lundi 5 avril 2021

Adalberto Costa Júnior, président de l'Unita, dans le collimateur du Mpla.

Qui l’aurait cru ? Les peuples, dit Cicéron, quoique parfois ignorants, sont capables d’apprécier la vérité quand elle vient de la bouche d’un homme qu’ils estiment digne de foi. Après les trois ans de règne du Général Lourenço, le peuple a eu le temps de se faire une opinion sur sa gouvernance. Un management qui a déçu jusqu’à l’intérieur du parti au pouvoir. Des voix, comme celle de Marcolino Moco, ancien secrétaire général du Mpla, se sont fait entendre pour stigmatiser la gestion politique de l’administration Lourenço. Car, quand le mal a atteint un plus haut degré dans un État, comme c’est le cas en Angola, il est plus sage de temporiser que de le heurter de front. Surtout lorsque ce mal se trouve dans son propre camp. Je compare ici le mal à une de ces rivières tortueuses qui, dans leur colère, noient les plaines aux alentours, détruisent les arbres et les maisons. Les conséquences du mal étant désastreuses, la réaction ne se fait pas attendre. Le peuple  victime du mal s’organise et cherche à remplacer l’autorité établie par une autre plus soucieuse de ses problèmes. Alors on assiste dans le pays  à des manifestations,  signe de cette volonté populaire de vouloir changer les dirigeants. Après quarante  cinq ans au pouvoir, il est peut-être temps de passer à autre chose; d'essayer un autre système politique avec d'autres hommes. Un souhait populaire auquel les dirigeants du Mpla oppose, apparemment, un refus catégorique. L'Angola serait pour eux une prise de guerre. 

Pour barrer la route à l'unique force politique susceptible d'inverser la tendance, on a assisté inopinément  à Luanda au passage sur les antennes de TPA et RNA, des militants corrompus de l'Unita qui se sont distingués dans l'art de l'affabulation. Leur cible: le président Adalberto Costa Júnior, le traitant de menteur compulsif. Quand on sait que jamais dans l'histoire de l'Angola, la Télévision angolaise et la Radio nationale n'ont accordé un temps d'antenne à l'Unita, il y a de quoi se poser des questions. Que cela arrive au moment où des voix discordantes se font entendre au sein du Mpla, c'est bizarre. Mais qu'à cela ne tienne. L'opposition politique est un facteur d'équilibre dans un pays. Chercher à fragiliser complètement l'opposition mène tout droit à une forme de dictature. Voila le genre de chantier que veut ouvrir le Mpla pour soumettre l'Unita. Un plan d'isolement a été mis en place contre Adalberto Costa Júnior pour n'avoir pas accepté de s'assujettir aux desiderata du Mpla. Jouer le rôle de Lucas Ngonda et Benedito Daniel n'est pas à l'agenda politique de Adalberto Costa Júnior, l'homme veut le pouvoir. Contrairement à ce que peuvent penser certains esprits tordus, tous les "poids lourds" de l'Unita sont derrière leur président. Pour preuve, ils ont tous refusé de participer, par solidarité et respect à l'autorité de leur parti, au déjeuner de la Paix organisé par le Général Lourenço, déjeuner auquel Adalberto Costa Júnior n'a pas été convié. Où est donc passé l'esprit de réconciliation? 

Utiliser des membres de l'Unita, comme ceux que nous avons vu défiler à TPA et RNA, pour dénigrer la personne de Adalberto Costa Júnior est d'une bassesse politique inqualifiable. Surtout quand ces individus sont des transfuges qui sont passés par plusieurs partis politiques avant d'atterrir à l'Unita. Ces mêmes individus qui auraient tenté de corrompre un employé d'un hôpital de Luanda pour fabriquer un document prouvant l'avortement d'une mineure dont Adalberto Costa Júnior serait l'auteur. L'histoire se souviendra longtemps de Rui Manuel Galhardo et de Kawiki Sampaio da Costa. 

Quarante cinq ans après l'accession de l'Angola à l'indépendance, les Angolais sont encore à se mettre les bâtons dans les roues au lieu de penser au développement de leur pays. Triste. La popularité grandissante de Adalberto Costa Júnior ne doit pas indisposer ses adversaires politiques. La démarche politique de l'Unita a un écho favorable auprès du peuple. Il faut savoir lire les signes du temps.   

