dimanche 16 février 2020

Joâo Lourenço doit-il continuer à faire confiance à Edeltrudes Costa?

Si la corruption est un phénomène  contre lequel plusieurs pays luttent, l’Angola dans cette noble bataille est un cas unique. Il est particulier pour diverses raisons. En Angola tous les corrompus appartiennent à un même parti politique – le MPLA. Ils ont tous, à un moment ou à un autre de l’histoire de l’Angola, occupés ou occupent d’importantes fonctions dans l'administration de l'État à tous les échelons du pouvoir. De la présidence de la République au village le plus éloigné, les corrompus font légion. Même ceux qui, aux yeux de l'opinion publique, paraissent honnêtes, cachent des cadavres dans leurs placards. C’est le cas du chef de cabinet du président de la République, Edeltrudes Costa. Un homme qui a servi, au même poste, sous José Edaurdo dos Santos et à qui Joâo Lourenço a confié les mêmes fonctions. Á la surprise générale son nom est apparu dans un journal portugais comme étant celui qui a vu, sans aucune explication, sa bourse s'épaissir de plus de 17 millions de dollars de fonds publics sur son compte personnel à la Banco Angolano de Investimentos (BAI). Edeltrudes Costa se justifie en disant qu'il a gagné cet argent légitimement. João Lourenço doit-il licencier le chef de son cabinet, accepter sa démission ou le maintenir en fonction?
Dans ce cas précis, je m'interroge: Comment un régime qui s'est livré à la corruption, volant ses propres citoyens et pillant son propre pays depuis des décennies, peut-il être transformé? Je pense que pour ce dossier, le président doit saisir cette occasion, qui est unique en son genre, pour prouver que son engagement à lutter contre la corruption est inébranlable et juste. Pour cela, il faut recourir à la loi de la probité publique. La loi qui oblige les gouvernants à déclarer leurs avoirs avant d'accéder à des postes de responsabilité. Sinon, Edeltrudes Costa doit, en attendant que la justice fasse son travail, si justice il y a un jour, déposer sur la table de JLo sa démission, pour ne pas avoir déclaré tous ses revenus. Il garantirait ainsi le renforcement de la position du président dans sa mission ingrate de lutte contre la corruption. Encore une fois, il est essentiel, pour la crédibilité du processus anti-corruption, que la loi de la probité soit revue, afin que les déclarations des administrateurs puissent être consultées publiquement. L'Angola traverse une période de transition entre la corruption institutionnalisée et l'institutionnalisation de la lutte contre la corruption et l'impunité. Cette situation crée un climat de profond mécontentement parmi les principaux bénéficiaires du pillage. Il y a quelques semaines, un indéfectible ami de José Eduardo dos Santos, qui continue à graviter autour de João Lourenço dans le palais présidentiel, a déclaré, sans langue de bois, que s'ils (les corrompus) devaient abandonner le pouvoir, il vaut mieux détruire le pays et ne pas laisser `` pierre sur pierre ''. Il faut ici reconnaitre que: des déclarations de ce genre ne sont pas pour apaiser le climat dans le pays. Il y a ici une évidence: l'Angola se trouve à la croisée des chemins. Soit le pays recule de quelques décennies, soit les Angolais profitent de cette grande opportunité pour changer la direction de leur pays. De ce fait, ils doivent, par solidarité et avec un sens critique aigu, assurer la transition et le passage à un État de droit qui respecte la vie et la dignité humaine. À cette fin, ils doivent lutter pour la mise en place d'institutions solides et fonctionnelles, rompant les liens avec ceux qui les étranglent sous l'hégémonie exclusive du MPLA. De nombreux pays et d'innombrables citoyens étrangers se délectent de la stupidité des dirigeants angolais et de leurs familles, qui volent leur propre pays pour profiter d'une vie de luxe à l'étranger. Dans un pays qui ne cesse de s'endetter (dette a augmenté de 88,6% du PIB en 2018 à 103% en 2019, une monnaie dévaluée de 56%, un taux de chômage de 35%, des lignes de crédit auprès des banques européennes et chinoises chiffrées en milliards de dollars) l'avenir des générations futures est hypothéquée.
Quelqu'un a parlé de pessimisme? Alors vous n'avez encore rien vu.

Sobamasoba, l'analyse politique qui informe.
Source: angola24horas          



vendredi 7 février 2020

Joâo Lourenço, un aveu qui embarrasse le MPLA.

