? Wait and see.
Sobamasoba, l'analyse politique qui informe.
Eduardo M.Scotty
Source: makaangola
mardi 26 novembre 2019
UNITA, une leçon d'humilité, de maturité et de démocratie.
Depuis la disparition de Jonas
Savimbi, chaque fois que l’Unita organise un congrès, j’essaye de me replonger
dans notre passé historique pour imaginer ce que notre pays aurait pu être si
les accords de Alvor étaient respectés. Pendant ce court instant d’immersion,
il m’apparait clairement que la dimension d'un homme sage, un homme d'une
grande envergure, se mesure par l'étendue de sa vision, par sa capacité à juger
correctement les phénomènes complexes et par sa subtilité de prévoir les
événements, bien avant l'heure normale. Souvent, la perception d'un homme sage
est toujours entourée de controverses dans le présent, mais à l’avenir, lorsque
les faits se produisent, elle rassemble le consensus. Parce que, dans la
profonde incertitude et l'immense nature de l'obscurité, il y a dans son
intégralité, la splendeur d'un homme sage qui s'affirme dans le temps et rend
sa prédiction pertinente, inébranlable et incontestable.
Le dernier congrès de l’Unita, le
13°, a été, encore une fois, une vraie leçon de démocratie. Une démocratie
comme l’auraient souhaité les Angolais si le marxisme-léninisme ne nous était
pas imposé par le Mpla comme méthode de gestion de la chose publique à
l’accession du pays à l’indépendance. Par trois fois, l’Unita, après la mort de
Savimbi, a fait montre d’un esprit démocratique rare sur le continent africain.
Au dernier congrès, ils ont aligné cinq candidats pour se disputer le poste de
président après la sortie, pour fin de mandat, du président Samakuva. Pendant des mois les candidats ont
sillonné le pays pour expliquer leur projet respectif et mobiliser le plus de
délégués en leur faveur. Le débat télévisé qui a suivi, un débat très riche en
propositions, a suscité beaucoup d’intérêt
dans la population qui l’a suivi d’un bout à l’autre, même si certaines
mauvaises langues ne veulent pas le reconnaitre. En fin de course, c’est
Adalberto da Costa Junior qui fut élu nouveau président de l’Unita. À 57 ans,
cet ancien représentant de l’Unita au Portugal et président du groupe
parlementaire de l’Unita à l’Assemblée nationale angolaise porte les espoirs
des milliers de militants qui voient en lui l’homme de la transformation d’un
parti qui est resté trop longtemps complaisant avec le pouvoir. Un parti qui,
au cours de dernières années, est resté sur la défensive, acceptant parfois
l’inacceptable. L’Unita dont les militants désirent est un parti à l’offensive
qui fait fi du passé et regarde résolument vers l’avenir. Un parti qui ne
s’enferme pas, comme le voudraient ses adversaires politiques, dans la
culpabilité d’avoir pris les armes pour instaurer le multipartisme et la
démocratie dans le pays. Les élections locales de 2020 exigent de la part de
l’Unita un discours clair dépourvu d’hypocrisie. Sans blesser certaines
susceptibilités, mais avec politesse et responsabilité, appeler les choses par leurs noms. Un
« marimbondo » est un marimbondo. Peu importe qui il soit. Le terme ne
vient pas de l’Unita.
Pourquoi l’Unita est-elle
différente du Mpla ? Si nous faisons une analyse de notre passé récent, du
nationalisme angolais, les chemins empruntés et les options prises montrent
d’une manière évidente le profil politique et idéologique de chaque Mouvement
de libération de l'Angola devenu parti politique. Aujourd'hui, à l'heure de
l'ouverture et de la mondialisation, il est plus facile de juger les faits
existants pour clarifier les énigmes du passé. Car, le temps, aussi sombre qu'un
phénomène puisse être, est l'allié fidèle de la vérité. Un allié qui ne
prolonge pas indéfiniment les incertitudes.
L’Unita a toujours été le parti politique porteur d’espoirs pour les ouvriers et les paysans de l’Angola profond. Pendant notre lutte anticoloniale, un homme revêtu de beaucoup de sagesse disait que « la révolution chinoise, les caractéristiques de la Chine et l'âme du peuple chinois sont plus proches de la réalité angolaise que la révolution russe et les caractéristiques du peuple russe ». Dans cette même lutte, l’Unita a toujours été idéologiquement proche des Chinois alors que le Mpla est, encore aujourd’hui, dans sa forme et son fonctionnement, un parti politique proche de la Russie. Un parti rigide.