Sobamasoba, l'analyse politique qui informe. 

Eduardo Mks Scotty. 


















dimanche 28 mars 2021

Le Général Lourenço: IMPOPULARITÉ et FUITE EN AVANT.

La constitution ou loi fondamentale est l'outil par excellence dont disposent les États pour déterminer la forme de leurs gouvernements. Certaines dispositions contenues dans la constitution sont vouées, au bout d'un certain temps, à être révisées pour les adapter aux réalités du moment. Aujourd'hui en Angola, les débats au sujet de la révision ponctuelle de la constitution proposée par le Général Lourenço se succèdent à un rythme effréné sur les plateaux de télévision et radios  à Luanda et à l'intérieur du pays. De ces débats, il ressort clairement, après dix ans, qu’il y a dans la société angolaise  une prédisposition à amender la constitution et travailler ensemble pour un pays meilleur. L’Angola vit actuellement des moments très difficiles qui exigent que tous les Angolais, politiciens et société civile, participent à la recherche des solutions aux problèmes que connait le pays. En 1992, les Angolais s'étaient compromis à construire un État de droit qui, malheureusement, n’a pas pu voir le jour à cause de la situation de guerre entre le Mpla et l'Unita. L'instabilité politique causée par cette guerre a fait que durant les années qui ont suivi le peuple a connu des expériences électorales malheureuses en 1992 – 2008 - 2012 - 2017. Des élections qui ont vu le Mpla gagner d'une manière très contestable. Pour éviter des telles situations se répètent, pour les échéances électorales de 2022, les partis de l'opposition (Unita - PRA-JA servir Angola - Bloc Democratico) ont décidé de se mettre ensemble pour barrer la route au Mpla. Beaucoup pensent qu'il sera impossible à ce Front de l'opposition, qui est en train de se former, de gagner ces élections de 2022. C'est normal. Le doute est permis. Il revient donc à ce Front de l'opposition de proposer un autre projet de société au peuple angolais. C'est le devoir de l'opposition. Même si le Mpla est réputé être un parti politique spécialisé dans la fraude électorale, il revient à l'opposition de s'organiser pour que cela ne soit pas possible. 

Beaucoup d'Angolais pensent au changement du système électoral. À ce sujet, je crois qu'il est inutile de se faire des illusions. Le Général Lourenço ne cédera pas. Le système électoral angolais est un système très atypique conçu pour faire gagner le Mpla. Est élu président de la République la "tête de liste" du parti vainqueur aux élections législatives. Or, si la "tête de liste" du Mpla est connu, dans la stratégie pour gagner en 2022, qui sera la "tête de liste" des partis de l'opposition? Dans ce cas de figure, il y a lieu que les leaders de l'opposition soient prêts à faire des sacrifices. Abandonner leurs égos personnels, leurs petits intérêts particuliers pour privilégier l'intérêt général et s'accorder sur un seul nom. 

La bataille pour le pouvoir étant engagé, la révision ponctuelle de la constitution proposée par le Général Lourenço, n'est  qu'une diversion, un  simple exercice de distraction. Parce qu'au fond cette inattendue proposition confirme ce qui est déjà dans la constitution ou, encore mieux, remet en place ce qui a été retiré de cette même constitution il y a quelques années. Débattre du gradualisme n'a plus de sens parce que le sujet est au hors de question dans la mesure où c'est le Mpla qui a introduit le gradualisme géographique dans le débat alors que ce sont les compétences qui sont censées être transmises graduellement aux entités municipales. 

Le contrôle  parlementaire des actions du gouvernement n'est pas non plus un cas particulier parce que c'est une prérogative classique du parlement. Le Mpla, à travers sa Cour constitutionnelle l'avait retiré aux députés de l'assemblée nationale. La remettre en vigueur n'a rien de particulier. 

Le vote des Angolais de la diaspora a toujours existé dans la constitution de 1992 et 2010. C'est le Mpla qui a toujours refusé de l'appliquer prétextant un manque de conditions matérielles pour organiser les élections dans les ambassades. Donc, au fond la proposition du Général Lourenço ne change en rien, qualitativement, le système politique angolais. 