Le président de la République d'Angola, président du MPLA, parti au pouvoir depuis 1975, et chef de l'exécutif, João Lourenço, admet qu'il "faisait partie du système" qui a soutenu son prédécesseur, mais a souligné que seuls ceux qui connaissent bien le régime de l'intérieur sont capables d'y apporter des changements. Cette explication a surpris plus d'un Angolais.
Dorénavant, cette justification de João Lourenço va faire école. Dans l'opinion publique cette explication donne ceci : les prochains policiers seront recrutés parmi les criminels les plus violents, car seuls ceux qui connaissent le sujet à l'intérieur sont qualifiés pour faire de grands changements. De même, les prochains dignitaires du MPLA, pour lutter contre la corruption, seront recrutés parmi les plus grands corrompus, car seuls ceux qui connaissent le sujet de l'intérieur sont capables de mener une implacable lutte contre la corruption. 
Je rappelle ici que dans une interview au DWAfrica, João Lourenço, qui était ministre de la Défense de l'ex-président José Eduardo dos Santos, secrétaire général et vice-président du MPLA, a souligné que «personne ne peut dire qu'il n'a pas fait partie du système ", mais c'est aussi parce que il connait le système de l'intérieur qu'il est en mesure de" corriger ce qui ne va pas ". Le président de tous les Angolais du MPLA oublie qu'il y a une différence substantielle entre faire partie du système et être un acteur important (par exemple ministre de la Défense) de ce même système; entre applaudir lorsque le système a placé de nombreux Angolais dans la chaîne alimentaire des alligators et défendre les droits de l'Homme ;  entre défendre le système lorsque de nombreux Angolais ont été arrêtés pour avoir manifesté contre les injustices et l'égalité des chances que João Lourenço dit maintenant défendre.
Depuis son entrée en fonction il y a plus de deux ans, João Lourenço a donné, comme la plupart des Angolais ne cessent de le dire, la priorité à la lutte contre la corruption et au retour des capitaux dans le pays. Propogande ou de la poudre aux yeux, l'avenir nous le dira. Certains, très sevères par leur jugement, affirment que les actes de Joâo Lourenço sont  dignes d'un Nobel de manipulation pour cacher à l'opinion publique la catastrophe économique et sociale du pays. "Ceux qui ont fait les grands changements ne sont pas des étrangers, ce sont eux qui connaissent le système", a déclaré le chef de l'Etat, ajoutant: "C'est nous, du parti qui a toujours gouverné le pays, qui devons procéder aux réformes qui étaient absolument nécessaires et qui n'ont pas été faites ». Un aveu qui en dit long.
Ainsi, par la voix du Président lui-même, les Angolais ont appris, peut-être que beaucoup d'entre nous ne le savaient pas, que le MPLA est «le parti qui a toujours gouverné le pays». Plus aucun doute n'est permis. Cette affirmation de João Lourenço nous pousse à nous demander : lors des massacres du 27 mai 1977, qui était au gouvernement ? Est-ce une reconnaissance camouflée de la responsabilité du Mpla ? Je ferme la paranthèse.
Dans l'interview, João Lourenço a également parlé, pour la première fois, de l'enquête «Luanda Leaks», qui a révélé les plans financiers cachés derrière l'empire de Isabel dos Santos, soulignant qu'aucune négociation n'aura lieu avec la femme d'affaires, fille de l'ancien président angolais, actuellement accusée dans une affaire pénale en Angola.
" L'État n'accepte plus de négocier parce qu'il y avait une opportunité pour le faire. Les marimbondos disposaient d'un délai de six mois pour restituer les fonds volés au pays. Ceux qui n'ont pas profité de cette opportunité,  les conséquences sont de leur entière responsabilité" a déclaré JLo. Il se trouve que Isabel dos Santos est dans ce cas.
Cette lutte de Joâo Lourenço contre la corruption en Angola laissera des traces dans l'historique de son mandat. Il ne se passe pas un seul jour sans qu'on ne parle dans les médias indépendants à Luanda des ratés de la lutte de Joâo Lourenço. On a l'impression qu'il y a trop d'amateurisme dans la gestion des dossiers de corruption. Est-ce délibéré?  Peut-être bien que oui. Puisque qu'il a toujours fait partie du système, n'était-il pas complice actif ou passif de cette corruption qu'il prétend combattre? Comment a-t-il financé sa campagne électorale?  On peut se poser légitimement la question, non?  Je vous laisse réfléchir à la question.

Sobamasoba, l'analyse politique qui informe.
Eduardo M.Scotty
Source: Folha8

vendredi 31 janvier 2020

Joâo Lourenço - Isabel dos Santos Dokolo, au comble de l'animosité ?