D’ailleurs, avant l’indépendance, dans sa dialectique, le Mpla était extrêmement critique, répugnant et opposé au Parti communiste chinois, même si, pour obtenir des crédits, ses dirigeants ont changé aujourd’hui. Le Mpla méprisait les Chinois comme des paysans arriérés dont l'idéologie était révisionniste et contre-révolutionnaire. Quiconque se plaçait du côté du Parti communiste chinois était traité par le Mpla de réactionnaire, de traître et d’agent de l'impérialisme.
Ceux qui connaissent l’histoire de notre lutte de libération se souviendront que l’élite mpliste, basée en Algérie dans les années 60, avait une attitude destructrice et une forte aversion à tout ce qui concernait les valeurs paysannes. En effet, cet esprit anti paysan se reflète encore aujourd'hui dans la position de la direction du MPLA, un esprit qui se retrouve dans l'article 98 de la Constitution de la République d'Angola. Cet article ne reconnaît pas aux paysans la propriété de leurs terres communautaires, terres qui sont devenues "la propriété originelle de l'État", c'est-à-dire de la classe bourgeoise dominante. Les champs, dans la conception de cette classe, sont la forêt, un espace réservé au tourisme, une source des recettes. Elle ne lui donne pas la valeur qu'elle mérite, d'être une terre vaste et riche en ressources naturelles, un véritable paradis pour vivre et développer la vie des populations locales qui y habitent. Voilà le genre de débat que les Angolais souhaitent voir ressuscité par l’Unita, sous la direction de Adalberto da Costa Junior. Le débat sur la terre, sur la propriété foncière. « Liberdade e Terra », ça ne vous dit rien ? Des hommes sont morts à cause de cette philosophie.
L’Unita a toujours été le parti politique porteur d’espoirs pour les ouvriers et les paysans de l’Angola profond. Pendant notre lutte anticoloniale, un homme revêtu de beaucoup de sagesse disait que « la révolution chinoise, les caractéristiques de la Chine et l'âme du peuple chinois sont plus proches de la réalité angolaise que la révolution russe et les caractéristiques du peuple russe ». Dans cette même lutte, l’Unita a toujours été idéologiquement proche des Chinois alors que le Mpla est, encore aujourd’hui, dans sa forme et son fonctionnement, un parti politique proche de la Russie. Un parti rigide.
D’ailleurs, avant l’indépendance, dans sa dialectique, le Mpla était extrêmement critique, répugnant et opposé au Parti communiste chinois, même si, pour obtenir des crédits, ses dirigeants ont changé aujourd’hui. Le Mpla méprisait les Chinois comme des paysans arriérés dont l'idéologie était révisionniste et contre-révolutionnaire. Quiconque se plaçait du côté du Parti communiste chinois était traité par le Mpla de réactionnaire, de traître et d’agent de l'impérialisme.
Ceux qui connaissent l’histoire de notre lutte de libération se souviendront que l’élite mpliste, basée en Algérie dans les années 60, avait une attitude destructrice et une forte aversion à tout ce qui concernait les valeurs paysannes. En effet, cet esprit anti paysan se reflète encore aujourd'hui dans la position de la direction du MPLA, un esprit qui se retrouve dans l'article 98 de la Constitution de la République d'Angola. Cet article ne reconnaît pas aux paysans la propriété de leurs terres communautaires, terres qui sont devenues "la propriété originelle de l'État", c'est-à-dire de la classe bourgeoise dominante. Les champs, dans la conception de cette classe, sont la forêt, un espace réservé au tourisme, une source des recettes. Elle ne lui donne pas la valeur qu'elle mérite, d'être une terre vaste et riche en ressources naturelles, un véritable paradis pour vivre et développer la vie des populations locales qui y habitent. Voilà le genre de débat que les Angolais souhaitent voir ressuscité par l’Unita, sous la direction de Adalberto da Costa Junior. Le débat sur la terre, sur la propriété foncière. « Liberdade e Terra », ça ne vous dit rien ? Des hommes sont morts à cause de cette philosophie.
Si j’ai fait cette petite
digression, que vous avez certainement remarquée, c’est pour souligner l’apport
d’une démocratie interne dans l’édification d’une société plurielle.