L'histoire de la Banque nationale d'Angola (BNA) c'est aussi un autre classique. Il n'y a rien de nouveau. Les gouverneurs de la BNA et ses adjoints, sous d'autres cieux, sont sommés, après débats, par le parlement. Ce sont les dictateurs qui nomment les responsables de la banque nationale pour avoir une main mise sur les finances de l'État. Enfin, augmenter le nombre des membres du Conseil de la République n'apporte rien de nouveau au peuple angolais. C'est une autre distraction. 

En conclusion, si les dirigeants du Mpla avaient le courage politique et suffisamment de patriotisme pour changer le système politique dans le pays, on serait en ce moment en train de discuter du modèle de l'État. Pour un pays aussi vaste et diversifié, l'Angola est un État trop centralisé qui attribue trop de pouvoirs à un seul homme. Changer le système politique qui est basé sur un présidentialisme à outrance; discuter du système électoral; redonner à l'Angolais le droit de se choisir librement son président de la République, voila les thèmes qui devaient occuper les députés en ce moment. 

Pensez-vous que j'ai raison? Je vous laisse débattre. 

Sobamasoba, l'analyse politique qui informe. 

Eduardo  Mks  Scotty.    














      

mercredi 17 mars 2021

Révision ponctuelle constitutionnelle ou arnaque politique ?

La semaine dernière, beaucoup d’Angolais ont eu connaissance, à travers les médias, de la décision du Général Lourenço de vouloir apporter quelques modifications  ponctuelles  à la constitution angolaise. Dès l’annonce de la nouvelle, à Luanda comme à l’intérieur du pays, les réactions ne se sont pas faites attendre. Dix ans après, il était temps qu’on révise cette constitution de 2010 afin de l’adapter aux réalités du moment. L’initiative est  applaudie même si certains Angolais doutent de la volonté politique du Mpla de vouloir réellement apporter des changements à la manière de gérer le pays. L'idée de réviser la constitution était attendue depuis des années par toute la classe politique angolaise. Au moment où la décision tombe, surpris,  beaucoup d’Angolais  font une lecture erronée des intentions du président Lourenço. Le fait d’avoir trop attendu cette révision constitutionnelle a quelque peu obscurcit leur vision au point de ne pas se rendre compte du mot “ponctuelle” glissé intentionnellement par  JLo entre REVISION et CONSTITUTION. Ce mot donne un autre sens à la révision constitutionnelle que propose le Mpla par la voix de son président. En utilisant ce mot, le Général Lourenço fixe clairement des limites au débat sur la question. Ce mot "ponctuelle" est un message clair du président Lourenço à ses troupes à une assemblée nationale dominée par le Mpla. Par ce mot, Joâo Lourenço conditionne les députés de son parti et les invite subtilement à faire barrage à toute personne décidée à franchir le cadre fixé par le Mpla. Il est inutile de souligner ici que dans la révision constitutionnelle proposée les désiderata de la population ne sont pas pris en compte. D'où est donc venue cette soudaine volonté de réviser la constitution? Une révision constitutionnelle à quelques mois des élections sent l'arnaque politique. 

Depuis son arrivée au pouvoir, le Général Lourenço subit des pressions de la part des partenaires étrangers de l'Angola et de l'opposition angolaise. Il n'y a aucun doute là-dessus. Ce sont ces pressions externe et interne qui l'ont conduit, trois ans après, à céder et à proposer un débat sur la modification de certaines dispositions de la constitution angolaise. Ce n'est pas de gaité de coeur que le président Lourenço accepte, à travers cette révision,  de se débarrasser, par exemple, de son pouvoir discrétionnaire sur la nomination du gouverneur de la Banque nationale de l’Angola et de ses adjoints. Sur ce point, c'est le FMI (Fonds monétaire international) qui a fait tomber les digues. Désormais, après révision de la constitution, la nomination des  gouverneurs de la banque nationale et de ses adjoints sera entérinée par l'assemblée nationale après débats. De cette manière, le chef de l’état cesse d’avoir un contrôle sur la BNA qui devient une institution totalement indépendante. Inch'Allah. 