L'actualité depuis quelques temps est dominé par le bras de fer entre Isabel dos Santos et Joâo Lourenço. Animé par la volonté de combattre réellement la corrution, le président angolais, comme un diable dans un bénitier, se débat pour trouver par quel bout tenir la famille de son prédecesseur. Les mauvaises langues parlent de harcelement. Mais en fait, c'est une tactique : Détruire les fondations pour que le reste tombe sans faire trop d’effort. L’arme : combat "impitoyable" contre la corruption. Sûr de l'appui d'une importante partie de l'opinion nationale, João Lourenço, detesté par certains de ces camarades, cherche à éliminer les foyers d’opposition qui se sont crées dans le MPLA, tout en consolidant son pouvoir.
L’idée selon laquelle le président angolais ne contrôle pas encore totalement le MPLA, parti au pouvoir, est largement répandue dans l'opinion. On suppose que plusieurs caciques sont toujours fidèles à l’ancien président José Eduardo dos Santos et développent une certaine résistance à l'intérieur du parti. Cette fidélité représenterait une menace pour le pouvoir politique de João Lourenço, en particulier pour la conquête d’un second mandat présidentiel en 2022. C’est pourquoi certains croient que la médiatisation des actions contre la corruption vise à couvrir les échecs gouvernementaux de Joâo Lourenço et à gagner en popularité.
Le sociologue Paul English est l’un de ceux qui partage cette théorie : "Je la partage en partie parce que le Président est à la recherche d’une certaine légitimité en tant que leader politique. Et une de ses promesses, en effet, a été de combattre la corruption et il a besoin de cette bannière comme une sorte d’atout politique à partir duquel il pourra ensuite capitaliser comme bilan lors des prochaines élections".
Démolir la structure d’abord pour que le corps tombe sans trop d’effort ?
La démonstration de force contre le noyau dur proche de José Eduardo dos Santos est une manière par laquelle le Président cherche à fragiliser le "petit poisson" sans devoir faire trop d’efforts. Réduire la famille de Dos Santos à zéro est une stratégie pour  asseoir son pouvoir ? En face, le duo Isabel-Tchizé ne lui laisse pas de répit. À l'allure où vont les choses, on risque de se retrouver dans les caniveaux.
 Un éminent chercheur, expert en gouvernance et corruption dans un institut de recherche en Norvège, estime que " le but de Joâo Lourenço est de réduire à zéro l'influence politique de la famille Dos Santos , mais reste à savoir ce que cela implique en termes de réduction de l’influence économique que la famille Dos Santos détient encore dans le pays. Isabel dos Santos a des investissements dans les télécommunications et dans plusieurs autres secteurs. Même s'ils n'ont  plus beaucoup d'influence politique dans le pays, la force du clan JES demeure dans les entreprises qu'ils contrôlent. Donc, réduire l’influence politique de ce groupe passe d’abord par réduire son influence économique et financière, ce qui est en train de se faire dans le contexte de la campagne contre la corruption. Isabel dos Santos, l'"héritière politique" de José Eduardo dos Santos et membre du MPLA, a déjà vu une partie de ses biens saisis en Angola et a également été pressée de se défaire de ses participations internationales dans le cadre du "Luanda Leaks". Lorsque Isabel dos Santos "a ouvert la porte à sa candidature à la présidence de l’Angola la semaine dernière dans une interview, c’était un signe qu’elle, et non son père, constitue désormais un défi pour Joâo Lourenço.
Je n'ai jamais cessé de condamner dans ce Blog la selectivité observée dans le combat contre la corruption en Angola. Et c’est justement le fait qu’il y ait des alliés considérés comme intouchables qui font que l'opinion se demande si la campagne contre la corruption de João Lourenço est sérieuse. Surtout quand on constate que les changements structurels nécessaires à une meilleure gouvernance n’ont jamais été dans le champ d’application du Président.  Ce qui me fait conclure qu'il y a beaucoup d’erreurs que le Président commet au niveau politique parce qu'il ne peut pas combattre les conséquences d’un mal sans aller à ce qui a permis à ce mal de se produire. Il y a donc là une sorte d’ambiguïté, un double critère. Si le président voulait procéder à des réformes profondes, cela reviendrait à toucher à la Constitution et à son propre pouvoir, à limiter son pouvoir".
Sobamasoba, l'analyse politique qui informe.
Eduardo M.Scotty
Source: DW Africa

mercredi 15 janvier 2020

Joâo Lourenço - Felix Tshisekedi : même combat ?


