jeudi 16 avril 2020

Deux éminents membres du MPLA cités dans une enquête de l'OCCRP.

Deux éminents membres de l'élite politique angolaise ont été cités
comme suspects dans le transfert de centaines de millions de dollars hors de l'Angola, dans un document publié ce lundi 13 mars, par l'Organisation pour les enquêtes sur le crime organisé et la corruption (OCCRP).
L'ancien vice-président angolais Manuel Vicente et le général Leopoldino «Dino» Fragoso do Nascimento, ancien chef de la communication de la présidence, à l'époque de José Eduardo dos Santos, sont les deux éminents membres du Mpla mentionnés dans le document. L'enquête signée par Khadija Sharife et Mark Anderson du OCCRP révèle que des entités angolaises officielles et des directeurs de banques ont détourné des centaines de millions de dollars du pays et créé leur propre réseau bancaire à travers lequel ils ont envoyé de l'argent au Portugal et dans d'autres pays de l'Union européenne. Ce réseau a acheminé au moins 324 millions de dollars via ses banques, la majorité venant d'Angola, et 257 millions supplémentaires ont été détectés dans des entreprises européennes ayant des liens très proches avec ces entités, ajoute l'OCCRP. Le système a été détecté lors de deux audits effectués au Portugal il y a quatre ans, qui ont conclu que des dizaines de lois bancaires portugaises et européennes avaient été violées, mais malgré cela, le réseau continue de fonctionner jusqu'aujourd'hui. Ces deux hommes qui ont travaillé en étroite collaboration avec l'ancien président José Eduardo dos Santos semblent être les architectes du système », dénonce l'organisation. Cette affirmation indique clairement que le vice-président de la République d'alors, Manuel Vicente, et le général Leopoldino« Dino »Nascimento, ancien chef de la communication de Dos Santos sont impliqués jusqu'au cou dans les détournements de fonds en l'Angola. L'organisation ajoute que plus d'une douzaine «d'entités influentes» et leurs familles ont utilisé le système, y compris des sociétés prétendument associées à Isabel dos Santos. Beaucoup de ces fonds auraient été détournés de diverses sociétés du groupe Sonangol et d'autres sources publiques, dont plus de 150 millions de dollars de prêts accordés par la Banque nationale d'Angola, qui, selon l'OCCRP, n'ont jamais été remboursés. Toujours selon l'organisation, le groupe exerçait un contrôle sur les plus grands créanciers angolais, dont la Banque africaine d'investissement, la Banco Negócios Internacional et la Banco Privado Atlantic, pour s'étendre plus tard à leurs succursales à l'étranger, où ils sont devenus actionnaires et clients. Cela, selon le document, «leur a permis de transférer de grosses sommes d'argent via un réseau de banque privée sans aucune possibilité de contrôle.
Dans le cas de la Banque africaine d'investissement, il y avait des gens qui ont obtenu des actions de la banque sans frais, affirme l'OCCRP. Parmi les fondateurs de la banque se trouve Manuel Vicente. Une banque dont la création fut autorisée par Mário Palhares, ancien vice-gouverneur de la Banque nationale d'Angola. Les succursales de ces banques au Portugal et au Cap-Vert n'ont pas mis en place de processus de contrôle du blanchiment d'argent, bien qu'elles aient peu de clients. Le même document indique que ces institutions financières ont réalisé peu de bénéfices ou même travaillé à perte parce que le profit n'était pas leur objectif principal. Au Cap-Vert, la Banco Privado Internacional, étrangement,  n'avait aucune présence physique dans le pays, à l'exception d'une boîte postale à Praia. Il convient de noter que Manuel Vicente détenait 35% des actions, Mário Palhares 30% et le général João de Matos 25%. Je rappelle ici encore une fois que l'enquête est signée par Khadija Sharife et Mark Anderson. L'Organized Crime and Corruption Investigation Project (OCCRP) est une plateforme de reportage d'investigation pour un réseau mondial croissant de médias indépendants et de journalistes. L'équipe est composée d'éditeurs, de chercheurs, d'analystes de données et de cybersécurité, d'administrateurs et de spécialistes dans plusieurs domaines.
Va-t-on assister à la fin de la sélectivité dans la lutte contre la corruption en Angola? 
Sobamasoba, l'analyse politique qui informe.
Source/traduction : angola24horas
 

vendredi 20 mars 2020

Quelle politique économique pour l'Angola avec un baril de pétrole à 30.00$?