Sur le plan national, les pressions viennent de la société civile et de l’opposition politique. Il y a des années que l’opinion publique nationale exige une révision profonde de la constitution angolaise. Malheureusement, les propositions faites par le Général Lourenço ne correspondent pas aux aspirations profondes du peuple. Dans la constitution de 1992, une disposition donnait droit aux Angolais de l’étranger de pouvoir participer aux élections législatives et d’avoir des députés issus de la diaspora à l’assemblée nationale. Cette disposition, et tant d'autres comme le contrôle de l'action  du gouvernement par l'assemblée nationale ou  la problématique du gradualisme resteront lettre morte car le Mpla ne voudra pas scier la branche sur laquelle ils sont assis. Après cette révision ponctuelle constitutionnelle ressemblera exactement à avant cette fameuse révision voulue par le Mpla et son président.

Vous avez des doutes? Attendons pour voir. 


Sobamasoba, l'analyse politique qui informe. 

Eduardo M.Scotty













        

samedi 6 mars 2021

Révision constitutionnelle, pour faire quoi et pourquoi maintenant ?

Ces derniers jours, abstraction faite du massacre de Canfufo, le débat en Angola tourne autour de la révision de la constitution annoncée par le président Joâo Lourenço au cours de la 2°session ordinaire du Conseil des ministres, le 2 mars 2021. Pour le citoyen lambda, la proposition du Général président est un fait divers qui n'a aucun impact sur sa vie quotidienne. Et pourtant, une révision constitutionnelle est un acte fondamentalement politique qui, en ces moments de forte turbulence (multiples manifestations des jeunes à travers le pays, massacre de Canfufo, refus du pouvoir de reconnaitre le parti politique "PRA-JA servir Angola" de Chivukuvuku, investigation aux Usa des comptes de toute la famille du Général Lourenço et amis selon PANGEA RISK, proposition de l'opposition de se choisir un seul candidat pour les prochaines élections), apporterait plus d'oxygène à ceux qui gèrent ou seront emmenés à diriger le pays dans un futur proche. Par conséquent, il est impératif que le débat ne se limite pas seulement aux avocats, il doit être étendu à tous les citoyens intéressés par la bonne gouvernance en Angola. Les juristes ne seront que les tailleurs qui produiront le nouvel habit constitutionnel, et non les monopolisateurs de la discussion constitutionnelle, qui se veut ouverte et inclusive.

C'est dans ce sens politique que l'initiative du Président de la République d'ouvrir un processus de révision constitutionnelle doit être interprétée, au sens des articles 233 et suivants de la Constitution de la République d'Angola (CRA). João Lourenço, après des semaines de pression, a repris l'initiative politique, fixé l'ordre du jour et tente de décompresser la situation.

En fait, il était temps que la Constitution soit révisée. La plus ancienne Constitution de la modernité, celle des États-Unis d'Amérique, a été approuvée en 1787 et a eu sa première révision (amendement) en 1791. La Constitution portugaise est entrée en vigueur en 1976 et a fait l'objet d'une révision approfondie en 1982. La Constitution française de 1958 a vu sa première révision en 1962. Par conséquent, la Constitution angolaise, en termes comparatifs, a besoin de révision depuis un certain temps. L'opposition, l'Unita en tête, n'a cessé de réclamer cette révision depuis plusieurs années sans succès. 

Aujourd'hui que le Mpla prend l'initiative de d'ouvrir un débat autour de cette question, il y a quand même lieu de se poser un certain nombre de questions. Que se cache-t-il derrière cette soudaine volonté politique de vouloir changer quand ce même pouvoir a été imperméable aux réclamations de l'opposition durant plusieurs années? Puisque le diable se cache souvent dans les détails, examinons avec attention les propositions mises sur la table par le Mpla et son président : 

- Définir clairement la relation entre le Président de la République et l'assemblée nationale en ce qui concerne le contrôle politique de l'action du gouvernement, - Vote des Angolais vivant à l'étranger, - Indépendance de la Banque nationale de l'Angola, - Fin du "gradualisme" dans les élections locales, - Fixation dans le marbre de la date des élections générales dans le pays, - Empêcher le président en fin de mandat de prendre des décisions de fond qui engage le pays. 