Sobamasoba, l’analyse politique
qui informe.
Eduardo M.Scotty
mercredi 13 novembre 2019
Joâo Lourenço est-il à bout de souffle?
La salle est comble. Elle est
pleine à craquer. Décorée aux couleurs du Mpla, le rouge et le noir, c’est un
jour historique pour le parti des camarades. C’est la fin du congrès de la
jeunesse du Mpla, parti au pouvoir en Angola depuis 1975. Comme d’habitude, d’énormes
moyens sont engagés pour la réussite de l’événement. C’est donc un auditoire
complètement acquis au président du parti qui attend le discours de clôture de
Joâo Lourenço. En baisse dans différents sondages réalisés par des médias à
Luanda, le congrès de la JMPLA est une tribune que les jeunes offrent à Joâo
Lourenço pour se refaire une santé dans l’opinion publique après les doutes
suscités par sa politique sur la lutte contre la corruption et l’impunité. La
petite guerre menée par Tchizé au nom du clan Dos Santos a fini par créer un
doute dans la tête de certains Angolais qui se posent des questions au sujet de
la gestion de Joâo Lourenço. La manifestation des jeunes chômeurs à Luanda
réclamant de nouveaux emplois a porté un sérieux coup à l’image du
président. Lâché par ses propres
camarades du parti, JLo est dépité. Son discours sur l’état de la nation,
truffé des données irréalistes, ne sert vraiment pas sa cause. Les successives
dévaluations de la monnaie nationale, le Kwanza, génèrent un mécontentement
général. Sa cécité sur la corruption des officiers supérieurs de l’armée et de
la police passe difficilement dans l’opinion. Tous ces faits mis les uns à côté
des autres créent un climat de suspicion dans la population. À mi-mandat et
devant une position aussi inconfortable, Joâo Lourenço et son gouvernement
ressentent le besoin d’un nouveau souffle après avoir presque perdu celui
acquis au début de la législature. Alors, pour marquer les esprits, Joâo Lourenço monte au créneau, frappe fort
et apparemment sans complaisance. Tenant compte des opinions défavorables à mi-chemin
de son premier mandat, il prend le courage de reconnaitre les erreurs commises
par son administration dans leur démarche pour éradiquer la corruption. Il
demande aux jeunes de son parti de le soutenir et de prendre fait et cause pour
ses actions. Les corrompus et les
corrupteurs étant tous des membres de son parti, il reconnait que dans un tel
contexte une certaine complexité à son combat contre l’impunité et
l'enrichissement illicite.
« En 2016 et 2017, pendant la phase de préparation des élections,
le Mpla a écrit des documents ^pour stigmatiser la corruption parce que le pays
était malade de l’impunité. Il y a eu beaucoup de promesses, mais il nous
manquait du courage. Nous avons parlé de tolérance zéro, mais notre campagne
n’a pas produit les effets attendus. Aujourd’hui, le contexte ayant changé,
nous ne voulons plus tromper notre peuple et nos électeurs parce que nous
considérons injuste de les utiliser juste pour nous faire élire. Nous pensons
qu’il est de notre devoir de concrétiser les promesses faites durant la
campagne électorale. Je veux ici vous rappeler que lorsqu’il y a action, il y a
réaction. Nous avons posé dans notre lutte contre la corruption un certain
nombre d’actions et maintenant nous assistons à la réaction. Cette réaction ne
vient pas de l’opposition, mais des rangs de notre parti, le Mpla » .
« Pensez-vous que nous devons continuer cette lutte que nous avons
engagée pour le bien de notre peuple quelles que soient les embûches sur notre
route ? En sortant de cette salle, devons-nous nous considérer comme ayant
été investis par la jeunesse que vous représentez ici d’un pouvoir qui nous autorise à continuer
notre lutte ? Toute la salle se tient debout et scande : Joâo
Lourenço, l’Angola est avec vous. » Dixit Joâo Lourenço.
Ce n’est pas par hasard si le
président Joâo Lourenço a choisi le congrès de la JMPLA pour lancer un message
fort à l’endroit de ses camarades. Depuis quelque temps, un front contre les
réformistes a vu le jour au sein du Mpla.
La volonté du président de changer les choses dans le pays n’est pas
très appréciée par les caciques du parti au pouvoir. Durant des années, ils ont
vécu et développé l’idée selon laquelle ce sont eux qui ont
« libéré » le pays du colonialisme, il est donc normal qu’ils
substituent les colonialistes, même dans ses méthodes de gestion les plus viles.