Selon les chiffres publiés récemment, l'Angola est passé de la troisième plus grande économie d'Afrique subsaharienne à la cinquième, après avoir été dépassé par le Kenya et l'Éthiopie. Ces chiffres ne signifieraient pas grand-chose s'ils ne s'accompagnaient pas d'une majorité de mauvaises nouvelles sur le front économique. La vérité est que la récession qui a débuté en 2014/2015 n'est pas terminée et reste présente dans la vie quotidienne angolaise. Les différentes mesures de politique économique initiées par le président João Lourenço n'ont pas inversé la tendance, et il est même possible que bon nombre d'entre elles, en raison de leur caractère récessif, aient aggravé la crise. Le problème essentiel est que la situation économique angolaise a été confrontée aux solutions que les manuels universitaires américains prescrivent habituellement pour stabiliser les économies développées, alors que la crise angolaise est essentiellement structurelle et nécessite une autre approche. Examinons la question sous plusieurs angles différents. La crise économique angolaise a commencé en 2014, en raison de la forte baisse des prix du pétrole qui s'est produite cette année-là. Après 2014, le pétrole n'a plus jamais atteint 100 dollars le baril. Ce fut le déclencheur de la crise.
Je rappele ici que le modèle économique angolais a été mis en place pour un pur consumérisme basé sur la valeur élevée du pétrole. Depuis 2014, aucun marché libre ou concurrentiel n'a été créé en Angola. Tout a été remis à une petite élite, qui vivait avec l'argent de l'État, et a créé des espaces fermés pour ses entreprises, où personne d'autre ne pouvait entrer. Par conséquent, alors que les prix du pétrole restaient élevés, l'État avait de l'argent à distribuer à ses dirigeants, qui, à leur tour, protégeaient leurs affaires. Comme il n'y a plus d'argent résultant de la vente du pétrole, l'État a mis fin à ses largesses et les affaires commencent à faire naufrage. Or, pour ce type de modèle économique oligarchique et fermé, les solutions ne peuvent passer par l'application des recettes proposées par le FMI (Fonds monétaire international) : coupes dans les dépenses, coupes dans les subventions, hausses d'impôts et dévaluation de la monnaie. Certaines de ces mesures sont fondamentales et importantes, mais s'inscrivent dans un projet de réforme économique plus large. Ce projet de réforme économique correspond à l'instinct du président quand, en 2017, il a dit vouloir être le Deng Xiao Ping de l’Angola, c'est-à-dire la personne responsable de la grande réforme économique qui allait lancer le pays dans le développement durable pour tous.
 La réforme économique de Deng Xiao Ping adaptée à l'Angola ne diffère pas beaucoup de ce qui s'est passé avec la Chine, un mélange de libéralisation des marchés accompagné d'un renforcement des institutions étatiques et de beaucoup de pragmatisme, tournant l'économie vers l'exportation. Premièrement, des marchés libres et compétitifs doivent être créés, ce qui implique deux mesures : 1) mettre fin aux monopoles et oligopoles d'Isabel dos Santos, du Général Dinos, du Général Kopelipas et les autres; et 2) permettre aux nouveaux entrepreneurs d'entrer facilement sur les marchés et sans obstacles. Deuxièmement, il est nécessaire de réduire le poids de l'État producteur et de privatiser. ProvPriv, le programme de privatisation approuvé par Joâo Lourenço, est ambitieux, mais il a quelques difficultés à être concrétisé. En 2019, 5 entreprises ont été privatisées, alors que plus de 50 privatisations étaient prévues ... Le rythme est lent et peu divulgué. Pour surmonter ce marasme, il serait utile de nommer un leader fort, compétent et pragmatique qui dirigerait le programme de privatisation avec dynamisme et transparence.
Dans ce contexte, l'État soutiendrait et favoriserait la création d'entreprises spécialisées, destinées à des marchés spécifiques. Dans le même temps, l'État favoriserait un climat social approprié pour la croissance économique avec une bureaucratie réduite, une administration simplifiée, la facilité d'ouverture des entreprises, la stimulation du crédit bancaire, la rapidité des procédures judiciaires. On sait qu'un processus de développement repose sur trois vecteurs fondamentaux : l'entrepreneur, le climat social et le crédit bancaire. C'est dans cette perspective structurelle que doit se baser la réforme économique angolaise : créer de vrais entrepreneurs libres d'innover, pénétrer les marchés et agir, promouvoir les institutions pour soutenir le travail entrepreneurial et placer les banques pour prêter de manière productive.
Le président de la République ne doit pas déléguer la conduite générale de la politique économique. Il est responsable et doit informer la population de manière objective et incisive sur sa vision et les moyens de réussir. Nous devons réaliser que le chemin est long et difficile, car il s'agit de démanteler un modèle économique défaillant créé en 2002 et de créer un nouveau modèle économique, basé sur un état stratégique et un marché libre et compétitif. Cela ne se fait pas en un an, mais cela doit commencer maintenant.