Les partis de l'opposition, l'Unita en tête, ont d'autres propositions de loin différentes de celles du Mpla. Ce sont, de l'avis de l'opinion publique, des suggestions plus proches des aspirations du peuple. Il y a entre autres, - L'élection à deux tours au suffrage universel direct du Président de la République, -  La révision des pouvoirs excessifs du Président de la République, -La modification des symboles de l'État (drapeau, hymne national, armoiries), - La souveraineté de l'Assemblée nationale, Le non-cumul des mandats (gouverneurs/ secrétaires nationaux des partis politiques), Introduction de la composition de la CNE (commission nationale électorale).

Une révision constitutionnelle en dehors des propositions de l'opposition, propositions qui correspondent aux aspirations du peuple serait un coup d'État constitutionnel. Est-ce une manière de remettre le compteur à zéro et ouvrir la porte à un troisième mandat ? Guinée Conakry, Côte d'Ivoire, Ruanda, cela ne vous dit rien?  

Et vous qu'en dites-vous?  

Sobamasoba, la synthèse qui informe. 

Eduardo M. Scotty.      














dimanche 28 février 2021

PANGEA RISK, intox ou infos ?

 


Pangea Risk, un nom qui vient enrichir le lexique des Angolais en ces temps qui précèdent la campagne électorale. Beaucoup d’entre nous ne connaissons pas la vraie signification de ce nom anglais qui est apparu dans nos médias. En fait, Pangea Risk est un service de renseignements qui fournit des prévisions précises, décisionnelles et commercialement pertinentes sur les risques sécuritaires, publics et économiques en Afrique et au Moyen-Orient. Toute analyse de ce service est soutenue par l'intelligence locale d'origine et guidée par une méthodologie de risque.

Pangea Risk a publié dernièrement un rapport plaçant João Lourenço dans le viseur de la justice américaine. Cette publication est la plus grande pièce d'artillerie tirée à ce jour sur l'actuel président angolais par ses adversaires politiques. De l’avis de certains Angolais contactés, le document rendu public a atteint son objectif principal, celui de remettre en cause la crédibilité de João Lourenço et d'insinuer son implication dans des scandales de corruption, un mal que l'actuel locataire du “Palácio da Cidade Alta” a promis de combattre depuis son entrée en fonction à la présidence.

L'analyse de Pangea Risk, qui est un cabinet de conseil basé à l'île Maurice, dépeint de manière approfondie le nouveau noyau de "Marimbondos" qui gravitent autour de João Lourenço, ce qui révèle une solide connaissance des coulisses de la présidence. Le document va un peu plus loin en suggérant que les autorités américaines pourraient éventuellement prendre des mesures coercitives et pénales à l'endroit du Général Lourenço. Toujours selon Pangea Risk: "la famille de João Lourenço fait l'objet d'une enquête pour de nombreuses violations de la loi sur les pratiques de corruption à l'étranger (Corruption Practices Act Abroad), des transactions bancaires illégales, une fraude bancaire pour l'achat de biens immobiliers aux États-Unis."

Aucune réalisation humaine n'étant parfaite, des rumeurs, selon lesquelles Pangea Risk (anciennement EXX Africa) aurait une réputation douteuse dans le monde de l'entreprise, courent dans les milieux  des affaires. Cependant, il y a un aspect qui mérite d'être souligné: Pangea Risk met toujours en garde contre les pratiques présumées de fraude, de corruption et de détournement de fonds qui peuvent avoir un impact négatif significatif sur les investisseurs étrangers  et pourraient nuire aux relations du pays avec les donateurs et les créanciers à l'avenir. Il est évident que  le document publié par Pangea Risk embarrasse  João Lourenço , et signifie que ses adversaires sont loin d'avoir jeté l'éponge. La pression qu'ils souhaitent exercer sur le pouvoir risque de s'accentuer à l'approche des élections générales en Août de l'année prochaine. En politique, tous les coups sont permis. 