Tous les slogans servis au peuple pendant la guerre de libération sont passés à
la trappe. La bourgeoisie qu’ils prétendaient combattre s’est installée
insolemment dans le pays. La pauvreté est devenue une maladie que les
dirigeants du Mpla fuient en se cachant derrière les hauts murs des
« condomínios » construits loin des « baïrros »
périphériques de Luanda. L’économie a quelques difficultés à décoller. Malgré
les lois sur le rapatriement de l’argent volé et placé dans des banques à
l’étranger, lois votées par une assemblée nationale dominée par le Mpla, les
membres du Mpla qui sont tous concernés par cette large fuite des capitaux
s’opposent à la mesure et défient le président de la République à prendre des
sanctions contre eux. Dans ce bras de fer entre les « réformistes »
et les caciques du Mpla, qui gagnera ? Wait and see.
Sobamasoba, l’analyse politique
qui informe.
Eduardo M.Scotty.
dimanche 27 octobre 2019
L'état de la nation : l'UNITA recadre le MPLA.
Chaque année au mois d’octobre,
le président de la République se prête à l’exercice qui consiste à se présenter
devant l’Assemblée nationale pour porter à la connaissance l’opinion publique
nationale et internationale l’état de la Nation dont ils sont, lui et son
gouvernement, les gestionnaires. Il est alors de coutume qu’après l’exposé du
Chef de l’État devant les députés, le chef de l’opposition convoque la presse
pour recadrer, si c’est nécessaire, le chef de l’Exécutif. C’est dans ce cadre
que, contredisant le président Joâo Lourenço, le président d'Unita a accusé, la
semaine dernière, les membres du MPLA, parti au pouvoir depuis 1975, d'être des opposants au Chef de l’État, le
défiant d'être un vrai "patriote"
pour surmonter la crise à laquelle le pays, dont il embellit la situation, est
confronté.
"Les adversaires du président sont les forces hostiles au changement. Et ces forces ne sont pas de l’Unita, on les retrouve au sein du Mpla. L'opposition paradoxalement aujourd'hui, ce sont tous ceux qui résistent à la lutte contre la corruption et l'impunité. Ce sont ceux qui trompent le Président et ne veulent pas rendre l'argent volé aux Angolais. Ce sont ceux qui ne veulent pas que le pays corrige vraiment ce qui ne va pas et améliore ce qui va bien", a déclaré le leader d'Unita dans son discours de réplique à l'intervention du chef de l'État sur l'état de la nation, le week-end dernier.
Isaias Samakuva, qui quittera en novembre de cette année ses fonctions de Président de l'Unita, a affirmé avec force qu’actuellement « les adversaires politiques de Joâo Lourenço dans sa lutte contre la corruption et la consolidation d’un État de droit sont au sein Mpla », alors que l'opposition ne vise qu'à alléger les souffrances de la majorité des Angolais. Pour mettre à mal les changements profonds que Joâo Lourenço avait l'intention de mettre en œuvre, « les forces de blocage qui sont dans le gouvernement, les tribunaux, la banque, l'académie militaire, et partout ailleurs sont sortis de l’ombre, se sont réorganisées et veulent attaquer ».
Les Angolais « attendent du Président qu'il rejoigne le camp des patriotes et se mette à l'avant-garde d'un mouvement national pour le changement », a poursuivi le chef d'Unita. Ce n'est qu'alors que le président Joâo Lourenço, qui est aussi le leader du Mpla, aura la force politique et morale de mener et de gérer le changement et de ne pas être absorbé par celui-ci, a-t-il affirmé. Samakuva a aussi appelé le chef de l'État à ne pas s'inquiéter au sujet du Mpla, « parce que les piliers soutenant le Mpla se sont déjà effondrés et que beaucoup de ses dirigeants se sont déjà déclarés : ennemis du Président."