Sobamasoba, l'analyse politique qui informe.

Source: angola24horas

dimanche 16 février 2020

Joâo Lourenço doit-il continuer à faire confiance à Edeltrudes Costa?

Si la corruption est un phénomène  contre lequel plusieurs pays luttent, l’Angola dans cette noble bataille est un cas unique. Il est particulier pour diverses raisons. En Angola tous les corrompus appartiennent à un même parti politique – le MPLA. Ils ont tous, à un moment ou à un autre de l’histoire de l’Angola, occupés ou occupent d’importantes fonctions dans l'administration de l'État à tous les échelons du pouvoir. De la présidence de la République au village le plus éloigné, les corrompus font légion. Même ceux qui, aux yeux de l'opinion publique, paraissent honnêtes, cachent des cadavres dans leurs placards. C’est le cas du chef de cabinet du président de la République, Edeltrudes Costa. Un homme qui a servi, au même poste, sous José Edaurdo dos Santos et à qui Joâo Lourenço a confié les mêmes fonctions. Á la surprise générale son nom est apparu dans un journal portugais comme étant celui qui a vu, sans aucune explication, sa bourse s'épaissir de plus de 17 millions de dollars de fonds publics sur son compte personnel à la Banco Angolano de Investimentos (BAI). Edeltrudes Costa se justifie en disant qu'il a gagné cet argent légitimement. João Lourenço doit-il licencier le chef de son cabinet, accepter sa démission ou le maintenir en fonction?
Dans ce cas précis, je m'interroge: Comment un régime qui s'est livré à la corruption, volant ses propres citoyens et pillant son propre pays depuis des décennies, peut-il être transformé? Je pense que pour ce dossier, le président doit saisir cette occasion, qui est unique en son genre, pour prouver que son engagement à lutter contre la corruption est inébranlable et juste. Pour cela, il faut recourir à la loi de la probité publique. La loi qui oblige les gouvernants à déclarer leurs avoirs avant d'accéder à des postes de responsabilité. Sinon, Edeltrudes Costa doit, en attendant que la justice fasse son travail, si justice il y a un jour, déposer sur la table de JLo sa démission, pour ne pas avoir déclaré tous ses revenus. Il garantirait ainsi le renforcement de la position du président dans sa mission ingrate de lutte contre la corruption. Encore une fois, il est essentiel, pour la crédibilité du processus anti-corruption, que la loi de la probité soit revue, afin que les déclarations des administrateurs puissent être consultées publiquement. L'Angola traverse une période de transition entre la corruption institutionnalisée et l'institutionnalisation de la lutte contre la corruption et l'impunité. Cette situation crée un climat de profond mécontentement parmi les principaux bénéficiaires du pillage. Il y a quelques semaines, un indéfectible ami de José Eduardo dos Santos, qui continue à graviter autour de João Lourenço dans le palais présidentiel, a déclaré, sans langue de bois, que s'ils (les corrompus) devaient abandonner le pouvoir, il vaut mieux détruire le pays et ne pas laisser `` pierre sur pierre ''. Il faut ici reconnaitre que: des déclarations de ce genre ne sont pas pour apaiser le climat dans le pays. Il y a ici une évidence: l'Angola se trouve à la croisée des chemins. Soit le pays recule de quelques décennies, soit les Angolais profitent de cette grande opportunité pour changer la direction de leur pays. De ce fait, ils doivent, par solidarité et avec un sens critique aigu, assurer la transition et le passage à un État de droit qui respecte la vie et la dignité humaine. À cette fin, ils doivent lutter pour la mise en place d'institutions solides et fonctionnelles, rompant les liens avec ceux qui les étranglent sous l'hégémonie exclusive du MPLA. De nombreux pays et d'innombrables citoyens étrangers se délectent de la stupidité des dirigeants angolais et de leurs familles, qui volent leur propre pays pour profiter d'une vie de luxe à l'étranger. Dans un pays qui ne cesse de s'endetter (dette a augmenté de 88,6% du PIB en 2018 à 103% en 2019, une monnaie dévaluée de 56%, un taux de chômage de 35%, des lignes de crédit auprès des banques européennes et chinoises chiffrées en milliards de dollars) l'avenir des générations futures est hypothéquée.
Quelqu'un a parlé de pessimisme? Alors vous n'avez encore rien vu.