L'année 2020 commence par un bras de fer entre le président Lourenço et la famille Dos Santos. La saisie par le gouvernement angolais des avoirs de Isabel dos Santos et de son mari retient en ce début d'année l'attention de tous ceux qui s'intéressent à la politique angolaise. Vu l'intensité de la tension qui règne entre Joâo Lourenço et le duo Tchizé/Isabel dos Santos, on ne pouvait pas espérer mieux. Laissons, pendant quelques minutes, la frénésie médiatique autour d'Isabel dos Santos, et regardons d'autres événements intéressants qui se sont passés en Angola. Une fois de plus, le président Joâo Lourenço a rencontré Félix Tshisekedi, président de la République démocratique du Congo, cette fois à Benguela. La réunion a donné lieu à une déclaration dans laquelle sont soulignés l'examen par les deux dirigeants des questions relatives à l'exploration du pétrole dans les zones communes d'intérêt et  les conséquences de la décision de la Cour provinciale de Luanda, au sujet de la saisie des actifs de Isabel dos Santos et de son mari, Sindika Dokolo. Sur cette question, qui occupe la majeure partie du communiqué, les deux présidents ont affirmé leur ferme engagement à lutter contre la corruption et l'impunité, ainsi que l'engagement décisif en faveur de la transition pacifique des deux pays vers la démocratie et le progrès. Il semble qu'après tout, contrairement à ce que peut penser l'opinion publique, la question de Isabel dos Santos, surtout de son mari Sindika Dokolo,  a un impact sur les relations entre l'Angola et le Congo-Kinshasa, et la rencontre entre les présidents ne pouvait pas se terminer sans se pencher sur cette brûlante actualité.  Il n'est donc pas surprenant que dans la lutte contre la corruption, les problèmes provoqués par les caciques des anciens regimes dans les deux pays font partie des préoccupations de Lourenço et de Tshisekedi.
 L'actuel président de la RDCongo occupe ce poste depuis janvier 2019, après avoir succédé à Joseph Kabila, président pendant plus de 18 ans. Comme José Eduardo dos Santos l'a fait à Lourenço, Kabila a verrouillé le pouvoir avant de partir. En fait, en RDCongo, l'influence de Kabila reste très présente, puisque la Constitution, contrairement à l'Angola, ne confère pas de larges pouvoirs au Président de la République. C'est une constitution semi-présidentielle. Ainsi, Tshisekedi doit vivre avec une majorité parlementaire et un Premier ministre de confiance de Kabila, qui, après avoir remis la présidence de la République, contrôle toutes les autres institutions. De toute évidence, Kabila était plus habile que Dos Santos. À mon avis, le chemin que Tshisekedi doit parcourir est très long et ardu.
En fait, les principaux problèmes des deux présidents sont identiques: deuxs pays extrêmement corrompus, où une petite élite s'est appropriée la plupart des ressources. Au vu de ce qui se passe en Angola,  il semble que Joâo Lourenço tente de former en Afrique centrale un bloc réformiste, pariant sur la reconfiguration des régimes politiques et les débarrassant autant que possible de la corruption. En ce sens, il a peut-être trouvé un allié en la personne de Tshisekedi. Il y a possibilité de forger une alliance pro-démocratie et pro-progrès qui serait sans précédent dans ces deux pays. L'Angola et la RDC ont connu des guerres et la pauvreté tout au long de leur histoire. Depuis son arrivée au pouvoir, Lourenço a joué un rôle important dans la transition pacifique en RDCongo entre Kabila et Tshisekedi. Plusieurs sources confirment son rôle clé dans la décision de Kabila de se retirer, lui garantissant un sanctuaire en Angola, si nécessaire. Il a apporté un soutien indéfectible au nouveau président congolais, à la fois pour le renforcement de son pouvoir et la gestion des relations avec le Rwanda. Toutefois, hormis le renforcement des relations entre les deux pays et la création d'un bloc anti-corruption dans cette zone de l'Afrique centrale, un autre thème a été abordé par les deux dirigeants. Celui de Sindika Dokolo. De nationalité  congolaise (en plus de danoise et angolaise), Sindika appartient à une riche famille. Son père, Augustin Dokolo, était l'un des principaux banquiers du dictateur Mobutu, avant de tomber en disgrâce et de perdre sa banque. Marchant sur les pas de son père, Sindika a un sens très élevé des affaires. Il croit à la méritocratie, ce qui l'oppose à l'ancien président Joseph Kabila qui, finalement l'a fait condamner par un tribunal congolais à un an de prison pour certaines de ses entreprises. Cela l'a empêché de rentrer en RDCongo pendant un certain temps.
Nous avons tous observé qu'après l'élection de Tshisekedi, Sindika s'est beaucoup approché du nouveau président. Apparemment, une étroite entente entre les deux hommes était donc en gestation. Lourenço voit-il d'un bon oeil cette approximation?  Étant embourbé dans une grave affaire financière en Angola, il est possible que Joâo Lourenço, qui  soutient Tshisekedi, ne veuille pas que Sindika soit un grain de sable dans la mécanique qui se met en place.  Si Lourenço et Tshisekedi sont appelés à être des alliés dans la lutte contre la corruption, forcement Tshisekedi aura besoin de Lourenço pour se démarquer de Kabila et créer son propre espace politique et de pouvoir. À son tour, Lourenço n'aimerait pas que la RDCongo  sert de base pour les attaques de Sindika contre le pouvoir à Luanda.
Les deux chefs d'État arriveront-ils à se surpasser?  Wait and see. 