"La politique de l'État n'est pas l'unité autour de ce qui ne va pas, ni d'assurer une stabilité fondée sur des relations entre complices au prix des souffrances de la grande majorité des Angolais. Être patriote aujourd'hui, c'est avoir le courage de rompre avec le passé et de donner au pays un nouveau départ », a-t-il estimé. Après avoir souligné que le pays traverse la quatrième récession économique consécutive, le leader de l'Unita a déclaré que « tout indique que la crise va s'intensifier parce que l'exécution budgétaire de l'exécutif n'est pas contrôlée par l’Assemblée nationale, que la culture des dépenses n'a pas changé, que la qualité des dépenses publiques n'est pas améliorée et que le pays continue à s'endetter sans cesse, avec une dette publique qui atteint déjà l'équivalent de 90% du PIB ».
« La crise économique et financière, que traverse le pays ne sera surmontée à moyen terme que si, à partir de maintenant, Monsieur le président s’écarte fermement de l'oligarchie qui a pris en otage l'État et décide de commencer à gouverner pour le bien des citoyens afin d'atteindre les quatre objectifs qu’il a mentionnés dans son discours sur l'état de la nation, à savoir : consolider en Angola un véritable état de droit, modifier la structure économique de l'Angola, apporter de profonds changements structurels et modifier fondamentalement le paradigme de la gouvernance », a déclaré Samakuva.
Malgré les louanges dirigées au chef de l'État pour ses intentions dans la lutte contre la corruption, le parti Unita suggère à Joâo Lourenço de « prendre un nouvel élan pour permettre la transformation structurelle de l'économie angolaise afin de répondre aux besoins de développement du pays ». Samakuva a considéré la privatisation de près de 200 entreprises et actifs comme une « mesure appropriée ». Il a suggéré que soient confisqués « les nombreux actifs dispersés par le pays qui apparemment n’appartiennent à personne, mais sont la propriété de l'État parce qu'ils ont été acquis avec de l'argent de l'État et n'ont jamais été enregistrés comme biens de l'État ».
"Les adversaires du président sont les forces hostiles au changement. Et ces forces ne sont pas de l’Unita, on les retrouve au sein du Mpla. L'opposition paradoxalement aujourd'hui, ce sont tous ceux qui résistent à la lutte contre la corruption et l'impunité. Ce sont ceux qui trompent le Président et ne veulent pas rendre l'argent volé aux Angolais. Ce sont ceux qui ne veulent pas que le pays corrige vraiment ce qui ne va pas et améliore ce qui va bien", a déclaré le leader d'Unita dans son discours de réplique à l'intervention du chef de l'État sur l'état de la nation, le week-end dernier.
Isaias Samakuva, qui quittera en novembre de cette année ses fonctions de Président de l'Unita, a affirmé avec force qu’actuellement « les adversaires politiques de Joâo Lourenço dans sa lutte contre la corruption et la consolidation d’un État de droit sont au sein Mpla », alors que l'opposition ne vise qu'à alléger les souffrances de la majorité des Angolais. Pour mettre à mal les changements profonds que Joâo Lourenço avait l'intention de mettre en œuvre, « les forces de blocage qui sont dans le gouvernement, les tribunaux, la banque, l'académie militaire, et partout ailleurs sont sortis de l’ombre, se sont réorganisées et veulent attaquer ».
Les Angolais « attendent du Président qu'il rejoigne le camp des patriotes et se mette à l'avant-garde d'un mouvement national pour le changement », a poursuivi le chef d'Unita. Ce n'est qu'alors que le président Joâo Lourenço, qui est aussi le leader du Mpla, aura la force politique et morale de mener et de gérer le changement et de ne pas être absorbé par celui-ci, a-t-il affirmé. Samakuva a aussi appelé le chef de l'État à ne pas s'inquiéter au sujet du Mpla, « parce que les piliers soutenant le Mpla se sont déjà effondrés et que beaucoup de ses dirigeants se sont déjà déclarés : ennemis du Président."
"La politique de l'État n'est pas l'unité autour de ce qui ne va pas, ni d'assurer une stabilité fondée sur des relations entre complices au prix des souffrances de la grande majorité des Angolais. Être patriote aujourd'hui, c'est avoir le courage de rompre avec le passé et de donner au pays un nouveau départ », a-t-il estimé. Après avoir souligné que le pays traverse la quatrième récession économique consécutive, le leader de l'Unita a déclaré que « tout indique que la crise va s'intensifier parce que l'exécution budgétaire de l'exécutif n'est pas contrôlée par l’Assemblée nationale, que la culture des dépenses n'a pas changé, que la qualité des dépenses publiques n'est pas améliorée et que le pays continue à s'endetter sans cesse, avec une dette publique qui atteint déjà l'équivalent de 90% du PIB ».