Sobamasoba, l'analyse politique qui informe.
Source: angola24horas          



vendredi 7 février 2020

Joâo Lourenço, un aveu qui embarrasse le MPLA.

Le président de la République d'Angola, président du MPLA, parti au pouvoir depuis 1975, et chef de l'exécutif, João Lourenço, admet qu'il "faisait partie du système" qui a soutenu son prédécesseur, mais a souligné que seuls ceux qui connaissent bien le régime de l'intérieur sont capables d'y apporter des changements. Cette explication a surpris plus d'un Angolais.
Dorénavant, cette justification de João Lourenço va faire école. Dans l'opinion publique cette explication donne ceci : les prochains policiers seront recrutés parmi les criminels les plus violents, car seuls ceux qui connaissent le sujet à l'intérieur sont qualifiés pour faire de grands changements. De même, les prochains dignitaires du MPLA, pour lutter contre la corruption, seront recrutés parmi les plus grands corrompus, car seuls ceux qui connaissent le sujet de l'intérieur sont capables de mener une implacable lutte contre la corruption. 
Je rappelle ici que dans une interview au DWAfrica, João Lourenço, qui était ministre de la Défense de l'ex-président José Eduardo dos Santos, secrétaire général et vice-président du MPLA, a souligné que «personne ne peut dire qu'il n'a pas fait partie du système ", mais c'est aussi parce que il connait le système de l'intérieur qu'il est en mesure de" corriger ce qui ne va pas ". Le président de tous les Angolais du MPLA oublie qu'il y a une différence substantielle entre faire partie du système et être un acteur important (par exemple ministre de la Défense) de ce même système; entre applaudir lorsque le système a placé de nombreux Angolais dans la chaîne alimentaire des alligators et défendre les droits de l'Homme ;  entre défendre le système lorsque de nombreux Angolais ont été arrêtés pour avoir manifesté contre les injustices et l'égalité des chances que João Lourenço dit maintenant défendre.
Depuis son entrée en fonction il y a plus de deux ans, João Lourenço a donné, comme la plupart des Angolais ne cessent de le dire, la priorité à la lutte contre la corruption et au retour des capitaux dans le pays. Propogande ou de la poudre aux yeux, l'avenir nous le dira. Certains, très sevères par leur jugement, affirment que les actes de Joâo Lourenço sont  dignes d'un Nobel de manipulation pour cacher à l'opinion publique la catastrophe économique et sociale du pays. "Ceux qui ont fait les grands changements ne sont pas des étrangers, ce sont eux qui connaissent le système", a déclaré le chef de l'Etat, ajoutant: "C'est nous, du parti qui a toujours gouverné le pays, qui devons procéder aux réformes qui étaient absolument nécessaires et qui n'ont pas été faites ». Un aveu qui en dit long.
Ainsi, par la voix du Président lui-même, les Angolais ont appris, peut-être que beaucoup d'entre nous ne le savaient pas, que le MPLA est «le parti qui a toujours gouverné le pays». Plus aucun doute n'est permis. Cette affirmation de João Lourenço nous pousse à nous demander : lors des massacres du 27 mai 1977, qui était au gouvernement ? Est-ce une reconnaissance camouflée de la responsabilité du Mpla ? Je ferme la paranthèse.
Dans l'interview, João Lourenço a également parlé, pour la première fois, de l'enquête «Luanda Leaks», qui a révélé les plans financiers cachés derrière l'empire de Isabel dos Santos, soulignant qu'aucune négociation n'aura lieu avec la femme d'affaires, fille de l'ancien président angolais, actuellement accusée dans une affaire pénale en Angola.
" L'État n'accepte plus de négocier parce qu'il y avait une opportunité pour le faire. Les marimbondos disposaient d'un délai de six mois pour restituer les fonds volés au pays. Ceux qui n'ont pas profité de cette opportunité,  les conséquences sont de leur entière responsabilité" a déclaré JLo. Il se trouve que Isabel dos Santos est dans ce cas.
Cette lutte de Joâo Lourenço contre la corruption en Angola laissera des traces dans l'historique de son mandat. Il ne se passe pas un seul jour sans qu'on ne parle dans les médias indépendants à Luanda des ratés de la lutte de Joâo Lourenço. On a l'impression qu'il y a trop d'amateurisme dans la gestion des dossiers de corruption. Est-ce délibéré?  Peut-être bien que oui. Puisque qu'il a toujours fait partie du système, n'était-il pas complice actif ou passif de cette corruption qu'il prétend combattre? Comment a-t-il financé sa campagne électorale?  On peut se poser légitimement la question, non?  Je vous laisse réfléchir à la question.