Sobamasoba, l'analyse politique qui informe. 
Eduardo M.Scotty

Source: makaangola

mardi 26 novembre 2019

UNITA, une leçon d'humilité, de maturité et de démocratie.


Depuis la disparition de Jonas Savimbi, chaque fois que l’Unita organise un congrès, j’essaye de me replonger dans notre passé historique pour imaginer ce que notre pays aurait pu être si les accords de Alvor étaient respectés. Pendant ce court instant d’immersion, il m’apparait clairement que la dimension d'un homme sage, un homme d'une grande envergure, se mesure par l'étendue de sa vision, par sa capacité à juger correctement les phénomènes complexes et par sa subtilité de prévoir les événements, bien avant l'heure normale. Souvent, la perception d'un homme sage est toujours entourée de controverses dans le présent, mais à l’avenir, lorsque les faits se produisent, elle rassemble le consensus. Parce que, dans la profonde incertitude et l'immense nature de l'obscurité, il y a dans son intégralité, la splendeur d'un homme sage qui s'affirme dans le temps et rend sa prédiction pertinente, inébranlable et incontestable.

Le dernier congrès de l’Unita, le 13°, a été, encore une fois, une vraie leçon de démocratie. Une démocratie comme l’auraient souhaité les Angolais si le marxisme-léninisme ne nous était pas imposé par le Mpla comme méthode de gestion de la chose publique à l’accession du pays à l’indépendance. Par trois fois, l’Unita, après la mort de Savimbi, a fait montre d’un esprit démocratique rare sur le continent africain. Au dernier congrès, ils ont aligné cinq candidats pour se disputer le poste de président après la sortie, pour fin de mandat, du président  Samakuva. Pendant des mois les candidats ont sillonné le pays pour expliquer leur projet respectif et mobiliser le plus de délégués en leur faveur. Le débat télévisé qui a suivi, un débat très riche en propositions,  a suscité beaucoup d’intérêt dans la population qui l’a suivi d’un bout à l’autre, même si certaines mauvaises langues ne veulent pas le reconnaitre. En fin de course, c’est Adalberto da Costa Junior qui fut élu nouveau président de l’Unita. À 57 ans, cet ancien représentant de l’Unita au Portugal et président du groupe parlementaire de l’Unita à l’Assemblée nationale angolaise porte les espoirs des milliers de militants qui voient en lui l’homme de la transformation d’un parti qui est resté trop longtemps complaisant avec le pouvoir. Un parti qui, au cours de dernières années, est resté sur la défensive, acceptant parfois l’inacceptable. L’Unita dont les militants désirent est un parti à l’offensive qui fait fi du passé et regarde résolument vers l’avenir. Un parti qui ne s’enferme pas, comme le voudraient ses adversaires politiques, dans la culpabilité d’avoir pris les armes pour instaurer le multipartisme et la démocratie dans le pays. Les élections locales de 2020 exigent de la part de l’Unita un discours clair dépourvu d’hypocrisie. Sans blesser certaines susceptibilités, mais avec politesse et responsabilité,  appeler les choses par leurs noms. Un « marimbondo » est un marimbondo. Peu importe qui il soit. Le terme ne vient pas de l’Unita.