Associer  cette "attaque" aux résultats obtenus par le Général à la tête de l'État, le bilan  ne plaide pas en sa faveur. Arrivé au pouvoir en 2017, dans les sillages de la crise économique de 2014, le président Lourenço  qui avait pour slogan «dynamiser l'économie angolaise»  s'est montré incapable de surmonter la crise économique qui sévit dans le pays depuis 2014. Dans cette crise, plus de 70% des entreprises privées n'ont pas  survécu. Certaines parce qu'elles ont fait faillite, d'autres parce qu'elles n'ont pas  pu, plus tard, se remettre de l'impact du COVID - 19. Au cours de cette période, étant donné les difficultés auxquelles les institutions financières sont exposées, les entreprises survivantes se heurtent encore aujourd'hui à de fortes limitations et restrictions d'accès aux crédits. C'est le résultat d'une dégradation des conditions économiques et financières du pays.

Une dégradation qui trouve ses origines, non seulement dans la crise, mais aussi dans la mauvaise gestion de la chose publique. Car  voyons: en octobre 2018, le président angolais  reçoit un prêt de dix milliards de dollars du gouvernement chinois  dont personne ne connait la destination. Mais avant cette manne, en mai 2018, JLO se rend en France, en Belgique et en Allemagne. Pour ce voyage, nonobstant les difficultés que connait le pays, JLO  loue le Dream Jet, un Boeing / 87 - BBJ (Dreamliner), la nouvelle coqueluche, avec une finition luxueuse. Un avion qui coûte  aux caisses de l'État 70 000 dollars de l'heure sans compter les frais des hôtels de luxe où il descend avec toutes sa délégation.  

Au vu de ce court épisode, on peut conclure  que la bonne gestion et le Général ne font pas bon ménage. Alors que le pays traverse l'une des crises les plus résonnantes de son histoire, JLo investit plus de trois milliards USD en matériel de guerre, 12 millions de dollars dans la construction d'un gymnase des députés, 5 millions de dollars dans la construction de la clinique dentaire du président de la République, 13 millions de dollars dans la réhabilitation de la Cidade Alta, plusieurs millions de dollars dans la réhabilitation de son cabinet. Heureusement que sa  tentative de dépenser plus de 500 millions de dollars dans la construction d'un quartier des ministères, où plus plus de 340 millions de dollars seraient utilisés dans une obscure affaire avec la Sodim, échoue.  

Peut-on continuer à faire confiance au Mpla? 

Sobamasoba, la synthèse qui informe. 

Eduardo M.Scotty

(de joâo Hungulu)










samedi 6 février 2021

Cafunfo/Lunda Nord: le MPLA réprime une manifestation dans le sang.

Qui l'aurait cru? Décidément au Mpla les dirigeants ont quelques difficultés à pouvoir tirer les leçons du passé. Imbus du pouvoir absolu qu'ils détiennent, ils n'ont aucune considération pour le peuple qu'ils piétinent depuis 45 ans. À Cafunfo, la police a encore tué. Cette  fois, c'est un carnage, un vrai massacre. Est-ce l'approche des élections législatives de 2022 qui rend le régime du Général Lourenço un peu plus nerveux? Depuis le début de cette année, beaucoup de   membres du parti au pouvoir manifestent des signes de nervosité. Ils ont les nerfs à fleur de peau. Toute contestation, aussi anodine soit-elle, est assimilée à une rébellion. À cause de cette paranoïa, l'année passée beaucoup de familles ont été endeuillées. La police du Mpla/parti au pouvoir ne s'est pas gênée de tirer à balles réelles sur des manifestants à Luanda et ailleurs. La semaine derrière la même scène s'est répétée à Cafunfo dans la province de Lunda Nord. Bilan: une vingtaine de morts et plusieurs blessés. C'est vrai qu'il est difficile à ceux qui n'ont aucune culture de la démocratie de changer après avoir végété pendant plusieurs décennies dans le communisme. Ils restent attachés à des méthodes de répression et d'exclusion qui renvoient au 20°siècle. Des pratiques  qui rejettent tout dialogue et encouragent l'intolérance politique. 