Sobamasoba, l'analyse politique qui informe.
Eduardo M.Scotty
Source: Folha8

vendredi 31 janvier 2020

Joâo Lourenço - Isabel dos Santos Dokolo, au comble de l'animosité ?

L'actualité depuis quelques temps est dominé par le bras de fer entre Isabel dos Santos et Joâo Lourenço. Animé par la volonté de combattre réellement la corrution, le président angolais, comme un diable dans un bénitier, se débat pour trouver par quel bout tenir la famille de son prédecesseur. Les mauvaises langues parlent de harcelement. Mais en fait, c'est une tactique : Détruire les fondations pour que le reste tombe sans faire trop d’effort. L’arme : combat "impitoyable" contre la corruption. Sûr de l'appui d'une importante partie de l'opinion nationale, João Lourenço, detesté par certains de ces camarades, cherche à éliminer les foyers d’opposition qui se sont crées dans le MPLA, tout en consolidant son pouvoir.
L’idée selon laquelle le président angolais ne contrôle pas encore totalement le MPLA, parti au pouvoir, est largement répandue dans l'opinion. On suppose que plusieurs caciques sont toujours fidèles à l’ancien président José Eduardo dos Santos et développent une certaine résistance à l'intérieur du parti. Cette fidélité représenterait une menace pour le pouvoir politique de João Lourenço, en particulier pour la conquête d’un second mandat présidentiel en 2022. C’est pourquoi certains croient que la médiatisation des actions contre la corruption vise à couvrir les échecs gouvernementaux de Joâo Lourenço et à gagner en popularité.
Le sociologue Paul English est l’un de ceux qui partage cette théorie : "Je la partage en partie parce que le Président est à la recherche d’une certaine légitimité en tant que leader politique. Et une de ses promesses, en effet, a été de combattre la corruption et il a besoin de cette bannière comme une sorte d’atout politique à partir duquel il pourra ensuite capitaliser comme bilan lors des prochaines élections".
Démolir la structure d’abord pour que le corps tombe sans trop d’effort ?
La démonstration de force contre le noyau dur proche de José Eduardo dos Santos est une manière par laquelle le Président cherche à fragiliser le "petit poisson" sans devoir faire trop d’efforts. Réduire la famille de Dos Santos à zéro est une stratégie pour  asseoir son pouvoir ? En face, le duo Isabel-Tchizé ne lui laisse pas de répit. À l'allure où vont les choses, on risque de se retrouver dans les caniveaux.
 Un éminent chercheur, expert en gouvernance et corruption dans un institut de recherche en Norvège, estime que " le but de Joâo Lourenço est de réduire à zéro l'influence politique de la famille Dos Santos , mais reste à savoir ce que cela implique en termes de réduction de l’influence économique que la famille Dos Santos détient encore dans le pays. Isabel dos Santos a des investissements dans les télécommunications et dans plusieurs autres secteurs. Même s'ils n'ont  plus beaucoup d'influence politique dans le pays, la force du clan JES demeure dans les entreprises qu'ils contrôlent. Donc, réduire l’influence politique de ce groupe passe d’abord par réduire son influence économique et financière, ce qui est en train de se faire dans le contexte de la campagne contre la corruption. Isabel dos Santos, l'"héritière politique" de José Eduardo dos Santos et membre du MPLA, a déjà vu une partie de ses biens saisis en Angola et a également été pressée de se défaire de ses participations internationales dans le cadre du "Luanda Leaks". Lorsque Isabel dos Santos "a ouvert la porte à sa candidature à la présidence de l’Angola la semaine dernière dans une interview, c’était un signe qu’elle, et non son père, constitue désormais un défi pour Joâo Lourenço.
Je n'ai jamais cessé de condamner dans ce Blog la selectivité observée dans le combat contre la corruption en Angola. Et c’est justement le fait qu’il y ait des alliés considérés comme intouchables qui font que l'opinion se demande si la campagne contre la corruption de João Lourenço est sérieuse. Surtout quand on constate que les changements structurels nécessaires à une meilleure gouvernance n’ont jamais été dans le champ d’application du Président.  Ce qui me fait conclure qu'il y a beaucoup d’erreurs que le Président commet au niveau politique parce qu'il ne peut pas combattre les conséquences d’un mal sans aller à ce qui a permis à ce mal de se produire. Il y a donc là une sorte d’ambiguïté, un double critère. Si le président voulait procéder à des réformes profondes, cela reviendrait à toucher à la Constitution et à son propre pouvoir, à limiter son pouvoir".
Sobamasoba, l'analyse politique qui informe.
Eduardo M.Scotty
Source: DW Africa