Pourquoi l’Unita est-elle différente du Mpla ? Si nous faisons une analyse de notre passé récent, du nationalisme angolais, les chemins empruntés et les options prises montrent d’une manière évidente le profil politique et idéologique de chaque Mouvement de libération de l'Angola devenu parti politique. Aujourd'hui, à l'heure de l'ouverture et de la mondialisation, il est plus facile de juger les faits existants pour clarifier les énigmes du passé. Car, le temps, aussi sombre qu'un phénomène puisse être, est l'allié fidèle de la vérité. Un allié qui ne prolonge pas indéfiniment les incertitudes.
L’Unita a toujours été le parti politique porteur d’espoirs pour les ouvriers et les paysans de l’Angola profond.  Pendant notre lutte anticoloniale, un homme revêtu de beaucoup de sagesse disait que « la révolution chinoise, les caractéristiques de la Chine et l'âme du peuple chinois sont plus proches de la réalité angolaise que la révolution russe et les caractéristiques du peuple russe ». Dans cette même lutte, l’Unita a toujours été idéologiquement proche des Chinois alors que le Mpla est, encore aujourd’hui, dans sa forme et son fonctionnement,  un parti politique proche de la Russie. Un parti rigide.
D’ailleurs, avant l’indépendance, dans sa dialectique, le Mpla était extrêmement critique, répugnant et opposé au Parti communiste chinois, même si, pour obtenir des crédits, ses dirigeants ont changé aujourd’hui. Le Mpla méprisait les Chinois comme des paysans arriérés dont l'idéologie était révisionniste et contre-révolutionnaire. Quiconque se plaçait du côté du Parti communiste chinois était traité par le Mpla de réactionnaire, de traître et d’agent de l'impérialisme.
Ceux qui connaissent l’histoire de notre lutte de libération se souviendront  que l’élite mpliste, basée en Algérie dans les années 60, avait une attitude destructrice et une forte aversion à tout ce qui concernait les valeurs paysannes. En effet, cet esprit anti paysan se reflète encore aujourd'hui dans la position de la direction du MPLA, un esprit qui se retrouve dans l'article 98 de la Constitution de la République d'Angola. Cet article ne reconnaît pas aux paysans la propriété de leurs terres communautaires, terres qui sont devenues "la propriété originelle de l'État", c'est-à-dire de la classe bourgeoise dominante. Les champs, dans la conception de cette classe, sont la forêt, un espace réservé au tourisme, une source des recettes. Elle ne lui donne pas la valeur qu'elle mérite, d'être une terre vaste et riche en ressources naturelles, un véritable paradis pour vivre et développer la vie des populations locales qui y habitent. Voilà le genre de débat que les Angolais souhaitent voir ressuscité par l’Unita, sous la direction de Adalberto da Costa Junior. Le débat sur la terre, sur la propriété foncière. « Liberdade e Terra », ça ne vous dit rien ? Des hommes sont morts à cause de cette philosophie.

Si j’ai fait cette petite digression, que vous avez certainement remarquée, c’est pour souligner l’apport d’une démocratie interne dans l’édification d’une société plurielle.

Sobamasoba, l’analyse politique qui informe.

Eduardo M.Scotty

  






























mercredi 13 novembre 2019

Joâo Lourenço est-il à bout de souffle?


La salle est comble. Elle est pleine à craquer. Décorée aux couleurs du Mpla, le rouge et le noir, c’est un jour historique pour le parti des camarades. C’est la fin du congrès de la jeunesse du Mpla, parti au pouvoir en Angola depuis 1975. Comme d’habitude, d’énormes moyens sont engagés pour la réussite de l’événement. C’est donc un auditoire complètement acquis au président du parti qui attend le discours de clôture de Joâo Lourenço. En baisse dans différents sondages réalisés par des médias à Luanda, le congrès de la JMPLA est une tribune que les jeunes offrent à Joâo Lourenço pour se refaire une santé dans l’opinion publique après les doutes suscités par sa politique sur la lutte contre la corruption et l’impunité. La petite guerre menée par Tchizé au nom du clan Dos Santos a fini par créer un doute dans la tête de certains Angolais qui se posent des questions au sujet de la gestion de Joâo Lourenço. La manifestation des jeunes chômeurs à Luanda réclamant de nouveaux emplois a porté un sérieux coup à l’image du président.  Lâché par ses propres camarades du parti, JLo est dépité. Son discours sur l’état de la nation, truffé des données irréalistes, ne sert vraiment pas sa cause. Les successives dévaluations de la monnaie nationale, le Kwanza, génèrent un mécontentement général. Sa cécité sur la corruption des officiers supérieurs de l’armée et de la police passe difficilement dans l’opinion. Tous ces faits mis les uns à côté des autres créent un climat de suspicion dans la population. À mi-mandat et devant une position aussi inconfortable, Joâo Lourenço et son gouvernement ressentent le besoin d’un nouveau souffle après avoir presque perdu celui acquis au début de la législature. Alors, pour marquer les esprits,  Joâo Lourenço monte au créneau, frappe fort et apparemment sans complaisance. Tenant compte des opinions défavorables à mi-chemin de son premier mandat, il prend le courage de reconnaitre les erreurs commises par son administration dans leur démarche pour éradiquer la corruption. Il demande aux jeunes de son parti de le soutenir et de prendre fait et cause pour ses actions.  Les corrompus et les corrupteurs étant tous des membres de son parti, il reconnait que dans un tel contexte une certaine complexité à son combat contre l’impunité et l'enrichissement illicite.