À Cafunfo, la police du Mpla sous les ordres du commandant Paulo de Almeida, un homme de confiance de Joâo Lourenço, a fait un carnage. Jamais dans l'histoire de l'Angola une manifestation ne s'est terminée dans un bain de sang comme ce fut le cas le samedi 30/01/2021. Le seul péché commis par les manifestants est d'être membres du Mouvement du Protectorat de Lunda Tchokwe. Un mouvement qui, à tort ou à raison, réclame une certaine autonomie  politique et administrative pour la région des Lunda. Est-ce un motif suffisant pour retirer  à certains d'entre eux le droit à la vie? Les assassiner froidement? Si aujourd'hui  des réclamations de ce genre viennent perturber le climat politique dans le pays c'est parce que ces peuples ne trouvent pas leur compte dans la manière dont le pays est gouverné. Et si, en plus, la police se met à les tuer, alors il ne faut pas s'étonner qu'ils s'organisent et répondent à la violence par la violence. Il est de notoriété publique que le Mpla n'a aucune culture du dialogue. Le cas du Cabinda est là pour le prouver. Les images des policiers piétinant les cadavres des jeunes abattus ont choqué l'opinion. Même le ministre de la Justice, Francisco Queiroz, a admit que la police avait violé  les droits humains des manifestants à Cafunfo. Nonobstant cette honnêteté du ministre, Paulo de Almeida, un pur produit du Mpla, est venu tenir à la presse des propos désobligeants envers la population de Lunda Nord. Des propos qui ne sont pas de nature à apaiser les esprits. Des déclarations qui, de l'avis de l'opinion publique, prouvent deux choses: soit le Général Lourenço n'a aucune autorité sur ses subalternes, soit il est complice du massacre de Cafunfo. Or, le conflit, si conflit il y a, contient en lui-même sa solution.            

Le sadisme du pouvoir ne s'arrête pas là. De source sûre, des proches des victimes des affrontements de samedi dernier à Cafunfo,  se plaignent de la disparition d'une vingtaine de corps de la morgue, vraisemblablement, enlevés dans la nuit de dimanche à lundi. Ces familles réclament les corps de leurs proches assassinés et  affirment que la disparition de leurs corps vise à maintenir le nombre de sept morts, évoqué par les autorités, pour perturber l'enquête parlementaire.

"Nous avons l' information selon laquelle plus de 20 corps ont été retirés la nuit de la morgue et jetés dans la rivière Cuango, nous savons également que les personnes gravement blessées qui se trouvaient à l'hôpital de Cafunfo ont été retirées et envoyées dans un avion à Dundo", a déclaré un activiste , qui accuse également la police de "ne pas vouloir remettre les corps aux familles".

Les autorités locales refusent de fournir des informations sur les événements du 30. Devant cette opacité, les jeunes de la province de Namibe se sont mobilisés pour une veillée de protestation contre les meurtres à Cafunfo, le jeudi 4 février, à la Place Espírito Santo, selon VOA César Carlos , l'organisateur de l'initiative. À Luanda, les jeunes ont aussi battu le pavé.

À l'assemblée nationale,  le Groupe parlementaire de l'UNITA, qui a été empêché de se rendre à Cafunfo, a condamné l'insensibilité de l'exécutif angolais à la mort de citoyens angolais, simplement parce qu'ils pensent différemment, remettant en cause le pluralisme d'expression et d'opinion, qui sont les fondements de l'état de droit démocratique. L'autonomie politique et administrative comme solution ne signifie pas forcément le démembrement du territoire national, mais l'un des moyens de résoudre une situation qui parait complexe  comme c'est le cas au Cabinda.

Au regard de ce qui s'est passé à Cafunfo,  affirmer que le socialisme communiste du MPLA n'est pas encore complètement mort et que quiconque pense différemment en Angola est considéré comme un ennemi de la paix, est une hérésie?  

Sobamasoba, l'analyse politique qui informe. 

Eduardo M.Scotty






mardi 19 janvier 2021

Le Général Lourenço est-il capable de réaliser un miracle pour convaincre les Angolais?

L’année qui s’est achevée et celle qui commence ne sont pas, décidément, en faveur des politiques menées par le Mpla en Angola. Pour preuve, les manifestations de jeunes se sont succédées à un rythme jamais observé dans le pays. Des protestations d’une violence inouïe au cours desquelles des monuments historiques ont été profanés. Jamais dans l’histoire  de l’Angola indépendant les symboles du régime n’ont été  vandalisés. Et cela dans pratiquement toutes les grandes villes du pays. Assiste-t-on au commencement de la fin de la prépondérance du Mpla? 