« La crise économique et financière, que traverse le pays ne sera surmontée à moyen terme que si, à partir de maintenant, Monsieur le président s’écarte fermement de l'oligarchie qui a pris en otage l'État et décide de commencer à gouverner pour le bien des citoyens afin d'atteindre les quatre objectifs qu’il a mentionnés dans son discours sur l'état de la nation, à savoir : consolider en Angola un véritable état de droit, modifier la structure économique de l'Angola, apporter de profonds changements structurels et modifier fondamentalement le paradigme de la gouvernance », a déclaré Samakuva.
Malgré les louanges dirigées au chef de l'État pour ses intentions dans la lutte contre la corruption, le parti Unita suggère à Joâo Lourenço de « prendre un nouvel élan pour permettre la transformation structurelle de l'économie angolaise afin de répondre aux besoins de développement du pays ». Samakuva a considéré la privatisation de près de 200 entreprises et actifs comme une « mesure appropriée ». Il a suggéré que soient confisqués « les nombreux actifs dispersés par le pays qui apparemment n’appartiennent à personne, mais sont la propriété de l'État parce qu'ils ont été acquis avec de l'argent de l'État et n'ont jamais été enregistrés comme biens de l'État ».
Selon des informations en
circulation dans la presse, l’état de la nation tel que présenté par le
Chef de l’État était truffé de beaucoup d’erreurs. Les chiffres contenus dans l’exposé
ne correspondaient pas à la réalité. Est-ce l’œuvre de ceux qui veulent mettre
les bâtons dans les roues du président ? Le moment n’est-il pas arrivé
pour Joâo Lourenço de s’émanciper du Mpla ? Et vous qu’en dites-vous ?
Sobamasoba, l’analyse politique
qui informe.
Eduardo M.Scotty
Source : correiokianda.
dimanche 29 septembre 2019
Joâo Lourenço, deux ans après : les Angolais entre espoir et deception.
En
marge de la 74° assemblée générale de l’ONU qui s’est tenue à New York, le président
angolais, Joâo Lourenço, au cours d’une interview accordée à la presse
angolaise a déclaré au sujet de la situation socioéconomique de l’Angola après
deux ans à la tête de l’État : « Ce qui n’a pas été fait en 44 ans,
personne ne peut espérer que cela se fasse en deux ans ». Par cette
déclaration, Joâo Lourenço reconnait implicitement l’échec des politiques engagées
par son parti, le Mpla, durant les 44 dernières années au pouvoir en Angola.
Cet aveu d’échec témoigne de l’incapacité ou de l’incompétence de ceux qui se
sont emparés illégitimement du pouvoir en 1975. Une incompétence doublée d’une
cupidité sans commune mesure qui a conduit à la formation d’une classe sociale
entièrement constituée des hommes et des femmes corrompus, voleurs de deniers
publics. Les MARIMBONDOS. Ils sont tous du Mpla. Ce parti qui n’a pas su,
malgré le boom pétrolier, rendre effectif le projet de société dont il est
porteur depuis l’accession du pays à l’indépendance.
Devenu
Chef de l’État en 1977, Joâo Lourenço, est-il en mesure de renverser la
tendance ? L’opinion publique est très sceptique à ce sujet. C’est vrai
qu’avec son arrivée au pouvoir il y a plus de liberté d’expression. C’est vrai
aussi que la peur de penser, de parler et même de crier a pris fin. Mais cela
suffit-il pour songer à un vrai changement dans le pays ? Lorsque nous
savons que pendant les 44 ans de pouvoir du Mpla, la peur a été une arme pour
faire taire la population, le doute subsiste. Surtout quand la population sait
que c’est dans ce climat de peur que le pouvoir « eduardiste » ait su
cacher son incompétence en réduisant l’importance de la valeur travail ;
un but pour la dignité du citoyen angolais. L’honnêteté est vue d’un très mauvais
œil. L’activisme partisan, la corruption, le népotisme sont devenus des outils
de progrès pour les individus en Angola. Toute notion de comportement éthique
est abandonnée au profit de l’enrichissement illicite. Dans la société
angolaise sont apparues au cours de ce long mandat deux idéologies
dominantes : parasiter et piller. C’est dans ce climat délétère que Joâo
Lourenço accède au pouvoir le 26 septembre 1977. Le peuple fatigué des méthodes
oppressives de Dos Santos n’attend vraiment rien de nouveau venant de cet
ancien ministre de la Défense de José Eduardo dos Santos. Pour la population
angolaise, l’alternance pourtant souhaitée est une mascarade. C’est blanc
bonnet et bonnet blanc entendait-on dire dans les rues de Luanda et ailleurs. Aux
yeux des Angolais, JLo était un président symbolique. Seulement, avec le temps beaucoup
d’entre eux ont commencé à changer d’avis. Ironiquement, les pouvoirs absolus
attribués au président de la République par Dos Santos pendant son règne ont
permis à Joâo Lourenço d’avoir une large marge de manœuvre pour annuler
certains décrets de son prédécesseur qui maintenaient inamovibles des chefs
militaires et ceux de la police nationale à leurs postes encore pendant cinq
ans.