« En 2016 et 2017, pendant la phase de préparation des élections, le Mpla a écrit des documents ^pour stigmatiser la corruption parce que le pays était malade de l’impunité. Il y a eu beaucoup de promesses, mais il nous manquait du courage. Nous avons parlé de tolérance zéro, mais notre campagne n’a pas produit les effets attendus. Aujourd’hui, le contexte ayant changé, nous ne voulons plus tromper notre peuple et nos électeurs parce que nous considérons injuste de les utiliser juste pour nous faire élire. Nous pensons qu’il est de notre devoir de concrétiser les promesses faites durant la campagne électorale. Je veux ici vous rappeler que lorsqu’il y a action, il y a réaction. Nous avons posé dans notre lutte contre la corruption un certain nombre d’actions et maintenant nous assistons à la réaction. Cette réaction ne vient pas de l’opposition, mais des rangs de notre parti, le Mpla » .
« Pensez-vous que nous devons continuer cette lutte que nous avons engagée pour le bien de notre peuple quelles que soient les embûches sur notre route ? En sortant de cette salle, devons-nous nous considérer comme ayant été investis par la jeunesse que vous représentez ici  d’un pouvoir qui nous autorise à continuer notre lutte ? Toute la salle se tient debout et scande : Joâo Lourenço, l’Angola est avec vous. » Dixit Joâo Lourenço.

Ce n’est pas par hasard si le président Joâo Lourenço a choisi le congrès de la JMPLA pour lancer un message fort à l’endroit de ses camarades. Depuis quelque temps, un front contre les réformistes a vu le jour au sein du Mpla.  La volonté du président de changer les choses dans le pays n’est pas très appréciée par les caciques du parti au pouvoir. Durant des années, ils ont vécu et développé l’idée selon laquelle ce sont eux qui ont « libéré » le pays du colonialisme, il est donc normal qu’ils substituent les colonialistes, même dans ses méthodes de gestion les plus viles. Tous les slogans servis au peuple pendant la guerre de libération sont passés à la trappe. La bourgeoisie qu’ils prétendaient combattre s’est installée insolemment dans le pays. La pauvreté est devenue une maladie que les dirigeants du Mpla fuient en se cachant derrière les hauts murs des « condomínios » construits loin des « baïrros » périphériques de Luanda. L’économie a quelques difficultés à décoller. Malgré les lois sur le rapatriement de l’argent volé et placé dans des banques à l’étranger, lois votées par une assemblée nationale dominée par le Mpla, les membres du Mpla qui sont tous concernés par cette large fuite des capitaux s’opposent à la mesure et défient le président de la République à prendre des sanctions contre eux. Dans ce bras de fer entre les « réformistes » et les caciques du Mpla, qui gagnera ? Wait and see.

Sobamasoba, l’analyse politique qui informe.

Eduardo M.Scotty.   

               

 

dimanche 27 octobre 2019

L'état de la nation : l'UNITA recadre le MPLA.