mercredi 15 janvier 2020

Joâo Lourenço - Felix Tshisekedi : même combat ?


L'année 2020 commence par un bras de fer entre le président Lourenço et la famille Dos Santos. La saisie par le gouvernement angolais des avoirs de Isabel dos Santos et de son mari retient en ce début d'année l'attention de tous ceux qui s'intéressent à la politique angolaise. Vu l'intensité de la tension qui règne entre Joâo Lourenço et le duo Tchizé/Isabel dos Santos, on ne pouvait pas espérer mieux. Laissons, pendant quelques minutes, la frénésie médiatique autour d'Isabel dos Santos, et regardons d'autres événements intéressants qui se sont passés en Angola. Une fois de plus, le président Joâo Lourenço a rencontré Félix Tshisekedi, président de la République démocratique du Congo, cette fois à Benguela. La réunion a donné lieu à une déclaration dans laquelle sont soulignés l'examen par les deux dirigeants des questions relatives à l'exploration du pétrole dans les zones communes d'intérêt et  les conséquences de la décision de la Cour provinciale de Luanda, au sujet de la saisie des actifs de Isabel dos Santos et de son mari, Sindika Dokolo. Sur cette question, qui occupe la majeure partie du communiqué, les deux présidents ont affirmé leur ferme engagement à lutter contre la corruption et l'impunité, ainsi que l'engagement décisif en faveur de la transition pacifique des deux pays vers la démocratie et le progrès. Il semble qu'après tout, contrairement à ce que peut penser l'opinion publique, la question de Isabel dos Santos, surtout de son mari Sindika Dokolo,  a un impact sur les relations entre l'Angola et le Congo-Kinshasa, et la rencontre entre les présidents ne pouvait pas se terminer sans se pencher sur cette brûlante actualité.  Il n'est donc pas surprenant que dans la lutte contre la corruption, les problèmes provoqués par les caciques des anciens regimes dans les deux pays font partie des préoccupations de Lourenço et de Tshisekedi.
 L'actuel président de la RDCongo occupe ce poste depuis janvier 2019, après avoir succédé à Joseph Kabila, président pendant plus de 18 ans. Comme José Eduardo dos Santos l'a fait à Lourenço, Kabila a verrouillé le pouvoir avant de partir. En fait, en RDCongo, l'influence de Kabila reste très présente, puisque la Constitution, contrairement à l'Angola, ne confère pas de larges pouvoirs au Président de la République. C'est une constitution semi-présidentielle. Ainsi, Tshisekedi doit vivre avec une majorité parlementaire et un Premier ministre de confiance de Kabila, qui, après avoir remis la présidence de la République, contrôle toutes les autres institutions. De toute évidence, Kabila était plus habile que Dos Santos. À mon avis, le chemin que Tshisekedi doit parcourir est très long et ardu.
En fait, les principaux problèmes des deux présidents sont identiques: deuxs pays extrêmement corrompus, où une petite élite s'est appropriée la plupart des ressources. Au vu de ce qui se passe en Angola,  il semble que Joâo Lourenço tente de former en Afrique centrale un bloc réformiste, pariant sur la reconfiguration des régimes politiques et les débarrassant autant que possible de la corruption. En ce sens, il a peut-être trouvé un allié en la personne de Tshisekedi. Il y a possibilité de forger une alliance pro-démocratie et pro-progrès qui serait sans précédent dans ces deux pays. L'Angola et la RDC ont connu des guerres et la pauvreté tout au long de leur histoire. Depuis son arrivée au pouvoir, Lourenço a joué un rôle important dans la transition pacifique en RDCongo entre Kabila et Tshisekedi. Plusieurs sources confirment son rôle clé dans la décision de Kabila de se retirer, lui garantissant un sanctuaire en Angola, si nécessaire. Il a apporté un soutien indéfectible au nouveau président congolais, à la fois pour le renforcement de son pouvoir et la gestion des relations avec le Rwanda. Toutefois, hormis le renforcement des relations entre les deux pays et la création d'un bloc anti-corruption dans cette zone de l'Afrique centrale, un autre thème a été abordé par les deux dirigeants. Celui de Sindika Dokolo. De nationalité  congolaise (en plus de danoise et angolaise), Sindika appartient à une riche famille. Son père, Augustin Dokolo, était l'un des principaux banquiers du dictateur Mobutu, avant de tomber en disgrâce et de perdre sa banque. Marchant sur les pas de son père, Sindika a un sens très élevé des affaires. Il croit à la méritocratie, ce qui l'oppose à l'ancien président Joseph Kabila qui, finalement l'a fait condamner par un tribunal congolais à un an de prison pour certaines de ses entreprises. Cela l'a empêché de rentrer en RDCongo pendant un certain temps.
Nous avons tous observé qu'après l'élection de Tshisekedi, Sindika s'est beaucoup approché du nouveau président. Apparemment, une étroite entente entre les deux hommes était donc en gestation. Lourenço voit-il d'un bon oeil cette approximation?  Étant embourbé dans une grave affaire financière en Angola, il est possible que Joâo Lourenço, qui  soutient Tshisekedi, ne veuille pas que Sindika soit un grain de sable dans la mécanique qui se met en place.  Si Lourenço et Tshisekedi sont appelés à être des alliés dans la lutte contre la corruption, forcement Tshisekedi aura besoin de Lourenço pour se démarquer de Kabila et créer son propre espace politique et de pouvoir. À son tour, Lourenço n'aimerait pas que la RDCongo  sert de base pour les attaques de Sindika contre le pouvoir à Luanda.
Les deux chefs d'État arriveront-ils à se surpasser?  Wait and see. 