J’ai évoqué
l'incompétence de l'exécutif, en particulier dans le domaine économique, et
l'absence de vision claire du président sur sa gouvernance. Que veut João
Lourenço et où va-t-il? La vérité est qu’il ya trop de zigzags qui nous empêchent
de comprendre sans équivoque l’orientation du président: je ne sais pas s’il
navigue à vue ou si le rythme de l’improvisation qu’il impose au pays est
bon. La gouvernance de Jose Eduardo dos
Santos était, à mon avis, plus lisible, et se résumait en trois points : premièrement,
l’utilisation du pouvoir pour l’enrichissement illicite individuel.
Deuxièmement, le maintien de ce pouvoir, son renforcement et sa légitimation
internationale, grâce aux cadeaux financiers distribués aux facilitateurs de la
communauté internationale. Troisièmement, l'exclusion de la société civile par
la répression et l'aliénation pour qu’elle n’ose pas penser à un changement de
régime, et l’utilisation du fruit du pillage comme d’une sorte de loterie. Seuls
ceux qui sont au pouvoir ont le droit de gagner.
Après deux ans au
pouvoir, l’obscurité à l’horizon est toujours présente. La crise économique que
vit le pays ne cesse de préoccuper la population. Le président Joâo Lourenço se
démène comme un diable dans un bénitier, rien n’y fait. Il parcourt, sans
succès, le monde à la recherche des
investisseurs pour tirer le pays du gouffre dans lequel son prédécesseur l’a
plongé. L’Angola est trop endetté. Les lignes de crédit chinoises ont fait plus
de mal que de bien aux Angolais. Si on associe à ces lignes de crédit
l’incompétence et la médiocrité de ceux qui entourent le président, le résultat
est facile à deviner. Or, si nous considérons que la compétence est l’élément
clé pour assurer la prospérité d’un pays, il va de soi que le président doit s’entourer
des cadres qu’il faut aux postes qu’il faut. Ce raisonnement fait appel à des
réformes douloureuses, mais indispensables.
Deux ans, est-ce
suffisant pour porter un jugement ?
Sobamasoba,
l’analyse politique qui informe.
Eduardo M.Scotty.
mercredi 11 septembre 2019
José Eduardo dos Santos, finira-t-il un jour devant un tribunal?
Les Angolais vivent actuellement une période quelque peu
mouvementée dans la mise en place d’un État de droit dans leur pays.