Sur le plan politique, parler de possibles tractations entre les partis de l’opposition pour créer un front uni contre le Mpla, n’est plus un tabou. Contrairement à Samakuva, Adalberto Junior, l’actuel président de l’Unita, est favorable à cette union de l’opposition. Les partis PRS et CASA-CE ne sont pas opposés au projet. Si l'idée prend corps, 2022 s’annonce très difficile pour le Mpla, un parti au pouvoir depuis 45 ans et plongé dans la corruption jusqu’au cou.   

Au sortir d'une année 2020 jugée douloureuse, le Général João Lourenço n'aura pas la tâche facile en 2021, une année marquée par la campagne pré-électorale avec un MPLA en déclin de popularité et désagrégé par les luttes entre factions «lourencistes» et «eduardistes».

Avec une économie en récession et qui aggrave les conditions de vie déjà précaires des Angolais, le Général Lourenço et son parti, au pouvoir depuis quatre décennies, devront prouver qu'ils sont capables de convaincre le peuple et lui redonner l'espoir, sans tricher, de gagner les élections générales de 2022.

C'est à ce sujet que la présidente de l'Union des journalistes angolais, a déclaré: " le MPLA doit  trouver des solutions aux problèmes du peuple et lui offrir plus que sa lutte contre la corruption s'il veut convaincre les citoyens de réélire ses candidats en 2022". Bien que la lutte contre la corruption soit sans précédent  dans l'histoire de l'Angola - il n'y a jamais eu autant de dirigeants, autant de fonctionnaires devant les tribunaux. Seulement, ce processus a un petit impact immédiat sur le citoyen angolais qui dans sa vie quotidienne est confronté à un choix difficile: avoir à choisir entre manger, se soigner ou éduquer ses enfants. Devant une telle situation, le gouvernement et le président João Lourenço vont devoir faire «un miracle» pour contourner cet écueil.

De l'avis de l'opinion publique, le plus grand défi reste de savoir quel sera ce miracle capable de convaincre les gens, et réduire les difficultés auxquelles ils sont confrontés aujourd'hui et améliorer leurs conditions de vie, à l'heure où les prix du pétrole, principal produit d'exportation angolais, restent bas. Or, l'or noir est pratiquement la seule ressource  qui permet au pays d'obtenir les devises nécessaires à l'achat  des marchandises, de la nourriture aux machines.

Pour un pays qui utilise la moitié de son budget national pour payer la dette publique, l'essentiel de ses préoccupations doit être la qualité des dépenses pour permettre à l'Etat de se concentrer sur les secteurs structurants et clés. Il faut ici reconnaitre  que le plus gros problème du gouvernement angolais réside dans les  "rivières d'argent" que l'administration directe  et indirecte de l'État continue  de dépenser pour des acquisitions inutiles, telles que des véhicules "pour les personnes qui sont nommées alors qu'elles devraient profiter de ceux  existants" ou des ordinateurs que "année après année" figurent dans le budget de la même unité. 

La construction d'un nouveau siège de la Commission électorale nationale, un édifice estimé à 37 millions d'euros, est un autre exemple des dépenses inutiles.  Compte tenu du fait que l'Etat a récupéré plusieurs bâtiments (dans le cadre du recouvrement des avoirs par voie judiciaire), la dite construction n'est vraiment pas nécessaire.  Surtout que l'Etat a un budget déficitaire chaque année et ce qui l'oblige à s'endetter.

Dans une année pré-électorale, et après que les groupes de médias privés TV Zimbo, le journal O Pais, Radio Mais, TV Palanca soient  cédés aux services de recouvrement des avoirs et passés à la sphère étatique,  les tensions dans les médias sont prévisibles.  C'est une période de pré-campagne et la scène principale sera les médias. Ces médias publics qui seront surveillés de près par l'opposition et la société  doivent normalement être au service de tous. Seulement,  en vérité dans ces médias tout le monde n'est pas traité de la même manière. Tenez-le pour dit: les médias seront probablement à l'ordre du jour des grands débats de l'année prochaine. Le moment venu, nous en reparlerons. 


Sobamasoba, l'analyse politique qui informe.