Sobamasoba, l'analyse politique qui informe. 
Eduardo M.Scotty

Source: makaangola

mardi 26 novembre 2019

UNITA, une leçon d'humilité, de maturité et de démocratie.


Depuis la disparition de Jonas Savimbi, chaque fois que l’Unita organise un congrès, j’essaye de me replonger dans notre passé historique pour imaginer ce que notre pays aurait pu être si les accords de Alvor étaient respectés. Pendant ce court instant d’immersion, il m’apparait clairement que la dimension d'un homme sage, un homme d'une grande envergure, se mesure par l'étendue de sa vision, par sa capacité à juger correctement les phénomènes complexes et par sa subtilité de prévoir les événements, bien avant l'heure normale. Souvent, la perception d'un homme sage est toujours entourée de controverses dans le présent, mais à l’avenir, lorsque les faits se produisent, elle rassemble le consensus. Parce que, dans la profonde incertitude et l'immense nature de l'obscurité, il y a dans son intégralité, la splendeur d'un homme sage qui s'affirme dans le temps et rend sa prédiction pertinente, inébranlable et incontestable.

Le dernier congrès de l’Unita, le 13°, a été, encore une fois, une vraie leçon de démocratie. Une démocratie comme l’auraient souhaité les Angolais si le marxisme-léninisme ne nous était pas imposé par le Mpla comme méthode de gestion de la chose publique à l’accession du pays à l’indépendance. Par trois fois, l’Unita, après la mort de Savimbi, a fait montre d’un esprit démocratique rare sur le continent africain. Au dernier congrès, ils ont aligné cinq candidats pour se disputer le poste de président après la sortie, pour fin de mandat, du président  Samakuva. Pendant des mois les candidats ont sillonné le pays pour expliquer leur projet respectif et mobiliser le plus de délégués en leur faveur. Le débat télévisé qui a suivi, un débat très riche en propositions,  a suscité beaucoup d’intérêt dans la population qui l’a suivi d’un bout à l’autre, même si certaines mauvaises langues ne veulent pas le reconnaitre. En fin de course, c’est Adalberto da Costa Junior qui fut élu nouveau président de l’Unita. À 57 ans, cet ancien représentant de l’Unita au Portugal et président du groupe parlementaire de l’Unita à l’Assemblée nationale angolaise porte les espoirs des milliers de militants qui voient en lui l’homme de la transformation d’un parti qui est resté trop longtemps complaisant avec le pouvoir. Un parti qui, au cours de dernières années, est resté sur la défensive, acceptant parfois l’inacceptable. L’Unita dont les militants désirent est un parti à l’offensive qui fait fi du passé et regarde résolument vers l’avenir. Un parti qui ne s’enferme pas, comme le voudraient ses adversaires politiques, dans la culpabilité d’avoir pris les armes pour instaurer le multipartisme et la démocratie dans le pays. Les élections locales de 2020 exigent de la part de l’Unita un discours clair dépourvu d’hypocrisie. Sans blesser certaines susceptibilités, mais avec politesse et responsabilité,  appeler les choses par leurs noms. Un « marimbondo » est un marimbondo. Peu importe qui il soit. Le terme ne vient pas de l’Unita.