L’application des lois dans toute sa rigueur est un préalable dans la procédure
qui conduit à une société égalitaire devant la Justice. Une société dans
laquelle personne n’est au-dessus des lois. Habitués à subir la loi, les
Angolais sont émerveillés (le mot n’est pas assez fort) de constater que ceux
qui se croyaient intouchables hier sont des justiciables comme tous les autres
citoyens de ce pays. Même si elle reste sélective, la justice en Angola marque
des points. Tous ceux qui n’ont pas la conscience tranquille se demandent à
quel moment l’épée de Damoclès s’abattra sur eux. Au début du mois d’août de
cette année, la chambre criminelle de la Cour suprême a engagé des poursuites
pénales sur demande du Procureur général (MP) contre Manuel Rabelais, ancien
homme fort de José Eduardo dos Santos, dans les domaines de la communication
sociale et de la publicité - et Hilário Alemão dos Santos - assistant
administratif de GRECIMA, ancien organe de coordination de la communication de
Dos Santos. Le plus important dans cette incrimination n’est pas son contenu, mais
le fait que le Ministère public demande l’ouverture d’une instruction
contradictoire, essentiellement pour entendre l’ex-président dans le contexte
d’une procédure pénale, afin de confirmer que Manuel Rabelais ait ou non agi
sur ordre du Président de la République, comme l'affirme sa défense. Le
Ministère public est le pouvoir judiciaire dirigé par le procureur général de
la République (PGR). Par conséquent, le Ministère public suppose clairement
qu'il a l'intention de faire comparaitre l'ancien président de la République
devant un tribunal et de comprendre son rôle dans les crimes reprochés à
Rabelais et Hilário Santos: détournement de fonds, violation des règles
d'exécution du budget et du plan, attribution indue d'avantages et blanchiment
d'argent. Comme les observateurs avertis l’affirment, Dos Santos ne bénéficie
d’aucune immunité à ce stade de la procédure. Il peut être convoqué, entendu en
tant que témoin et éventuellement, le cas échéant, inculpé. Ni le statut des
anciens présidents de la République (loi n ° 16/17 du 17 août) ni le règlement
sur le même sujet (décret présidentiel n ° 223717 du 22 septembre) ne
contiennent de règles régissant l'audition des anciens Présidents. D'autre
part, le statut du député (loi n ° 17/12 du 16 mai) ne se prononce pas non plus
sur le sujet, en transcrivant l'article constitutionnel (article 151 de la
Constitution) sur les immunités parlementaires. Par conséquent, afin de
comprendre les procédures à appliquer à Dos Santos pour définir son rôle de
témoin dans une affaire pénale, il y a lieu, pour une meilleure application, de
mettre ensemble la Constitution, la législation sur les anciens présidents de
la République, le Statut des députés et le Code de procédure pénale. En bref,
la seule question à propos de l’impératif pour JES de faire une déclaration
dans une procédure pénale est simplement de savoir s’il devrait être obligé de
comparaître devant un tribunal ou d’être entendu à la maison. Pour le reste, il
est clair qu'il doit être entendu et a le devoir de collaborer avec la justice.
Il reste maintenant à décrire brièvement l’accusation portée contre Manuel
Rabelais et Hilário Santos. L’accusation allègue que Rabelais, dans le cadre de
ses fonctions de directeur de GRECIMA, a notamment effectué en 2016 et 2017
diverses opérations bancaires au moyen desquelles il a demandé à la Banque Nationale
d’Angola d’acquérir des devises pour un montant total de 110 millions de
dollars. Ces devises, une fois obtenues, ont permis à Rabelais, avec l’aide de
son complice Hilario Santos, d’ouvrir
une agence de change exclusivement tournée en faveur des entreprises de ses
amis et des particuliers de son entourage immédiat. En résumé, Rabelais a
obtenu des devises de la Banque Nationale d’Angola en invoquant des affaires
officielles puis les vendait au prix fort de manière rentable à des
particuliers. Il retirait également des comptes officiels de l'organisme public
(GRECIMA) d’importantes sommes d’argent qu’il plaçait sur ses comptes privés.
Dans ce contexte, plusieurs millions d'euros ont été déplacés. Et beaucoup de
ces millions d’euros se sont retrouvés dans des comptes offshore de Rabelais.
C’est là que l’ex-président Dos Santos entre en scène. Lors de son
interrogatoire, Rabelais a affirmé que plusieurs de ces millions de dollars
détournés l’ont été sur ordre de José Eduardo Dos Santos pour réaliser des
opérations secrètes au bénéfice de l’État angolais. Et Rabelais d’ajouter :
toutes les opérations financières réalisées l’ont été avec la bénédiction de l’ancien
président. C'était un moyen de renforcer le financement du bureau qu'il
dirigeait. Pour le jugement, attendons maintenant que la justice fasse son
travail. Sur les opérations secrètes
ordonnées par JES et les ordres de commettre des actes qui peuvent être
qualifiés de crimes, nous espérons que l'ancien président de la République se
prononcera. Puisque selon la Cour constitutionnelle de l’Angola, seul le Chef
de l’État est responsable des actes posés par le gouvernement. Les ministres et
autres responsables ne peuvent pas être interpellés par les députés au
parlement. Maintenant qu’il n’est plus aux affaires, c’est le moment de nous
expliquer.
Il y a un temps pour tout.
Sobamasoba, l’analyse politique qui informe.
Eduardo M. Scotty.
Source ; makaangola.
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