Chaque année au mois d’octobre, le président de la République se prête à l’exercice qui consiste à se présenter devant l’Assemblée nationale pour porter à la connaissance l’opinion publique nationale et internationale l’état de la Nation dont ils sont, lui et son gouvernement, les gestionnaires. Il est alors de coutume qu’après l’exposé du Chef de l’État devant les députés, le chef de l’opposition convoque la presse pour recadrer, si c’est nécessaire, le chef de l’Exécutif. C’est dans ce cadre que, contredisant le président Joâo Lourenço, le président d'Unita a accusé, la semaine dernière, les membres du MPLA, parti au pouvoir depuis 1975,  d'être des opposants au Chef de l’État, le défiant d'être un vrai  "patriote" pour surmonter la crise à laquelle le pays, dont il embellit la situation, est confronté.
"Les adversaires du président sont les forces hostiles au changement. Et ces forces ne sont pas de        l’Unita, on les retrouve au sein du Mpla. L'opposition paradoxalement aujourd'hui, ce sont tous ceux qui résistent à la lutte contre la corruption et l'impunité. Ce sont ceux qui trompent le Président et ne veulent pas rendre l'argent volé aux Angolais. Ce sont ceux qui ne veulent pas que le pays corrige vraiment ce qui ne va pas et améliore ce qui va bien", a déclaré le leader d'Unita dans son discours de réplique à l'intervention du chef de l'État sur l'état de la nation, le week-end dernier.
Isaias Samakuva, qui quittera en novembre de cette année ses fonctions de Président de l'Unita, a affirmé avec force qu’actuellement « les adversaires politiques de Joâo Lourenço dans sa lutte contre la corruption et la consolidation d’un État de droit sont au sein Mpla », alors que l'opposition ne vise qu'à alléger les souffrances de la majorité des Angolais. Pour mettre à mal les changements profonds que Joâo Lourenço avait l'intention de mettre en œuvre, « les forces de blocage qui sont dans le gouvernement, les tribunaux, la banque, l'académie militaire, et partout ailleurs sont sortis de l’ombre, se sont réorganisées et veulent attaquer ».
Les Angolais « attendent du Président qu'il rejoigne le camp des  patriotes et se mette à l'avant-garde d'un mouvement national pour le changement », a poursuivi le chef d'Unita. Ce n'est qu'alors que le président Joâo Lourenço, qui est aussi le leader du Mpla, aura la force politique et morale de mener et de gérer le changement et de ne pas être absorbé par celui-ci, a-t-il affirmé. Samakuva a aussi  appelé le chef de l'État à ne pas s'inquiéter au sujet du Mpla, « parce que les piliers soutenant le Mpla se sont déjà effondrés et que beaucoup de ses dirigeants se sont déjà déclarés : ennemis du Président."
"La politique de l'État n'est pas l'unité autour de ce qui ne va pas, ni d'assurer une stabilité fondée sur des relations entre complices au prix des souffrances de la grande majorité des Angolais. Être patriote aujourd'hui, c'est avoir le courage de rompre avec le passé et de donner au pays un nouveau départ », a-t-il estimé. Après avoir souligné que le pays traverse la quatrième récession économique consécutive, le leader de l'Unita a déclaré que « tout indique que la crise va s'intensifier parce que l'exécution budgétaire de l'exécutif n'est pas contrôlée par l’Assemblée nationale, que la culture des dépenses n'a pas changé, que la qualité des dépenses publiques n'est pas améliorée et que le pays continue à s'endetter sans cesse, avec une dette publique qui atteint déjà l'équivalent de 90% du PIB ».
« La crise économique et financière, que traverse le pays ne sera surmontée à moyen terme que si, à partir de maintenant, Monsieur le président s’écarte fermement de l'oligarchie qui a pris en otage l'État et décide de commencer à gouverner pour le bien des citoyens afin d'atteindre les quatre objectifs qu’il a mentionnés dans son discours sur l'état de la nation, à savoir : consolider en Angola un véritable état de droit, modifier la structure économique de l'Angola, apporter de profonds changements structurels et modifier fondamentalement le paradigme de la gouvernance », a déclaré Samakuva.
Malgré les louanges dirigées au chef de l'État pour ses intentions dans la lutte contre la corruption, le parti Unita suggère à Joâo Lourenço de « prendre un nouvel élan pour permettre la transformation structurelle de l'économie angolaise afin de répondre aux besoins de développement du pays ». Samakuva a considéré la privatisation de près de 200 entreprises et actifs comme une « mesure appropriée ». Il a suggéré que soient confisqués « les nombreux actifs dispersés par le pays qui apparemment n’appartiennent à personne, mais sont la propriété de l'État parce qu'ils ont été acquis avec de l'argent de l'État et n'ont jamais été enregistrés comme biens de l'État ».

Selon des informations en circulation dans la presse,   l’état de la nation tel que présenté par le Chef de l’État était truffé de beaucoup d’erreurs. Les chiffres contenus dans l’exposé ne correspondaient pas à la réalité. Est-ce l’œuvre de ceux qui veulent mettre les bâtons dans les roues du président ? Le moment n’est-il pas arrivé pour Joâo Lourenço de s’émanciper du Mpla ?  Et vous qu’en dites-vous ?

 

Sobamasoba, l’analyse politique qui informe.

Eduardo M.Scotty

Source : correiokianda.