Pourquoi l’Unita est-elle différente du Mpla ? Si nous faisons une analyse de notre passé récent, du nationalisme angolais, les chemins empruntés et les options prises montrent d’une manière évidente le profil politique et idéologique de chaque Mouvement de libération de l'Angola devenu parti politique. Aujourd'hui, à l'heure de l'ouverture et de la mondialisation, il est plus facile de juger les faits existants pour clarifier les énigmes du passé. Car, le temps, aussi sombre qu'un phénomène puisse être, est l'allié fidèle de la vérité. Un allié qui ne prolonge pas indéfiniment les incertitudes.
L’Unita a toujours été le parti politique porteur d’espoirs pour les ouvriers et les paysans de l’Angola profond.  Pendant notre lutte anticoloniale, un homme revêtu de beaucoup de sagesse disait que « la révolution chinoise, les caractéristiques de la Chine et l'âme du peuple chinois sont plus proches de la réalité angolaise que la révolution russe et les caractéristiques du peuple russe ». Dans cette même lutte, l’Unita a toujours été idéologiquement proche des Chinois alors que le Mpla est, encore aujourd’hui, dans sa forme et son fonctionnement,  un parti politique proche de la Russie. Un parti rigide.
D’ailleurs, avant l’indépendance, dans sa dialectique, le Mpla était extrêmement critique, répugnant et opposé au Parti communiste chinois, même si, pour obtenir des crédits, ses dirigeants ont changé aujourd’hui. Le Mpla méprisait les Chinois comme des paysans arriérés dont l'idéologie était révisionniste et contre-révolutionnaire. Quiconque se plaçait du côté du Parti communiste chinois était traité par le Mpla de réactionnaire, de traître et d’agent de l'impérialisme.
Ceux qui connaissent l’histoire de notre lutte de libération se souviendront  que l’élite mpliste, basée en Algérie dans les années 60, avait une attitude destructrice et une forte aversion à tout ce qui concernait les valeurs paysannes. En effet, cet esprit anti paysan se reflète encore aujourd'hui dans la position de la direction du MPLA, un esprit qui se retrouve dans l'article 98 de la Constitution de la République d'Angola. Cet article ne reconnaît pas aux paysans la propriété de leurs terres communautaires, terres qui sont devenues "la propriété originelle de l'État", c'est-à-dire de la classe bourgeoise dominante. Les champs, dans la conception de cette classe, sont la forêt, un espace réservé au tourisme, une source des recettes. Elle ne lui donne pas la valeur qu'elle mérite, d'être une terre vaste et riche en ressources naturelles, un véritable paradis pour vivre et développer la vie des populations locales qui y habitent. Voilà le genre de débat que les Angolais souhaitent voir ressuscité par l’Unita, sous la direction de Adalberto da Costa Junior. Le débat sur la terre, sur la propriété foncière. « Liberdade e Terra », ça ne vous dit rien ? Des hommes sont morts à cause de cette philosophie.

Si j’ai fait cette petite digression, que vous avez certainement remarquée, c’est pour souligner l’apport d’une démocratie interne dans l’édification d’une société plurielle.

Sobamasoba, l’analyse politique qui informe.

Eduardo M.Scotty